Trois morts dans une frappe présumée sur la seule église catholique de Gaza
Tsahal enquête sur une frappe présumée contre l’église de la Sainte-Famille à Gaza ; le Vatican dénonce une attaque meurtrière, Israël exprime sa "profonde tristesse"
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Une frappe israélienne présumée sur l’église catholique de la Sainte-Famille à Gaza a fait trois morts et neuf blessés jeudi, selon le Patriarcat latin de Jérusalem, suscitant une condamnation internationale et une réponse officielle d’Israël, qui a exprimé sa « profonde tristesse ». Tsahal a déclaré qu’il enquêtait sur l’incident, et le ministère des Affaires étrangères a déclaré qu’Israël « ne prend jamais pour cible des églises ou des sites religieux. »
Dans un communiqué, le Patriarcat latin a déclaré que la frappe avait touché l’enceinte de la Sainte-Famille, blessant notamment le curé de la paroisse, le père Gabriel Romanelli, et causant des dégâts à l’édifice.
« Le Patriarcat latin condamne fermement cette tragédie et cette attaque visant des civils innocents ainsi qu’un lieu sacré », indique le communiqué, ajoutant que les victimes s’étaient réfugiées dans l’enceinte de l’église comme dans un havre de sécurité, « après que leurs maisons, leurs biens et leur dignité leur avaient déjà été arrachés ».
« Cette guerre atroce doit prendre fin entièrement », conclut le texte.
Le père Romanelli, de nationalité argentine, a été légèrement blessé à la jambe, a indiqué l’agence de presse italienne ANSA. De nationalité argentine, Romanelli donnait régulièrement des nouvelles du défunt pape François tout au long de la guerre à Gaza.
Des images montrent une partie du toit de l’église effondrée, à côté d’une croix en pierre endommagée, ainsi que des fenêtres soufflées par l’explosion.
Les médecins de l’hôpital al-Ahli ont déclaré que deux femmes avaient été tuées, mais ce bilan n’a pas pu être confirmé. Un homme blessé est décédé plus tard.
Le Patriarcat latin de Jérusalem a identifié les victimes comme étant Najwa Abu Daoud, Saad Issa Kostandi Salameh et Foumia Issa Latif Ayyad.
L’église accueillait à la fois des chrétiens et des musulmans, dont des enfants handicapés, selon le directeur par intérim de l’hôpital al-Ahli, Fadel Naem, où ont été admis les blessés.
In a deeply shocking incident, an Israeli drone strike targeted the #Church of the Latin Convent in the heart of #Gaza City. Since October 7, 2023, the church represents a vital sanctuary for hundreds of displaced Palestinians. pic.twitter.com/IAOzIa9Pvd
— Palestine International Broadcast (@PBI_PS) July 17, 2025
Le pape Léon XVI a exprimé sa tristesse face aux pertes humaines et a réitéré son « profond espoir de dialogue, de réconciliation et de paix durable dans la région », sans toutefois condamner directement l’attaque.
Dans un télégramme signé par le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’État du Vatican, il s’est dit « profondément attristé d’apprendre la perte de vies humaines et les blessures causées par l’attaque militaire », assurant le père Romanelli et la communauté paroissiale de sa « proximité spirituelle ».
Le ministère israélien des Affaires étrangères a indiqué qu’Israël « exprime sa profonde tristesse pour les dommages [causés à l’église] et pour toute victime civile ».
« Israël ne prend jamais pour cible les églises ou les sites religieux et regrette tout dommage causé à un site religieux ou à des civils non impliqués », poursuit le communiqué. « Tsahal examine cet incident, dont les circonstances ne sont toujours pas claires, et les résultats de l’enquête seront publiés de manière transparente. »
De son côté, Tsahal a déclaré être « avoir connaissances d’informations concernant les dommages causés à l’église de la Sainte-Famille dans la ville de Gaza et les victimes sur les lieux ».
« Tsahal fait tous les efforts possibles pour minimiser les dommages causés aux civils et aux structures civiles, y compris les sites religieux, et regrette les dégâts qui ont été causés », ajoute le communiqué.
Les circonstances de l’incident sont « en cours d’examen », a précisé l’armée.
Israël accuse le groupe terroriste palestinien du Hamas de se fondre dans la population civile de Gaza.
Le cardinal Pierbattista Pizzaballa, patriarche latin de Jérusalem, a affirmé qu’un obus de char israélien avait frappé l’église de la Sainte-Famille, l’unique église catholique de la bande de Gaza, plus tôt dans la journée.
« Ce que nous savons avec certitude, c’est qu’un char – une erreur nous dit Tsahal, mais nous n’en sommes pas sûrs – a frappé directement l’église, l’église de la Sainte-Famille, l’église latine », a-t-il affirmé à Vatican News.
« Nous ne disposons pas d’informations complètes sur ce qui s’est passé aujourd’hui à Gaza, car la communication y est compliquée », a déclaré Pizzaballa.
« Il est trop tôt pour tirer des conclusions. Nous devons comprendre ce qui s’est passé, ce qu’il faut faire, en particulier pour protéger notre peuple, et bien sûr veiller à ce que de telles choses ne se reproduisent plus », a-t-il poursuivi. « Nous verrons ensuite comment avancer, mais une chose est certaine : nous ne laisserons jamais [la communauté catholique de Gaza] seule. »
Les autorités italiennes ont condamné Israël
« Les raids israéliens sur Gaza ont également touché l’église de la Sainte-Famille », a écrit la Première ministre Giorgia Meloni sur X. « Les attaques contre la population civile qu’Israël mène depuis des mois sont inacceptables. Aucune action militaire ne peut justifier un tel comportement. »
Le ministre italien des Affaires étrangères, Antonio Tajani, a qualifié la frappe de « grave atteinte à un lieu de culte chrétien ».
« Je présente mes sincères condoléances au père Romanelli, blessé dans le raid », a-t-il publié sur X.
Sur les plus de deux millions d’habitants de la bande de Gaza, environ un millier sont chrétiens. La majorité appartient à l’Église orthodoxe, mais le Patriarcat latin dénombre environ 135 catholiques.
Depuis le début de la guerre déclenchée en octobre 2023, l’église de la Sainte-Famille a servi de refuge à plusieurs membres de la communauté catholique, ainsi qu’à des chrétiens orthodoxes.
Dans son dernier message de Pâques, un jour avant sa mort le 21 avril, le pape François avait condamné à plusieurs reprises la « situation humanitaire déplorable » dans la bande de Gaza et lancé des appels à la fin de la guerre.
Totalement inacceptable
Monseigneur Pascal Gollnisch, directeur de l’Œuvre d’Orient, a déclaré à l’AFP que le raid était « totalement inacceptable ».
« C’est un lieu de culte. C’est une église catholique connue pour son attitude pacifique, pour être un artisan de paix. Ce sont des gens au service de la population », a-t-il déclaré à l’AFP.
« Il n’y avait pas d’objectif stratégique, il n’y avait pas de djihadistes dans cette église. Il y avait des familles, il y avait des civils. C’est totalement inacceptable et nous condamnons avec la plus grande fermeté cette attitude de la part d’Israël ».
L’organisation catholique Caritas Jérusalem a indiqué que deux des trois victimes sont le concierge de la paroisse, âgé de 60 ans, et une femme de 84 ans qui recevait un soutien psychosocial à l’intérieur d’une tente installée dans l’enceinte de l’église. Neuf autres personnes auraient été blessées, dont quatre grièvement, selon un premier bilan fourni par l’église.
« Nous prions pour que leurs âmes reposent en paix et pour que cette guerre barbare prenne fin. Rien ne peut justifier le ciblage de civils innocents », a réagi le Patriarcat latin de Jérusalem dans un communiqué.
La France a condamné le bombardement « inadmissible » de l’église catholique de la Sainte-Famille à Gaza, « placée sous la protection historique de la France », qui a fait deux morts, a posté jeudi sur X le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot.
« J’ai exprimé au Patriarche latin de Jérusalem l’émotion et la solidarité de notre pays. Ces attaques sont intolérables, il est temps que le carnage à Gaza cesse », a écrit le ministre.
Plus de 21 mois de guerre ont créé des conditions humanitaires désastreuses pour la population de Gaza, déplaçant la plupart des habitants au moins une fois et provoquant de graves pénuries de nourriture et d’autres produits de première nécessité.
La guerre a été déclenchée le 7 octobre 2023, par le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas, au cours duquel des milliers de terroristes dirigés par le groupe ont envahi le sud d’Israël où ils ont assassiné plus de 1 200 personnes. Les terroristes ont également enlevé 251 personnes pour les emmener en otages dans la bande de Gaza, où 49 sont toujours détenus, ainsi que la dépouille d’un soldat de Tsahal tué en 2014.
Selon le ministère de la Santé de Gaza, dirigé par le Hamas, plus de 58 000 personnes dans la bande auraient été tuées ou sont présumées mortes dans les combats jusqu’à présent, mais ce bilan ne peut être vérifié et ne distingue pas entre les civils et les terroristes.
Israël affirme avoir éliminé environ 20 000 terroristes dans les combats depuis janvier et 1 600 autres terroristes à l’intérieur d’Israël lors de l’assaut meurtrier du 7 octobre.
Le bilan de l’offensive terrestre israélienne contre le Hamas à Gaza et des opérations militaires menées le long de la frontière avec la bande de Gaza s’élève à 454 morts. Ce bilan inclut deux officiers de police et trois employés civils du ministère de la Défense.
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