9 000 Israéliens signent une pétition pour reconnaître l’État palestinien avant le sommet de l’ONU

Proposée par le groupe Zazim et soutenue par des familles de victimes du 7 octobre, la pétition presse le monde d'approuver la création d'un État palestinien, seule voie vers la paix

Illustration : Riyad Mansour, l'envoyé de l'Autorité palestinienne auprès des Nations Unies (à la tribune), prend la parole lors d'une réunion de l'Assemblée générale des Nations Unies au siège des Nations Unies à New York le 12 juin 2025. (Crédit : CHARLY TRIBALLEAU/AFP)

Près de 9 000 Israéliens ont signé une pétition soutenant l’appel à reconnaître un État palestinien, à quelques jours du sommet coprésidé par l’Arabie saoudite et la France, le 22 septembre prochain, à New York, au cours duquel la Grande-Bretagne, la France, le Canada, l’Australie et la Belgique devraient reconnaître officiellement l’État palestinien.

Intitulée « Non à la guerre – oui à la reconnaissance ! », cette pétition avait d’ores et déjà recueilli 8 866 signatures vendredi matin, à l’instigation de Zazim – Action communautaire, un mouvement populaire israélien de Juifs et Arabes travaillant ensemble en faveur de la démocratie et de l’égalité.

« Nous sommes des citoyens d’Israël opposés à la poursuite de la guerre à Gaza et qui croyons en la paix. Nous appelons les pays du monde entiers à reconnaître la Palestine au moment de l’Assemblée générale des Nations Unies », peut-on lire dans la pétition.

« La reconnaissance est un fait accompli », peut-on y lire ensuite. « Nous devons choisir entre nous ranger aux côtés du reste du monde ou du Premier ministre Benjamin Netanyahu, du ministre des Finances Bezalel Smotrich et du Hamas, qui s’opposent à la reconnaissance. » (Rien ne permet de dire que le Hamas s’oppose à la reconnaissance d’un État palestinien, et il est même probable que le groupe terroriste se réjouisse de cette décision. Il est en revanche opposé à une solution à deux États, dont le soutien sera probablement inclus dans l’annonce de la reconnaissance.)

Cette pétition vise à « montrer au monde qu’une grande partie de la société israélienne comprend que la reconnaissance d’un État palestinien est également dans l’intérêt d’Israël » et convaincre les États qui n’ont pas encore accepté de reconnaître un État palestinien, comme par exemple l’Allemagne ou les États-Unis.

Les instigateurs de cette pétition souhaitemt pouvoir recueillir et présenter 10 000 signatures d’Israéliens à l’occasion de la prochaine Assemblée générale de l’ONU, la semaine prochaine, pour « montrer au monde que des Israéliens n’ont pas peur de s’opposer à une guerre sans fin et souhaitent une implication internationale pour mettre fin à la guerre et apporter la paix ».

L’ambassadeur palestinien aux Nations Unies Riyad Mansour (à droite) assiste à une conférence des Nations Unies sur une solution à deux Etats pour Israël et les Palestiniens, alors que les sièges de la délégation américaine restent vides, au siège des Nations Unies, le 28 juillet 2025 à New York (Crédit : TIMOTHY A. CLARY / AFP)

L’Assemblée générale comprendra un sommet le 22 septembre, coprésidé par l’Arabie saoudite et la France, baptisé « Conférence internationale de haut niveau pour le règlement pacifique de la question de Palestine et la mise en œuvre de la solution à deux États », durant lequel la majorité des États devraient voter en faveur de la reconnaissance palestinienne.

L’initiative franco-saoudienne de relancer les discussions sur la solution à deux États et la reconnaissance d’un État palestinien est « une formidable opportunité », explique au Times of Israel Raluca Ganea, cofondatrice et directrice exécutive de Zazim.

« Une solution politique avec deux États pour deux peuples, chacun avec la souveraineté, la sécurité et la paix, est la seule alternative envisageable », poursuit-elle.

« L’autre option est la guerre sans in, la ‘super Sparte’, avec des ennemis qui ne disparaissent jamais », ajoute-t-elle en reprenant les propos polémiques de Netanyahu, cette semaine, selon lesquels Israël était emmené sur la même voie que Sparte.

Selon Ganea, la majorité des signataires sont des Juifs israéliens parce que « les Palestiniens craignent d’apposer leur nom sur une pétition comme celle-ci ».

Parmi les signataires figurent des membres de familles frappées par le deuil, à l’image d’Ayelet Harel, co-directrice générale du Cercle des parents-Forum des familles pour les familles palestiniennes et israéliennes endeuillées, dont le frère a été tué en 1982 pendant la guerre du Liban, et d’autres qui ont perdu des êtres chers pendant la guerre du 7 octobre 2023 causée par le Hamas. On y trouve également Yotam Kipnis de Zazim, dont les parents Lilach et Eviatar ont été assassinés au kibboutz Beeri, Liora Eylon, qui a survécu au massacre du kibboutz Kfar Aza mais dont le fils a été assassiné, Maoz Inon, un militant pacifiste dont les parents Bilha et Yakov Inon ont été tués à Netiv Haasara et encore Yonatan Zeigen, dont la mère Vivian Silver a été assassinée au kibboutz Beeri.

Depuis le 7 octobre, des familles endeuillées, souvent originaires des kibboutzim de la périphérie de Gaza – la région la plus durement touchée –, font en sorte de rendre hommage à leurs proches en faisant la promotion d’une solution politique incluant la reconnaissance d’un État palestinien. Pour eux, le massacre ne prouve pas que la solution à deux États est morte : c’est son absence qui a provoqué le désastre

« Le 7 octobre prouve que la politique de ‘gestion’ du conflit et de fermeture de tous les autres horizons pour les Palestiniens n’en finit pas de nous exploser à la figure », affirme Zeigen.

Pour Zeigen, dont la mère Vivian était une célèbre militante pacifiste canado-israélienne, la guerre et les destructions perpétuellement infligées de part et d’autre se sont avérées totalement et tristement inefficaces à briser le cycle des violences.

« La question fondamentale que ces deux peuples ont un problème commun est la suivante : comment faire pour vivre ensemble sur la même terre, dans la liberté, la sécurité et la prospérité », explique-t-il. « La solution ne passe pas forcément par la force des armes, mais plutôt par la discussion avec les Palestiniens, sur un pied d’égalité. Pour ce faire, il faut mettre fin à l’occupation, à l’annexion et au conflit en général.

Vivian Silver, à gauche, et Amal Alsana-Alhjooj, à l’époque de leur collaboration, au début des années 2000, dans le cadre de l’AJEEC dans le Neguev, une organisation en faveur du changement social (Autorisation)

Pour les familles endeuillées signataires de cette pétition, le 7 octobre a cristallisé leur point de vue bien plus qu’il ne l’a réellement changé. Pour Inon, militant pour la paix depuis plus de 20 ans, le pogrom n’a pas été une surprise.

« Je savais que le statu quo était intenable et qu’il allait exploser, mais je pensais que cela se produirait en Cisjordanie, pas à Gaza », confie-t-il. « La seule façon de parvenir à la paix et à la sécurité passe par la négociation, l’égalité et la réconciliation. Ceux qui croient que c’est un mur qui va leur apporter la paix et la guerre, la sécurité, se trompent lourdement. »

C’est au moment de la shiva pour leurs parents qu’Inon et ses frères et sœurs ont pris la décision de refuser la vengeance.

Bilha et Yakov Yinon. (Crédit : Autorisation)

« Nous ne voulons pas venger la mort de nos parents. Cela ne les ramènera pas à la vie et cela ne fera qu’empirer les horreurs et la terreur dans lesquelles nous nous retrouvons piégés », explique Inon. « La voie vers la guérison – la nôtre et celle des autres – ne peut pas passer par des effusions de sang. Uniquement par le biais un processus de réconciliation.

« Une récompense pour le Hamas »

Les projets de reconnaissance d’un État palestinien se sont attirés une vive condamnation de la part d’Israël, qui voit en cette initiative une « récompense pour le terrorisme ». »

« Le seul bénéficiaire est le Hamas… Lorsque ce sont les terroristes qui applaudissent, vous ne faites pas avancer la paix ; vous faites avancer le terrorisme », a déclaré la semaine dernière l’ambassadeur d’Israël à l’ONU, Danny Danon.

La pétition rejette l’idée que la création d’un État palestinien soit une récompense pour le Hamas et explique reconnaissance d’un État palestinien n’est pas une punition pour Israël, mais un pas vers un avenir meilleur fait de reconnaissance mutuelle et de sécurité entre les deux peuples.

« Les pays [favorables à la reconnaissance de la Palestine] ont clairement fait savoir qu’il était hors de question que le Hamas prenne part au gouvernement et que tous les otages devaient être libérés immédiatement », peut-on y lire.

L’ambassadeur Danny Danon, représentant permanent d’Israël auprès de l’ONU, prend la parole lors d’une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU consacrée aux menaces envers la paix et la sécurité internationales au siège des Nations Unies, le 13 juin 2025, à New York. (Crédit : Michael M. Santiago/Getty Images/AFP)

Dans une déclaration adoptée lors d’une précédente conférence de l’ONU, en juillet dernier, dix-sept pays, auxquels s’ajoutent l’Union européenne et la Ligue arabe, pressent le Hamas de désarmer et de mettre fin à son pouvoir sur Gaza en disant e substance : « Le Hamas doit mettre un terme à son pouvoir à Gaza et remettre ses armes à l’Autorité palestinienne, avec l’engagement et le soutien international, conformément à l’objectif d’un État palestinien souverain et indépendant ».

A l’époque, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, avait noté que la déclaration était sans précédent, et ce à bien des égards. « Pour la première fois, pays arabes et du Moyen-Orient condamnent le Hamas, condamnent le 7 octobre, appellent au désarmement du Hamas, appellent à son exclusion de la gouvernance palestinienne et expriment clairement leur intention de normaliser les relations avec Israël à l’avenir », déclarait-il en juillet dernier.

Les auteurs et signataires de cette pétition, à commencer par les membres des familles endeuillées, jugent absurde le reproche qui leur est fait de soutenir le Hamas.

« Notre gouvernement fait tout ce qu’il peut pour faire passer ceux qui soutiennent la reconnaissance et l’initiative franco-saoudienne pour des antisémites, des gens qui sont contre nous, qui récompensent le Hamas et toutes sortes de choses comme celles-là, qui sont tout bonnement fausses », explique Ganea.

« C’est Smotrich qui a dit à plusieurs reprises [avant le 7 octobre] que le Hamas était un ‘atout stratégique’ pour Israël – ni moi ni les habitants de l’enveloppe [de Gaza] », souligne Inon en ajoutant que le gouvernement israélien savait pertinemment ce qu’était le Hamas et avait malgré tout décidé de le soutenir, dans la bande de Gaza, en lieu et place de l’Autorité palestinienne et des acteurs modérés.

Maoz Inon prend la parole lors d’un rassemblement en faveur de la paix. (Autorisation)

« La création d’un État palestinien va récompenser les modérés, ceux qui aiment la vie et l’humanité », poursuit-il. « C’est dommage que cela ne se fasse que maintenant, avec tant de vies sacrifiées en vain, pour la terre et les extrémistes, d’un côté comme de l’autre. »

Zeigen assure qu’un « État palestinien n’est pas une récompense pour le Hamas – c’est même précisément ce qui pourrait aider à en finir car le Hamas est fondé sur la résistance et une violence extra-légale – » et que le cycle de traumatismes et de vengeances dans lequel Israéliens comme Palestiniens se retrouvent piégés passe par le canal de la violence à défaut du « sentiment ou de l’espoir d’un monde meilleur ».

Il ajoute cependant qu’Israël pense ce qu’il veut mais qu’il n’est pas en mesure d’approuver ou d’opposer son veto à un État palestinien.

« Le droit au statut d’État est un droit fondamental. Dans un monde divisé en États-nations, qui accordent des droits aux ressortissants desdits État, rien ne justifie que le peuple [palestinien] n’y ait pas droit », souligne-t-il.

Selon les signataires de la pétition, de plus en plus d’Israéliens sont, à tout le moins, réceptifs à l’idée que les solutions militaires ont échoué, et ce même s’ils ne soutiennent pas explicitement la création d’un État palestinien,.

Yonatan Zeigen. (Autorisation)

Les sondages montrent que la majorité de la population israélienne n’a plus confiance dans le gouvernement et s’oppose à sa politique à Gaza.

Les signataires de la pétition estiment que, face à un gouvernement qui, selon eux, estime ne pas avoir de comptes à rendre à la population israélienne et n’indexe pas ses actions sur les intérêts nationaux mais sur ses propres besoins politiques, la pression de la communauté internationale est indispensable.

« Le monde a forcé les Israéliens et les Palestiniens à se réunir une première fois autour de la table des négociations à Madrid, en 1991 ; il est de nouveau temps pour le monde de forcer à nouveau Israéliens et Palestiniens à quitter le champ de bataille pour revenir à la table des négociations », affirme Inon.

Selon Zeigen, les appels internationaux à la reconnaissance d’un État palestinien sont « des preuves d’un amour exigeant », par ailleurs « nécessaires ».

Raluca Ganea, co-fondatrice et directrice exécutive de Zazim. (Autorisation)

Ils entendent par ailleurs montrer au monde que les Israéliens sont différents de leur gouvernement.

« Il est très, très important de montrer au monde que la population israélienne n’adhère pas du tout à la propagande gouvernementale », conclut Ganea.

Cette pétition montre que « de plus en plus d’Israéliens croient en la diplomatie, la voie des accords, la voie des négociations », ajoute Inon.

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