Des milliers de manifestants, opposés au contrôle de Gaza-City, appellent à la grève générale
Ayalon à Tel Aviv bloquée, des feux allumés sur la chaussée ; les proches des otages maudissent les 'éternels bellicistes' qui ont choisi de 'sacrifier' leurs proches
Des dizaines de milliers de manifestants se sont rassemblés samedi soir à Tel Aviv et dans plusieurs autres villes israéliennes pour réclamer un accord de cessez-le-feu et de libération des otages avant qu’Israël ne lance son offensive prévue pour prendre le contrôle de Gaza-City. Les familles des otages ont appelé à une grève générale pour protester contre ce plan, qu’elles jugent susceptible de sonner le glas de la vie de leurs proches.
Ces manifestations, parmi les plus importantes depuis des mois, ont eu lieu quelques jours après la décision du gouvernement de s’emparer de cette ville densément peuplée de la bande de Gaza, malgré les objections de l’armée israélienne, qui estime que cette opération mettrait en danger les otages, exposerait inutilement les soldats et aggraverait la crise humanitaire dans l’enclave.
« Un drapeau rouge vif flotte sur la décision du gouvernement de sacrifier nos proches », a déclaré le Forum des familles des otages et disparus dans un communiqué de presse publié avant les manifestations de samedi. Le forum a exhorté les décideurs à « parvenir à un accord global sur les otages, mettre fin à la guerre et nous rendre nos proches — leur temps est écoulé ».
Le Forum des familles des otages, qui représente la majorité des familles des captifs, a également organisé des rassemblements à Tel Aviv, à Jérusalem, au carrefour de Shaar HaNegev dans le sud et à Kiryat Gat, ainsi que des rassemblements plus restreints dans des dizaines d’autres endroits.
Devant une foule d’au moins 10 000 personnes rassemblée sur la Place des Otages à Tel Aviv, l’ex-otage Sharon Aloni-Cunio a marqué Tu BeAv, la fête juive de l’amour qui commence samedi, par un discours sur son mari David Cunio, toujours retenu en captivité.
Après avoir vu les otages Evyatar David et Rom Braslavski, réduits à l’état de squelette dans des images de propagande diffusées la semaine dernière, elle a déclaré : « J’ai pensé à mon David : combien pèse-t-il ? Quand a-t-il mangé pour la dernière fois ? Va-t-on aussi lui demander de creuser sa propre tombe ? »
« Aujourd’hui, alors que les bellicistes nous poussent tous vers une catastrophe terrible, ils ne le font même pas pour les otages – ils déclarent haut et fort qu’ils sont prêts à les sacrifier », a-t-elle ajouté, critiquant la décision du gouvernement d’étendre les combats et de prendre le contrôle de Gaza-City.
Elle a ajouté que sa jeune fille Yuli, qui a été relâchée avec sa sœur jumelle Emma et elle-même lors du cessez-le-feu de novembre 2023, « me demande si son père ne l’aime plus parce qu’il n’est pas encore revenu de Gaza ».
« Je dis à tous les décideurs : si, Dieu nous en préserve, quelque chose arrive à mon David, ou à tout autre otage, vous en serez responsables », a-t-elle déclaré.
Eliya Cohen, relâché des geôles du groupe terroriste palestinien du Hamas en février dans le cadre du dernier accord de trêve et d’échange d’otages, s’est également exprimé sur la Place des Otages : « Aujourd’hui, c’est Tu BeAv, et grâce à Dieu, je me tiens ici aux côtés de ma femme, alors que j’étais certain, pendant 505 jours qu’elle avait été assassinée dans l’abri où nous nous étions cachés » lors du massacre perpétré par le Hamas au festival de musique Nova, à proximité du kibboutz Reïm, le 7 octobre 2023.
« J’ai été sauvé, je suis revenu, et elle m’attendait », a-t-il déclaré.
« Aujourd’hui, nous aurions pu faire la fête, mais c’est impossible… quand on sait qu’il y a des familles qui n’ont pas eu cette chance. Qu’il y a encore des gens là-bas qui ne savent pas s’ils pourront aimer à nouveau. »
À la suite de la diffusion, la semaine dernière, d’images poignantes des otages David et Braslavski, Cohen a déclaré que « tout était écrit » et que les otages étaient affamés, ajoutant que la décision du cabinet de prendre le contrôle de Gaza-City les mettait encore plus en danger.
« La décision de prendre le contrôle de Gaza me stresse. Je sais ce qui arrive aux otages lorsque les combats s’intensifient », a-t-il déclaré.
Cohen a appelé à un accord global pour mettre fin à la guerre et libérer les 50 otages restants : « Je sais ce que c’est que de revenir avec un accord partiel. Je vis chaque jour avec un sentiment de culpabilité et je ne souhaite à personne de ressentir ce que c’est que de laisser un frère derrière soi. »
À proximité, lors d’une manifestation anti-gouvernement et en faveur d’un accord pour la libération des otages devant l’entrée de la rue Begin, où se trouvent les quartiers généraux de l’armée de la Kirya, à Tel Aviv, des orateurs ont exhorté les soldats à refuser de participer à des combats élargis et ont appelé les dirigeants de l’opposition, du monde des affaires, du travail et de l’enseignement à paralyser le pays.
« Tout un comté est pris en otage par le Hamas et le gouvernement israélien », a déclaré Einav Zangauker, mère de l’otage Matan Zangauker.
« Que faut-il faire ? Le pays doit être paralysé, maintenant. »
« La mission qui vous sera confiée consiste à participer à l’assassinat d’otages », a déclaré Shaï Mozes, neveu de l’ancien otage Gadi Mozes, dans un discours prononcé devant des milliers de personnes lors de la manifestation.
« Dans cette situation, il n’y a pas d’autre choix que de refuser. »
Bat-El, la mère d’un officier de combat dans les réserves de Tsahal, a déclaré à la foule attentive que les soldats dépérissaient physiquement et mentalement, et qu’ils étaient privés d’équipements de défense adéquats.
Selon elle, le plan de prise de contrôle de Gaza-City « met Israël sur la voie d’une guerre éternelle qui causera la mort des otages, la mort de centaines de soldats et la destruction de l’image d’Israël ».
« N’acceptez pas d’entrer à Gaza », a-t-elle exhorté.
« Refusez de participer à une guerre manifestement illégale. »
Si les orateurs n’ont pas évoqué la crise humanitaire à Gaza comme raison de refuser de combattre là-bas, certains manifestants brandissaient des pancartes appelant les soldats à refuser de servir pour cette raison également.
Ailleurs à Tel Aviv, plusieurs centaines de militants de gauche ont organisé une manifestation silencieuse, brandissant des pancartes sur lesquelles figuraient des photos d’enfants de Gaza qui auraient été tués par Israël.
This evening in Tel Aviv: hundreds of activists hold photos of Palestinian children killed by Israel in Gaza, in Park HaMesila pic.twitter.com/9AF7OzOmPK
— Oren Ziv (@OrenZiv_) August 9, 2025
Après les discours prononcés rue Begin, certains manifestants ont brandi des torches enflammées alors qu’ils se préparaient à encercler les quartiers généraux de l’armée de la Kirya pour protester contre le plan du gouvernement, rejoints par des milliers d’autres personnes venues de la Place des Otages, située une rue plus loin.
Alors que le nombre de manifestants augmentait près de la rue Begin, des dizaines d’entre eux ont envahi l’autoroute Ayalon, bloquant la circulation dans les deux sens et allumant des feux. La police les a ensuite évacués et a rouvert l’autoroute.
Appel à la grève générale
Comme l’ont mentionné plusieurs proches d’otages lors des manifestations de samedi soir, des groupes représentant les familles d’otages et de soldats tombés au combat mènent une campagne en faveur d’une grève générale de l’économie israélienne pour protester contre les plans du gouvernement concernant Gaza, même si le syndicat national a indiqué qu’il ne la déclarerait pas.
Selon la presse israélienne, les familles prévoient d’annoncer leur demande et les mesures qu’elles comptent prendre lors d’une conférence de presse à Tel Aviv, dimanche.
Elles appelleront les entreprises privées, les organisations, les syndicats et les citoyens à participer à la grève sous le slogan : « Le silence tue – le pays s’arrête pour sauver les otages et les soldats. »
Cependant, les médias israéliens ont cité l’organisation syndicale Histadrout, qui a déclaré qu’une grève « n’était pas prévue » dans l’immédiat, même si son président, Arnon Bar-David, a prévu de rencontrer les familles cette semaine.
L’option d’une grève soutenue par la Histadrout est désormais écartée, car le tribunal du travail de Tel Aviv a jugé l’an dernier qu’une action syndicale visant à faire pression sur le gouvernement pour qu’il conclue un accord de cessez-le-feu et de libération des otages à Gaza, après le meurtre de six d’entre eux, était illégale, car elle était politique et sans rapport avec les droits des travailleurs.
Le Hamas « s’est tiré une balle dans le pied », selon un responsable
Alors que les négociations sur le cessez-le-feu et la libération des otages sont au point mort, un responsable israélien anonyme a laissé entendre samedi, sur la chaîne N12, qu’il était possible de ramener le Hamas à la table des négociations pour conclure un accord de cessez-le-feu et de libération des otages.
« Avec l’afflux d’aide humanitaire dans la bande de Gaza, la campagne menée par le Hamas sur la famine s’essouffle. Le Hamas comprend qu’il s’est tiré une balle dans le pied en diffusant des vidéos d’otages affamés, et il y a donc une possibilité de retour à la table des négociations », a déclaré le responsable, faisant référence aux vidéos de propagande de David et Braslavski qui ont suscité l’indignation internationale.
« Les médiateurs voient déjà des signes positifs », a-t-il ajouté.
De même, le journaliste Amit Segal de la chaîne N12 a rapporté qu’il y avait une chance pour Israël de parvenir « bientôt » à un accord de cessez-le-feu limité avec le Hamas à Gaza, citant une source israélienne anonyme bien informée.
« Selon une source israélienne bien informée, il y aurait une chance qu’un accord partiel soit conclu prochainement », a écrit Segal sur le réseau social X, sans fournir plus de détails.
Cette affirmation contredit les déclarations précédentes selon lesquelles Israël aurait approuvé un plan visant à prendre le contrôle de Gaza-City afin de faire pression sur le Hamas pour qu’il accepte un accord global de cessez-le-feu et de libération des otages proposé par les États-Unis.
Le bureau du Premier ministre Benjamin Netanyahu n’a pas encore répondu à une demande de commentaires.
Dans la nuit de jeudi à vendredi, le cabinet de sécurité a approuvé une proposition de Netanyahu visant à prendre le contrôle de la ville densément peuplée de Gaza, malgré les avertissements de Tsahal selon lesquels cette opération risquait de mettre en danger la vie des otages restants et de déclencher une catastrophe humanitaire.
Peu avant la réunion du cabinet, Netanyahu avait toutefois déclaré que l’État d’Israël avait l’intention de prendre le contrôle de toute la bande de Gaza, puis de la remettre à une force arabe non spécifiée. Il a précisé qu’un « plan détaillé » serait élaboré pour ce gouvernement post-Hamas, et qu’il n’y aurait ni contrôle civil israélien, ni rôle pour l’Autorité palestinienne (AP), dans la bande de Gaza.
Interrogé lors d’une interview sur Fox News sur la question de savoir si Israël allait prendre le contrôle de l’ensemble de la bande de 42 km, Netanyahu a répondu : « Nous avons l’intention, afin d’assurer notre sécurité, d’en chasser le Hamas, de permettre à la population de se libérer de Gaza (sic) et de la placer sous administration civile. »
« Mais nous ne voulons pas la garder. Nous voulons un périmètre de sécurité, mais nous ne voulons pas la gouverner. Nous ne voulons pas être présents en tant qu’organe gouvernemental. »
Le Premier ministre a ajouté qu’Israël souhaitait « la remettre aux forces arabes qui la gouverneraient correctement, sans nous menacer, et qui donneraient une bonne vie aux Gazaouis ».
Selon la chaîne anglophone CNN-News18, Netanyahu a également déclaré à un groupe de journalistes indiens en visite que « notre plan n’est pas d’occuper ou d’annexer Gaza. Notre objectif est de détruire le Hamas, de récupérer nos otages, puis de remettre Gaza à un gouvernement de transition. »
Bahbah se dit « prêt à aider de toutes les manières possibles »
Samedi également, le militant politique palestino-américain Bishara Bahbah, qui a servi de médiateur dans les pourparlers entre Israël et le Hamas, aujourd’hui au point mort, a catégoriquement démenti un reportage de la chaîne N12 selon lequel il serait en désaccord avec l’envoyé spécial américain Steve Witkoff.
Bahbah a régulièrement servi d’intermédiaire pour transmettre des messages entre les États-Unis et le Hamas. Il a, entre autres, joué un rôle clé dans la libération, en mai, de l’ex-otage américano-israélien Edan Alexander.
Sans citer ses sources, la chaîne N12 a affirmé que Bahbah pensait que le Hamas était sur le point d’accepter un accord de trêve et de libération partielle des otages, et que les pourparlers avaient été abandonnés trop tôt par Israël et Washington. La chaîne a également déclaré que Bahbah était frustré que Witkoff ait suivi l’exemple d’Israël en rejetant les conditions du Hamas pour un accord et qu’il allait désormais travailler de son propre chef pour tenter d’obtenir un cessez-le-feu.
Dans un message publié sur Facebook en réponse à ce reportage, Bahbah a qualifié ces informations de « fausses ».
« Que les choses soient claires, je n’ai jamais fait partie de l’équipe de négociation américaine. J’ai joué le rôle de médiateur à chaque fois que Steve Witkoff me l’a demandé. J’ai un immense respect pour M. Witkoff. Je crois que le président Trump souhaite mettre fin à la tragédie de Gaza. Je serai toujours prêt à aider de toutes les manières possibles pour y mettre fin. J’ai toujours été et je serai toujours un fervent défenseur du peuple de Gaza », a-t-il déclaré.
Les groupes terroristes de la bande de Gaza détiennent toujours 50 otages, dont 49 des 251 personnes enlevées par des terroristes du Hamas le 7 octobre 2023.
Parmi eux se trouvent les corps d’au moins 28 personnes dont le décès a été confirmé par l’armée israélienne, et 20 seraient encore en vie. Les autorités israéliennes ont fait part de leurs vives inquiétudes concernant le sort de deux autres personnes. Le Hamas détient également le corps d’un soldat de Tsahal tué à Gaza en 2014.
Plus de 60 000 personnes seraient mortes à Gaza depuis le début de la guerre, selon le ministère de la Santé du Hamas. Les chiffres publiés par le groupe terroriste sont invérifiables, et ne font pas de distinction entre civils et terroristes.