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Des Palestiniens chrétiens font leurs adieux à Saad Salameh et Foumia Ayyad, tués  par un tir israélien errant qui a frappé l'église de la Sainte Famille dans la ville de Gaza, lors de leur cérémonie funéraire à l'église Saint Porphyrius le 17 juillet 2025. (Crédit : Omar al-Qattaa/AFP)
Image principale : Des Palestiniens chrétiens font leurs adieux à Saad Salameh et Foumia Ayyad, tués par un tir israélien errant qui a frappé l'église de la Sainte Famille dans la ville de Gaza, lors de leur cérémonie funéraire à l'église Saint Porphyrius le 17 juillet 2025. (Crédit : Omar al-Qattaa/AFP)
Opinion

Netanyahu laisse d’autres dicter les liens d’Israël avec les chrétiens, avec un préjudice moral et stratégique

Le manque de contrôle du Premier ministre, ami de longue date des évangéliques, sur cette relation essentielle a été mis en évidence la semaine dernière face aux exactions des extrémistes juifs

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Image principale : Des Palestiniens chrétiens font leurs adieux à Saad Salameh et Foumia Ayyad, tués par un tir israélien errant qui a frappé l'église de la Sainte Famille dans la ville de Gaza, lors de leur cérémonie funéraire à l'église Saint Porphyrius le 17 juillet 2025. (Crédit : Omar al-Qattaa/AFP)

S’agissant des relations entretenues par Israël avec le monde chrétien, l’État juif vient de connaître une semaine atroce.

Mercredi dernier, Mike Huckabee, l’ambassadeur des États-Unis en Israël, soutien infatigable et dévoué d’Israël, qui est lui-même chrétien, a envoyé une lettre d’une grande virulence au ministre de l’Intérieur Moshe Arbel, menaçant d’annoncer ouvertement que l’État d’Israël ne désirait plus accueillir de groupes chrétiens sur son territoire.

Israël « se livre, au contraire, à un véritable harcèlement à l’encontre d’organisations entretenant des relations de longue date avec le pays, des organisations fières de leur engagement positif en faveur du sionisme et en faveur de l’amitié envers le peuple juif et envers l’État d’Israël. Hélas, ce dernier leur réserve un traitement négatif, » a écrit l’envoyé américain dans une missive qui a été transmise aux médias israéliens, très probablement par le bureau de Huckabee lui-même, le lendemain.

L’envoyé a également annoncé qu’il encouragerait les chrétiens américains à reconsidérer tout projet de visite en Israël si les problèmes de visa n’étaient pas résolus, ajoutant que des mesures de réciprocité seraient mises en place par ses soins à l’encontre des Israéliens cherchant à obtenir des visas pour les États-Unis.

Huckabee ne s’est pas arrêté là.

Samedi, l’ambassadeur, qui a été également ordonné pasteur au sein de l’église baptiste, s’est rendu dans la ville palestinienne de Taybeh, en Cisjordanie, une localité chrétienne qui a été théâtre d’attaques répétées de la part de partisans du mouvement pro-implantations. La semaine dernière, des extrémistes israéliens ont incendié les champs qui entouraient les ruines de l’église historique de Saint-Georges et le cimetière voisin.

Un feu brûle près du site archéologique des ruines de l’église Saint-Georges dans la ville de Taybeh en Cisjordanie, le 9 juillet 2025. (Autorisation : Station de radio en ligne Nabd ElHaya)

Pendant l’attaque, les responsables de l’église locale ont appelé la ligne d’urgence de la police à deux reprises. Les forces de l’ordre ont répondu que des agents étaient envoyés sur le terrain – des agents qu’ils ont attendus en vain.

Quand il se trouvait à Taybeh, Huckabee n’a pas non plus cherché à dissimuler sa colère.

L’ambassadeur américain en Israël, Mike Huckabee (au centre), serrant la main du père Daoud Khoury, de l’Église grecque orthodoxe, lors de sa visite dans le village chrétien palestinien de Taybeh, en Cisjordanie, le 19 juillet 2025. (Crédit : Jaafar Aashtityeh/AFP)

« Profaner une église, une mosquée ou une synagogue est un crime contre l’Humanité et c’est aussi un crime contre Dieu », a écrit l’ambassadeur sur le réseau social X.

« Je travaille pour TOUS les citoyens américains qui vivent en Israël, qu’ils soient Juifs, musulmans ou chrétiens. Quand ils sont victimes d’actes terroristes, quand ils sont d’un crime, j’exige que les responsables soient tenus de rendre des comptes et que les conséquences soient réelles », a-t-il ajouté.

Lindsey Graham, membre d’un groupe bipartisan de sénateurs américains, lors d’une conférence de presse à Tel Aviv le 22 octobre 2023. (Crédit : GIL COHEN MAGEN / AFP)

Le sénateur Lindsey Graham, un autre sioniste chrétien inconditionnel, s’est également insurgé suite à l’incident. « Ce qui se passe en Cisjordanie me dérange au plus haut point », a-t-il dit devant les caméras de Fox News. « Je veux savoir qui a fait ça et je veux que ces gens soient punis. Et si ce sont des colons de Cisjordanie, je veux qu’ils soient sanctionnés ».

Il y pourtant eu des incidents encore plus graves, la semaine dernière. Jeudi, un obus de char israélien a frappé la seule église catholique de Gaza, tuant trois personnes. Le père Gabriel Romanelli, prêtre de l’église avec lequel l’ancien pape François échangeait quotidiennement, a été blessé dans l’attaque.

Les condamnations ont afflué du monde entier – notamment celle du pape Léon XIV et celle de la Première ministre italienne Giorgia Meloni. Le président américain Donald Trump a réprimandé le Premier ministre Benjamin Netanyahu et il lui a demandé de faire part de ses regrets.

Le père Gabriel Romanelli, curé de l’église de la Sainte-Famille à Gaza, reçoit des soins après avoir été blessé par des tirs de chars israéliens sur l’église, à l’hôpital Arab Ahli, également connu sous le nom de Baptiste, le 17 juillet 2025. (Crédit : Omar al-Qattaa/AFP)

Ces trois incidents – qui surviennent dans le sillage de plusieurs années de harcèlement à l’égard des chrétiens de Jérusalem et d’actes de vandalisme de sites du Christianisme commis par des extrémistes juifs – se sont produits à une période où la communauté internationale condamne Israël de manière croissante et où l’antisémitisme est en recrudescence, à un moment de l’Histoire où Israël devrait, au contraire, accueillir avec chaleur ses amis.

Mais Israël continue de permettre à certains de ses des citoyens de violer les principes du pays, entraînant des dommages irréparables à son image et à sa réputation.

Le pire, c’est que tous ces événements récents auraient pu être évités. Mais Netanyahu et son gouvernement ont peur d’affirmer leur autorité – laissant les extrémistes, et ceux qui se refusent à comprendre le caractère déterminant des liens unissant Israël et les chrétiens, fixer l’ordre du jour, infligeant des dommages stratégiques à l’État juif.

La grande majorité des sionistes dans le monde sont chrétiens

Au-delà de l’impératif moral vital qu’est la protection des minorités religieuses et de leurs lieux saints, le positionnement mondial d’Israël dépend de ses relations avec le monde chrétien.

La grande majorité des sionistes dans le monde sont chrétiens. Les alliés les plus proches d’Israël sont des pays majoritairement ou officiellement chrétiens, et les plus grandes confessions issues du christianisme, sur le globe, ont un nombre important de leurs lieux les plus saints sur le sol israélien.

Le patriarche grec orthodoxe de Jérusalem Theophilos III, à gauche, allume des bougies pour les pèlerins chrétiens lors de la cérémonie du feu sacré, dans l’église du Saint-Sépulcre où, selon la tradition, Jésus a été crucifié et enterré, dans la Vieille ville de Jérusalem, le samedi 19 avril 2025. (Crédit : AP Photo/Mahmoud Illean)

Des partenaires régionaux proches – comme la Grèce, Chypre et la Moldavie – sont en grande majorité chrétiens orthodoxes. C’est aussi le cas de la Russie, une puissance mondiale avec laquelle Israël entretient des liens profonds mais complexes en matière de sécurité et d’économie. La moitié des chrétiens palestiniens et une minorité significative de ceux qui vivent sur le sol israélien sont orthodoxes, et ce qu’ils subissent actuellement a des conséquences sur les 260 millions de croyants dans le monde.

L’Église catholique compte 1,4 milliard de fidèles dans le monde, des fidèles qui prêtent une oreille attentive à ce que dit le pape. Des pays européens de premier plan comme l’Italie, la France et l’Espagne considèrent le bien-être de la communauté catholique et la protection des sites chrétiens en Israël comme des éléments essentiels de leurs relations bilatérales avec le pays.

Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot devant la Vieille Ville de Jérusalem, depuis le Mont des Oliviers, lors de sa visite à Jérusalem, le 7 novembre 2024. (Crédit : AP Photo/Maya Alleruzzo)

Par exemple, les visites de hauts responsables français sont régulièrement éclipsées par des querelles portant sur les privilèges accordés à leurs quatre lieux saints à Jérusalem et dans ses environs. Au mois de novembre dernier, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, s’était rendu en Israël pour discuter d’un éventuel accord de cessez-le-feu à Gaza et au Liban, mais son voyage s’était déroulé dans l’ombre d’un conflit diplomatique déclenché par l’arrestation, par des policiers israéliens, de deux gardiens d’une église appartenant aux Français à Jérusalem.

Les relations d’Israël avec ces églises puissantes et hiérarchisées sont complexes et parfois hostiles, mais le pays bénéficie du soutien enthousiaste et dévoué d’un autre groupe chrétien de premier plan : la communauté des protestants évangéliques.

Illustration : Des leaders religieux prient avec le président américain Donald Trump lors d’un rassemblement de partisans évangéliques à l’église King Jesus International Ministry à Miami, en Floride, le 3 janvier 2020. (Crédit : AP Photo/Lynne Sladky/File)

Jusqu’à 100 millions d’Américains disent être évangéliques, apportant à l’État juif des financements et un poids politique important. La plus grande organisation chrétienne sioniste, Christians United for Israel, compte davantage de membres qu’il n’y a de Juifs aux États-Unis. Ils exercent des pressions sur les élus, ils organisent des rassemblements et des prières, ils envoient de l’argent et ils se rendent en Israël à l’occasion de pèlerinages et de visites de solidarité. Ils l’ont même fait en temps de guerre.

Trump a expliqué qu’il avait déplacé la capitale d’Israël à Jérusalem en 2017 « pour les évangéliques »

Les évangéliques représentent également l’essentiel de l’électorat de la coalition de Trump. Ce dernier a expliqué qu’il avait déplacé la capitale d’Israël à Jérusalem en 2017 « pour les évangéliques », et avait déploré que « les évangéliques aient été plus enthousiastes au sujet de cette initiative que ne l’ont été les Juifs ».

Des pèlerins chrétiens évangéliques du Brésil assistent à une cérémonie de baptême dans les eaux du Jourdain à Yardenit, dans le nord d’Israël, le 7 octobre 2017, pendant la fête juive de Sukkot, ou fête des Tabernacles. (Crédit : AFP/ MENAHEM KAHANA)

Les sionistes chrétiens sont motivés par trois choses, explique l’évêque Robert Stearns, fondateur des Eagles’ Wings Ministries : ils sont motivés par une « dette de gratitude éternelle » à l’égard du peuple juif qui a été à la base des récits, de la vision du monde et de l’inspiration du christianisme ; par une « dette de repentance éternelle » pour les atrocités commises à l’encontre des Juifs sous la bannière du christianisme ; et par une menace commune provenant d’une « alliance impie », une alliance constituée par des groupes d’extrême gauche avec une vision radicale de l’islam.

Le pasteur Sam Rodriguez (à gauche) et l’évêque Robert Stearns (à droite) à Jérusalem, en février 2025 (avec l’aimable autorisation d’Eagles’ Wings)

L’une des organisations sionistes chrétiennes mentionnées dans la lettre de Huckabee est l’Ambassade chrétienne internationale à Jérusalem (ICEJ).

Présente dans 180 pays, l’ICEJ a été la force motrice du tournant pro-israélien de petits pays d’Amérique centrale et du Pacifique.

Dans les années 1950, un scientifique américain spécialiste du nucléaire, Victor Schlatter, s’était installé avec son épouse, Elsie, sur les hauts plateaux de la Papouasie-Nouvelle-Guinée avec pour objectif de traduire la Bible dans les langues locales. Il avait également établi un réseau de plus de cent églises qui prêchaient le soutien à Israël. Représentants de l’ICEJ dans la région du Pacifique depuis les années 1980, Schlatter et son épouse avaient amené des milliers de pèlerins en Israël pour les célébrations annuelles de la Fête des Tabernacles, à l’occasion de la fête de Souccot.

Victor Schlatter. (Crédit : ICEJ)

La Papouasie-Nouvelle-Guinée a transféré son ambassade à Jérusalem en 2023 et les îles Fidji le feront au mois de novembre, tous deux grâce à l’ICEJ. Le groupe a également joué un rôle déterminant dans la relocalisation de la mission du Guatemala.

David Parsons, vice-président de l’ICEJ, avait coécrit le projet original de la loi de 1995 qui était consacrée à la relocalisation de l’ambassade des États-Unis à Jérusalem, un texte qui, de surcroît, reconnaissait Jérusalem en tant que capitale d’Israël.

L’organisation a aidé près de 200 000 Juifs à faire leur alyah, a indiqué Parsons, et elle a fait construire environ 500 abris antiaériens en Israël au cours de la dernière décennie.

Les groupes chrétiens n’ont pas ménagé leurs efforts depuis le pogrom perpétré par le Hamas dans le sud d’Israël, le 7 octobre 2023.

L’une des rares histoires positives survenues immédiatement après le massacre avait été celle d’un groupe réunissant des cow-boys venus travailler bénévolement dans des fermes israéliennes par l’intermédiaire de HaYovel, une organisation chrétienne sioniste dont le siège est installé au sein de l’avant-poste de Har Bracha, au centre de la Cisjordanie. Des dizaines d’autres organisations chrétiennes s’étaient rendues au sein de l’État juif au cours des premiers mois de la guerre, ses membres se portant volontaires pour les travaux dans les champs. Ils avaient visité les sites des massacres et ils avaient donné des millions de dollars aux communautés dévastées et aux familles déplacées.

John Blocher, un cow-boy du Montana, fait du bénévolat à Mehola, en Cisjordanie, le 9 novembre 2023. (Crédit : Gavriel Fiske/Times of Israel)

Malgré ce soutien passionné, les chrétiens évangéliques ont également été la cible d’actes d’intimidation et de harcèlement ces dernières années. Au mois de mai 2023, des centaines de Juifs religieux, avec à leur tête le maire adjoint de Jérusalem, Aryeh King, avaient manifesté aux abords du mur Occidental, laissant éclater leur fureur alors que des chrétiens qui prenaient part à un jeûne de 21 jours s’étaient retrouvés, répondant à un appel à la prière.

Dans un article paru dans le quotidien hébréophone Maariv, le président de l’ICEJ, Juergen Buehler, avait évoqué des événements « sans précédent ». « C’est l’une des rares fois en Israël où j’ai craint une agression. Je n’avais jamais connu une telle hostilité auparavant », avait confié Buehler, pasteur et physicien de carrière, né en Allemagne, qui s’était installé en Israël en 1994 et dont les deux fils ont depuis servi dans des unités de combat de Tsahal.

La manifestation violente survenue au mur Occidental, au mois de mai, « a pris pour cible des gens qui ont dépensé beaucoup d’argent pour un voyage en Israël et qui ont finalement vécu une très mauvaise expérience en Terre sainte », avait regretté Buehler.

Des activistes juifs se heurtent à la police lors d’une manifestation contre une conférence de chrétiens devant le Centre Davidson à Jérusalem, Israël, le 28 mai 2023. (Crédit : Arie Leib Abrams/ Flash90)

Un incident qui n’avait pas été isolé. Il avait suivi d’autres incidents de ce type, avec notamment des membres du clergé et des chrétiens qui avaient essuyé les crachats de jeunes Juifs orthodoxes, principalement dans la Vieille ville de Jérusalem – des actes susceptibles d’entrer dans la catégorie des crimes de haine. Des églises et des cimetières avaient été aussi vandalisés. Il y avait eu des agressions physiques.

L’année dernière seulement, 111 cas d’attaques contre des chrétiens ont été signalés, selon le Centre Rossing pour l’Éducation et le Dialogue.

Priorité et souveraineté

Cette série d’incidents ne signifie pas du tout que les Israéliens et les hauts responsables sont hostiles aux chrétiens et à leur soutien à Israël.

Aucun Premier ministre n’a été aussi proche des évangéliques que peut l’être Netanyahu. Son retour au pouvoir, en 2009, avait coïncidé avec la montée en puissance des évangéliques au niveau politique – il faut noter que le soutien à l’État juif est l’un des fondements de la théologie de cette église.

Le proche collaborateur de Netanyahu qui est aujourd’hui ministre des Affaires stratégiques, Ron Dermer, avait indiqué lors d’une conférence organisée en 2021 qu’Israël devait privilégier le soutien « passionné et sans équivoque » apporté par les chrétiens évangéliques à celui susceptible d’être apporté par la communauté juive américaine. « Tout le monde doit comprendre que l’épine dorsale du soutien à Israël, aux États-Unis, est constituée par les chrétiens évangéliques », avait-il déclaré.

Le Premier ministre Netanyahu lors d’un sommet de l’organisation Christians United for Israel à Washington, le 23 juillet 2018 (Crédit : Twitter)

Au fil du temps, de hauts responsables israéliens et des rabbins ont également condamné le harcèlement des chrétiens.

« Nous prenons au sérieux les brimades, la violence et les actes de haine et de vandalisme de toute nature », avait commenté la police israélienne lors d’un entretien avec le Times of Israel, l’année dernière. « En conséquence, toute information ou plainte reçue par la police concernant une tentative d’atteinte à des personnalités religieuses, à des sentiments religieux ou à des lieux saints est examinée et traitée de manière professionnelle et approfondie, avec l’aide tous les outils dont nous disposons ».

La police avait condamné « les comportements de tout enfant, jeune ou adulte visant à porter atteinte à des chrétiens ou leur portant directement préjudice ». Elle avait ajouté que ces comportements étaient « dignes de mépris ».

Un homme juif crache sur des chrétiens à Jérusalem lors d’un défilé pour le festival de Sukkot, le 4 octobre 2023. (Crédit : Police israélienne)

Dans le sillage de la diffusion du rapport établi par le Centre Rossing, le ministère des Affaires étrangères a déclaré au Times of Israel que s’il y avait « très certainement matière à amélioration », tous les hauts responsables israéliens – avec parmi eux les grands rabbins – ont condamné clairement et ouvertement les attaques qui prennent pour cible les chrétiens, réaffirmant leur droit de vivre et de pratiquer leur culte en toute sécurité et en toute liberté au sein de l’État juif.

« Je pense que le Premier ministre et d’autres personnalités qui ont une vision plus large du monde reconnaissent l’importance des sionistes chrétiens », a indiqué Parsons, de l’ICEJ.

Ce ne sont pas les décisionnaires qui posent problème. C’est leur manque de volonté d’imposer les lois et les valeurs d’Israël aux extrémistes radicaux – souvent pour des raisons politiques – et c’est leur incapacité à accorder la priorité aux relations tissées par Israël avec les divers éléments du monde chrétien

Le bureau de Netanyahu est intervenu dimanche pour résoudre – avec succès – la question des visas, a fait savoir au Times of Israel Calev Myers, un avocat qui représente les chrétiens en Israël.

Huckabee a également remercié le Premier ministre dans un communiqué qui annonçait que le problème était « entièrement résolu ».

Ce ne sont pas les décisionnaires qui posent problème. Ce qui pose problème, c’est leur manque de volonté d’imposer les lois et les valeurs d’Israël aux extrémistes radicaux – souvent pour des raisons politiques – et c’est leur incapacité à accorder la priorité aux relations tissées par Israël avec les divers éléments du monde chrétien.

Selon un responsable chrétien, sioniste convaincu, qui vit en Israël, la querelle sur la question des visas est imputable « aux bureaucrates de niveau intermédiaire du ministère de l’Intérieur, dont la vision du monde est beaucoup plus limitée ».

Le parti ultra-orthodoxe Shas insiste pour garder la mainmise sur le puissant ministère de l’Intérieur dans le cadre de ses accords de coalition – ce qui lui donne de l’influence et ce qui lui permet de déterminer qui est reconnu comme Juif dans le pays. Il remplit le ministère de loyalistes, dont un grand nombre de personnes qui considèrent les chrétiens comme des missionnaires à combattre ou, au mieux, qui ne reconnaissent pas l’importance du soutien apporté par les chrétiens à Israël.

C’est l’un de ces bureaucrates nommés par le Shas qui est à l’origine des problèmes de visas qui ont été rencontrés par les groupes chrétiens, a confié au Times of Israel le chef de l’une de ces organisations : « Tout se résume à une seule fonctionnaire, une femme qui est à la tête de la section dédiée aux visas au sein du ministère de l’intérieur. Elle a agi de manière délibérée et intentionnelle à chaque fois ».

Annonçant que la question était résolue, Huckabee a attribué la responsabilité de la querelle sur les visas à des responsables de niveau intermédiaire : « Je suis convaincu que le ministre de l’Intérieur n’était pas pleinement conscient des changements qui avaient été imposés », a-t-il dit.

Le ministère de l’Intérieur n’a pas répondu aux demandes de commentaires du Times of Israel.

Les violences commises par les partisans du mouvement pro-implantations en Cisjordanie et les crachats essuyés par les chrétiens, dans la Vieille ville, sont contraires à la loi israélienne et la police affirme qu’elle s’efforce d’appréhender les agresseurs. Pourtant, le phénomène persiste – ce qui indique que quelque part dans la chaîne de commandement, le problème n’est tout simplement pas prioritaire.

Le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, et le commissaire en chef de l’administration pénitentiaire israélienne, Kobi Yaakobi, visitent une prison dans le centre d’Israël, le 8 janvier 2025. (Crédit : Chaim Goldberg/Flash90)

Certains disent que le ministre de la Sécurité nationale d’extrême droite, Itamar Ben Gvir, est à l’origine du problème. Il a été accusé par la procureure-générale Gali Baharav-Miara, par des experts juridiques et d’autres d’utiliser son autorité d’une manière susceptible de constituer une « intervention illégitime » dans le travail et dans le fonctionnement interne des forces de l’ordre, utilisant les perspectives de promotion comme outil de manipulation à l’encontre des policiers, un outil dont il n’hésite pas à faire usage pour influencer le processus de prise de décision.

Au mois de décembre, un officier supérieur de la Division de Cisjordanie de la police israélienne a été arrêté, soupçonné d’avoir fermé les yeux sur des informations qui portaient sur des violences commises par des partisans du mouvement pro-implantations. Il avait gardé le silence dans le but d’obtenir une promotion de la part de Ben Gvir.

Vue des dégâts subis par l’église de la Sainte Famille dans la ville de Gaza après une frappe israélienne sur l’église, dans le quartier de Zeitoun de la ville de Gaza, le 17 juillet 2025. (Crédit : Omar AL-QATTAA / AFP)

L’armée a expliqué que les tirs des chars qui ont endommagé une église de Gaza avaient été accidentels, rappelant qu’elle s’efforce d’éviter toute atteinte aux civils et aux sites religieux. Il est difficile d’imaginer que Tsahal ait intentionnellement visé le lieu de culte.

Pourtant, les hauts-responsables politiques et les commandants militaires israéliens ne sont pas tirés d’affaire pour autant. Si l’armée décide qu’elle doit s’abstenir à tout prix de toucher une cible non-désirée, elle dispose de nombreux outils pour s’assurer que les soldats ne lanceront pas d’attaque pas dans une direction donnée. Tsahal a veillé à éviter toute frappe susceptible de toucher des zones où pouvaient se trouver des otages israéliens.

Le patriarche latin de Jérusalem, le cardinal Pierbattista Pizzaballa, et le patriarche orthodoxe Theophilus III dans l’église de la Sainte-Famille de Gaza, le 18 juillet 2025, un jour après que l’église ait été endommagée par un obus tiré d’un char israélien situé à proximité (Crédit : Patriarcat grec orthodoxe de Jérusalem).

Si elle avait reconnu le caractère particulièrement sensible de l’église, avec le fait que des centaines de civils s’y étaient abrités et que les lieux avaient de l’importance aux yeux des chrétiens du monde entier, l’armée israélienne aurait ordonné à ses soldats de s’abstenir d’ouvrir le feu à ses abords.

Et si l’armée était trop concentrée sur la lutte tactique menée à l’encontre des terroristes pour penser aux implications stratégiques de l’église, les dirigeants politiques auraient dû transmettre des instructions claires aux chefs militaires israéliens.

Les soldats en opération dans la bande de Gaza, une photo diffusée le 14 juillet 2024. (Crédit : Tsahal)

La question se résume à la volonté affichée par Netanyahu et par son gouvernement de permettre aux citoyens et aux responsables de se tailler de petits fiefs où l’état de droit et le sens stratégique d’Israël n’entrent pas en ligne de compte.

Par crainte de heurter ses partenaires d’extrême droite, le gouvernement n’est pas parvenu à empêcher les extrémistes de Cisjordanie d’attaquer – et même d’assassiner – des Palestiniens en Cisjordanie. Il pourrait encore plus facilement mettre fin au harcèlement des chrétiens dans la Vieille ville, mais il n’a pas fait de cette question une priorité.

Les bureaucrates sont capables de rendre la vie difficile aux sionistes ardents qui souhaitent venir en Israël pour prier et pour afficher leur solidarité avec l’État juif, un constat qui a conduit à des menaces drastiques de la part des amis d’Israël, même les plus proches.

Et les soldats qui se trouvent sur le terrain à Gaza, des troupes qui se concentrent sur la lutte complexe contre de dangereux terroristes, n’ont pas reçu d’instructions claires concernant les sites le plus importants aux niveaux stratégique et moral.

Quand des problèmes ont fait leur apparition – comme cela a pu être le cas de la lettre de Huckabee, d’un projet de loi qui, en 2023, s’attaquait aux missionnaires ou de la fermeture, pendant trois jours, de l’église du Saint-Sépulcre en signe de mécontentement contre de nouvelles mesures fiscales en 2018 – Netanyahu et ses principaux collaborateurs se sont démenés pour trouver des solutions, mais le mal avait déjà été fait.

Le patriarche grec-orthodoxe de Jérusalem Théophile III lit un communiqué à la presse aux côtés du gardien de la terre sainte, le frère Francesco Patton et de l’évêque arménien Siwan,à gauche, devant les portes closes de l’église du saint-sépulcre, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 25 février 2018 (Crédit : AFP/ GALI TIBBON)

« Le personnel est politique » : ce slogan était associé à la Maison Blanche de Ronald Reagan. Il est toutefois susceptible de s’appliquer également à Jérusalem. Netanyahu n’a pas créé de poste de conseiller pour les affaires chrétiennes et, par conséquent, la question est reléguée au second plan au profit de considérations tactiques sur le champ de bataille, dans la politique de coalition, appréhendée sous l’angle des besoins exprimés par d’autres groupes d’intérêt.

Les groupes et les communautés chrétiennes en Israël disent qu’ils n’ont pas d’interlocuteur à qui faire part de leurs inquiétudes au sein du gouvernement israélien

En l’absence d’un haut responsable influent chargé du dossier, personne n’est en mesure d’identifier les problèmes potentiels avant qu’ils ne se révèlent au grand jour, et il s’avère impossible de les résoudre avant qu’ils ne deviennent des désastres en termes de diplomatie ou de relations publiques.

Qui plus est, les groupes et les communautés chrétiennes en Israël affirment qu’ils n’ont pas d’interlocuteur à qui faire part de leurs inquiétudes au sein du gouvernement israélien. Le bureau du Premier ministre, le ministère des Affaires étrangères, le ministère de l’Intérieur, le ministère des Affaires religieuses, la police israélienne et la municipalité de Jérusalem tiennent tous un rôle important, mais aucun d’entre eux n’a l’autorité nécessaire pour prendre en charge la question dans son ensemble.

Si la querelle des visas est résolue, de nombreuses questions restent en suspens.

Et avec un gouvernement qui refuse de garantir que les extrémistes, au sein du gouvernement et de la société, ne mettront pas en danger les chrétiens et les relations entre ces derniers et Israël, nul doute que d’autres crises ne manqueront pas de faire leur apparition à l’avenir.

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