Explications

À la découverte du « Troisième Bloc » des partis de droite qui prône un « gouvernement d’union sioniste »

Les dirigeants de la nouvelle vague de factions de centre-droit estiment pouvoir supplanter les Haredim dans leur rôle de faiseurs de rois et servir de médiateurs pour instaurer la paix entre les blocs rivaux

Montage photos (de gauche à droite) : L'ancien ministre Gilad Erdan et le député Yuli Edelstein, à Tel Aviv, le 6 août 2026 ; la vice-ministre des Affaires étrangères, Sharren Haskel, à Jérusalem, le 14 juillet 2026 ; Yoaz Hendel et Chili Tropper, à Jérusalem, le 5 août 2026. (Crédits : Avshalom Sassoni/Flash90 ; Chaïm Goldberg/Flash90 ; Yonatan Sindel/Flash90)

Ces dernières semaines ont été marquées par une série d’annonces de responsables politiques nationalistes mécontents, qui ont créé de nouveaux partis afin de soustraire des voix au Likud, le parti au pouvoir du Premier ministre Benjamin Netanyahu, et de contraindre ce dernier à un compromis avec les partis d’opposition sionistes pour former ce que l’un d’entre eux a qualifié de « vaste gouvernement d’union sioniste ».

La scène politique israélienne est depuis longtemps divisée en deux camps : d’un côté, le Likud de Netanyahu et ses partisans au sein des partis d’extrême-droite et ultra-orthodoxes ; de l’autre, le « bloc du changement », qui regroupe des factions sionistes d’opposition telles que Beyahad, dirigé par l’ancien Premier ministre Naftali Bennett, et Yashar, dirigé par Gadi Eisenkot.

Cependant, les dirigeants de ce nouveau « Troisième Bloc » entendent renverser cette dynamique, en remplaçant les ultra-orthodoxes dans leur rôle de faiseurs de rois électoraux du pays et en négociant un accord qui leur permettrait de « tenir en bride les extrémistes », de soumettre les Haredim au service militaire obligatoire et de sortir de l’impasse actuelle dans laquelle ni les partisans ni les opposants à Netanyahu ne disposent d’un soutien suffisant pour former un gouvernement à l’issue des élections législatives du 27 octobre.

Mais qui sont les membres de ce « Troisième Bloc » et quelles sont leurs chances de réellement atteindre leur objectif ?

« Un gouvernement sioniste et digne d’un homme d’État »

C’est en tout cas ce qu’affirment Yoaz Hendel, l’ancien ministre des Communications de centre-droit, et Chili Tropper, député récemment démissionnaire du parti de Benny Gantz, Kakhol Lavan.

Le député Chili Tropper (à gauche) et l’ancien ministre Yoaz Hendel lors d’une conférence de presse conjointe annonçant la création d’un nouveau parti politique en vue des prochaines élections législatives, à Tel Aviv, le 7 juillet 2026. (Crédit : Flash90)

S’adressant à leurs partisans à Jérusalem mercredi dernier, les deux hommes ont officiellement lancé la campagne de leur nouveau parti commun, baptisé « Foyer sioniste – HaMilouimnikim », en promettant de « mettre en place un gouvernement sioniste et digne d’hommes d’État ».

Hendel, politologue et ancien ministre des Communications, qui fut conseiller de Netanyahu, fait partie des nombreuses personnalités de droite qui ont critiqué la tentative du gouvernement de codifier l’exemption des Haredim du service militaire, sans pour autant exclure de faire partie d’une coalition avec le Premier ministre actuel.

Tropper, qui a quitté le parti Kakhol Lavan cet été dans le cadre d’une vague de défections alors que le parti de centre-droit oscillait autour ou en dessous du seuil électoral, et Hendel ont subordonné leur participation à toute coalition à « la formation d’un gouvernement sioniste et à l’adoption d’une loi sur la conscription ». Une source au sein du parti a déclaré au Times of Israel qu’ils souhaitaient « devenir les faiseurs de rois et déterminer la composition du prochain gouvernement ».

À peine un jour après le lancement de la campagne de Hendel et Tropper, les anciens ministres du Likud, Gilad Erdan et Yuli Edelstein, ont officiellement présenté leur nouvelle faction (qui vient d’être baptisée HaAkhdut, « L’Unité ») lors d’un événement à Tel Aviv. Cette initiative vise à attirer les électeurs du Likud mécontents de la direction prise par le parti sous Netanyahu. Les deux hommes ont déploré l’état actuel de leur ancien parti et ont promis de ne rejoindre qu’un gouvernement de large consensus.

Le député du Likud Yuli Edelstein et l’ancien ministre Gilad Erdan tenant une conférence de presse pour annoncer la création d’un nouveau parti de droite, à Tel Aviv, le 6 août 2026. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Âgé de 55 ans, Erdan a fait son entrée à la Knesset sous les couleurs du Likud en 2003. Il a ensuite occupé les fonctions de ministre de la Sécurité nationale, des Communications et de la Coopération régionale, puis celles d’ambassadeur d’Israël auprès des Nations unies de 2020 à 2024.

Edelstein – un ancien « refusenik » qui a quitté l’Union soviétique pour s’installer en Israël en 1987 – a fait son entrée à la Knesset sous la bannière du parti Yisrael BeAliyah en 1996, avant que celui-ci ne fusionne avec le Likud en 2003. Il a occupé les fonctions de ministre de la Santé, de président de la Knesset et de président de la commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset.

Il a été destitué de son poste de président de la commission des Affaires étrangères et de la Défense par son propre parti l’an dernier après avoir insisté pour que des sanctions plus sévères soient prises à l’encontre des Haredim réfractaires à la conscription. Le mois dernier, il a annoncé son départ du Likud, car il s’opposait à la volonté de ce parti de légiférer en faveur d’exemptions du service militaire pour les étudiants en yeshiva.

Les députés n’ont toutefois pas explicitement exclu de siéger aux côtés de Netanyahu dans un futur gouvernement.

Interrogé jeudi soir sur le sujet, Erdan a répondu qu’il ne se préoccuperait pas des « disqualifications ou boycotts personnels », ajoutant que « tant que Netanyahu est élu par le peuple, c’est son droit et son devoir d’exercer les fonctions de Premier ministre ».

« Nous respecterons bien sûr toute décision démocratique du peuple, mais nous croyons en un gouvernement sioniste élargi qui ne dépendra ni des partis haredim ni des partis arabes », a-t-il ajouté.

Malgré cela, le nouveau parti a essuyé de vives critiques de la part du Likud, qui, selon Erdan, lui avait récemment proposé une place sur sa liste. Un porte-parole du parti l’a accusé de « chercher à voler des voix pour les transférer au gouvernement frauduleux du bloc de gauche dirigé par Eisenkot, avec [le chef des Démocrates] Yaïr Golan et les Frères musulmans ».

Bien qu’elle ait participé dès le début aux discussions sur la formation du parti d’Erdan et d’Edelstein, Sharren Haskel, ancienne députée du Likud, n’a pas été intégrée à la nouvelle faction. Elle a préféré annoncer la création de son propre parti, le « Troisième Bloc », qu’elle a baptisé « Israël d’abord ».

La vice-ministre des Affaires étrangères, Sharren Haskel, s’adressant aux médias pour annoncer sa démission, à la Knesset, à Jérusalem, le 14 juillet 2026. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

Haskel a intégré l’actuelle Knesset au sein du parti Tikva Hadasha du ministre des Affaires étrangères Gideon Saar, mais s’est opposée à la fusion de ce parti avec le Likud en mars 2025, refusant ainsi de se présenter sur une liste commune. Le mois dernier, elle a démissionné de son poste de vice-ministre des Affaires étrangères et a quitté le gouvernement après l’adoption par la Knesset d’une loi interdisant l’arrestation et les poursuites judiciaires à l’encontre des Haredim réfractaires à la conscription.

Elle a depuis déposé un recours devant la Haute Cour de justice pour qu’elle ordonne à Tikva Hadasha et au Likud de mener à bien leur fusion, arguant qu’ils ont délibérément laissé le processus inachevé pour l’empêcher de se scinder en une faction d’un seul membre et de s’approprier le financement public lié à son siège à la Knesset.

À ce jour, Haskel n’a annoncé aucun autre membre dans son parti, dont on s’attend largement à ce qu’il cherche à fusionner avec une autre faction avant les élections.

Un rebelle de l’opposition

Le chef du parti Kakhol Lavan, le député Benny Gantz, présidant une réunion de faction de la Knesset, à Jérusalem, le 23 mars 2026. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Et enfin, il y a le parti Kakhol Lavan de Gantz.

Bien qu’il ne fasse pas partie des nouveaux partis de droite ou du centre-droit créés à l’approche des élections, le parti de Gantz, fortement affaibli, s’est clairement positionné au sein du « Troisième Bloc », qui aspire à former un gouvernement d’union nationale.

Ancien chef d’état-major de Tsahal, Gantz a occupé le poste de ministre de la Défense sous Bennett et a fait partie à deux reprises des gouvernements Netanyahu. Il a vu son pouvoir et son influence fortement ébranlés par une vague de défections au cours de l’année écoulée, déclenchée par la démission d’Eisenkot, ancien numéro deux du parti et actuel chef du parti Yashar.

Gantz s’est distancé du reste du « bloc du changement » de l’opposition, appelant à la formation d’un large gouvernement d’union nationale et incitant les dirigeants des autres partis d’opposition à lui demander de se retirer de la course.

La faction réduite a récemment accueilli Dedy Simhi, l’ancien chef des Services d’incendie et de secours israéliens, qui partage une approche similaire à celle de Gantz. En juin, Simhi a déclaré que Kakhol Lavan serait prêt à rejoindre une coalition avec tous les partis, à l’exception des partis arabes.

Manœuvres politiques

Mais bien qu’ils se présentent comme la clé pour sortir la politique israélienne de l’impasse, les membres du « Troisième Bloc » sont divisés quant à la manière d’y parvenir. En raison de leur faible taille et de leurs divisions, ils n’ont guère réussi à rallier l’électorat, sans parler d’imposer une coalition interfactions.

Un sondage réalisé dimanche par la chaîne publique Kan a révélé qu’en cas d’élections aujourd’hui, ni le parti Foyer sioniste-HaMilouimnikim, ni le parti HaAkhdut d’Erdan et d’Edelstein ne franchiraient le seuil électoral, Kakhol Lavan non plus. Le seuil électoral est fixé à 3,25 %, ce qui signifie qu’un parti doit obtenir au moins 4 sièges pour entrer à la Knesset.

Le chef du parti Les Démocrates, Yaïr Golan, présidant une réunion de faction de la Knesset, à Jérusalem, le 22 juin 2026. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le sondage a également révélé que leur entrée dans la course n’avait pas modifié le paysage politique global : ni le bloc pro-Netanyahu ni le bloc anti-Netanyahu n’ont obtenu suffisamment de sièges pour former un gouvernement à l’issue des élections prévues le 27 octobre.

Les discussions, tant entre les différentes factions du « Troisième Bloc » qu’avec les grands partis d’opposition, se poursuivent, mais ont jusqu’à présent été compliquées par divers problèmes, notamment par des points de vue diamétralement opposés sur les acteurs politiques considérés comme des partenaires acceptables.

S’adressant au site d’information Ynet, Erdan a indiqué que les négociations avec Tropper avaient échoué sur la question de la participation à un gouvernement minoritaire dominé par l’opposition aux côtés du parti de Yaïr Golan, Les Démocrates.

« Tropper m’a dit en toute franchise que son intention était la suivante : si Gadi Eisenkot […] avait la possibilité de former un gouvernement restreint avec Yaïr Golan – ce qui signifierait que Yaïr Golan serait le facteur déterminant du sort de cette coalition -, alors il le ferait pour lui. Et je ne suis pas disposé à faire une telle chose », a-t-il déclaré, affirmant qu’il ne « rejoindrait aucun gouvernement minoritaire » et ne donnerait pas à Eisenkot les mandats finaux nécessaires pour atteindre les 61 sièges.

Le chef du parti Shas Aryeh Deri et le député Yahadout HaTorah Moshe Gafni, à la Knesset, le 14 décembre 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Gantz et Simhi auraient également tenu des pourparlers avec le parti de Hendel et Tropper, Foyer sioniste-HaMilouimnikim, mais n’auraient pas réussi à s’entendre sur une fusion. Selon une source, le principal point d’achoppement dans ces négociations était la réticence de Gantz et Simhi à siéger au sein d’un gouvernement comprenant des partis ultra-orthodoxes.

Sans affirmer explicitement qu’il ne siégerait pas aux côtés de Netanyahu, Hendel a déclaré à Ynet que le Premier ministre « devait partir » et qu’il « n’accepterait jamais de lui fournir les 61 sièges nécessaires », mais qu’il rejoindrait « un gouvernement d’union nationale comptant entre 70 et 80 sièges sionistes ».

« Je rejette l’hypothèse de base de nombreux médias selon laquelle je devrais choisir entre un gouvernement avec les partis haredim et un gouvernement avec les partis arabes », a-t-il ajouté.

Un manque de poids politique

Cependant, il est extrêmement improbable que, même si les partis du « Troisième Bloc » parviennent à fusionner, ils soient en mesure d’acquérir suffisamment de poids politique pour convaincre les blocs pro- et anti-Netanyahu de renoncer à des partenaires tels que Golan (pour l’opposition) ou les Haredim (pour le Likud) au profit d’un gouvernement sioniste à large base.

Les observateurs politiques et les initiés ont largement rejeté leurs aspirations à devenir des « faiseurs de rois », pour reprendre les termes d’une source du « Troisième Bloc », y voyant une manœuvre visant à obtenir de meilleures conditions pour des fusions ou à s’assurer des places sur les listes des grands partis.

« Ce ne sont pas vraiment des partis, ce sont des groupes de personnes qui cherchent à améliorer leur position afin de s’allier à l’un des [grands] partis le dernier jour du dépôt des listes », a déclaré au Times of Israel une source chevronnée de l’opposition, faisant référence à la date butoir du 9 septembre fixée aux partis pour déposer leurs listes de candidats en vue des élections d’octobre.

« Aucun d’entre eux ne mène une campagne sérieuse. Les seuls qui pourraient réellement se présenter sérieusement sont Edelstein et Erdan, mais c’est un ramassis de personnes dont personne ne veut », a affirmé la source, émettant l’hypothèse que Haskel avait formé son propre parti uniquement pour obtenir un moyen de pression sur Erdan et Edelstein, et ainsi s’assurer une place plus élevée sur leur liste.

Le chef du parti Yashar, Gadi Eisenkot, et des membres du parti lors du lancement de la campagne électorale, à Hod HaSharon, le 30 juin 2026. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

Selon la Treizième chaîne, le chef du parti Beyahad, Naftali Bennett, fait pression sur Tropper pour qu’ils fusionnent leurs listes dans le cadre de ce que la chaîne a qualifié « d’union totale ». Cependant, selon la chaîne, Tropper étudie actuellement la possibilité d’un accord avec le parti Yashar d’Eisenkot.

« La réalité, c’est que [la coalition finale] comptera soit les Haredim, soit Yaïr Golan. C’est tout simplement la réalité. Quand ces partis affirment : ‘Nous allons imposer l’unité’, ce ne sont que des balivernes », a affirmé la source, soulignant que la loi autorisant la rotation du poste de Premier ministre avait été abrogée.

« Je ne vois pas, après toute cette grande campagne électorale, comment Gadi, Naftali ou qui que ce soit d’autre accepterait un accord dans lequel Bibi conserverait son poste de Premier ministre simplement pour qu’ils puissent entrer au gouvernement », a ajouté la source.

Une deuxième source haut placée au sein de l’opposition a abondé en ce sens, déclarant qu’il était « beaucoup trop tôt » pour savoir quels partis finiraient par fusionner.

« Ils se livrent à un jeu de manœuvres politiques, mais les décisions se prennent toujours le dernier jour. »

Par ailleurs, le parti d’Erdan et d’Edelstein marque la dernière tentative en date d’anciens membres de la faction de Netanyahu de faire sécession et de lui faire concurrence. Les partis précédents de cette nature ont connu des fortunes diverses ; certains ont fini par réintégrer le Likud – comme Tikva Hadasha de Saar et Koulanou de Moshe Kahlon.

Les résultats du parti dans les sondages font craindre qu’il ne connaisse le même sort que le parti Koulanou, qui avait remporté 10 sièges en 2015, avait rejoint une coalition dirigée par Netanyahu, puis n’en avait obtenu que quatre en 2019 avant de fusionner avec le Likud.

Toutefois, un ancien collaborateur d’Edelstein a écarté ces inquiétudes, déclarant au Times of Israel que quoi qu’il arrive au cours du mois prochain, le nouveau parti « ira jusqu’au bout ».

« Connaissant Yuli, ce n’est pas une option pour lui. Je ne vois aucun autre scénario. »

Ariela Karmel a contribué à cet article.

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