US: De fausses informations sur la mise à feu de drapeaux israéliens atteignent le Congrès
Marjorie Taylor Greene affirme à tort qu’il est illégal de brûler le drapeau israélien aux États-Unis, illustrant la manière dont la désinformation en ligne peut atteindre les sphères du pouvoir
Mardi, la représentante américaine Marjorie Taylor Greene a repris l’idée erronée selon laquelle il serait illégal de brûler un drapeau israélien aux États-Unis, soulignant ainsi la façon dont la désinformation diffusée en ligne peut toucher les plus hautes sphères du pouvoir et un large public.
Le Times of Israel rapportait dernièrement qu’un juge fédéral de Washington, dans le cadre d’une procédure civile, avait assimilé le drapeau israélien à l’identité juive.
Le titre de l’article a été largement relayé en ligne par des influenceurs conservateurs, lesquels ont affirmé à tort que la décision du juge rendait illégale la combustion du drapeau israélien.
« Il est désormais interdit de brûler un drapeau israélien aux États-Unis, alors qu’il est toujours permis de brûler un drapeau américain. Nous sommes une nation occupée », a écrit le commentateur d’extrême droite Stew Peters sur X, reprenant une rumeur déjà diffusée par de nombreux influenceurs suivis par des centaines de milliers de personnes.
Cette présentation est inexacte. La décision du juge n’a créé aucune nouvelle incrimination pénale et ne remet pas en cause le droit, garanti par le premier amendement, de brûler des drapeaux dans le cadre de manifestations. L’ordonnance ne faisait d’ailleurs aucune mention spécifique des drapeaux israéliens, dont la destruction reste légale aux États-Unis.
« La jurisprudence est claire : brûler un drapeau est parfaitement légal, sauf si l’on cherche à menacer quelqu’un de violence », a rappelé Matthew Mainen, l’un des avocats du plaignant, au Times of Israel. « Il est interdit de brûler un drapeau – qu’il soit américain ou autre – si l’acte peut être considéré comme une menace réelle ou comme une incitation à une action illégale imminente. »
Le juge saisi de l’affaire, Trevor McFadden, nommé par Donald Trump, a assimilé le drapeau au peuple juif en raison de la présence de l’étoile de David, symbole du judaïsme.
« L’effet concret de la décision de McFadden est que si vous brûlez le drapeau israélien appartenant à une personne juive dans l’intention de l’intimider – et il est déjà illégal de détruire la propriété d’autrui sans son accord –, cet acte pourra être qualifié de crime de haine antisémite », a expliqué Mainen.
Ces allégations infondées ont néanmoins été vues des millions de fois en ligne, tandis que les démentis et corrections ont suscité beaucoup moins d’attention.
Alors que ces informations fallacieuses circulaient depuis plusieurs jours, Greene, élue républicaine d’extrême droite, a repris ces propos dans une interview accordée à Megyn Kelly, animatrice conservatrice suivie par des millions de téléspectateurs.
« Israël est le seul pays que je connaisse qui exerce une influence et un contrôle incroyables sur presque tous mes collègues, et je ne sais pas comment l’expliquer », a affirmé Greene.
Et d’ajouter en guise d’explication que « le juge McFadden vient de rendre une décision selon laquelle vous pouvez brûler n’importe quel drapeau aux États-Unis, y compris notre propre drapeau américain, sauf le drapeau israélien ».
« C’est une violation flagrante du premier amendement et cette décision sera annulée dès qu’elle sera portée en appel. Quelle absurdité », a rétorqué Kelly, manifestement peu au fait de l’affaire.
Le bureau de Greene n’a pas répondu aux sollicitations du Times of Israel.
Cette rhétorique reprend des tropes antisémites accusant Israël d’exercer une influence démesurée sur le gouvernement américain, un thème récurrent à l’extrême droite. Elle rappelle aussi des clichés conspirationnistes anciens, popularisés au début du 20ᵉ siècle par le faux antisémite Les Protocoles des Sages de Sion, selon lesquels une cabale juive contrôlerait les leviers du pouvoir.
La désinformation a également été relayée, dans une moindre mesure, par des militants de gauche et pro-palestiniens, un exemple de la « théorie du fer à cheval », qui postule que les extrêmes politiques tendent à se rejoindre à mesure qu’ils s’éloignent du centre.
« Aux États-Unis, il est permis de brûler le drapeau américain – la Cour suprême le dit depuis des dizaines d’années. Mais aujourd’hui, selon cette décision, brûler ou déchirer le drapeau israélien pourrait être qualifié de crime de haine. Le seul drapeau national protégé par le droit américain n’est pas le nôtre, c’est celui d’Israël », a écrit l’activiste de gauche Shaun King.
Ces déclarations interviennent alors que les conservateurs américains se montrent de plus en plus critiques envers Israël à mesure que la guerre à Gaza se prolonge.
« Qu’il en ait conscience ou non, Israël s’est transformé en ennemi public numéro un en laissant durer cette guerre », a estimé Megyn Kelly le mois dernier lors d’un entretien avec Piers Morgan, ancien soutien d’Israël devenu critique.
« Israël a perdu l’appui de ses alliés les plus proches. Le Parti démocrate dans son ensemble s’est retourné contre lui, et chaque jour davantage de républicains prennent leurs distances », a-t-elle ajouté.