À l’approche des élections, des congrès universitaires font rentrer les Israéliens de l’étranger

Les organisateurs cherchent à tirer parti de l'arrivée de chercheurs expatriés venus voter, les experts estimant qu'ils sont susceptibles de privilégier les partis d'opposition plutôt que Benjamin Netanyahu

Vue du campus de l'Université de Tel Aviv, le 15 mai 2025. (Crédit : Yossi Aloni/Flash90)

Des dizaines de milliers d’Israéliens expatriés devraient revenir dans leur pays avant les élections législatives du 27 octobre, attirés non seulement par la possibilité de voter, mais aussi par les dizaines de conférences universitaires prévues quelques jours avant le scrutin.

Ces conférences s’inscrivent dans le cadre de la Semaine israélienne de la science et du monde universitaire, organisée par l’initiative Mind-IL. Celle-ci vise à « renforcer les liens entre les chercheurs israéliens et les instituts de recherche, tant en Israël qu’à l’étranger », en collaboration avec l’Académie des jeunes chercheurs d’Israël (Israel Young Academy). Cette dernière promeut la recherche scientifique et des liens plus étroits entre le monde universitaire, les décideurs politiques et la société.

Mind-IL a répertorié 59 conférences sur son site web à l’approche des élections, la plupart étant prévues les 25 et 26 octobre, soit un ou deux jours seulement avant que les Israéliens ne se rendent aux urnes. Certaines sont organisées de manière indépendante plutôt que directement gérées par l’initiative.

Ces événements couvrent des disciplines allant des mathématiques et des sciences naturelles au droit et aux sciences humaines.

Certains universitaires se rendant en Israël pour ces conférences voient leurs frais de déplacement pris en charge par des institutions privées, ce qui soulève des questions quant à la légalité de tels arrangements compte tenu de leur proximité avec le jour du scrutin.

La loi électorale israélienne interdit en effet d’offrir des incitations financières ou d’autres avantages dans le but d’influencer la participation électorale. Cependant, Assaf Shapira, directeur du programme de réforme politique de l’Institut israélien de la démocratie (IDI), a déclaré au Times of Israel que la légalité du financement des déplacements d’universitaires étrangers pour assister à des conférences juste avant les élections dépendait des circonstances et des intentions sous-jacentes à ce financement.

Les vols décollant de l’aéroport Ben Gurion, le 13 octobre 2026. (Crédit : Yossi Aloni/FLASH90)

Mind-IL a expliqué que le programme « vise à tirer parti de l’arrivée en Israël, au mois d’octobre, de milliers de chercheurs israéliens venant de l’étranger pour organiser des rencontres professionnelles, encourager les collaborations de recherche, faire émerger de nouvelles opportunités universitaires et renforcer le rayonnement international du monde universitaire israélien ».

« Ils ne convainquent pas les gens de venir voter, ils tirent parti du fait qu’ils viennent voter », a souligné Shapira.

Selon lui, en l’absence de preuves explicites d’une tentative d’influence sur les électeurs, il serait pratiquement impossible de « prouver sans l’ombre d’un doute que cela a été organisé uniquement en vue des élections ».

Jeremy Sarnat, chercheur étudiant les effets de la pollution atmosphérique sur la santé à l’université Emory, qui a immigré en Israël en 1993 avant de retourner aux États-Unis pour préparer son doctorat, se rend en Israël cette semaine pour un colloque universitaire. Il a toutefois déclaré avoir délibérément programmé son voyage pour qu’il coïncide avec les élections.

Des passagers dans le hall des arrivées de l’aéroport international Ben Gurion, près de Tel Aviv, le 18 mai 2025. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« C’est quelque chose que j’avais dû reporter à plusieurs reprises l’an dernier », a-t-il expliqué, ajoutant qu’il avait reprogrammé la réunion en octobre afin de « profiter de l’occasion pour participer aux élections ».

Interrogé sur les raisons de son retour en Israël pour voter, Sarnat a répondu : « Comme tous les Juifs du monde entier qui se soucient d’Israël, je considère ces élections comme particulièrement décisives. »

« Je pense que beaucoup de gens, moi y compris, considèrent que les résultats de ces élections auront des répercussions et un impact potentiel pour les Juifs, qu’ils vivent en Israël ou à l’étranger », a-t-il ajouté.

Israël n’autorise pas le vote par correspondance, à l’exception des diplomates et des émissaires en poste à travers le monde, ce qui signifie que la plupart des expatriés doivent rentrer dans leur pays pour voter.

Un employé pesant des bulletins de vote fraîchement imprimés dans une imprimerie, en vue des élections législatives israéliennes du 27 octobre, à Kiryat Gat, dans le sud d’Israël, le 8 octobre 2026. (Crédit : Jack Guez/AFP)

Selon l’AID Coalition, une organisation basée aux États-Unis qui défend la démocratie israélienne, plus de 53 000 Israéliens devraient rentrer au pays pour voter, un chiffre susceptible d’influencer l’issue de cette campagne très serrée. On ignore si ce chiffre tient compte des expatriés se rendant dans le pays pour assister à des conférences universitaires.

Le Likud, le parti du Premier ministre Benjamin Netanyahu, a récemment intenté une action en justice contre l’initiative « Fly&Vote » de la coalition, qui vise à faire venir par avion des expatriés israéliens dans le pays pour le jour du scrutin. Le Likud a par la suite retiré sa plainte dans le cadre d’un compromis négocié par le juge Noam Sohlberg, président de la commission centrale électorale (CCE).

Le Likud s’est opposé aux efforts visant à faire revenir les électeurs expatriés avant les élections du 27 octobre, partant vraisemblablement du principe que la plupart d’entre eux soutiendraient les partis d’opposition.

Shapira a exprimé son scepticisme quant au nombre d’électeurs de retour prévu par l’AID Coalition, laissant entendre que leur estimation pourrait être exagérée. Il a néanmoins déclaré que, compte tenu de « l’évolution et des tendances démographiques, sociales et économiques » d’Israël, la plupart des électeurs expatriés soutiendraient probablement les partis d’opposition.

Des passagers à l’aéroport Ben Gurion, près de Tel Aviv, le 4 octobre 2026. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Selon une étude de l’université de Tel Aviv s’appuyant sur les données du Bureau central des statistiques (CBS), près de 270 000 citoyens israéliens ont quitté le pays pour une durée d’au moins trois mois consécutifs entre 2023 et 2025. Bon nombre de ces personnes sont des professionnels hautement qualifiés, qui ont tendance à se situer politiquement au centre-gauche.

Une étude publiée au début de l’année par la Division de la planification et de l’économie de l’Autorité fiscale israélienne, qui s’est penchée sur les revenus des Israéliens émigrés au cours des dix dernières années, a révélé que le taux de départ des Israéliens aisés avait fortement augmenté en 2023 et 2024 pour atteindre des niveaux record, soit près du double de ce qu’il était jusqu’en 2019. Cette étude a révélé que les médecins, les ingénieurs et d’autres travailleurs hautement qualifiés et bien rémunérés, qui sont dans la fleur de l’âge, étaient surreprésentés parmi les émigrants récents.

Par ailleurs, une étude réalisée en 2023 par l’Université hébraïque de Jérusalem a montré que le soutien au bloc de droite diminue à mesure que le niveau d’éducation, les revenus et l’âge médian augmentent.

L’accélération du départ de professionnels hautement qualifiés a alimenté les craintes d’une aggravation de la « fuite des cerveaux » israélienne, les législateurs mettant en garde contre les conséquences à long terme pour l’économie et la société du pays.

« Il s’agit d’un phénomène grave et dangereux. L’État a manqué à ses responsabilités envers ses citoyens », a averti la députée Naama Lazimi (HaDemocratim) lors d’une audition en juin devant la commission de l’Immigration, de l’Intégration et des Affaires de la Diaspora de la Knesset.

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