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Une compilation de séquences extraites de vidéos virales générées par l'IA et publiées sur les réseaux sociaux, tournant en dérision les États-Unis et Israël à l'aide de tropes ouvertement antisémites. (Crédit : Réseaux sociaux, utilisés conformément à l'article 27a de la loi sur le droit d'auteur)

Des Lego anti-Israël aux fausses images : l’Iran domine le front numérique avec sa propagande basée sur l’IA

Avec des chansons et contenus ludiques, Téhéran parvient à diffuser efficacement son message, surpassant ainsi les efforts d’Israël pour séduire les internautes

Une compilation de séquences extraites de vidéos virales générées par l'IA et publiées sur les réseaux sociaux, tournant en dérision les États-Unis et Israël à l'aide de tropes ouvertement antisémites. (Crédit : Réseaux sociaux, utilisés conformément à l'article 27a de la loi sur le droit d'auteur)

Israël, durant sa dernière guerre contre l’Iran, a démontré sa capacité à repousser l’immense majorité des centaines de missiles balistiques et de drones largués par la république islamique.

Mais se protéger contre l’arsenal numérique de Téhéran s’est avéré bien plus difficile.

Si les États-Unis et Israël semblent avoir utilisé l’intelligence artificielle comme jamais auparavant pour guider les frappes aériennes et faciliter la localisation des cibles pendant le conflit, l’Iran, lui, a pleinement exploité l’IA générative sur un autre front : la bataille pour l’opinion publique.

S’inspirant des tendances et des références culturelles occidentales, ces photos et vidéos réalisées grâce à l’IA, qui ridiculisent les dirigeants israéliens et américains, glorifient les capacités militaires iraniennes et vantent la résilience présumée de la république islamique, ont été visionnées plus d’un milliard de fois en ligne. Elles ont ainsi contribué à répandre les discours véhiculés par Téhéran auprès d’Américains et autres public facilement influençables.

Combinées à une vague parallèle de deepfakes générés par l’IA diffusant des contenus trompeurs sur la guerre, ces publications truffées de mèmes, dont beaucoup font appel à des sentiments anti-israéliens et à des tropes antisémites, posent un défi croissant à Israël.

« Les publics peu familiers avec le conflit, notamment les plus jeunes, sont beaucoup plus vulnérables et exposés à ce type de contenu », a expliqué Daniel Haberfeld, co-directeur du bureau sur le cyber-terrorisme à l’Institut international de lutte contre le terrorisme de l’université Reichman. Cette tendance, a-t-il ajouté, représente « une menace majeure » pour la diffusion du message d’Israël.

Selon les experts, la maîtrise par l’Iran de ce que certains médias ont baptisé « slopaganda » pourrait bien redéfinir la guerre de l’information dans un monde où la vérité est de plus en plus difficilement discernable.

Dans une interview diffusée dimanche dernier, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a admis qu’Israël était à la traîne dans ce domaine.

« Israël est pris en étau sur le front médiatique, sur le front de la propagande. Nous n’avons pas été à la hauteur dans cette bataille de l’information », a-t-il ainsi déclaré à CBS.

Le président américain Donald Trump avait lui indiqué que l’Iran, anéanti militairement, s’était révélé « plutôt doué en matière de propagande ».

Interrogé sur la manière dont Israël comptait répondre aux contenus viraux générés par l’IA iranienne en cette période de guerre, le ministère des Affaires étrangères a affirmé s’engager « dans une bataille sans précédent pour influencer l’opinion publique », sans toutefois évoquer les activités en ligne de l’Iran.

La haine mise en scène par Lego

Parmi les contenus iraniens les plus partagés sur les réseaux sociaux, une série d’animations créées à l’aide de l’IA et mettant en scène des personnages Lego. Trump est au centre de l’intrigue, centrée sur le contrôle présumé d’Israël sur les États-Unis et sur les conséquences d’une attaque contre l’Iran.

Ces vidéos, dont beaucoup ont été mises en ligne par le Corps des gardiens de la révolution islamique et les ambassades iraniennes du monde entier, se présentent généralement sous la forme de courts morceaux de rap, dont les paroles et les images renvoient à de véritables reportages de guerre ainsi qu’à des théories du complot et à des tropes antisémites.

L’une des plus virales, partagée par les médias d’État iraniens sans mention claire de son auteur, montre des images de Trump échangeant le slogan « America First » contre de l’argent à des rabbins ultra-orthodoxes avant de s’incliner, aux côtés de Netanyahu, devant Baal, l’idole cananéenne mentionnée dans la Bible. Les paroles et les images fourmillent de références aux accusations d’abus sexuels sur mineurs liées au scandale autour de Jeffrey Epstein.

Sur ces images, une voix générée par l’IA rappe : « Make Israel Great Again. Votre gouvernement est dirigé par des pédophiles. Ils vous ont ordonné de mourir pour Israël. Ils se sont tous moqués de vous. »

Ces références reprennent certains des tropes antisémites les plus anciens, notamment l’idée que les Juifs tirent les ficelles en achetant la loyauté politique des dirigeants non juifs, ainsi que la calomnie médiévale du meurtre rituel.

Des vidéos iraniennes mettant en scène des personnages Lego et traitant de la guerre entre les États-Unis et Israël font le buzz sur Internet (Crédit : Réseaux sociaux, utilisés conformément à l’article 27a de la loi sur le droit d’auteur)

« Les vidéos Lego ciblent clairement une audience américaine opposée à Trump et à la guerre. Elles intègrent largement des thèmes liés à la politique intérieure américaine », a expliqué Holly Dagres, chercheuse senior au Washington Institute.

Les comptes des ambassades iraniennes de certains pays qui partagent ces vidéos « ont souvent tendance à mettre l’accent sur les thèmes du colonialisme et de l’anti-impérialisme. Ces messages trouvent un écho plus fort auprès des publics du Sud », a-t-elle ajouté.

Ce phénomène Lego trouve son origine dans le média iranien Explosive Media, qui a été lancé pendant la guerre de 12 jours menée par Israël contre l’Iran en juin.

Ces vidéos ont été réalisées par une équipe d’une dizaine d’étudiants iraniens âgés de 18 à 25 ans ; elles ont été visionnées des milliards de fois sur TikTok, Instagram et X, et visent à la fois à mettre en avant la sophistication culturelle iranienne et à faire reculer le soutien occidental à la guerre, a déclaré un porte-parole du groupe.

« Nous avons commencé par écrire les paroles, puis nous avons utilisé l’IA pour adapter le texte à la culture américaine », a indiqué un porte-parole d’Explosive Media à la BBC. « Nous sommes étudiants, nous comprenons l’importance des médias et de la politique… et nous savons aussi à quel point l’IA joue un rôle crucial dans cette guerre. »

Le porte-parole d’Explosive Media a refusé de répondre à une demande de commentaires du Times of Israel, préférant traiter notre journaliste de « professionnel au service des assassins d’enfants » rémunéré par le gouvernement israélien pour faire de la « propagande ».

Si Explosive Media se présente comme un groupe indépendant, son porte-parole a toutefois reconnu, dans des interviews accordées aux médias, que le régime iranien était un « client » et a admis entretenir des « liens » avec celui-ci, consistant notamment à vendre les droits de diffusion de certaines vidéos aux médias d’État. Le groupe a évoqué « l’honneur de travailler pour la patrie », rejetant ce qu’il appelle des « allégations » selon lesquelles le régime aurait abattu des milliers de manifestants civils au début de l’année.

L’accès à Internet du groupe est assuré par une licence de journaliste octroyée par les autorités iraniennes, lesquelles ont par ailleurs coupé l’accès de la majeure partie du pays au Web mondial depuis le début de la guerre, le 28 février. Le groupe a affirmé que ses dépenses sont couvertes par des dons publics.

« Seuls ceux qui ont les moyens de s’offrir ‘Internet Pro’ ou qui ont été ajoutés à la liste des personnes autorisées à y accéder, comme les journalistes, analystes et influenceurs pro-régime », ont pu rester connectés, a souligné Dagres, se référant au programme de la république islamique qui, moyennant des frais élevés, permet à certains clients agréés de se connecter au web mondial.

Les jeunes férus d’internet ne se contentent pas de créer cette propagande virale. Ils contribuent aussi à la diffusion de ce contenu à l’échelle mondiale, a-t-elle poursuivi.

« En Iran, il existe d’innombrables agences de communication comme [Explosive Media] qui acceptent des contrats publicitaires ou travaillent avec l’establishment religieux. Mais il est également possible que cette même équipe, ou un autre groupe d’opérateurs médias de la General Z pro-régime spécialisés dans les réseaux sociaux, gère également les comptes Twitter des ambassades iraniennes », a ajouté Dagres.

S’adressant à la BBC, le porte-parole d’Explosive Media a démenti les accusations selon lesquelles ces clips diffuseraient des symboles antisémites.

« Je réfute catégoriquement cela. Nos vidéos ne sont pas antisémites ; nos vidéos sont anti-sionistes », a-t-il répondu. « Lorsque nous montrons Netanyahu en train de boire du sang, nous voulons dénoncer les atrocités commises par le régime [israélien]. »

Selon le porte-parole, ce contenu a pour but de faire évoluer l’opinion de ceux « qui ne font pas de recherches et se font nourrir de mensonges. Nos médias s’adressent à ces personnes. »

Des bots à l’IA

L’Iran mène depuis longtemps des campagnes de propagande et d’autres types d’opérations d’influence dans le but de façonner l’opinion des Occidentaux. Des initiatives qui se sont souvent révélées trop maladroites pour avoir un impact significatif, ou trop ciblées pour rencontrer un large écho.

Ces actions comprenaient des campagnes sur les réseaux sociaux faisant appel à des armées de bots, ainsi que le lancement de sites web ciblant les Américains et d’autres groupes, comme Afromajority.com, qui publiait des contenus pro-iraniens et anti-israéliens au milieu d’articles traitant de la justice raciale et d’autres questions importantes pour les Noirs américains, ainsi que l’a indiqué un rapport de 2024 de la Foundation for the Defense of Democracies.

L’adoption de l’IA générative dans le conflit actuel a dopé la propagande iranienne, lui permettant d’ajuster facilement ses messages pour toucher différents publics.

L’Iran a déjà utilisé l’IA pour façonner son discours de guerre lors du conflit de 2025. Mais « dans le conflit actuel, [l’utilisation de l’IA] s’est considérablement développée », permettant d’améliorer le contenu et la fréquence de diffusion, a expliqué Haberfeld.

« Auparavant, les campagnes [d’influence iraniennes] étaient structurées, planifiées et organisées en étapes. Ici, grâce à l’IA, l’algorithme peut être alimenté en continu. Cela permet également de générer bien plus rapidement différents types de contenu, avec des messages adaptés à différents publics cibles », a-t-elle ajouté.

Le ministère iranien du Renseignement et les Gardiens de la Révolution disposent tous deux de moyens dédiés aux campagnes d’influence en ligne et à la guerre psychologique ; cependant, ils agissent rarement de manière transparente, a précisé Haberfeld. Ils opèrent plutôt dans l’ombre, afin de « se dissocier de ces activités, tout en continuant à en financer une grande partie ».

Ces mécanismes « recourent presque toujours à diverses entités et comptes qui ne se présentent pas ouvertement comme appartenant au régime iranien », a-t-elle ajouté. « Ils privilégient surtout les plateformes comme TikTok, dont les algorithmes ont tendance à favoriser précisément le type de contenu qu’ils diffusent. Mais ils sont également présents sur Instagram, Telegram, Facebook, X… pratiquement partout. »

Si l’impact des contenus iraniens sur l’opinion mondiale et sur les décisions politiques n’a pas encore été quantifié, « les campagnes qui raillent les dirigeants, les rabaissent ou les ridiculisent ont généralement un écho international. Elles deviennent virales », a-t-elle assuré.

Outre la diffusion de messages ouvertement pro-iraniens, l’IA a également servi à créer de fausses vidéos présentant aux internautes des images réalistes mais mensongères, destinées à exagérer les dégâts subis par les États-Unis et Israël.

Au cours du premier mois du conflit, plus d’une centaine de vidéos et d’images générées par l’IA en lien avec la guerre ont cumulé des millions de vues en ligne. La plupart de ces contenus défendaient des opinions pro-iraniennes et ne comportaient ni filigrane ni autre signe distinctif, a rapporté une analyse publiée en mars par le New York Times.

Parmi celles-ci, une vidéo prétendant montrer Tel Aviv détruite par un barrage de missiles, des images falsifiées de l’USS Abraham Lincoln pris sous le feu ennemi, ainsi que des contenus exploitant les rumeurs selon lesquelles Netanyahu aurait été tué dans des frappes iraniennes et remplacé par un deepfake.

Soulignant la méfiance grandissante face à la propagation de tels contenus mensongers, la plateforme X d’Elon Musk a annoncé en mars que ceux « qui publient des vidéos générées par l’IA représentant un conflit armé » sans le signaler seraient temporairement privés de leurs revenus sur le réseau.

À la traîne

Dans son interview à CBS, Netanyahu a reconnu qu’Israël était à la traîne dans la bataille de l’image. La dégradation du soutien américain à Israël « correspond à presque 100 % à l’essor exponentiel des réseaux sociaux », a-t-il expliqué. Le Premier ministre a par ailleurs affirmé que plusieurs pays, dont il n’a pas dévoilé le nom, avaient « tout simplement manipulé » les réseaux sociaux de manière à « nous nuire gravement ».

Et tandis que les mèmes et les deepfakes pro-iraniens se propageaient dans le monde entier, Israël s’est également lancé dans la bataille pour la popularité, s’efforçant de se faire entendre sur Internet.

Une publication du ministère des Affaires étrangères qui recourait à un mème pour se moquer des violations du cessez-le-feu par le Hezbollah, un groupe soutenu par l’Iran, en est un exemple. Un autre exemple est une vidéo publiée antérieurement sur la page Instagram de l’armée israélienne, qui illustrait la victoire d’Israël sur « l’axe du terrorisme » iranien en montrant l’ancien Guide suprême iranien Ali Khamenei et d’autres dirigeants assassinés par Israël quittant un groupe de discussion WhatsApp.

Selon le ministère des Affaires étrangères, ces opérations numériques et celles menées par ses missions à l’étranger ont généré plus de 1,3 milliard de vues sur sept plateformes en ligne. Par ailleurs, des centaines d’entretiens accordés à des médias internationaux ont également permis de dénoncer « le ciblage délibéré de la population civile israélienne par le régime iranien ».

Netanyahu s’est engagé à ce qu’Israël intensifie ses efforts de lutte contre la propagande iranienne alimentée par l’IA, sans toutefois donner beaucoup de détails.

« Nous devons nous battre contre ces mensonges, contre cette propagande, avec la seule arme dont nous disposons : la vérité », a-t-il martelé. « Je m’y emploie déjà, et je redoublerai d’efforts pour reprendre le terrain perdu face à nos ennemis. »

Ne pas rattraper ce retard sur le champ de bataille numérique pourrait coûter très cher, a averti Haberfeld.

« La menace que représentent les campagnes d’influence et la guerre de l’information occupe une place de plus en plus importante dans la guerre moderne », a-t-elle ajouté. « Ce n’est pas seulement Israël, mais des pays du monde entier qui en prennent désormais conscience, et qui tentent de mettre en place des systèmes spécialisés pour identifier, surveiller et contrer cette menace. »

« Même lorsque la guerre traditionnelle cesse, la cyber-guerre et la guerre numérique, elles, ne s’arrêtent pas. »

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