Erdan et Edelstein lancent leur parti, encore sans nom : « Le Likud ne représente plus »
Les deux vétérans du Likud défendent le service militaire universel et une large coalition, sans exclure toutefois de gouverner avec Netanyahu
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Les anciens ministres du Likud Gilad Erdan et Yuli Edelstein ont officiellement lancé leur nouveau parti politique jeudi soir, lors d’un événement à Tel Aviv, sans toutefois lui donner de nom officiel.
Devant une banderole proclamant « Droite. Service militaire. Unité », les deux responsables politiques chevronnés ont déploré l’état actuel de leur ancien parti. Ils se sont engagés à faire du service militaire universel dans Tsahal l’un des piliers de leur programme et ont promis de ne participer qu’à un gouvernement reposant sur une large coalition.
« Ce soir, je quitte la famille politique au sein de laquelle j’ai grandi pendant plus de 30 ans », a déclaré Erdan lors du lancement officiel du parti. « Malheureusement, je ne peux plus la considérer comme ma famille, car les élus du Likud ne représentent plus les électeurs du Likud que j’aime tant. »
Élu pour la première fois à la Knesset sous les couleurs du Likud en 2003, Erdan a ensuite été ministre de la Sécurité intérieure, des Communications et de la Coopération régionale, avant d’occuper, de 2020 à 2024, le poste d’ambassadeur d’Israël auprès des Nations unies (ONU).
Edelstein, ancien « refuznik » qui a quitté l’Union soviétique pour s’installer en Israël en 1987, est entré à la Knesset en 1996 sous les couleurs de Yisrael BeAliyah, parti qui a fusionné avec le Likud en 2003. Il a notamment été ministre de la Santé, président de la Knesset et président de la commission des Affaires étrangères et de la Défense.
L’année dernière, son propre parti l’a évincé de la présidence de cette commission en raison de son insistance à réclamer des sanctions plus sévères à l’encontre des réfractaires haredim. Le mois dernier, il a annoncé qu’il quittait le Likud en raison de son opposition à la volonté du parti d’inscrire dans la loi les exemptions de service militaire accordées aux étudiants des yeshivot.
Le nouveau parti entend au contraire promouvoir une Loi fondamentale, à valeur quasi constitutionnelle, qui imposerait à tous les citoyens israéliens d’effectuer soit un service militaire, soit un service civil national.
« La loi établira un principe simple : dans l’État d’Israël, chaque citoyen a des droits, mais aussi des devoirs », a expliqué Erdan. « Chaque citoyen devra effectuer son service militaire ou son service national. »
Les partis haredim, alliés du Likud, se sont opposés aux tentatives visant à mettre fin aux exemptions généralisées de service militaire dont bénéficient depuis longtemps les hommes ultra-orthodoxes. Un projet de loi soutenu par le Likud et présenté l’année dernière prévoyait au contraire d’étendre ces exemptions aux étudiants des yeshivot. Les Arabes israéliens ne sont pas non plus tenus d’effectuer un service national.
Les députés n’ont toutefois pas explicitement exclu de participer à un futur gouvernement dirigé par le Premier ministre Benjamin Netanyahu. Interrogé à ce sujet jeudi soir, Erdan a déclaré qu’il ne se livrerait pas à des « exclusions ou boycotts visant des personnes », ajoutant que « tant que Netanyahu est élu par le peuple, il a le droit et le devoir d’exercer les fonctions de Premier ministre ».
« Nous respecterons bien sûr toute décision démocratique du peuple, mais nous croyons en un large gouvernement sioniste qui ne dépendra ni des partis haredim ni des partis arabes », a déclaré Erdan.
Tout en réaffirmant son soutien à « un large gouvernement sioniste », Erdan a exclu toute participation à une coalition avec le président des Démocrates, Yaïr Golan, qu’il a accusé d’avoir « jeté l’opprobre sur les soldats de Tsahal devant le monde entier » sans jamais s’en excuser.
« Je ne renie pas les valeurs dans lesquelles j’ai été élevé », a déclaré Erdan jeudi. « Je m’engage à faire en sorte qu’il existe un parti qui les mette en pratique… Je crois que le moment est venu de rendre à la droite ce qu’elle a perdu ces dernières années : le sens des responsabilités. La dignité et l’esprit du mouvement révisionniste. Et le respect mutuel. »
Erdan a souligné que, malgré ses convictions résolument ancrées à droite, proclamant notamment son soutien aux implantations en Cisjordanie et son opposition à la création d’un État palestinien. « Je n’ai jamais haï ceux qui pensent différemment de moi… car un adversaire politique n’est pas un ennemi. Nos ennemis se trouvent à Téhéran, à Gaza et au Liban ».
Il a insisté sur le fait que son parti ne rejoindra pas une coalition restreinte incluant des partis de gauche.
« Je m’oppose fermement à la vision du monde de la gauche », a-t-il ajouté. « Mais je n’ai jamais détesté ceux qui pensaient différemment de moi. Je n’ai jamais parlé de leurs origines, de leurs familles ou de leur mode de vie. »
L’ancien ambassadeur a déclaré que le nouveau parti, dont le nom n’a pas encore été dévoilé et que de nombreux médias ont surnommé « Likud B », entend offrir un refuge aux « électeurs de droite qui ont soutenu la coalition, mais ne veulent pas que l’on se dérobe au service militaire, ainsi qu’aux électeurs de droite de l’opposition qui ne veulent pas d’un gouvernement de gauche ».
Erdan a affirmé que le parti refuserait de participer à tout gouvernement reposant sur une coalition étroite : « Nous devons rompre avec ce système qui ne cesse d’engendrer des coalitions étroites, soumises aux intérêts sectoriels au lieu de servir la majorité des citoyens israéliens. La solution n’est pas une nouvelle coalition étroite. Elle réside uniquement dans un large gouvernement sioniste. Un gouvernement qui ne sera pas l’otage de groupes minoritaires et d’intérêts sectoriels. »
Dans son intervention, Edelstein a déclaré que lui et Erdan étaient en train de bâtir « un nouveau foyer politique qui donnera une voix aux centaines de milliers d’Israéliens qui ont le sentiment de ne plus avoir personne pour qui voter ».
Au lendemain du pogrom du 7 octobre, a déclaré Edelstein, « il m’est apparu clairement qu’il était impossible de continuer comme si de rien n’était », ajoutant qu’il espérait œuvrer pour « combler les divisions, rétablir la confiance entre les différentes composantes de notre peuple et reconstruire le partenariat sur lequel l’État d’Israël a été fondé ».
Edelstein a déclaré que, depuis le début de la guerre, il s’était employé à faire adopter une « véritable loi sur la conscription », un combat dont il avait « payé le prix politique ».
Le nouveau parti vient grossir les rangs, déjà nombreux, des formations pour la plupart situées au centre-droit qui cherchent à incarner une alternative au Likud, le parti de Netanyahu au pouvoir. Selon certaines informations, Erdan et Edelstein auraient également eu des discussions avec l’ancienne ministre Ayelet Shaked, l’ancienne vice-ministre Sharren Haskel et le chef de Kakhol Lavan, Benny Gantz.
Gantz et son nouvel allié politique Dedy Simhi auraient quant à eux mené des discussions avec les anciens députés Yoaz Hendel et Hili Tropper, à la tête du parti du parti Bayit Tzioni – HaMiluimnikim (Foyer sioniste), sans toutefois parvenir à un accord en vue d’une fusion. Un autre député dissident du Likud, Dan Illouz, a annoncé cette semaine qu’il rejoignait le parti Yisrael Beytenu d’Avigdor Liberman.
Les partis ont jusqu’au 8 septembre pour déposer leurs listes de candidats auprès de la commission centrale électorale.
Un sondage de la Treizième chaîne publié mercredi indiquait que le parti d’Erdan et d’Edelstein ne franchirait pas le seuil électoral. À l’inverse, un sondage réalisé la semaine dernière par Zman Yisrael, site partenaire du Times of Israel, lui attribuait cinq sièges à la Knesset. Le seuil électoral est fixé à 3,25 % des suffrages, soit un minimum de quatre sièges pour être représenté à la Knesset.
Le parti d’Erdan et d’Edelstein constitue la dernière en date des tentatives menées par d’anciens membres du Likud pour s’émanciper du parti de Netanyahu et le concurrencer dans les urnes. Les précédentes initiatives de ce type ont connu des fortunes diverses ; certaines formations ont fini par rejoindre le Likud, à l’image de Tikva Hadasha de Gideon Saar et de Kulanu de Moshe Kahlon.
Les Démocrates auraient renoncé à intégrer la mère d’un ex-otage à leur liste
Par ailleurs, Golan aurait décidé jeudi de ne pas faire usage de la possibilité qui lui était offerte de réserver une place sur la liste électorale de son parti à Einav Zangauker, mère de Matan Zangauker, retenu en captivité par le groupe terroriste palestinien du Hamas à Gaza pendant plus de deux ans avant d’être libéré.
Selon la presse israélienne, Golan a informé Zangauker qu’il ne l’intégrerait pas à la liste.
Zangauker a été l’une des figures les plus engagées de la mobilisation en faveur de la libération des otages pendant leurs années de captivité à Gaza, ainsi que l’une des critiques les plus virulentes de ce qu’elle dénonçait comme l’abandon des captifs par le gouvernement. Pendant la captivité de son fils, elle est devenue l’un des visages les plus connus des manifestations antigouvernementales hebdomadaires et intervenait régulièrement sur les plateaux de télévision.
Zangauker a déclaré plus tôt cette année qu’elle envisageait de se lancer en politique et que la « mission de sa vie » était de faire tomber le gouvernement actuel. On ignore toutefois encore si elle figurera sur une liste électorale avant le scrutin du 27 octobre.
Lors de la primaire des Démocrates organisée le mois dernier, la députée Naama Lazimi est arrivée en deuxième position, derrière Golan, suivie du député Gilad Kariv puis de la députée Efrat Rayten.
Les Démocrates comptent parmi les rares partis israéliens, avec le Likud et HaTzionout HaDatit, à organiser des primaires pour désigner les candidats de leur liste à la Knesset. Le Likud a toutefois pris une décision controversée en interne en autorisant Netanyahu à désigner lui-même huit candidats, auxquels seront attribuées des places dites « réservées » sur la liste du parti.
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