Israël en guerre - Jour 281

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La Vieille Ville de Safed, dans le nord d’Israël, le 4 février 2024. (Crédit : David Cohen/Flash90)
La Vieille Ville de Safed, dans le nord d’Israël, le 4 février 2024. (Crédit : David Cohen/Flash90)
Carnet du journaliste

À Safed, les roquettes ne suffisent pas à ébranler des résidents profondément enracinés

Les Juifs vivent depuis des siècles dans la ville sainte du nord ; résilients, ses habitants ont repris leur vie quelques heures seulement après les premières frappes du Hezbollah

Deux heures à peine après les tirs de roquettes en provenance du Liban qui ont endeuillé son quartier de Safed, Talma Lapid était déjà dehors pour sa promenade quotidienne au soleil couchant, le long de ses rues pittoresques.

« Les roquettes nous ont brièvement fait peur, mais nous avons bien vite pris conscience que ce n’était pas là les prémices de quelque chose de plus grave », explique Lapid, âgée de 73 ans et mère de quatre enfants, au sujet des frappes du Hezbollah de mercredi, qui ont tué une soldate, Omer Sarah Benjo, et blessé huit de ses compagnons. « Nous avons plus ou moins repris nos habitudes », ajoute Lapid, qui vit depuis 30 ans à Merom Cnaan, le quartier le plus au nord – et probablement aussi le plus exposé – de Safed.

L’attitude imperturbable de Lapid face aux menaces de tirs de roquettes terroristes depuis le Liban est caractéristique de la population robuste de Safed, ville ancienne et importante sur le plan religieux, qui compte aujourd’hui 40 000 habitants et qui se trouve à douze kilomètres de la frontière avec le Liban.

Cette attitude est particulièrement perceptible à Merom Cnaan, cible fréquente car riveraine du complexe de bases, bunkers et entrepôts de stockage d’urgence du quartier général du Commandement nord de l’armée israélienne.

« C’est la contrepartie : nous sommes entourés de bases militaires qui attirent le feu, mais nous vivons au beau milieu des forêts intactes de Galilée », commente-t-elle en parlant de la forêt voisine de Biriya, qu’une épaisse brume hivernale nimbe d’une mystique qui ne fait qu’ajouter au charme de ce qui est déjà l’une des réserves naturelles les plus pittoresques de la région.

Lapid a grandi dans le kibboutz Hulata, situé à environ douze kilomètres au nord-est de Safed, pris pour cible par l’artillerie syrienne durant des décennies. Habituée à cette menace depuis sa plus tendre enfance, elle s’est installée à Safed en 1994 où elle a acheté à Merom Cnaan une maison avec un grand jardin pour 50 000 $.

Talma Lapid rentre chez elle à Safed, le 15 février 2024. (Crédit : Canaan Lidor/Times of Israël)

Créé dans les années 1990 pour les olim originaires d’ex-Union soviétique, le quartier de Merom Cnaan se compose d’un petit nombre de maisons et d’une zone abritée. Lorsque les sirènes retentissent pour avertir d’un tir de roquettes, nombreux sont les riverains à se rendre dans les bunkers communaux, constamment ouverts en période de troubles comme ces quatre derniers mois.

Dès le 8 octobre, le Hezbollah et d’autres organisations terroristes ont commencé à lancer des roquettes et des drones sur Israël, suite au déclenchement de la guerre avec le Hamas à Gaza en raison du massacre perpétré par l’organisation terroriste en Israël, qui a coûté la vie à près de 1 200 personnes et fait 253 otages.

Depuis, les tirs de roquettes depuis le Liban ont fait seize victimes côté israélien. Kiryat Shmona, Metula et d’autres villes du nord ont été évacuées en raison de tirs de roquettes, ce qui a conduit des dizaines de milliers de déplacés du nord à grossir le flot des populations évacuées des communautés frontalières de Gaza.

La sergent-chef Omer Sarah Benjo. (Crédit : Tsahal)

On estime à 200 le nombre de personnes mortes dans des ripostes israéliennes au Liban, dont le sud est contrôlé par l’organisation terroriste du Hezbollah.

Israël a procédé à des frappes aériennes à grande échelle suite à l’attaque de ce mercredi, faisant de nombreuses victimes, selon les médias libanais, dont un membre important du Hezbollah, Ali Muhammad al-Debes.

Lors de la deuxième guerre du Liban entre Israël et le Hezbollah, en 2006, des centaines de roquettes ont frappé Safed. Cette expérience a préparé les habitants aux hostilités actuelles, à commencer par les tirs de premières roquettes mercredi. Selon des habitants, depuis le 8 octobre, de nombreuses roquettes ont été lancées sur Safed mais le système de défense du Dôme de fer les a toutes interceptées.

Des nuages se massent dans le ciel au-dessus d’un jardin d’enfants de Safed, le 15 février 2024. (Crédit : Canaan Lidor/Times of Israël)

« Nous avons tous peur, mais je pense que nous ne savons pas vraiment comment réagir », a déclaré Sara Abergil, mère de quatre enfants âgés de 10 à 21 ans. « Nous avons confiance en Dieu, nous faisons confiance à notre armée et nous continuons de vivre comme d’habitude », a-t-elle expliqué depuis le supermarché de Merom Cnaan, quartier plus connu sous le nom d’Ibikur, du nom du promoteur immobilier qui l’a construit.

Abergil confie que les hostilités sont éprouvantes sur le plan émotionnel pour l’un de ses enfants. Son aînée « a eu une petite crise de panique » jeudi, indique-t-elle. « Ses angoisses de 2006 ont refait surface. Je l’ai emmenée avec moi dans la salle de bain et je l’ai calmée, comme je l’avais fait quand elle avait trois ans en 2006 », explique Abergil.

Elle n’a nullement l’intention d’évacuer Safed ou de s’enfuir.

« Non, tu ne comprends pas, mon chou. C’est Safed ici, pas n’importe quelle ville frontalière que l’on quitte », déclare en riant, pour le Times of Israël, celle dont la famille vit ici depuis des siècles.

Vue de Safed, le 19 janvier 2021. (Crédit : David Cohen/Flash90)

Allusion au fait que Safed, ville phare de la mystique juive, est l’une des quatre villes saintes, avec Jérusalem, Hébron et Tibériade. Des siècles avant l’avènement du sionisme moderne, les Juifs ont vécu dans ces villes, dont elles ont fait des centres de culte et de pensée, ainsi que le lieu de dernier repos de certains des plus grands sages du judaïsme.

Ainsi, la tombe de Shimon bar Yochai, sage du IIe siècle, est située à 5 kilomètres de Safed et attire sans discontinuer des masses de pèlerins.

Mais la Vieille Ville de Safed, véritable labyrinthe de rues pavées, est elle aussi une attraction pour les touristes laïcs, surtout en été, lorsque l’altitude de la ville – située à 850 mètres au-dessus du niveau de la mer – permet d’échapper à la chaleur étouffante du Moyen-Orient et de flâner entre galeries d’art et festivals de musique, à commencer par le festival international de musique klezmer.

Les forces armées israéliennes sur les lieux de l’impact d’une roquette tirée depuis le Liban, à Safed, le 14 février 2024. (Crédit : David Cohen/Flash90)

Contrairement à Kiryat Shmona, où les attaques à la roquette ont donné lieu à une évacuation quasi totale de la ville, Safed est en pleine effervescence.

Ses restaurants, bureaux, magasins et autres commodités sont ouverts en ce jeudi après-midi et les habitants se préparent pour Shabbat, alors même que deux roquettes lancées mercredi ont frappé le centre-ville.

Therese Cohen, mère de cinq enfants née à Safed et originaire de Merom Cnaan, se dit très sensible à « la profonde spiritualité » qui émane de Safed, en particulier au moment du Shabbat. Le week-end, « on a vraiment le sentiment de vivre dans une ville sainte juive », confie Cohen, 50 ans, qui ne partage ni la détermination d’Abergil à rester sur place, ni son apparente fatalité face à la menace.

« Je suis terrifiée », confie Cohen, qui s’est installée depuis la veille avec ses cinq enfants dans la maison de sa sœur, dotée d’une pièce sécurisée.

Thérèse Cohen fait des courses pour le Shabbat à Safed, le 15 février 2024. (Crédit : Canaan Lidor/Times of Israël)

« J’espère qu’ils vont évacuer tout le quartier. Nous n’avons pas d’abri individuel et, lorsque la sirène retentit, il n’est pas toujours possible d’atteindre les abris publics avant que les roquettes ne frappent », explique-t-elle. Ses enfants l’attendent dans la voiture pendant qu’elle fait ses courses. « Je ne peux pas les perdre de vue avec ces tirs de roquettes. Je les garde à la maison, ils ne vont pas à l’école », ajoute-t-elle depuis le supermarché.

Le nom des rues du quartier reflète la dualité de la vie, entre la beauté de la nature et les menaces violentes. La rue Alexandre Petcherski, du nom d’un leader du soulèvement dans le camp d’extermination nazi de Sobibor, coupe en deux le quartier dont les autres rues portent des noms d’oiseaux de la région, comme le chardonneret ou le rossignol.

Des passants dans la Vieille Ville de Safed, dans le nord d’Israël, le 4 février 2024. (Crédit : David Cohen/Flash90)

Au supermarché, les clients et le personnel disent toute la diversité de Safed et de Merom Cnaan.

Lapid, l’ex-kibboutznik, est une artiste qui s’intéresse au bouddhisme et à Baruch Spinoza. Cette Juive ashkénaze d’origine allemande a deux de ses enfants qui ont quitté Israël pour Berlin.

Cohen est elle pratiquante et originaire d’une famille séfarade. Abergil est elle aussi religieuse mais se présente comme une guérisseuse spirituelle qui combine traditions juives et extrême-orientales pour traiter une clientèle féminine.

La gérante du magasin, Hannah Matzliah, née à Safed et mère de quatre enfants, se définit elle-même comme « traditionnelle ». Elle est plus inquiète de « la manière dont Safed est en train de devenir une ville haredi » que des tirs du Hezbollah, confie-t-elle au Times of Israel.

« Je suis d’accord avec les Haredim, ce sont des gens formidables », poursuit-elle. « Je veux juste que le pluralisme demeure, parce que c’est là que nous puisons notre force », conclut-elle.

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