Rechercher
Des activistes iraniens anti-régime manifestent aux abords des Nations unies lors d'un discours prononcé devant l'Assemblée générale par le président Ebrahim Raissi, le 21 septembre 2022. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)
Des activistes iraniens anti-régime manifestent aux abords des Nations unies lors d'un discours prononcé devant l'Assemblée générale par le président Ebrahim Raissi, le 21 septembre 2022. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

Des milliers de dissidents iraniens manifestent contre Ebrahim Raissi devant l’ONU

Des activistes anti-régime, encouragés par les manifestations massives en Iran, ont protesté contre la toute première apparition du président à la tribune de l’ONU

Luke Tress est le vidéojournaliste et spécialiste des technologies du Times of Israël

NATIONS UNIES — Un rassemblement a réuni plusieurs milliers d’activistes iraniens opposés au régime devant les Nations unies, mercredi, pour protester contre le discours prononcé par le président Ebrahim Raissi à la tribune de l’Assemblée générale. Ces hommes et ces femmes sont venus pour réclamer le changement du régime et pour afficher leur soutien aux importantes manifestations qui ont lieu depuis plusieurs jours au sein de la république islamique.

Les protestataires – ils étaient 3 000, selon les organisateurs – se sont retrouvés sur la place Dag Hammarskjöld, qui fait directement face au siège de l’ONU, au moment même où Raissi prononçait un discours devant les hauts-responsables du monde entier.

Des affiches ont été installées contre des barrières appelant à un « changement de régime par les Iraniens » et devant, des centaines de photos de prisonniers politiques exécutés ont été posées à même le sol. Debout entre les photos, deux manifestants portant des masques d’une taille démesurée et grotesques à l’effigie de Raissi et du Guide suprême iranien, l’Ayatollah Ali Khamenei, tenant dans leurs mains des chaînes et un nœud coulant symbolisant l’emprisonnement et la pendaison des dissidents.

Les protestataires présents partagent la même conviction, celle que Raissi est coupable de crimes contre les Iraniens et qu’il est un président illégitime en l’absence d’élections libres et équitables dans le pays.

« Raissi ne mérite pas un fauteuil à l’ONU et il n’est pas le président de la population iranienne. Raissi est un meurtrier en série », rappelle une activiste, Raha Heshmatikhah. « C’est horrible et c’est immoral qu’une institution telle que l’ONU accueille Raissi et lui offre un siège en lui permettant d’être ici ».

« C’est un criminel important dans l’Histoire iranienne et il devrait être poursuivi en justice, parce que c’est l’impunité dont il bénéficie qui lui permet de faire régner toute cette terreur dans le pays », ajoute-t-elle.

Le président iranien Ebrahim Raisi lors de la 77e Assemblée générale des Nations unies à New York, le 21 septembre 2022. (Crédit : AP Photo/Mary Altaffer)

« C’est un scandale qu’il soit ici parce qu’en venant aux États-Unis, il acquiert une légitimité et tous les autres pays l’inviteront après ça », déplore Batool Zamani.

L’ambassadeur israélien aux Nations unies, Gilad Erdan, est sorti de la salle de l’Assemblée générale au moment du discours de Raissi, disant que sa présence était « une nouvelle bassesse morale » pour les Nations unies.

Ces manifestants sont majoritairement issus de la communauté américano-iranienne ou des partisans des groupes dissidents de l’Organisation des moudjahiddines du peuple iranien (MEK) et du Conseil national de la résistance iranien. Un grand nombre de personnes présentes ont survécu aux oppressions gouvernementales ou sont des membres des familles de victimes. Venant de tous les États-Unis et de certains pays européens, un grand nombre portent des vestes jaunes sans manches où sont inscrits les mots : « Un Iran libre ».

L’activiste anti-régime iranien Raha Heshmatikhah lors d’une manifestation contre le discours prononcé par le président Ebrahim Raissi aux Nations unies, à New York City, le 20 septembre 2022. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

Tous reprochent à Raissi, surnommé le « boucher », d’avoir pris part à l’exécution de milliers de prisonniers politiques – un grand nombre étaient membres du MEK – pendant une purge survenue en 1988. Selon certaines estimations, jusqu’à 30 000 personnes avaient pu être exécutées ; d’autres avancent un chiffre allant de 3 000 à 5 000. Le régime – Raissi dirigeait alors la commission décidant de la campagne – avait procédé à d’interminables pendaisons d’hommes, de femmes et d’enfants.

Zamani explique que Khamenei a choisi de nommer Raissi à la présidence en raison de la cruauté dont il avait fait preuve à l’occasion de ces exécutions – et depuis.

« L’élection n’a pas été une élection, ça a été une sélection et Khamenei a sélectionné Raissi simplement parce qu’il savait que la société toute entière peut exploser à n’importe quel moment », dit-elle. « Il voulait placer au pouvoir quelqu’un qui tue et qui n’hésite pas une seconde à tuer ».

D’importantes manifestations se sont propagées en Iran la semaine dernière, et les forces de sécurité ont tué au moins huit personnes et fait des centaines de blessés.

Des dissidents iraniens manifestent contre le discours prononcé par le président Ebrahim Raissi aux Nations unies, à New York City, le 20 septembre 2022. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

Les Nations unies ont condamné les violences qui ont pris pour cible les protestataires iraniens, comme elles l’avaient déjà fait lors d’une vague précédente de troubles, en 2019.

Les manifestants sont venus à New York pour s’opposer pendant toute la semaine à la participation de Raissi à l’Assemblée générale des Nations unies. Ils se sont notamment rassemblés aux abords de l’hôtel où séjourne le président iranien.

Mercredi, pendant le discours, ils ont brandi des pancartes affirmant que « la victoire sera la nôtre » ou demandant de poursuivre Raissi en justice, avec le slogan : « Premier mot, dernier mot, renversez le régime » au bruit des percussions d’un orchestre de rue, à l’arrière. Une bannière à l’effigie de Khamenei a été posée par terre à l’entrée, piétinée par tous les nouveaux arrivants. Des interventions faites par des membres de la communauté iranienne ou des alliés chrétiens ont été prévues, en anglais et en farsi.

Les récents troubles qui ont éclaté au sein de la république islamique ont encouragé les dissidents. Le récent mouvement de protestation en Iran a été déclenché par la mort d’une jeune femme de 22 ans, Mahsa Amini, qui avait été arrêtée par la police des mœurs parce que quelques mèches de cheveux s’échappaient de son voile. Elle est décédée alors qu’elle se trouvait en détention.

Le meurtre d’Amini a entraîné la colère des Iraniens contre le régime, et entraîné des appels à mieux traiter les femmes dans le pays.

Un hommage à une Iranienne morte alors qu’elle était en détention, sous la garde de la police des mœurs, lors d’une manifestation anti-régime aux Nations unies de New York, le 21 septembre 2022. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

Des vidéos qui circulent sur internet montrent des Iraniennes en train de brûler leur hijab et de danser dans les rues, et d’autres images montrent les forces de sécurité ouvrir le feu sur les manifestants à Shiraz, une ville du sud du pays.

Dans la foule réunie devant le siège de l’ONU, il y a aussi des groupes de défense des droits des femmes qui brandissent des photos d’Amini, scandant : « Nous combattrons, nous mourrons et nous reprendrons notre Iran ».

« Les gens sont tués par leur gouvernement en Iran et ce président est le représentant du même gouvernement. Il vient ici et il dit que la population, en Iran, est libre. Ils tuent les femmes en Iran parce qu’elles doivent porter le hijab », s’insurge l’une des activistes. « Ces femmes sont arrêtées, elles sont tuées en prison et eux, ils viennent ici et ils affirment que le hijab n’est pas obligatoire ».

« Nous sommes ici aujourd’hui pour dire au monde de ne pas serrer la main à ces meurtriers », ajoute-t-elle. « On parle de gens qui sont des assassins et qui assassinent toujours aujourd’hui ».

Des images de prisonniers politiques exécutés par l’Iran dans les années 1980 à une manifestation anti-régime devant l’ONU à New York, le 21 septembre 2022. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

Elle déclare que les manifestations, en Iran, ont été une source d’inspiration pour la communauté iranienne aux États-Unis, affirmant que les forces de sécurité dans le pays ont probablement fait preuve d’une certaine retenue dans leurs violences contre les protestataires à cause de l’apparition de Raissi aux Nations unies. Elle redoute que les brutalités policières ne s’accentuent et qu’elles ne deviennent plus féroces et plus meurtrières dans les prochains jours.

« Nous apportons notre soutien à la population en Iran parce que nous jouissons ici de la démocratie et de la liberté, c’est facile pour nous de les soutenir, mais la population iranienne, elle, doit se sacrifier. La vie des Iraniens est en danger quand ils descendent dans les rues », note-t-elle.

La communauté américano-iranienne a porté plainte au civil contre Raissi, le mois dernier, devant la Cour fédérale de New York, pour crimes contre l’Humanité, un moyen de mettre la pression sur le président iranien à l’ONU.

La santé de Khamenei se serait dégradée la semaine dernière et plusieurs manifestants estiment que s’il devait mourir, cela porterait préjudice à la position de Raissi et cela enflammerait encore davantage les mouvements de protestation.

Des activistes des droits des femmes à une manifestation anti-régime aux Nations unies, à New York, le 21 septembre 2022. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

Ellie Taheri, une manifestante, raconte avoir été emprisonnée par le régime pour son activisme politique dans les années 1980. Elle a passé cinq années derrière les barreaux, elle a été torturée et son frère a été exécuté à l’issue d’un procès fantoche qui n’a pas duré plus de cinq minutes.

Elle a fui aux États-Unis après sa sortie de prison et elle est venue aux Nations unies pour protester contre tous les présidents iraniens depuis.

« Peu importe – réformistes, fondamentalistes, ce sont tous les mêmes. Il n’y a aucune réforme en Iran », s’exclame-t-elle. Pour elle, le meurtre d’Amini est directement lié aux politiques d’oppression de Raissi.

Le président iranien a aussi entraîné un tollé, cette semaine, en mettant en doute la réalité de la Shoah.

Images de prisonniers politiques exécutés par l’Iran dans les années 1980 lors d’une manifestation anti-régime aux Nations Unies à New York, le 21 septembre 2022. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

Pour Zamani, le déni de la Shoah de la part du régime des Ayatollahs alimente les supplétifs de Téhéran dans la région, et elle fait la connexion entre la répression de ses dissidents par la république islamique et ses activités anti-israéliennes, restant fidèle à une stratégie du « diviser pour mieux régner » qui vise à détourner l’attention en la focalisant sur les ennemis du régime.

« Le Hezbollah, le Hamas… Tous sont placés sous l’autorité du régime iranien, c’est comme si le régime leur donnait quelque chose à se mettre sous la dent », a-t-elle déclaré. « Quand le régime iranien parle de la Shoah, cela donne encore davantage de pouvoir à ceux qui le suivent parce qu’ils peuvent dire : ‘Vous voyez bien, nous, nous nous battons contre Israël’, désigné comme l’ennemi juré aux yeux du monde ».

Pendant son discours, Raissi a déclaré qu’Israël était « la puissance la plus barbare » de toute l’Histoire du Moyen-Orient.

« Quand j’étais petite, ma maman me disait toujours que la religion juive était la plus proche de l’islam. Nous avons beaucoup en commun mais c’est dans l’intérêt du régime iranien de combattre Israël », continue-t-elle. « Mais les Iraniens, de leur côté, pensent que leur premier ennemi est le régime parce que c’est lui qui tue, qui exécute et qui prive de liberté la population iranienne ».

L’un des intervenants, au cours de ce rassemblement, déclare que « dans la foi juive, il y a un proverbe : ‘L’année prochaine à Jérusalem’. Et je vous le dis de mon côté : ‘L’année prochaine dans un Iran libre ».

Des activistes iraniens anti-régime manifestent aux abords des Nations unies lors d’un discours prononcé devant l’Assemblée générale par le président Ebrahim Raissi, le 21 septembre 2022. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

Pendant son allocution, Raissi a décrit l’Iran de manière répétée comme le pays défenseur des populations opprimées en quête « d’unité » et de « justice ».

« Nous pensons que toutes les nations qui aspirent à la liberté ont le cœur lié à des valeurs qui sont profondément ancrées en elles et la défense de ces valeurs contre les oppresseurs du monde entier est notre responsabilité », a-t-il dit. « Tout acte d’oppression est un acte contre la paix et contre la stabilité du monde ».

« Tout chemin autre que celui de la justice ne sera jamais durable, jamais permanent », a-t-il continué. Khamenei a aussi pris la parole en public mercredi en Iran, mais aucun des deux hommes n’a fait allusion aux troubles qui continuent, à leur cinquième jour, à se propager dans le pays.

read more:
comments