Le soutien à Israël faiblit de jour en jour au sein de la base électorale de Trump
Les jeunes républicains rejoignent les isolationnistes du MAGA et les chrétiens conservateurs pour critiquer l'État juif alors que la guerre à Gaza se prolonge ; le président en prend note
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Le podcast « Full Send » des Nelk Boys faisait partie des nombreuses plateformes utilisées par le président américain Donald Trump pour atteindre un public jeune, conservateur et masculin lors de sa campagne électorale réussie l’an dernier.
C’est également cette plateforme que la Maison Blanche a recommandée au Premier ministre Benjamin Netanyahu lorsque son bureau a demandé conseil sur les personnes à interviewer pour atteindre ce même public lors de son voyage à Washington le mois dernier.
L’interview s’est bien déroulée pour Netanyahu, qui a pu s’exprimer sans contrainte sur la guerre menée contre le groupe terroriste palestinien du Hamas à Gaza, le régime de la République islamique, les manifestations anti-Israël sur les campus universitaires, le favori à la mairie de New York, l’anti-Israël Zohran Mamdani, et les raisons pour lesquelles il préfère un Whopper à un Big Mac. (Espérons que ses partenaires de la coalition orthodoxe n’aient pas entendu cette partie).
L’accueil réservé à cet épisode a toutefois été désastreux. La chaîne YouTube du podcast a perdu plus de 10 000 abonnés en une seule journée. Les animateurs ont été la cible d’une avalanche de critiques virulentes pour avoir donné la parole à Netanyahu alors que les commentateurs et leurs collègues influenceurs qualifiaient à plusieurs reprises de « génocide » les événements en cours à Gaza. Dans une tentative manifeste de limiter les dégâts lors d’un livestream le lendemain, l’un des Nelk Boys a approuvé le « bon argument » d’un critique qui avait déclaré qu’inviter le Premier ministre israélien, c’était « comme inviter un Hitler des temps modernes ».
Les Nelk Boys ont ensuite donné la parole à leurs millions d’abonnés, ainsi qu’à une série d’influenceurs anti-Israël, voire antisémites, qui ont critiqué Netanyahu et la poursuite de la guerre à Gaza par Israël.
Si la plupart des détracteurs de cet épisode étaient probablement des gens appartenant à la gauche de l’échiquier politique s’acharnant sur Netanyahu et Israël, cette épreuve a mis en évidence un problème croissant entre le Premier ministre israélien et la base électorale de Trump, notamment parmi les jeunes conservateurs.
Trump est également conscient du problème. Il aurait récemment déclaré à un important donateur juif : « Mon électorat commence à détester Israël. »
Un sondage de CNN réalisé le mois dernier a révélé que la proportion de républicains estimant que les actions d’Israël sont pleinement justifiées est passée de 68 % en 2023 à 52 %.
Un sondage du Pew Research Center, réalisé en avril, a révélé que si les républicains de plus de 50 ans restaient fermement pro-Israël depuis 2022, l’image négative de l’État hébreu chez les jeunes adultes républicains était passée de 35 % à 50 % au cours de ces trois années.
Le mécontentement envers Israël s’est étendu à d’autres segments de la base électorale de Trump, notamment aux isolationnistes qui s’opposent à l’aide étrangère disproportionnée accordée par les États-Unis à Israël, ainsi qu’aux chrétiens conservateurs qui, s’ils sont restés silencieux sur le traitement réservé aux Gazaouis par Israël, s’expriment désormais lorsque leurs coreligionnaires sont victimes d’actes de violence en Cisjordanie et dans la bande de Gaza.
La chaîne de droite One America News Network (OANN) et le Christian Broadcasting Network ont récemment diffusé des reportages mettant en lumière la violence d’Israéliens radicaux en Cisjordanie, un sujet qui, jusqu’à récemment, n’était généralement pas abordé dans ces cercles médiatiques jusqu’à récemment.
Le présentateur de l’OANN n’est autre que l’ancien membre du Congrès républicain Matt Gaetz, qui était le premier choix de Trump pour le poste de procureur général, avant de retirer sa candidature en raison de scandales croissants.
Gaetz reste fidèle à Trump dans ses nouvelles fonctions, qu’il utilise également pour critiquer régulièrement Israël.
L’animosité commence également à s’étendre aux élus républicains en poste.
Les sénateurs républicains ont voté à l’unanimité contre les résolutions du sénateur progressiste Bernie Sanders visant à bloquer les ventes d’armes à Israël, résolutions soutenues par une majorité de démocrates.
Mais le résultat aurait certainement été différent si ce vote avait eu lieu à la Chambre des représentants, où des républicains comme Marjorie Taylor Greene et Thomas Massie n’ont pas été moins critiques envers l’État hébreu que certains démocrates parmi les plus progressistes.
Si Massie s’est retrouvé dans le collimateur de Trump ces derniers mois, Greene est l’une de ses plus ferventes partisanes. Elle a obtenu une place dans la loge de Trump ainsi qu’un temps de parole en prime time lors de la Convention nationale républicaine de l’an dernier.
L’animosité de la députée MAGA envers l’État juif pourrait également être une tentative de régler ses comptes avec les organisations pro-Israël qui l’accusent depuis longtemps d’utiliser une rhétorique antisémite. Mais Greene semble être allée plus loin cette semaine en devenant la première députée républicaine à qualifier la guerre à Gaza de « génocide ».
Il existe également des exemples plus modérés qui indiquent un changement au sein de l’aile MAGA du parti républicain.
En début de semaine, le représentant républicain Lance Gooden a écrit sur le réseau social X : « Soutenir Israël signifie éliminer tous les terroristes barbares du Hamas. Cela signifie également rejeter le massacre et la famine des enfants à Gaza. »
« Nous devons permettre à l’aide d’entrer à Gaza. Mettre fin à cette crise alimentaire permettra non seulement de sauver la vie d’enfants, mais aussi de priver le Hamas de sa capacité à utiliser des enfants innocents comme des pions dans ses actes barbares et dépravés », a ajouté le représentant du Texas.
Ces derniers jours, Trump a utilisé une rhétorique similaire à celle de Gooden et a publiquement rompu avec Netanyahu au sujet de la véracité des informations faisant état d’une famine à Gaza.
Cela a donné lieu à une vague d’articles dans les médias annonçant une rupture entre les deux dirigeants, qui a peut-être été exagérée par des journalistes espérant qu’il y en ait une.
Jeudi, le président a également évité de critiquer Greene lorsqu’on lui a demandé s’il était d’accord avec sa qualification de « génocide », se contentant de répondre : « Ce qui se passe là-bas est terrible. »
Trump s’est déjà opposé plus ouvertement à Netanyahu, allant même jusqu’à l’insulter pour avoir félicité Joe Biden après sa victoire aux élections de 2020.
Mais c’était après avoir quitté ses fonctions, et il a rapidement changé de ton une fois redevenu favori des républicains.
Megyn Kelly says Israel "is losing its standing with the rest of the world" with its response in Gaza.
"It's losing its moral reputation, its moral high ground… time to wrap it up."
???? https://t.co/brKE68GRjO@piersmorgan | @megynkelly pic.twitter.com/rrl66YJ93U
— Piers Morgan Uncensored (@PiersUncensored) July 28, 2025
Une partie croissante de ses partisans n’est cependant pas aussi diplomate et ne défend pas les mêmes intérêts, parfois concurrents, que le président des États-Unis.
« Qu’il en soit conscient ou non, Israël s’est rendu coupable aux yeux du monde entier en laissant cette guerre à Gaza durer aussi longtemps », a déclaré Megyn Kelly, une personnalité conservatrice des médias, lors d’une interview cette semaine avec Piers Morgan, un ancien défenseur d’Israël devenu critique.
« Ils ont perdu le soutien de leurs amis les plus chers, tout le parti démocrate ici aux États-Unis s’est retourné contre eux, et ils perdent chaque jour des républicains ici en Amérique », a-t-elle ajouté.
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