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Netanyahu quitte discrètement la Maison Blanche sans percée dans les négociations sur Gaza

La deuxième rencontre du Premier ministre avec Trump s'est achevée sans déclaration publique ; Witkoff a retardé son voyage à Doha, signe que les pourparlers ne sont pas encore mûrs

Le président américain Donald Trump, à gauche, rencontre le Premier ministre Benjamin Netanyahu à la Maison Blanche, le 8 juillet 2025. (Crédit : Avi Ohayon/GPO)
Le président américain Donald Trump, à gauche, rencontre le Premier ministre Benjamin Netanyahu à la Maison Blanche, le 8 juillet 2025. (Crédit : Avi Ohayon/GPO)

WASHINGTON – Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a conclu sa deuxième rencontre à la Maison Blanche avec le président américain Donald Trump sans qu’aucune annonce publique concernant une éventuelle percée dans les négociations sur un accord de cessez-le-feu à Gaza – accord qui ouvrirait la porte à la libération des otages – soit faite. Le sujet était en tête de l’ordre du jour du déplacement de 48 heures du chef de gouvernement israélien aux États-Unis.

La possibilité d’une telle déclaration avait pourtant semblé se renforcer après que la réunion a été ouvertement ajoutée au calendrier de Netanyahu quelques heures au préalable, Trump ayant indiqué que les deux hommes discuteraient de la bande de Gaza tandis que l’envoyé spécial américain pour le Moyen-Orient, Steve Witkoff, exprimait l’espoir qu’un accord pourrait être conclu dès cette semaine.

Mais alors que Netanyahu et Trump se sont entretenus pendant plus d’une heure dans le bureau ovale avec le vice-président américain JD Vance, deux sources ont expliqué au Times of Israel que Witkoff avait décidé de repousser son vol pour Doha, où il devait rejoindre les pourparlers en cours entre l’État juif et le Hamas.

Witkoff devait initialement s’envoler pour le Qatar mardi, ont précisé les sources, ajoutant qu’une nouvelle date de départ n’avait pas encore été fixée.

L’envoyé américain a informé les pays médiateurs qu’il avait toujours l’intention de se rendre à Doha avec pour objectif de contribuer à la conclusion de l’accord, sa décision de repousser le voyage semblant signaler qu’il reste encore beaucoup de progrès à réaliser.

L’agence de presse saoudienne Asharq News a cité des « sources informées » qui ont rapporté, sous couvert d’anonymat, que le cinquième cycle de négociations entre les parties en lice, au Qatar, s’était achevé mardi soir sans avancée significative.

L’ex-otage Keith Siegel et des familles d’otages assistant à une réunion de la commission des Affaires étrangères et de la Défense à la Knesset, le 8 juillet 2025. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

Un responsable palestinien a expliqué au site d’information que les négociations étaient actuellement « au point mort ». Il a accusé l’équipe israélienne chargée des discussions « d’écouter plutôt que de négocier » et de consulter Netanyahu et le ministre des Affaires stratégiques Ron Dermer, le principal négociateur israélien qui a accompagné le Premier ministre lors de son déplacement à Washington, sur « chaque question ».

Le responsable palestinien a affirmé que l’équipe israélienne n’avait pas l’autorité nécessaire pour prendre des décisions concrètes, « une continuation de la politique de blocage de Netanyahu visant à obstruer tout accord potentiel », a-t-il déploré.

Peu avant la rencontre entre Netanyahu et Trump, une délégation de hauts responsables qataris s’est entretenue avec Witkoff pendant trois heures à la Maison Blanche pour discuter des négociations sur les otages, a indiqué une source.

À l’issue de son entretien avec le président américain, le Premier ministre israélien a expliqué que les discussions avaient porté sur les efforts visant à obtenir la libération des otages.

« Nous ne relâchons pas nos efforts un seul instant – ce qui est rendu possible grâce aux pressions militaires qui sont exercées par nos soldats héroïques », a-t-il dit dans une vidéo filmée à la Maison Blanche.

« Malheureusement, nous payons un prix douloureux pour ces efforts – celui de la perte de nos meilleurs enfants, » a-t-il ajouté.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’exprime dans un message vidéo à Washington le 8 juillet 2025 (Capture d’écran/GPO)

Netanyahu a souligné qu’Israël était déterminé à atteindre tous ses objectifs à Gaza, à savoir « la libération de tous nos otages, vivants ou morts, l’élimination des capacités militaires et de gouvernance du Hamas et la garantie que Gaza ne constitue plus une menace pour Israël ».

Netanyahu a aussi annoncé qu’il a également discuté avec Trump et avec JD Vance, le vice-président, « des implications et des possibilités » de l’opération qui a été menée par Israël et par les États-Unis contre l’Iran.

« Des opportunités d’élargissement du cercle de la paix et d’élargissement des accords d’Abraham se présentent ici », a-t-il poursuivi.

Point(s) d’achoppement

Quatre sources proches des négociations ont déclaré au Times of Israel que les Etats-Unis sont plus optimistes que les médiateurs égyptiens et qataris concernant les chances de parvenir à un cessez-le-feu à Gaza et à un accord sur la libération des otages dès cette semaine.

Witkoff avait annoncé aux journalistes, dans la journée de mardi, qu’il espérait qu’un accord puisse être conclu cette semaine et que trois des quatre points de blocage avaient été résolus au cours des trois derniers jours de pourparlers à Doha.

Selon une source, les trois points qui, selon Witkoff, ont été résolus sont les suivants : l’exigence, du côté du Hamas, d’une garantie que le cessez-le-feu restera en place, une garantie attendue des pays médiateurs et ce même si les négociations sur les conditions d’une fin permanente des combats ne sont pas encore réunies à la fin de la trêve de 60 jours qui est actuellement en cours de discussion ; l’afflux des aides humanitaires, au sein de l’enclave côtière, par le biais de mécanismes soutenus par les Nations unies ; et la mise en place des conditions des échanges d’otages contre des prisonniers incarcérés pour atteinte à la sécurité nationale au sein de l’État juif.

Deux femmes réagissent après une frappe israélienne à Gaza City, le 8 juillet 2025. (Crédit : BASHAR TALEB / AFP)

La source a indiqué que si des progrès ont été réalisés sur les deux premières questions, l’identité des Israéliens et des Palestiniens qui seront libérés dans le cadre de l’accord n’a pas encore été examinée par les négociateurs à Doha, le Hamas insistant pour que d’autres questions soient résolues en premier lieu.

Toutefois, le nombre et l’identité des personnes remises en liberté ne sont pas considérés comme des questions aussi difficiles que les autres, a indiqué la source, qui a émis l’hypothèse que c’était la raison pour laquelle Witkoff avait regroupé le volet de l’accord relatif à l’échange d’otages et de prisonniers avec les questions qui ont déjà été résolues.

En ce qui concerne la problématique de l’aide, les négociateurs de Doha ont offert un soutien initial aux clauses de l’accord qui empêcheraient la Fondation humanitaire de Gaza de mener des opérations dans les zones d’où les soldats se sont retirés, a déclaré une source proche des négociations au Times of Israel.

Seules les Nations unies et les organisations internationales n’entretenant aucun lien avec Israël ou avec le Hamas seront responsables de la distribution de l’assistance dans les secteurs où l’armée israélienne ne sera plus présente, a-t-elle ajouté.

L’appel de Katz en faveur d’une « ville humanitaire » risque d’entraver les négociations sur les otages

Le dernier obstacle est le retrait partiel de Tsahal de Gaza pendant la durée de la trêve de 60 jours, ont déclaré un responsable américain et la source au fait des négociations. Israël insiste pour maintenir sa présence dans le couloir de Morag, situé dans le sud de la bande de Gaza, près duquel l’armée prévoit de créer une « ville humanitaire ». Toute la population de la bande de Gaza y sera regroupée et elle ne pourra plus la quitter une fois les contrôles d’usage effectués.

Une idée qui a été présentée aux journalistes en début de semaine par le ministre de la Défense, Israël Katz, provoquant un tollé international, la perspective de concentrer deux millions d’habitants dans une zone aussi restreinte, tout en leur interdisant de partir, suscitant une vive indignation. Katz, de son côté, a affirmé que ce projet était un nouveau mécanisme qui permettra de mieux protéger la population, les aides humanitaires devant être distribuées dans ce périmètre. La confiance portée par la communauté internationale dans les initiatives humanitaires prises par Israël est toutefois au plus bas depuis que les habitants de Gaza ont commencé à essuyer des tirs meurtriers de la part des soldats israéliens presque quotidiennement, alors même qu’ils tentaient d’atteindre les centres de distribution d’aide établis par l’État juif et gérés par la Fondation humanitaire de Gaza depuis le mois de mai.

Les propos tenus par Katz ont entaché les négociations consacrées aux otages à Doha, ont confié des sources palestiniennes à la chaîne publique Kan, affirmant que ses paroles ont amené le groupe terroriste à faire preuve d’une moindre flexibilité en ce qui concerne le retrait des forces israéliennes.

En raison de désaccords sur les paramètres encadrant le retrait de Tsahal de Gaza pendant la trêve de 60 jours négociée à Doha, Israël devait présenter mercredi une nouvelle série de cartes montrant le redéploiement des soldats proposé, la version précédente ayant été rejetée par le Hamas, a expliqué au Times of Israel une source au fait des négociations.

Il faudra plus de temps pour parvenir à un compromis sur cette question, a déclaré la source, refusant de donner plus de détails.

Assurances verbales

Deux diplomates arabes ont dit au Times of Israel que l’Égypte et le Qatar étaient beaucoup moins optimistes quant aux chances de parvenir à un cessez-le-feu dès cette semaine. Ils ont affirmé que les lacunes étaient plus importantes que ne l’indiquait Witkoff.

Alors que les Etats-Unis ont garanti verbalement au Hamas, par le biais des pays médiateurs, que Trump s’assurera personnellement que la trêve temporaire restera en place même si un accord sur un cessez-le-feu permanent à la fin de l’accord de 60 jours ne doit pas être conclu, l’un de ces deux diplomates arabes a déclaré que cette assurance ne suffira probablement pas.

Le Hamas souhaite que le texte du cessez-le-feu stipule que la trêve restera en place tant que les discussions sur un arrêt permanent des combats se poursuivront, abandonnant la condition incluse dans une version antérieure qui précisait que les pourparlers devaient se dérouler « de bonne foi », ont expliqué le diplomate arabe et la source au fait de la situation. Le Hamas pense qu’Israël utilisera cette clause pour abandonner le cessez-le-feu, comme il l’a fait au mois de mars.

Les assurances verbales pourraient également avoir moins de poids pour le Hamas. Un responsable palestinien a déclaré au Times of Israel que le groupe terroriste avait reçu de telles garanties avant de libérer Edan Alexander au mois de mai dernier, les médiateurs insistant alors sur le fait que la libération de l’otage israélo-américain entraînerait des pressions sur Israël de la part des États-Unis en vue de la fin de la guerre – ce qui ne s’est pas encore produit.

Le point de vue d’Israël sur l’état actuel des pourparlers semble plus proche de celui des médiateurs arabes – plus hésitant – que de celui de Witkoff.

Un responsable israélien a fait savoir à la presse lundi que la réponse du Hamas, le 4 juillet, à la dernière proposition de cessez-le-feu avait fait reculer les deux parties et qu’il faudrait peut-être plus de quelques jours pour parvenir à un accord.

Le plan de Netanyahu pour mettre fin à la guerre

Plus tôt dans la journée, lors d’une conférence de presse au Capitole, où il a rencontré Mike Johnson, le président de la Chambre des représentants des États-Unis, le Premier ministre a fait preuve d’intransigeance s’agissant de la nécessité de poursuivre les combats à Gaza jusqu’à ce que le Hamas disparaisse.

« Cela nécessite des actions très douloureuses [pour Israël] et d’autres qui sont aussi très douloureuses pour le Hamas « , a-t-il poursuivi.

Il a expliqué qu’Israël cherchait à obtenir un cessez-le-feu ouvrant la porte à la remise en liberté des otages selon ses propres conditions, et qu’il acceptait la dernière proposition avancée par les médiateurs.

« Nous sommes également prêts à mettre fin à la guerre à condition que le Hamas ne puisse plus agir, qu’il n’ait plus de capacités de gouvernance ni de capacités militaires, et à condition que Gaza ne puisse plus constituer une menace pour Israël », a-t-il poursuivi.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu rencontre le vice-président américain JD Vance à la Maison Blair à Washington, le 8 juillet 2025. (Crédit : Avi Ohayon/GPO)

« Il y a un plan clairement établi sur la manière de procéder », a-t-il indiqué. S’il n’a pas donné de précisions, il a insisté sur le fait que « nous sommes d’accord avec les États-Unis sur ce point ».

Il a exprimé l’espoir qu’un accord sera conclu « dans les meilleurs délais » aux conditions d’Israël, faisant remarquer que cela signifierait que dix otages vivants rentreraient chez eux.

Netanyahu a tenu ces propos quelques heures après que cinq soldats de Tsahal ont été tués par une bombe placée en bord de route dans le nord de la bande de Gaza, intensifiant l’opposition à la poursuite des opérations militaires au sein de l’enclave côtière. Ses détracteurs ont affirmé que le Hamas était suffisamment affaibli pour qu’Israël mette un terme à la guerre, alors que la poursuite des opérations entraînerait inévitablement l’enlisement des militaires sur le terrain pour une durée indéterminée – avec son lot de pertes humaines.

Alors qu’il lui était demandé si l’État juif avait l’intention de prendre le contrôle de la bande, Netanyahu a répondu : « Nous avons l’intention de faire en sorte que le Hamas ne contrôle plus la bande de Gaza. Nous ferons ce qu’il faut pour que cela se produise ». Vingt-quatre heures auparavant, un responsable israélien avait déclaré, à Washington, que Jérusalem n’était pas défavorable à une occupation de Gaza pendant une certaine période – l’État juif confierait ensuite le contrôle des affaires civiles à une autre partie que le Hamas ou l’Autorité palestinienne.

Netanyahu a tenu à souligner ce qu’il a décrit comme un niveau de coordination « sans précédent » entre Israël et les États-Unis.

Si aucune des deux parties n’a diffusé de compte-rendu détaillé de la réunion qui a eu lieu mardi dans le bureau ovale, la Maison Blanche a posté sur Twitter une photo du Premier ministre israélien tenant une casquette rouge arborant le slogan : « Trump avait raison sur toute la ligne ».

Lors de la réunion de son cabinet dans la journée de mardi, Trump avait précisé qu’il parlerait « presque exclusivement de Gaza » avec son invité israélien.

« Nous devons résoudre ce problème. Gaza est une tragédie. Et [Netanyahu] veut le résoudre, je veux le résoudre et je pense que l’autre partie veut le résoudre », avait-il ajouté avant de demander à Witkoff d’intervenir.

« Nous rencontrons, à la demande du président, toutes les familles des otages pour les informer et nous pensons que cela conduira à une paix durable à Gaza », avait alors affirmé Witkoff.

Lors de leur rencontre lundi au cours d’un dîner, Netanyahu et Trump se sont mutuellement félicités des résultats obtenus par les frappes américaines et israéliennes qui ont pris pour cible l’Iran, le mois dernier. Le Premier ministre a remis au président américain une copie de la lettre qu’il avait envoyée pour proposer la candidature de ce dernier au prix Nobel de la paix, expliquant que les bombardements américains qui ont visé la république islamique ont ouvert la voie à la paix dans la région.

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