Un film peut-il faire rire et émouvoir ? Oui, le cinéma l’a prouvé quand il a su être intelligent, rythmé, authentique, sensible et doté d’un bon casting. Peut-il, dans ce même élan, donner à réfléchir ? Oui, surtout quand l’actualité lui renvoie un reflet pour le moins inquiétant.
En poussant un cran plus loin le curseur des comédies culte liées à la Seconde Guerre mondiale et en traitant à sa manière, tendre et délicate, le sort des Juifs, Pascal Elbé coche toutes les cases. Sans donner de leçon, sans juger, avec la pudeur et la distance que l’humour et l’absurde savent donner à la tragédie. Et avec l’empathie de celui qui sait de quoi il parle.
N’eût été le désir d’en savoir plus sur l’acteur, scénariste et réalisateur dont la carrière et les témoignages de ses pairs témoignent de la culture et de la bienveillance, on aurait pu se contenter d’écrire tout le bien que l’on a pensé de son nouveau film, vu quelques jours plus tôt en projection presse.
Mais, au-delà du pur plaisir cinématographique, on mesure, en l’écoutant parler, l’inquiétude, la colère et le désir de transmettre qui sous-tendent ce film qui s’adresse à tous les cinéphiles, Juifs et non Juifs, entraînés dans les tribulations de Jean Chevalin (inénarrable Benoît Poelvoorde), lequel, en bon père de famille, pense judicieux de se faire passer pour Juif, avec sa femme et son fils, au motif que « certains » s’en sortent toujours mieux. Sauf qu’on est en France en 1940… La suite est à découvrir en salle dès le 12 novembre. Et peut-être prochainement en Israël, comme le souhaite ardemment Pascal Elbé.
The Times of Israel : Le théâtre, où vous avez fait vos débuts et pour lequel vous semblez avoir gardé une grande tendresse, a-t-il nourri votre approche du cinéma ?
Pascal Elbé : Le théâtre m’a tout appris, et même à diriger un plateau. Le théâtre, c’est la pierre fondatrice. J’en ai besoin et j’y retourne régulièrement. C’est un instant magique. Ce métier, on le fait évidemment pour soi mais la rencontre avec le public est le seul moyen de savoir si on a bien travaillé. Et le théâtre, c’est un rendez-vous direct avec le public.
Benoît Poelvoorde et Audrey Lamy, qui sont au générique de votre film, ont évoqué de concert leur « bonheur » de tourner avec vous et ont souligné votre joie, communicative, d’être sur le plateau. Là aussi, l’esprit du théâtre ?
Totalement ! J’ai beaucoup appris, notamment aux côtés de Michel Boujenah qui est de ces artistes qui taillent la route et qui sont tout le temps sur scène. Ils ont ce rapport à l’autre. C’est, là encore, l’héritage du théâtre.
Reste que vous avez un jour confié que « l’aventure folle de réaliser un film » libère en vous un « surmoi qui arrive pour essayer de régler tous les problèmes ». Est-ce cette joie spontanée et quasi enfantine qui vous a fait dire : « Je ne suis pas si pressé finalement d’être un vieux con » ?
Réaliser est une aventure humaine folle, un fantasme qui consiste à avoir une idée dans un coin de la tête et à assister à sa réalisation ! Continuer, le plus longtemps possible, à être dans cette inquiétude de l’écriture est un peu comme si on m’offrait un circuit de Formule 1 et qu’en me laissant seul, on me dise : « Vas-y, fais joujou, c’est à toi ! ». C’est un privilège et une chance qui n’ont de cesse de m’émerveiller.
Vous avez souvent proclamé votre goût pour les comédies italiennes des années 1960. Pourquoi ?
Pour leur façon légère de traiter la gravité. La tragi-comédie n’oblige pas à choisir ou à juger les personnages dont elle raconte la vie et les problèmes avec un petit pas de côté, que ce soit par délicatesse ou par respect du spectateur. Je n’aime pas quand, au théâtre ou au cinéma, on vous dit ce qu’il faut penser et où se trouve le bon côté de l’Histoire. Je laisse au spectateur le soin d’aller là où la réflexion le mène. Je déteste l’écriture « à message » dans laquelle l’auteur fait dire au personnage ce que le personnage lui-même n’aurait pas voulu dire. C’est une écriture au forceps qui trouverait mieux sa place en politique. Ce n’est pas la mission des artistes.
Quelle est la genèse de ce film ? Des propos entendus dans un café dont l’une des scènes du film se fait d’ailleurs l’écho ?
Une histoire procède souvent d’une inquiétude. En l’occurrence, celle qui est la nôtre aujourd’hui. C’est aussi le constat que l’Histoire, finalement, ne nous apprend pas grand chose. Et pour les Juifs, l’Histoire la plus proche, c’est la guerre. Ce que j’entends aujourd’hui, ce sont les préjugés et les stéréotypes qui perdurent et qui font beaucoup de mal. Alors je me suis dit que j’allais les transposer en 1940. Malgré ce qu’ils ont subi, le sentiment demeure que les Juifs sont privilégiés et qu’ils s’en sortiront toujours mieux. Le constat est vertigineux, qui montre que les leçons de l’Histoire n’ont pas servi. C’est vrai, j’ai entendu, à une table voisine, parler d’une famille juive qui avait été éprouvée et puis cette phrase, balayant tout ce qui venait d’être dit : « Je ne me fais pas de souci pour eux ».
En réalité, le sujet de ce film vient d’une inquiétude et d’une révolte et de la façon dont je peux, avec mes armes, y répondre.
En quoi la lecture du Barbier et le nazi d’Edgar Hilsenrath (1979) a-t-elle conforté le biais décalé (et éloigné de la comédie italienne) avec lequel vous avez décidé de traiter le sujet ?
Si tant est que l’on m’a demandé, au tout début, quand j’ai présenté le sujet, la raison pour laquelle je voulais écrire cette histoire, c’est une question que l’on ne me pose évidemment plus aujourd’hui. Pour ce film, mes références ont été beaucoup plus littéraires que cinématographiques. C’est loin de la comédie italienne certes mais toujours avec ce petit pas de côté. Le Nazi et le Barbier est l’histoire folle d’un Allemand affecté dans un camp d’extermination et qui, pour s’en sortir après-guerre, parvient à se faire passer pour juif et rejoint la Palestine sur L’Exitus, nom auquel je rends hommage, dans mon film.
Pour mon film précédent, qui parlait de la perte d’audition, c’est le livre de David Lodge, Ma vie en sourdine, qui m’avait accompagné. Les livres mettent des mots sur ce que je ressens. Moi, je mets des images.
La guerre est-elle un matériau hélas formidable pour révéler le genre humain ?
C’est un extraordinaire laboratoire de l’humain. Pour un scénariste, c’est un terreau très riche où l’on voit le pire et, parfois, le meilleur. Comme l’a chanté Léonard Cohen, « C’est par la faille que jaillit la lumière ».[ndlr « Anthem » (1992), vers inspiré de la mystique kabbalistique de la brisure des vases]. Cela nous permet aussi de raconter l’espoir.
La Collaboration est abordée dans votre film au travers, notamment, de la scène dans laquelle sont diffusées, dans un cinéma, les actualités – propagandistes – comme c’était le cas à l’époque, avant le film. Tout est dit dans le commentaire de la voix off : « La France collabore avec honneur »…
Il y a, aujourd’hui, beaucoup de gens qui pensent être du bon côté de l’Histoire. Ce qu’on entend résonne comme une défaite absolue de la pensée. L’Histoire, quand elle est mal digérée, se présente à nouveau et c’est très inquiétant.
« Il y a, aujourd’hui, beaucoup de gens qui pensent être du bon côté de l’Histoire. Ce qu’on entend résonne comme une défaite absolue de la pensée. »
Malgré tout, je ne peux pas m’empêcher d’espérer. Je suis un optimiste. Je pense que la vérité finit toujours par advenir.
Les Juifs ont traversé des tempêtes. Et nous sommes toujours là.
Le thème de la délation est également présent, à travers une femme qui écrit une lettre pour signaler que sa voisine d’immeuble est juive. Pourquoi avoir fait de la femme dénoncée une prostituée ?
Je voulais sortir de l’archétype victimaire du Juif qui s’excuse presque d’être là, comme on le voit souvent dans les films. Le statut de pourchassés et de déportés n’impose pas d’afficher systématiquement un visage angélique ou noble. La communauté est faite de gens différents.
Par ailleurs, les lettres dont on parle dans le film sont inspirées de courrier que j’ai lus. Le pays a une tradition de corbeaux qui a également fait florès après-guerre pour dénoncer des voisins collabos…
La Résistance tient une place très importante dans le film, notamment à travers le personnage interprété par Zabou Breitman. Pourquoi une femme et pourquoi une baronne ?
Pour rendre hommage à l’aristocratie et la grande bourgeoisie qui ont beaucoup œuvré pendant la guerre, avec un grand courage. On n’en parle pas suffisamment.
Incarner la chef de la Résistance à travers ce personnage est un moyen de rendre hommage à des femmes comme Lucie Aubrac ou Germaine Tillion…
Je ne dirais pas que les femmes ont été invisibilisées pendant cette période mais elles sont, me semble-t-il, passées au second plan.
C’est ma façon à moi de remettre la place de la femme dans notre Histoire.
Faurillon le méchant de l’histoire – dont le nom échappe à deux syllabes près à un tristement célèbre homonyme, militant négationniste français – est un gestapiste fielleux à souhait…
David Talbot, qui l’incarne, est formidable. Il affiche ce côté doucereux, différent de l’image vociférante des hommes de la Gestapo que l’on voit généralement dans les films. Il est le mal incarné. La modernité de cette comédie tient peut-être aussi au fait qu’on ne s’y débarrasse pas des salauds en leur balançant des citrouilles.
Quand Faurillon débarque avec ses hommes, c’est l’Histoire qui prend le pas et qui vient foudroyer les personnages. David Talbot est glaçant, notamment parce qu’il laisse penser, de prime abord, qu’il y a en Faurillon un fond d’humanité. Il n’en est rien…
Se faire passer pour Juif en 1940 : ce n’est pas tant que Jean Chevalin est bête, il est surtout ignorant du sort des Juifs. Pleutre et un peu crâne, il vient de déserter, après une journée sur le front. Déserter est, selon lui, « une autre façon de faire la guerre ». N’est-ce pas la phrase qui le résume le mieux, au début du film ?
Il essaie juste de s’en sortir. Il fait des tours de magie, ce qui prouve que chez lui, tout n’est pas à jeter : il essaie de faire rêver et d’instiller un peu de poésie. Chevalin est surtout ignorant. Dire qu’il est lâche relève du jugement. Il a eu peur.
Savons-nous comment nous aurions réagi pendant la guerre ? Dans La Nuit d’Elie Wiesel, le fils aimant laisse son père gisant à bout de force dans la neige et le vent glacial… Qui pour juger ?
Vous prêtez vos traits à Sam Goldstein que vous interprétez avec beaucoup de tendresse. Reste que pour ce personnage, vous n’avez manifestement pas résisté à la figure archétypale de l’Ashkénaze aux lunettes rondes cerclées…
Les lunettes m’ont permis d’effacer un peu de modernité du visage. Il me fallait une « tête d’époque » et les lunettes convoquent l’imaginaire d’un Juif commerçant de ce temps.
Pourquoi est-il coiffeur ?
C’est, d’abord, un hommage indirect à Hilsenrath et à son personnage de Chaim Finkelstein. Et puis je voulais qu’on puisse immédiatement identifier sa vie d’avant, grâce à la vitrine de son salon, la rue et la Gestapo que l’on voit arriver en voiture. C’est une question de grammaire cinématographique.
Pour camper Chevalin, qui mieux que Benoît Poelvoorde, dont on dit souvent qu’il est un héritier de Bourvil ?
Il a cette humanité absolue qui permet de démarrer très bas. Il n’est ni repoussant, ni antipathique. Benoît reprend la tradition des grands acteurs qui m’ont accompagné quand j’étais jeune, comme Fernandel, Bourvil et Chaplin. Il a quelque chose de singulier qui me bouleverse.
Il est vrai que l’arc narratif est important et que son personnage évolue de façon significative. Benoît Poelvoorde pense que Chevalin n’a pas fait son mea culpa, qu’il reste au fond de lui un lâche et un fainéant, surpris d’avoir dans sa vie un ami [Sam Goldstein]. Vous pensez quant à vous que le destin, que vous lui avez façonné, fait de Chevalin un « mensch ». Aux spectateurs de décider s’il est un opportuniste ou un mensch ?
Le chemin est évidemment long pour être un mensch. Mais comme c’est le cas de beaucoup, il a fallu à Chevalin d’avoir le nez dedans pour comprendre la situation. C’est au contact de Goldstein, de façon frontale, qu’il prend la mesure du danger. Je dirais de la même façon qu’il faut, quand on est à Yad Vashem ou dans un musée de la déportation ou de la Résistance, regarder les photos une à une, comme autant de vies.
Il est parfois nécessaire de guider les gens vers une concrétisation, une incarnation de l’Histoire, à défaut de quoi ils n’y voient que des chiffres. Chevalin n’est peut-être pas un mensch, pour autant, je pense que le fait d’avoir connu Goldstein va lui permettre, à l’avenir, de réfléchir. Quand il assiste à la rafle, son regard sur les enfants qui sont emmenés en dit long. Je ne peux pas penser que cela ne le change pas.
Je reprendrai les mots de Robert Badinter qui aimait à citer la phrase du grand abolitionniste qu’était Victor Hugo : « Le droit qu’on ne peut retirer à personne, c’est le droit de devenir meilleur ».
Alors, je me dis qu’il nous faut prendre notre bâton de pèlerin, sans céder au repli et à la peur, et essayer d’aller vers l’autre, même si c’est compliqué en ce moment.
Parfois, je n’en ai pas envie, parfois, je suis en colère et je suis tenté de me renfermer sur moi-même. Mais je n’en ai pas le droit : je n’ai pas fait la guerre, je suis privilégié, je fais le métier que j’aime. Je ne vais pas me coucher au premier virage parce que j’ai peur.
« Je ne vais pas me coucher au premier virage parce que j’ai peur. »
La décision de Chevalin de se faire passer pour Juif donne la scène particulièrement drôle, chez le faussaire chargé de lui fabriquer de faux papiers. Elle vous a également inspiré la très belle scène du Shabbat. Etait-il important de filmer ce moment de communion spirituelle ?
C’est une scène charnière dans laquelle le regard de Chevalin se pose sur les gestes des autres. Il dit : « J’aurais bien aimé que ma famille voie cela ». C’est une façon de dire : « J’aurais aimé appartenir à cela ». C’est une scène délicate, que l’on a vue dans de nombreux films, accompagnée de chants juifs et de prières.
J’ai pour ma part recherché une approche singulière, en glissant d’un visage à l’autre avec beaucoup de tendresse, de pudeur et de douceur, de telle sorte qu’on se sente vraiment avec eux. Encore une fois, je me suis refusé à faire comprendre au « forceps » ce que ce moment raconte des personnages. Au spectateur de savoir s’il veut se poser, ou pas. Chevalin, quant à lui, se sent accepté. Pour la première fois, il rentre dans une petite communauté humaine.
Sam Goldstein est à la recherche de son jeune fils, dont il a été séparé après avoir échappé à une arrestation. Le thème de la transmission est très important dans votre travail. On pense évidemment à Père et fils (2003), le premier film de Michel Boujenah dont vous étiez le co-scénariste et qui vous a valu une nomination pour le César du meilleur jeune espoir masculin. Vous y campiez l’un des fils de Léo interprété par Philippe Noiret avec lequel vous avez noué un lien très fort, jusqu’à sa mort…
Je l’ai accompagné presque jusqu’à son dernier souffle. Il m’a guidé sans jamais me conseiller. Noiret m’a élevé dans ce métier. Il m’a fait confiance et il m’a aimé. Être adoubé par Philippe Noiret est un privilège immense. C’est une histoire presque filiale, une histoire de transmission. À la fin de Père et fils, j’étais fâché avec mon père depuis 15 ans. Je l’ai appelé et on a renoué…
« La Bonne Etoile » est une sorte de conte. À la publication de La plus précieuse des marchandises. Un conte (2019), Jean-Claude Grumberg nous avait confié : « Le conte ne peut pas être mis en doute. Le conte est vrai ». Que vous inspire cette remarque ?
Il a totalement raison. Le conte permet de tordre la chronologie historique.
L’histoire de « La Bonne Etoile » se déroule sur deux ou trois jours alors qu’on a l’impression d’être dans une épopée qui, du début jusqu’à la scène finale sur le bateau, a duré des mois ! Mais surtout, le conte est le chemin qui va directement au cœur.
Cette liberté chronologique est-elle à l’œuvre quand un Juif annonce que le bateau est en route pour Israël, alors qu’on n’est manifestement pas encore en 1948 ?
Bien sûr. Ce qui importe, c’est de restituer ce qu’on a ressenti à cette époque-là.
Vous avez, vous aussi, attendu de l’empathie après le 7-Octobre. Au lieu de quoi, vous n’avez « entendu que du silence »…
J’aurais aimé qu’il y ait, dans ce pays que j’aime et dont je défends la culture depuis toujours, de grandes plumes pour s’exprimer. J’aurais aimé que les féministes sortent du bois autrement que de la façon dont elles l’ont fait. Oui, je me suis senti – comme nous tous – très seul. Presque trahi. J’ai toujours pensé qu’on était des Français et soudain, on nous a ramenés en permanence à notre judéité. Je n’ai pas été surpris mais triste. J’ai des amis de 30 ans que je vois moins…
Ceux dont vous parliez quand vous avez dit : « Il y a des gens avec qui je n’ose plus parler parce que j’ai l’impression qu’on m’essentialise, qu’on ne me voit que, en tant que. Comme si je ne pouvais pas avoir mon opinion à moi » ?
Exactement.
Et dans la profession, l’avez-vous aussi ressenti ?
Dans la profession, on est des grands rêveurs, des poètes qui donnent vite des leçons. Il m’est déjà arrivé d’être confronté à un partenaire de jeu qui ne voulait pas faire une tournée théâtrale en Israël en arguant de la politique d’Israël, sans être jamais allé sur place pour voir comment cela se passait. À tout cela, on est habitué depuis toujours. On gère, on laisse glisser mais désormais, il y aura définitivement un avant et un après. Je ne pardonne pas.
Avez-vous été empêché dans votre travail ?
Non, mais on a parfois mis des obstacles sur mon chemin. Et qu’il soit conseillé, pour défendre ce film, de travailler les éléments de langage pour ne pas faire peur, veut bien dire qu’il y a quelque chose qui n’est toujours pas digéré…
Début 2025, vous avez joué dans la pièce Inconnu à cette adresse, aux côtés de Stéphane Guillon : le reflet d’une histoire dont on peine à se dire qu’elle ne se répète pas ?
C’est malheureusement d’actualité. Mais, je vais vous dire : quand j’ai joué Inconnu à cette adresse, j’ai vu des salles se lever comme un seul homme. Et pas seulement pour notre prestation ! Les gens se levaient pour ce que cette pièce raconte. De la salle montait un cri du cœur qui disait « Ça suffit, ce qui vous arrive, ça suffit ce qui nous arrive ». Je l’ai très profondément ressenti. Et c’est pareil pour le film.
« Ce que je reproche à cette France-là, c’est d’être silencieuse. »
Depuis Inconnu à cette adresse et depuis la tournée que nous avons faite pour La Bonne Etoile, je me sens bien moins seul. Ce que je reproche à cette France-là, c’est d’être silencieuse. Il m’arrive parfois de m’adresser à la salle en disant : « Si vous êtes avec nous – le seul fait de dire « avec nous » est en soi terrible – eh bien alors, dites-le ! »
Vous avez, pour présenter ce film, effectué une longue tournée en province où le film a été particulièrement bien reçu. Là encore, votre bonheur d’être face au public était perceptible, d’autant que vous avez, cet été, reçu deux prix au festival historique, dont le Prix des Collégiens…
Qu’ont déclaré les collégiens pour motiver leur décision ? Qu’ils avaient choisi La Bonne Etoile parce que ce film les unifie. C’est la plus belle réponse ! Partout, le public a été chaleureux et enthousiaste.
Même si, à l’occasion d’un des tout premiers débats organisé autour du film devant plus d’une centaine de lycéens, la première question d’un gamin a été : « Quand, à la fin, sur le bateau, vous parlez d’Israël… ça n’existait pas… Ça veut dire que vous avez volé notre terre ». Et là, il a enchaîné en parlant de génocide. Je me suis dit que le chemin allait être long et qu’il faudrait prendre notre bâton de pèlerin et leur expliquer les choses, sans être professoral. Il est parfois difficile, lorsqu’on s’adresse à certains lycéens pétris d’idées reçues, de déconstruire ce narratif.
L’absurde, donc, pour tenter de démonter les stéréotypes et les idées reçues ?
Quand quelqu’un vous heurte, la meilleure façon de répondre est souvent, là encore, ce petit pas de côté. La tension redescend et on commence enfin à vous écouter. Si on est trop véhément, on n’est pas écouté. Mais la tournée et les avant-premières nous ont montré que le message est totalement reçu, compris et apprécié. C’est l’espoir et la lumière dont nous parlions…
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« La Bonne Etoile », en salle le 12 novembre.
la Communauté du Times of Israël !
