Que prévoit Netanyahu avec son « occupation totale » de Gaza, et pourquoi Zamir est-il inquiet ?
Israël contrôle déjà 75 % de la bande de Gaza. Les otages se trouvent dans les 25 % restants - ainsi que la quasi-totalité des deux millions de Gazaouis
- Lire d'autres articles du Times of Israël sur Google – ajoutez-nous à vos sources préférées
David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Le cabinet de sécurité israélien devrait approuver jeudi l’occupation totale de Gaza, alors que le gouvernement cherche à atteindre ses principaux objectifs de guerre déclarés, à savoir l’anéantissement du groupe terroriste palestinien du Hamas et la libération des 50 otages encore aux mains des terroristes dans l’enclave.
Reste à savoir ce que Benjamin Netanyahu entend exactement par « occupation totale ». Le terme hébreu employé, kibboush, se prête à plusieurs interprétations – allant d’un contrôle militaire à court terme de l’ensemble de la bande de Gaza, dont Tsahal détient déjà environ 75 %, à un régime militaire israélien de longue durée, assorti d’une éventuelle reprise des implantations juives.
Netanyahu a par ailleurs adopté, comme objectif officiel de guerre, le plan présenté en février par le président américain Donald Trump prévoyant le déplacement des Gazaouis vers des lieux indéterminés. On ignore toutefois si, et de quelle manière, cet objectif serait mis en œuvre dans le cadre d’une « occupation totale ».
Rien ne garantit d’ailleurs que ce qui sera annoncé se concrétisera sur le terrain. L’opération militaire « Chars de Gédéon », récemment achevée, s’est révélée moins intense que prévu. Et l’annonce ambiguë d’un kibboush total imminent – terme qui évoque immanquablement la Cisjordanie – pourrait aussi n’être qu’une tactique de pression sur le Hamas.
Ce qui est clair, en revanche, c’est que le chef d’état-major de Tsahal, Eyal Zamir, vétéran de l’armée choisi avec enthousiasme par Netanyahu pour succéder à Herzi Halevi, à la tête de l’armée lors du pogrom meurtrier perpétré le 7 octobre 2023 par le Hamas, nourrit de sérieuses inquiétudes. De multiples fuites, ces derniers jours, indiquent qu’à l’issue de l’opération « Chars de Gédéon », Zamir s’attendait à ce que l’armée reçoive pour mission de se déployer autour des principaux centres urbains encore hors de son contrôle, puis de lancer à partir de là des raids continus, réduisant progressivement la marge de manœuvre du Hamas, limitant les risques pour les otages et, peut-être, ouvrant la voie à un nouvel accord de cessez-le-feu en échange de leur libération.
Zamir redouterait que l’extension envisagée de la guerre, avec un déploiement de Tsahal dans toute la bande de Gaza, y compris dans les zones où sont retenus les otages, n’expose ces derniers à un danger mortel.
Un an après l’exécution de sang-froid de six otages par leurs ravisseurs lorsque Tsahal s’était, sans le savoir, approché du tunnel où ils étaient retenus, il redoute que des tragédies similaires ne se reproduisent.
Dans l’état actuel des choses, les vidéos glaçantes diffusées ces derniers jours par les groupes terroristes de Gaza, montrant l’état d’émaciation d’Evyatar David et de Rom Braslovsky, ne laissent guère de doute sur le sort et l’état des otages. Ils sont affamés et proches de la mort.
« Je vois mon fils mourir sous mes yeux », a déclaré le père de Braslovsky, désespéré, impuissant et amer, dans une interview télévisée après la diffusion d’un extrait vidéo, « et je ne peux rien faire ».
Une autre source majeure de préoccupation pour Zamir est la pression supplémentaire qu’une « occupation totale » ferait peser sur une armée déjà à bout, après 670 jours de guerre, avec des effectifs réguliers insuffisants et des réservistes épuisés. Et Gaza, qui était la frontière la moins préoccupante pour Halevi jusqu’au 7 octobre – date à laquelle l’inconcevable complaisance des dirigeants politiques et militaires israéliens a volé en éclats –, est loin d’être le seul front actif de Tsahal, confrontée chaque jour à des défis en Cisjordanie, plus à l’est, sur la frontière nord et au-delà.
Comme Netanyahu et son gouvernement l’ont démontré à maintes reprises depuis leur arrivée au pouvoir, toute personne osant mettre en cause leur bilan, leurs politiques, leurs plans ou leurs décisions est aussitôt rangée dans la catégorie des opposants « politiquement motivés ».
Yoav Gallant, ministre de la Défense du Likud, qui avait averti dès mars 2023 des conséquences d’une refonte judiciaire radicale et critiqué la gestion de la guerre après le 7 octobre, appartient déjà au passé. Ronen Bar, chef du Shin Bet, qui voulait repousser son départ jusqu’à la fin de l’enquête sur le Qatargate visant des collaborateurs du cabinet du Premier ministre et qui a eu l’audace de réclamer une commission d’enquête nationale sur les événements du 7 octobre, a été contraint de démissionner.
Le président de la commission des Affaires étrangères et de la Défense, Yuli Edelstein, qui a tenté d’augmenter le nombre de recrues haredi dans Tsahal, en défiant la volonté du Premier ministre, a perdu son poste lundi. La procureure générale Gali Baharav-Miara, qui agace le gouvernement en lui rappelant qu’il est légalement tenu d’incorporer les haredim éligibles, et qui dirige le parquet poursuivant Netanyahu dans trois affaires de corruption, a été limogée le même après-midi, une décision immédiatement suspendue par ces autres « opposants politiques » irritants et constamment pris pour cible : les juges israéliens.
À peine cinq mois après avoir prêté serment, et six semaines après les résultats spectaculaires remportés dans la guerre contre les installations nucléaires et balistiques du régime iranien, Zamir est désormais lui aussi considéré comme un adversaire politique du Premier ministre et de sa coalition. Des « sources proches du cabinet du Premier ministre » ont laissé entendre que s’il s’oppose aux directives fixées par les responsables politiques de Tsahal, il est libre de démissionner. Le fils de Netanyahu, Yair, a même insinué que les réserves exprimées par le chef d’état-major à propos d’une occupation totale de Gaza revenaient à fomenter un coup d’État militaire digne des « républiques bananières d’Amérique centrale dans les années 1970 ».
Les motivations de Netanyahu pour étendre la guerre sont, comme toujours, sujettes à caution, puisqu’il risque de perdre entièrement une coalition déjà fragilisée s’il met fin aux combats. La composante « extrême droite » de son gouvernement – Otzma Yehudit d’Itamar Ben Gvir, HaTzionout HaDatit de Bezalel Smotrich et une partie significative de son propre Likud – ne se contente pas de réclamer l’occupation totale de Gaza entendue comme un contrôle militaire israélien. Elle vise à revenir sur le désengagement unilatéral d’Israël, il y a tout juste vingt ans, à rétablir et étendre les implantations juives dans la bande, et à en prononcer l’annexion officielle. (Ben Gvir, quant à lui, poursuit ses efforts incendiaires pour attiser le conflit avec le monde musulman en défiant ouvertement le statu quo ultra-sensible qui régit les relations sur le mont du Temple.)
Fait remarquable, l’autre pilier central du bloc de Netanyahu, les deux partis ultra-orthodoxes Shas et Yahadout HaTorah, s’obstine à refuser de fournir à Tsahal les effectifs dont elle a cruellement besoin dans une guerre qui s’étend et doivent, eux aussi, être « apaisés ».
Ainsi, cette semaine, on a vu le chef du Shas, Aryeh Deri, dire à des étudiants de yeshiva – alors même que Tsahal adressait des ordres de mobilisation à des dizaines de milliers d’hommes ultra-orthodoxes éligibles – qu’ils ne devaient en aucun cas envisager de s’enrôler. « Dieu nous en préserve », a-t-il lancé, reculant d’horreur à cette idée. Oui, le peuple d’Israël est en guerre, a-t-il concédé. Mais, a-t-il assuré à un auditoire captivé, « Messieurs, ceux qui portent réellement le fardeau, ce sont les étudiants de la Torah ».
Le parti Yahadout HaTorah a officiellement quitté la coalition, du moins en façade, tant qu’une loi garantissant une large exemption du service militaire aux ultra-orthodoxes n’aura pas été adoptée. Netanyahu a donc choisi cette semaine de limoger Yuli Edelstein, qui n’avait pas réussi à faire passer un texte d’exemption pour les Haredim, et de le remplacer par un homme qu’il espère plus docile.
Le Shas de Deri n’est pas encore allé aussi loin que Yahadout HaTorah : ses ministres ont démissionné, mais le parti n’a pas quitté la coalition. Ainsi, Deri, simple député qui exhorte ses électeurs à ne jamais servir dans Tsahal et qui fait pression sur le gouvernement pour obtenir leur exemption massive, participera jeudi à la réunion du cabinet de sécurité censée ordonner à ceux qui, eux servent sur le terrain, d’entrer dans une phase élargie et intensifiée de la guerre à Gaza.
Alors que plane l’incertitude sur les instructions précises que le gouvernement s’apprête à donner à Tsahal concernant Gaza, la question clé reste de savoir si cela servira réellement les intérêts d’Israël et exercera une pression efficace sur le Hamas. Cette stratégie permettra-t-elle d’accélérer la chute du groupe terroriste tout en augmentant les chances de voir enfin les otages libérés ? La suspension de l’aide pendant onze semaines, entre mars et mai, également présentée comme un moyen de renforcer la pression, a produit l’effet inverse : elle n’a pas entamé le confort des terroristes bien nourris, mais a frappé le reste de la population gazaouie, offrant un prétexte à la campagne anti-israélienne sur la « famine » et affaiblissant la position d’Israël sur la scène internationale.
Peut-être que le problème principal derrière la décision de suspendre l’aide était le refus incompréhensible du gouvernement de comprendre que le Hamas ne se soucie aucunement du bien-être des Gazaouis, mais a tout à gagner à les voir souffrir davantage, puisque son objectif stratégique est l’élimination d’Israël. Ainsi, plus Gaza et ses habitants sont accablés, et plus il est possible de faire porter la responsabilité de ces souffrances à Israël, plus le Hamas, ses partisans et ses sponsors s’en réjouissent.
Aujourd’hui, alors que le gouvernement s’apprête à accroître la responsabilité militaire d’Israël à Gaza – que ce soit à travers la capture, le contrôle, la conquête ou l’occupation – la crainte de voir le Hamas, qui reste une force de guérilla redoutable et continue ses recrutements, survivre,… mais pas les otages.
Et même si Tsahal contrôle 75 % de Gaza aujourd’hui, la quasi-totalité de la population gazaouie se trouve dans les 25 % restants. C’est pourquoi le terme « occupation totale » est si lourd de conséquences. Israël est-il sur le point d’assumer directement la responsabilité du sort de deux millions de Gazaouis ? Et est-ce pour cette raison que Zamir aurait prévenu Netanyahu : « Vous allez créer un piège à Gaza » ?
... alors c’est le moment d'agir ! Le Times of Israël vous fournit chaque jour les informations qui vous intéressent. Qu'il s'agisse de la politique, de la high-tech en Israël, de l'enseignement de la Shoah, des Juifs de Diaspora ou bien encore de l'archéologie, de la culture et de l'environnement en Israël : nous tâchons toujours de couvrir un large spectre des sujets qui vous concernent, alors si vous le pouvez, aidez-nous à continuer à vous offrir ce contenu de qualité indispensable, surtout depuis le 7-Octobre.
la Communauté du Times of Israël !







