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Ben Gvir a dirigé des prières sur le Mont du Temple, en violation du statu quo

Le ministre est le premier à prier ouvertement sur ce site sensible devant 1 250 fidèles juifs en ce jour de jeûne ; la Jordanie, l'Autorité palestinienne et l'Arabie saoudite condamnent ; Netanyahu dit que le statu quo reste inchangé

Le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, après une visite sur le Mont du Temple à Jérusalem, le 3 août 2025. (Crédit : Chaim Goldberg/Flash90)
Le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, après une visite sur le Mont du Temple à Jérusalem, le 3 août 2025. (Crédit : Chaim Goldberg/Flash90)

Dimanche, dans un geste sans précédent, le ministre d’extrême droite de la Sécurité intérieure, Itamar Ben Gvir, a conduit une prière en minyan – un quorum de 10 hommes juifs – devant un groupe de fidèles juifs au sommet du Mont du Temple. Même si la pratique de la prière juive est devenue de plus en plus courante sur le Mont du Temple ces dernières années, c’est la première fois qu’un ministre du gouvernement prie ouvertement sur ce site sensible, en violation du statu-quo.

Le mont du Temple, qui abritait autrefois les temples juifs et accueille aujourd’hui la mosquée Al-Aqsa et le Dôme du Rocher, est l’un des sites les plus sensibles et instables du Moyen-Orient. Les actions de Ben Gvir ont immédiatement suscité de vives condamnations de la part de l’Autorité palestinienne, de la Jordanie et de l’Arabie saoudite.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a publié une déclaration en réponse à la visite de Ben Gvir, insistant sur le fait que « la politique d’Israël consistant à maintenir le statu-quo sur le Mont du Temple n’a pas changé et ne changera pas ».

Les Juifs ne sont pas autorisés à prier dans l’enceinte du Mont du Temple de par les règles du statu-quo en vigueur sur le site. De surcroît, de nombreuses autorités religieuses juives interdisent depuis longtemps les visites sur le site, craignant de fouler une terre sacrée en étant rituellement impur.

Le lieu saint, également connu sous le nom de mosquée Al-Aqsa, est administré par le Waqf jordanien. Depuis qu’il s’est vu confier le portefeuille de la sécurité intérieure en 2022, Ben Gvir n’a cessé d’affirmer que sa politique était de permettre aux Juifs de prier sur le site, au mépris du statu-quo qui régit depuis longtemps les relations entre Israël et la Jordanie, qui administre le site via le Waqf islamique de Jérusalem,  en ce qui concerne les pratiques autorisées au sommet du mont. Selon un accord tacite, les Juifs sont en effet autorisés à venir sur le site, mais il leur est interdit d’y prier.

Ben Gvir a ouvertement violé cet accord dimanche dernier, en récitant à haute voix la prière de la Amida devant des dizaines d’autres Juifs à l’occasion de Tisha BeAv, un jour de jeûne commémorant la destruction des deux temples juifs situés au sommet du mont du Temple dans l’Antiquité.

Le ministre de la Sécurité intérieure Itamar Ben Gvir, coiffé d’une kippa blanche, participe à un office religieux juif sur le site sensible du Mont du Temple, dans la vieille ville de Jérusalem, le 3 août 2025. (Capture d’écran vidéo X : utilisée conformément à l’article 27a de la loi sur le droit d’auteur)

Même si le Waqf gère lui-même le site, ses entrées sont gardées par la police israélienne et des agents de la police des frontières.

Le ministre, qui supervise la police, était entouré d’agents lors de son entrée et de sa visite sur les lieux. Les forces de l’ordre ont arrêté un homme arabe qui avait insulté sur Ben Gvir et son groupe de fidèles, selon la chaîne d’information israélienne Arutz 7.

La police n’a fait aucun commentaire sur ces arrestations.

Selon le Waqf, Ben Gvir faisait partie des quelque 1 250 fidèles juifs qui ont gravi le Mont du Temple dimanche matin.

Yitzhak Wasserlauf, ministre du Néguev, de Galilée et de la Résilience nationale, membre du parti ultranationaliste Otzma Yehudit de Ben Gvir, accompagnait le président de son parti.

Le député du Likud Amit Halevi s’est également rendu au Mont du Temple. Il a été filmé aux côtés de plusieurs autres Israéliens juifs chantant l’hymne national, « Hatikvah« , tout en brandissant des drapeaux israéliens devant les marches menant au Dôme du Rocher.

Après avoir dirigé les prières du matin, Ben Gvir, devant le sanctuaire, a exhorté Israël à imposer « sa souveraineté et son autorité » sur le mont du Temple.

Depuis le lieu saint, le ministre d’extrême-droite a appelé à conquérir la bande de Gaza et à « encourager l’émigration volontaire » des Palestiniens qui vivent au sein de l’enclave.

« Depuis le mont du Temple – cet endroit où nous avons prouvé que la souveraineté est possible – nous devons envoyer un message : nous devons conquérir tout Gaza, nous devons déclarer la souveraineté sur l’ensemble de la bande, nous devons éliminer tous les membres du Hamas et nous devons encourager l’émigration volontaire. C’est la seule façon de rapatrier les otages et de gagner la guerre », dit-il ainsi dans une vidéo filmée sur place, des images qui ont été diffusées sur son compte X.

Le ministre de la Sécurité intérieure Itamar Ben Gvir, à gauche, au mont du Temple à Jérusalem, le 3 août 2025. (Crédit : Chaim Goldberg/Flash90)

Le ministre d’extrême droite ajoute dans la vidéo que « les vidéos horribles du Hamas » sont destinées à faire pression sur Israël, faisant référence aux séquences poignantes qui ont été rendues publiques ces derniers jours par le Hamas et qui ont montré les otages Rom Braslavski et Evyatar David, le corps émacié.

Avant l’arrivée de Ben Gvir au ministère de la Sécurité intérieure, la police israélienne expulsait ou arrêtait souvent les visiteurs juifs surpris en train de prier sur le mont du Temple. Cette politique a été abandonnée au cours des trois dernières années, les agents faisant preuve d’une tolérance croissante à l’égard des prières discrètes et limitées.

Depuis qu’il a rejoint le gouvernement actuel de Netanyahu, Ben Gvir s’est rendu à plusieurs reprises sur le Mont du Temple lors de visites très médiatisées. C’est toutefois dimanche, qu’il a, pour la première fois, ouvertement prié là-bas en présence d’un minyan, un quorum de dix hommes juifs, comme aucun autre ministre ne l’avait fait avant lui.

L’insistance de ce politicien radical à encourager la pratique de la prière sur le mont du Temple a déjà suscité des réactions alarmées de la part de Netanyahu, qui s’est généralement empressé de désavouer les propos de son partenaire de coalition et d’affirmer que le statu-quo restait inchangé.

Les changements apportés au statu-quo du Mont du Temple suscitent de vives émotions et sont souvent cités comme faisant partie des motifs invoqués par les musulmans pour commettre des actes de violence religieuse. Ce site revêt une importance capitale pour le Hamas, qui a qualifié le massacre perpétré le 7 octobre 2023 dans le sud d’Israël de « opération Al-Aqsa Flood ».

La visite de Ben Gvir a été vivement condamnée par l’Autorité palestinienne. Un porte-parole du président Mahmoud Abbas a déclaré qu’elle « franchissait toutes les lignes rouges ».

« La communauté internationale, et en particulier l’administration américaine, doit intervenir immédiatement pour mettre fin aux crimes des colons et aux provocations du gouvernement d’extrême droite à la mosquée Al-Aqsa, arrêter la guerre dans la bande de Gaza et acheminer l’aide humanitaire », a déclaré Nabil Abu Rudeineh dans un communiqué.

Cette visite a également été condamnée par le ministère jordanien des Affaires étrangères, qui a évoqué une « violation flagrante du droit international » et une « provocation et escalade inacceptables. »

Dans un communiqué qui a été diffusé sur X, le ministère a estimé que la présence du ministre d’extrême-droite constituait une « violation flagrante du statu quo historique et juridique » mis en place dans le lieu saint. Le communiqué jordanien a également souligné que la police avait escorté le ministre durant sa visite du site, rappelant qu’Israël n’avait « aucune souveraineté sur la mosquée sacrée Al-Aqsa ».

Il a appelé Israël à mettre un terme aux agissements de Ben Gvir, rappelant que seule la prière musulmane est autorisée sur le mont du Temple.

L’Arabie saoudite a fait écho aux propos tenus par la royaume hachémite, en estimant que le déplacement du ministre d’extrême droite « alimente les conflits dans la région ».

 

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