Par une douce soirée de début octobre, trois semaines avant les élections législatives israéliennes, des dizaines de jeunes immigrés anglophones se sont pressés à la ZOA House, dans le centre-ville de Tel Aviv, pour écouter Ofer Winter. Cet ancien général iconoclaste de l’armée israélienne a récemment fondé le parti nationaliste Amkha Yisrael, qui a bouleversé la campagne électorale. À une table installée à l’extérieur de la salle de réunion, les participants se servaient dans une pile de tee-shirts violets arborant l’inscription « Winter is Coming ».
Dans la bataille acharnée qui oppose le gouvernement de Benjamin Netanyahu à un bloc de partis allant de la gauche à la droite et cherchant à le renverser, Winter a défié toute catégorisation claire. D’un côté, il a fustigé les Palestiniens et exprimé son soutien à un nouveau gouvernement dirigé par Netanyahu. Mais il a subordonné ce soutien à des exigences politiques incompatibles avec celles des autres alliés de Netanyahu, notamment un projet de loi visant à soumettre les ultra-orthodoxes au service militaire.
Selon les jours, Winter a tantôt promis une loyauté sans faille à Netanyahu, tantôt laissé entendre qu’il pourrait envisager d’autres options. Les craintes que Winter ne « donne des voix de droite à la gauche » ou ne les gaspille en ne franchissant pas le seuil électoral israélien ont fait de lui une cible de choix de la campagne du Likud. « Il est interdit de voter pour Winter », déclare le narrateur dans une publicité.
Winter, 55 ans, trapu, arbore une chevelure poivre et sel, une barbe rasée de près et un sourire omniprésent : un choix plausible pour incarner le Père Noël lors de la fête de Noël de Tsahal au sein de son bureau. Coiffé d’une kippa et vêtu d’un polo noir, il a présenté son programme devant une foule de nouveaux Israéliens.
« Nous sommes un parti de droite », a-t-il expliqué dans un anglais à l’accent prononcé. « Mais être de droite ne signifie pas rester ancré dans les politiques ratées du passé. »
En retraçant les détails de ses 34 ans de carrière militaire, il a cherché à souligner son absence de racisme, se démarquant implicitement de deux autres hommes politiques portant la kippa – Itamar Ben Gvir et Betzalel Smotrich – qui, aux yeux de certains, ont fait d’Israël le synonyme de la haine anti-arabe.
« J’ai servi sous les ordres d’Imad Fares, un commandant druze et un frère », a déclaré Winter à l’auditoire. « J’ai combattu aux côtés de Mohammed Heib, un officier bédouin qui m’a couvert sous le feu ennemi à Gaza. Cette expérience m’a appris qu’Israël est plus fort lorsque les Israéliens sont unis. »
La foule a applaudi comme il se doit.
Mais alors que Winter exposait les détails de son programme politique – notamment son projet visant à faciliter la « migration volontaire » depuis Gaza -, il a commencé à perdre une partie des participants les plus libéraux (« expulsion », a chuchoté une femme à son amie).
« Le 7-Octobre a tout changé », a poursuivi Winter, qui s’était précipité sur la ligne de front ce jour-là, en 2023, pour aider à repousser l’assaut barbare et sadique du groupe terroriste palestinien du Hamas, au cours duquel plus de 1 200 personnes ont été massacrées dans le sud d’Israël et 251 enlevées vers la bande de Gaza.
« Israël est plus fort lorsque les Israéliens sont unis »
Le 7-Octobre occupe une place centrale dans l’identité politique de Winter. Il a non seulement fourni le point de départ de la campagne d’un homme qui affirme n’avoir eu aucune ambition politique auparavant, mais aussi constitué une arme qu’il a habilement maniée pour attaquer à la fois le gouvernement Netanyahu et l’establishment de la sécurité, majoritairement de gauche, au sein duquel il a servi pendant des décennies.
« J’ai cru notre ennemi quand il a dit qu’il voulait nous massacrer », a déclaré Winter.
« Mais j’ai vu que l’appareil de sécurité ne prenait pas cela au sérieux. Ils étaient arrogants. J’ai vu la conceptzia [le paradigme], qui repose sur l’endiguement et l’apaisement. »
Il a réitéré devant la foule une nouvelle revendication – la création d’une commission d’enquête sur les événements du 7-Octobre – qui est un véritable anathème pour Netanyahu.
À l’issue de cette allocution, Winter devait être rejoint sur scène par deux figures de proue de sa liste, dont la présence semblait destinée à présenter au public international un visage plus cosmopolite : Fleur Hassan-Nahoum, n° 5, ancienne adjointe au maire de Jérusalem née à Gibraltar, et Yoseph Haddad, n° 2, un influenceur arabo-chrétien de 41 ans qui a rassemblé près d’un million d’abonnés sur Instagram grâce à ses prises de position en faveur d’Israël et à ses provocations. (Avec un ancien commandant druze de Tsahal en 12ᵉ position, Amkha Yisrael est le seul parti sioniste à compter deux Arabes parmi ses 20 premiers.)
Mais Haddad était en retard.
« Nous pensons que Yoseph Haddad va nous rejoindre », a annoncé l’animateur. Haddad est alors apparu, se précipitant dans l’allée centrale et saluant la foule en délire, qui l’acclamait encore plus fort qu’elle ne l’avait fait pour Winter.
« En ce moment même, nous faisons en quelque sorte de la hasbara [relations publiques] pour Israël », s’est exclamé Haddad en prenant le micro. « Car si Israël était un État d’apartheid, je ne pourrais pas être ici en réalité… Et certainement pas en deuxième position au sein d’un parti politique de droite ! »
Haddad, qui a longtemps suscité la colère de nombreux membres de sa propre communauté arabo-israélienne, s’était récemment fait de nouveaux ennemis à droite. Ce jour-là, en octobre, leurs attaques portaient principalement sur une interview accordée par Haddad en 2021 à la chaîne de télévision saoudienne Al Arabiya, dans laquelle il avait exprimé son soutien à une solution à deux États.
Suite aux remarques du modérateur, Winter a déclaré que Haddad avait « changé d’avis » et a replacé l’interview dans le contexte de l’acceptation par Israël de « l’Accord du siècle » de Donald Trump.
« J’ai entendu ce qu’ils essaient de faire dire à Yoseph », a déclaré Winter.
« Je pensais que tu allais répéter ce que Bibi a dit », a interrompu Haddad, provoquant les rires du public.
« Écoutez », a poursuivi Winter, « je ne sais pas si vous m’avez entendu parler de l’idéologie de l’État palestinien. Je pense qu’il s’agit d’une idéologie visant à détruire Israël. D’accord ? Il n’y a pas de nation palestinienne. »
Haddad, qui a affirmé qu’on lui avait proposé une place de choix sur la liste du Likud de Netanyahu, a riposté contre le parti au pouvoir.
« Ils veulent vous faire croire qu’Amkha Yisrael n’est pas de droite », a-t-il déclaré. « Parce qu’ils savent que, si Amkha Yisrael est fort, excusez mon langage, ils ne pourront pas continuer avec leurs conneries. »
Les attaques du Likud contre Winter, Haddad et leurs collègues allaient s’intensifier dans les semaines qui ont suivi cet événement. L’obsession de Netanyahu pour Amkha Yisrael reflète une réalité contre-intuitive : les élections israéliennes dépendent souvent moins des partis qui remportent le plus de sièges à la Knesset que de ceux qui en obtiennent le moins – c’est-à-dire ceux qui franchissent le seuil électoral et ceux qui ne l’atteignent pas.
Début 2019, une coalition potentielle menée par Netanyahu s’est retrouvée à un siège de la majorité, déclenchant deux nouveaux tours d’élections au cours de l’année suivante, simplement parce que le parti HaYamin HaHadash (« Nouvelle Droite ») de Naftali Bennett avait manqué de 1 454 voix les 3,25 % requis pour entrer à la Knesset. Fin 2022, Netanyahu a bénéficié de ce seuil : les résultats manqués de peu par le parti de gauche Meretz et le parti arabe Balad lui ont ouvert la voie vers le retour au poste de Premier ministre.
« Les deux principaux blocs étant susceptibles de ne pas atteindre la majorité de 61 sièges à la Knesset, tout résultat est susceptible d’avoir un impact. »
Depuis des semaines, Amkha Yisrael oscille juste au-dessus (ou juste en dessous) du seuil dans la plupart des sondages – se situant sur le fil du rasoir entre quatre et zéro siège. Mais comme les deux principaux blocs risquent de ne pas atteindre la majorité de 61 sièges à la Knesset, n’importe quel résultat est susceptible d’avoir un impact. Un résultat très serré pourrait faire pencher la balance en faveur d’une victoire de l’opposition. Même avec seulement quatre sièges, Winter pourrait se retrouver dans le rôle de faiseur de rois (et, s’il voit son souhait se réaliser, de ministre de la Défense). Depuis Tel Aviv, Winter semblait savourer le suspense qu’il avait créé : « Nous allons être la surprise de cette élection. »
Un soutien sous-estimé
Douze jours après l’événement de Tel Aviv, Winter s’est rendu dans l’implantation d’Efrat, en Cisjordanie. Commune-dortoir religieuse et fortement anglophone de la région de Jérusalem, comptant quelque 13 000 habitants, Efrat n’est généralement pas le genre d’endroit qui fait basculer les élections israéliennes. En 2022, plus de 85 % des habitants d’Efrat avaient voté pour des partis de droite fidèles à Netanyahu.
Mais ces dernières années, les Israéliens « nationalistes-religieux », comme ceux d’Efrat, qui ont combattu et sont morts en nombre disproportionné lors des guerres menées par Israël après le 7-Octobre, ont vu leur colère bouillonner alors que leurs frères ultra-orthodoxes continuaient de bénéficier d’exemptions générales du service militaire, parmi d’autres privilèges accordés ou maintenus par une coalition dirigée par Netanyahu et dépendante des partis ultra-orthodoxes.
Un sondage réalisé en septembre par le journal Yedioth Aharonoth auprès d’Israéliens nationalistes-religieux a montré que si plus de 60 % d’entre eux approuvaient les politiques du gouvernement actuel en matière de sécurité et d’expansion de la présence juive en Cisjordanie, seuls 32 % soutenaient sa gestion de la question de l’enrôlement des Haredim. Malgré leurs réticences, 64 % des personnes interrogées avaient tout de même l’intention de voter pour le Likud de Netanyahu et d’autres partis de sa coalition, contre seulement 11 % qui soutenaient des partis explicitement anti-Netanyahu. Mais 23 % se décrivaient comme « politiquement sans attache ». Winter, en tant que membre de longue date de cette communauté, est devenu un refuge de choix pour ces électeurs de droite désabusés (et bien d’autres encore).
Dans une pizzeria, Winter a tenu son discours devant une foule coiffée de kippot, dans ce qui s’apparentait à un « match à domicile » politique.
« Mettre les deux tiers de la bande de Gaza en état de siège, et à partir de là, lancer un programme d’émigration. »
« Quelques jours après [le 7-Octobre] », a-t-il raconté, « Netanyahu m’a appelé. Il a demandé à me consulter car j’avais auparavant été son secrétaire militaire. Et je lui ai dit : ‘Monsieur le Premier ministre, nous traversons une crise majeure.’ Mais 1948 était aussi une crise, tout comme 1967… Or, ces crises se sont transformées en immenses opportunités. Pourquoi ? Parce qu’en 1948, nous avons pris la Galilée et le Néguev, et en 1967, nous avons pris la Judée et la Samarie, libéré Jérusalem, et pris le Sinaï et le Golan.
Quelle recommandation avait-il faite à Netanyahu à l’époque ? « Mettez les deux tiers de la bande de Gaza en état de siège, et à partir de là, lancez un programme d’émigration. »
Selon Winter, l’incapacité de Netanyahu à vider Gaza de ses habitants avait abouti à un résultat indécis contre le groupe terroriste du Hamas. Et la prolongation du conflit qui en avait résulté, affirmait-il, avait imposé une pression démesurée aux familles des réservistes, ainsi qu’à tout le pays. Cherchant un exemple pour illustrer son propos, il saisit sa pinte de bière : « Voilà l’économie de l’État d’Israël. L’argent afflue et la croissance est au rendez-vous, mais il existe fondamentalement un énorme trou et l’argent s’écoule sans cesse. »
Cette fuite, a-t-il précisé, ne se limite pas à l’argent perdu par les réservistes qui quittent leur emploi pour servir. Elle réside également dans le réseau de privilèges dont bénéficient certains segments de la société israélienne qui ne font pas leur service militaire.
« Aujourd’hui, nous avons une discrimination positive à l’envers », a-t-il poursuivi.
« Aujourd’hui, un jeune homme ultra-orthodoxe peut bénéficier d’une réduction de 95 % sur la taxe foncière municipale, tandis que mon fils, qui est soldat de combat, ou vous, tous ceux ici présents qui servent, ne reçoit au maximum qu’environ 5 % en tant que réserviste. Et si vous êtes arabe, vous pouvez entrer à l’université avec des critères d’admission moins stricts et payer près de la moitié du prix. Notre argent, l’argent de l’État, va à des personnes qui ne contribuent pas. »
« Notre argent – l’argent de l’État – va à des personnes qui ne contribuent pas. »
Quelle est la position de son parti ? Un service obligatoire pour tous les citoyens israéliens, que ce soit dans l’armée ou dans le service national, et des sanctions sévères pour ceux qui ne s’y conforment pas. Amkha Yisrael, comme l’a fait valoir Winter, rassemble les électeurs qui souhaitent à la fois une politique de sécurité intransigeante et un service universel.
Winter a commencé son service militaire au sein de Sayeret Matkal, l’unité d’élite dans laquelle ont également servi Netanyahu, ainsi que les anciens Premiers ministres Ehud Barak et Naftali Bennett. Au cours des décennies suivantes, il a gravi les échelons au sein de Tsahal, malgré des opinions intransigeantes sur les Palestiniens qui contrastent avec celles, plus modérées, de la plupart des hauts responsables des services de sécurité.
« Il était considéré comme un très bon commandant de brigade », a déclaré l’une de ces personnalités qui a souhaité garder l’anonymat, soulignant que Winter aurait probablement gravi les échelons plus rapidement et plus haut s’il n’avait pas déstabilisé ses supérieurs en mêlant politique et religion aux questions militaires.
La controverse la plus médiatisée concernait une lettre que Winter avait adressée à ses subordonnés alors qu’il commandait la brigade Givati pendant la guerre de Gaza de 2014 : « L’Histoire nous a choisis pour mener les combats (contre) l’ennemi terroriste ‘gazaoui’ qui maltraite, blasphème et maudit le Dieu des forces (de défense) d’Israël », écrivait-il.
Cette lettre a été largement citée lorsque Winter s’est vu refuser une promotion au poste de commandant de division en 2017 et 2018. Le chef d’état-major de Tsahal qui l’a écarté à ces deux occasions n’était autre que Gadi Eisenkot, aujourd’hui à la tête du parti centriste Yashar, qui devance le Likud dans la plupart des sondages. Autre coïncidence historique, Winter a ensuite occupé le poste de secrétaire militaire de deux ministres de la Défense de droite, Avigdor Liberman et Naftali Bennett, qui – aux côtés de l’ancien chef d’état-major adjoint de Tsahal Yaïr Golan, chef du parti de gauche HaDemocratim – sont aujourd’hui les principaux alliés d’Eisenkot. Alors que Winter présente son choix quant à la coalition qu’il pourrait rejoindre comme étant purement politique, nombreux sont ceux qui supposent que son histoire personnelle avec ces hommes pourrait jouer un rôle.
Lors de l’événement organisé à Efrat, les questions sur les préférences de Winter en matière de coalition ont fusé dès le début de la séance de questions-réponses. Comme il s’agissait d’un événement israélien, personne ne levait la main : premier arrivé, premier servi.
Un jeune homme a exprimé l’inquiétude de nombreux participants : « Ofer, nous voulons vous accorder notre voix, mais nous ne croyons pas vraiment que vous franchirez le seuil électoral, et dans ce cas, nous gaspillerions nos voix. »
Winter a rétorqué que, sans lui, il n’y aurait pas de gouvernement de droite.
« Il y a suffisamment de gens [de droite] qui en ont assez de Bibi », a-t-il déclaré, soulignant que de nombreux anciens électeurs de Netanyahu soutenaient désormais Bennett, Liberman et Eisenkot. « Si je n’existe pas, ils sont là. Personne ne les ramènera vers la droite. »
Il a ajouté qu’il respectait Liberman et Bennett, et qu’il les considérait comme des partenaires dignes de ce nom au sein du gouvernement de droite dont il rêve, mais qu’il ne rejoindrait pas un gouvernement dirigé par Eisenkot en raison d’un « fossé idéologique ».
« Ça ne peut pas se résoudre ? », a interrompu un homme au premier rang. « Ça peut se résoudre avec [le chef de Yahadout HaTorah, Yitzhak] Goldknopf ? »
Les échanges ont continué, Winter se retrouvant pris entre ceux qui craignent un nouveau gouvernement pris en otage par les ultra-orthodoxes et ceux qui redoutent davantage l’alternative.
Winter a brusquement annoncé qu’il devait partir – une interview télévisée l’attendait – et s’est dirigé vers sa voiture. Mais il a été pris d’assaut en chemin.
Un homme lui a demandé s’il s’engagerait à se retirer si les sondages le plaçaient en dessous du seuil électoral avant le jour du scrutin. Pas question : « Je vais aller jusqu’au bout. »
Un autre électeur a déclaré à Winter qu’il en avait « marre » des concessions répétées de Netanyahu aux ultra-orthodoxes et a fait remarquer que, même si Winter franchissait le seuil électoral, tous les sondages indiquaient qu’il n’y aurait tout simplement pas de gouvernement de droite dirigé par Netanyahu sans les partis haredim.
« La droite, ce sont les ultra-orthodoxes », a déclaré l’électeur.
« Je comprends », a répondu Winter. « Si [Netanyahu] ne me donne pas ce que je veux, c’est fini, mon frère. Je ne suis pas avec lui. J’irai voir quelqu’un d’autre. »
Une équation complexe
Alors que les Israéliens s’apprêtent à voter mardi, l’issue du scrutin reste incertaine, mais une grande partie de cette incertitude est liée à Winter. Un bref aperçu des calculs politiques permet de comprendre pourquoi.
Dans les derniers sondages pré-électoraux, les quatre partis du bloc d’opposition sioniste – Yashar d’Eisenkot, Beyahad de Bennett, Yisrael Beiteinu de Liberman et HaDemocratim de Golan – recueillent entre 51 et 55 sièges, soit plus que Netanyahu et ses alliés, mais bien loin de la majorité.
Bien qu’il ne soit officiellement aligné sur aucun bloc, un cinquième parti, l’alliance entre HaMilouimnikim de Yoaz Hendel et le « Nouveau Parti économique » de Yaron Zelekha, a laissé entendre qu’il pourrait rejoindre les quatre partis d’opposition au sein d’un gouvernement minoritaire de 61 sièges.
« Nous ferons en sorte d’élargir cette coalition », a déclaré Einat Wilf, numéro trois du parti, au Times of Israel. « Mais ce n’est pas une ligne rouge. »
Mais même si l’alliance franchit le seuil électoral, comme le laissent présager la plupart des sondages, ses quatre sièges ne suffiront probablement pas à donner la majorité à Eisenkot.
Sans 61 sièges, Eisenkot devrait s’allier au parti islamiste Raam (ce qu’il a exclu) ou former un gouvernement minoritaire (ce à quoi Liberman s’oppose farouchement).
C’est là qu’intervient Ofer Winter.
Si le parti Amkha Yisrael franchit le seuil électoral, Winter pourrait tenir sa promesse d’aider le Likud à former un « large gouvernement de droite ». Toutefois, comme Netanyahu risque d’être encore plus loin d’une majorité qu’Eisenkot (même avec les quatre sièges de Winter) et que les quatre partis d’opposition refusent de rejoindre une coalition sous sa direction, cela semble peu probable.
Si ni Eisenkot ni Netanyahu ne parviennent à former une coalition, Winter pourrait en théorie rejoindre un gouvernement d’opposition, à condition qu’il soit dirigé par Liberman ou Bennett (et qu’il se voie vraisemblablement attribuer le ministère de la Défense). Toutefois, ses engagements répétés de ne pas siéger dans une coalition avec Yaïr Golan rendent également ce scénario irréalisable, à moins qu’il ne soit rejoint par un autre parti de droite ayant prêté allégeance à Netanyahu.
« Quelqu’un va devoir revenir sur ses promesses, sinon nous nous dirigeons vers une impasse », a déclaré Dana Weiss, analyste politique en chef de la chaîne N12.
« Tous les candidats en lice font de leur mieux pour ce tour des élections, mais comprennent qu’il pourrait y en avoir un autre. »
Weiss, qui a interviewé Winter lors d’une récente émission, a estimé que le dirigeant d’Amkha Yisrael « serait la dernière personne à revenir sur sa parole », soulignant que Winter et son épouse Revital étaient de fervents partisans de Bennett, profondément bouleversés par la décision de ce dernier en 2021 de changer de camp pour diriger un gouvernement d’union nationale.
Weiss a toutefois ajouté que Netanyahu et ses proches doutaient qu’il ne ferait pas défection vers l’opposition si l’offre était alléchante : « Ils savent que l’élection de Winter leur compliquerait la tâche, car il risquerait de provoquer des tensions avec les Haredim autour du projet de loi. Ils ont donc tout intérêt à prendre les devants et à présenter la situation sous un jour favorable, en laissant entendre qu’il pourrait siéger aux côtés de Liberman et de Bennett. »
Winter a fait part de son point de vue sur les deux chefs de partis d’opposition au Times of Israel.
« Écoutez », a-t-il déclaré, « je pense que chacun d’entre eux a commis sa propre erreur. Liberman, qui a boycotté à maintes reprises un gouvernement [dirigé par Netanyahu] et nous a entraînés vers des élections. D’un autre côté, je le crois quand il dit qu’il est un homme de droite ».
Quant à Bennett, Winter a déclaré qu’il avait « commis l’erreur de sa vie en voulant devenir Premier ministre avec six sièges et en s’alliant aux Arabes. C’est grave ».
Interrogé sur ce qu’il pensait du fait que Netanyahu le qualifie de « Bennett II », Winter a rétorqué : « Je pense qu’il ne croit pas lui-même ce qu’il dit. Pendant ce temps, j’apprends en ce moment même qu’il va s’allier à Eisenkot. J’espère qu’il ne va pas conclure un accord à Gaza maintenant, alors que toute notre guerre et [la mort de] nos soldats de combat n’auraient servi à rien. »
Winter a réaffirmé sa préférence pour un « gouvernement de large droite » dirigé par le Likud.
« S’ils ne parviennent pas à former un gouvernement, je ne sais pas ce qui se passera, mais en tout état de cause, je préférerais éviter de nouvelles élections », a-t-il ajouté.
Du sang, de la sueur et des larmes
Six jours avant les élections, Winter est revenu à Tel Aviv pour participer à deux événements organisés chez des sympathisants. Deux sondages publiés plus tôt dans la journée, par la chaîne N12 et la Treizième chaîne, montraient que le parti Amkha Yisrael se trouvait à nouveau à la limite du seuil électoral, juste au-dessus dans l’un et juste en dessous dans l’autre. Parallèlement, Netanyahu avait intensifié sa campagne de pression sur Winter, rencontrant son rabbin dans le but de le forcer à se retirer de la course. Le Likud allait bientôt diffuser une publicité générée par IA montrant Winter penché sur un feu de camp, mettant joyeusement le feu à des bulletins de vote de droite ; une autre le montrait en train de signer un accord de coalition avec Mansour Abbas et d’autres dirigeants de partis arabes.
« Je savais qu’ils allaient me salir, mais je ne savais pas que ce serait aussi laid et mesquin », a déclaré Winter à une foule rassemblée dans un jardin et composée principalement de Tel-Aviviens laïcs assis sur des rangées de chaises en plastique blanches.
« Ils ont dit que j’étais un novice en politique. Je ne le nie pas. J’étais un novice. Mais en six semaines, je vous le dis, j’ai suivi une formation de base, une formation avancée et un cours de commandement de compagnie. »
Il a déclaré à la foule qu’il n’avait jamais envisagé de se lancer en politique – jusqu’à l’invasion du 7-Octobre.
« J’étais chez moi pour Simhat Torah », a-t-il raconté. « Je suis sorti, je me suis précipité sur les lieux et j’ai combattu près du carrefour de Saad et au kibboutz Beeri. »
Il a rendu hommage à Sigal Kraunik, veuve du commandant de la sécurité du kibboutz Beeri et désormais 11ᵉ sur la liste de son parti, en rappelant qu’elle n’avait pas pu localiser le corps de son mari pour l’enterrer dans les jours qui ont suivi le massacre : « Par hasard, j’étais là et j’ai dit : ‘Attendez, nous l’avons sorti.’ C’est ainsi qu’ils l’ont retrouvé. »
Winter a déclaré avoir commencé à parcourir le pays au lendemain du 7-Octobre.
« J’ai participé – je ne sais pas exactement combien – à environ 300 rassemblements, chacun réunissant des centaines de personnes. J’ai rencontré des milliers de personnes. Le sentiment général était qu’un changement de direction était indispensable. Le discours général était : ‘Remplacez-les tous ; ils devraient tous rentrer chez eux.’ »
Winter est revenu une nouvelle fois sur la solution qu’il préconise pour Gaza. La guerre, a-t-il déclaré, « doit se terminer par l’émigration, sans compromis ».
Un homme chauve d’âge mûr, assis vers l’avant, les bras croisés, l’a interrompu : « Allez-vous faire émigrer un million et demi de personnes ? »
« Si Dieu le veut », a répondu Winter.
« Dieu n’est pas avec vous sur ce point », a rétorqué l’homme, tandis que les deux hommes se mettaient à parler en même temps.
« Pourquoi êtes-vous en colère ? » a demandé Winter. « Très bien. Beaucoup de gens sont en colère contre moi. »
« Netanyahu est en colère contre moi aussi », a-t-il poursuivi. « Ce n’est pas grave. »
Ben Birnbaum est le fondateur de l’organisation pour la paix au Moyen-Orient ROPES. Ancien correspondant du New Republic, il a reçu un prix du National Press Club pour ses reportages sur le conflit israélo-palestinien.
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