Israël en guerre - Jour 282

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Jonathan Elkhoury, défenseur d'Israël, lors d'une conférence publique au centre communautaire juif de Marblehead, dans le Massachusetts, le 5 novembre 2023. (Crédit : Harel Madhala)
Jonathan Elkhoury, défenseur d'Israël, lors d'une conférence publique au centre communautaire juif de Marblehead, dans le Massachusetts, le 5 novembre 2023. (Crédit : Harel Madhala)
Interview

Beaucoup ne voient pas les Israéliens comme des humains – défenseur libano-israélien

Incarnant la mosaïque de la société israélienne, Jonathan Elkhoury, Israélien d’origine chrétienne libanaise, est en première ligne de la diplomatie publique de l’État juif

Jonathan Elkhoury est l’un des défenseurs non juifs d’Israël les plus en vue sur la scène internationale. Issu d’une famille chrétienne libanaise, il s’est installé en Israël en 2001, à l’âge de neuf ans, en tant que réfugié lors de la délocalisation de l’armée du Sud-Liban, qui a combattu aux côtés de Tsahal lors de la Première Guerre du Liban. Aujourd’hui, Elkhoury vit à Haïfa.

En tant que chrétien, libanais et membre de la communauté LGBTQ+, il se décrit lui-même comme un défenseur des droits des minorités, et est actif depuis 2017 en tant qu’orateur lors d’événements de diplomatie publique et sur les réseaux sociaux pour expliquer au monde la diversité et la complexité qui caractérisent l’Israël moderne.

Il s’est assis pour parler de son activité après une tournée d’une semaine sur les campus universitaires américains qui l’a conduit, avec son organisation DiploAct, dans huit grands établissements d’enseignement supérieur de la côte est des États-Unis, dont Harvard, Brandeis, NYU et UPenn, afin de présenter aux étudiants une histoire d’Israël différente de celle à laquelle ils sont exposés dans le milieu universitaire américain contemporain.

Depuis qu’il a commencé sa carrière de conseiller en diplomatie publique en 2017, il a participé à plus de 40 délégations à travers l’Amérique du Nord et l’Europe, dont beaucoup ont été organisées pendant la semaine contre l’apartheid israélien – un événement qui se tient chaque année dans des dizaines d’universités à travers le monde – pour présenter son histoire personnelle, convaincu que les minorités doivent être en première ligne de la diplomatie publique israélienne.

« Chaque fois que les opposants à Israël l’attaquent, ils sortent toujours l’argument des minorités et disent que nous vivons sous le régime de l’apartheid », a-t-il expliqué. « Ils prétendent que les minorités sont soumises à des lois différentes et qu’elles ne peuvent pas vivre leur vie comme elles l’entendent. En tant que citoyen israélien, cela me fait mal d’entendre cela. »

« J’ai récemment rencontré un étudiant qui m’a dit que Haïfa, la ville où je vis, est une ville d’apartheid, avec des bus séparés pour les Juifs et les Arabes, des écoles et des théâtres séparés », s’est-il souvenu. « Ma réaction : ‘Attends, quoi ? J’ai étudié dans une école juive. Mon père travaille pour Egged, la compagnie nationale de bus israélienne. De quoi tu parles ?' »

Jonathan Elkhoury, défenseur pro-Israël, lors d’une rencontre avec le président israélien Isaac Herzog à la résidence présidentielle, à Jérusalem, le 4 juin 2023. (Crédit : Amos ben Gershom/Bureau du président)

À propos de sa dernière tournée de sensibilisation aux États-Unis, Elkhoury a noté que cette fois-ci, les réunions publiques étaient différentes de d’habitude. Alors que l’histoire du conflit occupe habituellement le devant de la scène, cette fois-ci, lui et sa délégation ont décidé de se concentrer sur les histoires des victimes du massacre du 7 octobre et ont amené avec eux trois Israéliens dont les amis ont été massacrés au Festival Supernova.

Selon Elkhoury, l’hostilité à l’égard d’Israël provient souvent d’une attitude déshumanisante très profondément ancrée. « Beaucoup de gens ne considèrent pas les Israéliens comme des êtres humains. C’est pourquoi ils arrachent des prospectus de bébés kidnappés. »

C’est pourquoi, dit-il, « le principal objectif de notre délégation cette fois-ci était de mettre des noms sur les chiffres, sur les 1 200 Israéliens qui ont été assassinés et les 240 qui ont été kidnappés, et de faire ressortir le côté humain de l’histoire ».

Au sujet du public qui a assisté à leurs événements, Elkhoury a déclaré que l’objectif n’était pas de s’engager avec des militants anti-Israël.

« Ils ne sauraient pas comment combattre notre message, parce que nous apportions des histoires personnelles. C’est à mon avis l’une des meilleures approches car, en fin de compte, ces militants anti-Israël n’essaieront jamais de comprendre notre point de vue, quoi qu’il arrive. »

Le véritable public cible, explique-t-il, est la majorité modérée.

« À l’Université de Brandeis, par exemple, nous avions une énorme présence de chrétiens hispaniques. De manière générale, je dirais qu’environ 80 % des gens ne savent pas vraiment ce qui se passe en Israël », a-t-il estimé.  » Ce sont ces personnes qui veulent écouter nos histoires, qui veulent mieux comprendre la situation et qui auront des questions. »

« L’idée fausse la plus répandue qu’y nous a été rapportée est que les gens ne savent pas qu’environ 25 % de la population israélienne est non juive – et que nous sommes une partie indissociable de la société israélienne. Nous servons dans l’armée, nous effectuons le service national, nous avons des représentants à la Knesset et à la Cour suprême. »

« Les militants anti-Israël choisissent des faits isolés et construisent leur récit autour de ceux-ci. En revanche, nous racontons aux gens une histoire complète non seulement sur Israël, mais sur les Israéliens eux-mêmes, et sur ce que nous vivons en ce moment. Nous leur parlons des vies humaines qui ont été perdues et de la vie que nous voulons continuer à avoir. D’accord, Israël n’est pas parfait, mais nous devons mettre beaucoup de choses en perspective. »

« J’ai l’impression que nous tirons en quelque sorte le tapis sous leurs pieds, et que nous secouons un peu leur monde. Nous ne les amènerons peut-être pas à se ranger à 100 % du côté israélien, mais nous les amènerons à reconsidérer leurs idées préconçues », estime Elkhoury au sujet de l’impact de ces histoires sur le public.

Certaines des conférences données au cours de la dernière mission d’Elkhoury s’adressaient spécifiquement aux étudiants juifs américains.

« Beaucoup d’entre eux n’ont pas vraiment toutes les informations et les connaissances nécessaires pour s’engager dans un débat. Et beaucoup d’entre eux ont même peur de faire quelque chose, alors nous essayons d’être là pour eux, de les aider et de les écouter. »

Une femme au défilé annuel de la Gay Pride à Jérusalem, le 2 juin 2022, brandit une pancarte revêtue de la phrase biblique ‘Aime ton prochain comme toi-même.’ (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« Nous voulions aussi donner à la communauté juive des États-Unis un endroit où ils pourraient faire leur deuil, car depuis le 7 octobre, beaucoup d’entre eux se battent sans arrêt pour faire passer le message [de ce dont Israël a souffert], et nous leur avons aussi donné plus d’informations sur ce qui se passe sur le terrain », ajoute Elkhoury.

Un point qui trouve souvent un écho auprès du public libéral est l’expérience d’Elkhoury en tant qu’homosexuel en Israël.

« Je parle beaucoup du traitement réservé à la communauté LGBT+ en Israël par rapport au Liban ou au reste du monde arabe », a-t-il expliqué.

Israël est connu comme un « havre gay » au Moyen-Orient, et Tel Aviv est fréquemment citée comme l’une des villes les plus accueillantes pour les homosexuels dans le monde. Bien que le mariage homosexuel ne soit pas reconnu – pas plus que le mariage pour les couples hétérosexuels s’il est célébré en dehors des institutions religieuses de la foi des époux – les couples LGBTQ+ israéliens peuvent accéder à presque tous les avantages juridiques du mariage, notamment la gestation pour autrui. Le président de la Knesset, Amir Ohana, est ouvertement homosexuel, tout comme de nombreuses personnalités du pays.

Dans le monde arabe, en revanche, les personnes issues de la communauté LGBTQ+ sont confrontées à des droits limités ou très restrictifs, voire à une franche hostilité. Les actes homosexuels sont illégaux dans une grande partie de la région, et légalement passibles de la peine de mort dans au moins deux pays arabes, l’Arabie saoudite et le Yémen, ainsi qu’en Iran.

Certains pays du Moyen-Orient ont fait preuve d’une ouverture relative, la Turquie et le Liban développant des mouvements embryonnaires de défense des droits des communautés LGBTQ+. Ces deux pays ont cependant été témoins d’une répression croissante, notamment d’une répression des événements à caractère LGBTQ+. En août 2023, deux projets de loi distincts ont été soumis au Parlement libanais, qui criminaliseraient explicitement les relations homosexuelles entre adultes consentants et puniraient toute personne qui « promeut l’homosexualité » d’une peine pouvant aller jusqu’à trois ans d’emprisonnement.

Elkhoury a noté que malgré le fait que les personnes issues des communautés LGBTQ+ soient persécutées dans tout le Moyen-Orient arabe, certains en Occident blâment Israël pour la situation à Gaza, où l’homosexualité est illégale en vertu du code pénal du mandat britannique, toujours en vigueur. Les homosexuels vivent dans la crainte constante d’être persécutés par le Hamas – et sont souvent contraints au mariage hétérosexuel par leur famille.

« Depuis le 7 octobre, j’ai vu de nombreuses organisations LGBTQ+ sur les réseaux sociaux affirmer qu’il n’y a pas de droits des homosexuels à Gaza parce que Gaza est une ‘prison à ciel ouvert’. » Cette expression est souvent utilisée pour décrire la situation de restrictions sécuritaires imposées par Israël et l’Égypte à la bande de Gaza depuis 2007 pour paralyser le groupe terroriste palestinien du Hamas et l’empêcher de s’armer.

« Ils prétendent donc que c’est la faute d’Israël s’il n’y a pas de droits pour les homosexuels à Gaza. »

« Le Hamas contrôle Gaza depuis 2006, ayant fait un coup d’État pour s’assurer qu’ils n’ont pas d’opposition. Ils contrôlent la situation depuis lors, et ce sont eux qui sont responsables des droits de l’Homme à Gaza. »

« Ces mouvements progressistes chercheront invariablement le côté le plus fort et diront ‘ce sont probablement les responsables, nous allons nous opposer à eux et ignorer toute autre réalité factuelle’. »

Elkhoury partage souvent sur les réseaux sociaux des vidéos pro-Israël dans lesquelles il s’exprime en arabe, avec un accent nettement libanais. Bien que les commentaires sous ces vidéos soient presque invariablement offensants, il affirme que ce qui est important, c’est de gagner en visibilité. Ces vidéos peuvent ouvrir un dialogue, en particulier avec son pays natal, le Liban, qui connaît des tensions constantes avec Israël en matière de sécurité, surtout depuis que le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah a intensifié ses attaques à la roquette contre Israël depuis le 7 octobre.

Le défenseur pro-Israël Jonathan Elkhoury lors d’une conférence à la Fédération juive du nord du New Jersey, le 8 novembre 2023. (Crédit : Harel Madhala)

« Je parle à de nombreux Libanais en ligne, beaucoup m’envoient des messages en privé. Beaucoup viennent aussi assister à mes conférences. Bien souvent, leurs parents ont souffert du terrorisme palestinien et ont fui le Liban », a-t-il déclaré, faisant référence à la guerre civile libanaise déclenchée par les insurgés palestiniens, qui a coûté la vie à 150 000 personnes entre 1975 et 1990, et provoqué l’exode d’environ un quart de million de personnes.

« C’est ce qui relie les minorités du Moyen-Orient. Nous avons tous été persécutés par des groupes terroristes, et nous devons nous soutenir les uns les autres. Et c’est là que j’interviens avec mon travail », a-t-il déclaré.

« Les Libanais savent aujourd’hui que le Liban ne survivra pas à une guerre avec Israël, et que le Hezbollah mettra le Liban à genoux. C’est pourquoi ces dernières années, nous avons entendu quelques voix de politiciens libanais appelant à une sorte de normalisation avec Israël espérant ramener le Liban à une certaine stabilité, même si la majorité au Liban ne soutient pas Israël. »

L’accord gazier qu’Israël a signé avec le Liban en 2022 pour définir la frontière maritime entre les deux pays et leurs droits respectifs sur les réserves de gaz sous-marines « a montré au peuple libanais qu’Israël n’a pas l’intention d’ouvrir les hostilités, mais que lorsqu’il est provoqué, il va répondre », poursuit Elkhoury.

« Les Libanais ne cherchent pas à entrer dans une nouvelle guerre. Ils savent que le Hezbollah contrôle le Liban en tant que mandataire de l’Iran, et ils ne veulent pas de cela. Ils veulent que leur pays soit libéré. »

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