L’Opération « Chars de Gédéon » s’achève sans avoir atteint ses objectifs
Israël a échoué à atteindre les objectifs promis : "conquérir Gaza", déplacer les Gazaouis, empêcher le Hamas de contrôler l'aide humanitaire et, surtout, libérer les otages

Ces derniers jours, l’armée israélienne a réduit ses effectifs dans la bande de Gaza, alors que l’opération majeure lancée il y a trois mois contre le groupe terroriste palestinien du Hamas, baptisée « Chars de Gédéon », semble avoir pris fin.
Lorsque Tsahal a lancé cette opération en mai, le ministre de la Défense, Israel Katz, et d’autres responsables israéliens avaient indiqué qu’elle avait pour objectif de « conquérir Gaza », de prendre le contrôle sécuritaire du territoire, de déplacer la population civile gazaouie vers le sud de l’enclave, de neutraliser le Hamas et d’empêcher le groupe terroriste de prendre le contrôle de l’aide humanitaire.
Les principaux objectifs de l’Opération « Chars de Gédéon » étaient « la défaite du Hamas à Gaza et la libération de tous les otages », avaient-ils alors déclaré.
Aucun de ces objectifs n’a été atteint.
Cependant, l’armée a annoncé jeudi le retrait de la 98ᵉ division, une unité d’élite composée de parachutistes et de commandos, ainsi que de deux brigades de réserve de Gaza.
Alors que les dirigeants politiques avaient initialement déclaré que cette opération permettrait à Tsahal de « conquérir » la bande de Gaza, il a ensuite été précisé que l’armée prendrait le contrôle d’environ 75 % du territoire, ce qui correspond à la situation actuelle.
Tsahal n’avait pas prévu d’avancer plus loin dans la bande de Gaza, le Hamas ayant menacé d’exécuter les otages si les soldats s’approchaient des zones où ils sont détenus.
Pourtant, certains dirigeants politiques israéliens envisageaient de prendre le contrôle de toute l’enclave et continuent d’y songer.
L’armée a concentré ses opérations dans des zones où elle était certaine qu’aucun otage n’était détenu. Cependant, depuis plus d’un mois, ces opérations consistent principalement à raser des bâtiments, des tunnels du Hamas et d’autres infrastructures utilisées par le groupe terroriste, sans que de véritables combats ne s’engagent.
De plus, la population gazaouie n’a pas été déplacée vers le sud de l’enclave dans son ensemble, puisque plus d’un million de civils résident toujours à Gaza-City, au nord, et quelque 350 000 autres à Deir al-Balah, dans le centre de la bande de Gaza. Plus de 600 000 personnes se trouvent par ailleurs dans la région de Mawasi, sur la côte sud de l’enclave.
Bien que fortement affaibli après vingt-deux mois de combats, le Hamas reste puissant dans certaines zones de Gaza.
Dans le nord de l’enclave, à Beit Hanoun, Tsahal a complètement détruit les positions du Hamas ; les trois derniers terroristes armés de cette zone se sont rendus aux soldats israéliens au cours du week-end.
Cependant, de récentes images montrent une escouade d’au moins douze terroristes armés du Hamas qui tentent de tendre une embuscade aux soldats de Tsahal à Khan Younès, ce qui témoigne du haut niveau de compétence des forces du groupe terroriste dans cette ville du sud de Gaza.
Au total, 48 soldats israéliens ont été tués dans la bande de Gaza depuis le début de l’Opération « Chars de Gédéon », principalement par des engins explosifs placés par le Hamas dans des bâtiments et des tunnels ou déclenchés contre des véhicules blindés.
L’un des principaux objectifs de cette opération était d’empêcher le Hamas de s’emparer de l’aide humanitaire entrant dans la bande de Gaza. Pour y parvenir, Israël et les États-Unis ont soutenu un plan qui prévoyait qu’une organisation controversée, la Fondation humanitaire de Gaza (GHF), distribue l’aide directement aux Gazaouis à partir de quatre sites, trois dans le sud de l’enclave et un au centre.
Ces sites devaient remplacer la méthode traditionnelle d’acheminement de l’aide à Gaza par camions, qui, selon Israël, étaient régulièrement pris d’assaut par le Hamas, lui permettant de se maintenir au pouvoir.
Cependant, la méthode de distribution de l’aide de la GHF semble avoir été un échec colossal, avec des informations faisant état de tirs meurtriers quotidiens par des soldats de Tsahal à proximité des sites d’aide, ainsi que de plus en plus d’allégations faisant état d’une famine généralisée dans la bande de Gaza.
Face à la pression internationale, Israël est revenu sur sa décision et autorise à nouveau les camions d’aide humanitaire à entrer dans la bande de Gaza, parallèlement à des largages aériens, sachant que ceux-ci pourraient finir entre les mains du Hamas.
Enfin, l’objectif principal de l’opération, à savoir la libération des 50 otages, dont vingt seraient encore en vie, reste hors de portée.
Malgré la pression militaire israélienne qui contrôle la majeure partie de l’enclave, les pourparlers avec le Hamas sur la libération des otages et le cessez-le-feu sont au point mort. Le mois dernier, les États-Unis et Israël ont rappelé leurs négociateurs du Qatar.
Depuis fin juin, le chef d’état-major de Tsahal, le lieutenant-général Eyal Zamir, déclare aux dirigeants politiques israéliens que l’Opération « Chars de Gédéon » a « atteint les lignes » définies avant son lancement.
Lors d’une réunion qui s’est tenue cette semaine, il aurait exhorté les ministres du gouvernement à présenter une stratégie quant à la manière dont ils souhaitent que l’armée procède, compte tenu de l’impasse dans les pourparlers pour la libération des otages.
Lundi, la radio de l’armée a cité Zamir, qui aurait déclaré lors de récentes « discussions à huis clos » : « Il est possible de faire preuve de souplesse, et des efforts doivent être faits pour parvenir à un accord. »
Zamir aurait également averti que le maintien prolongé des troupes dans la bande de Gaza mettait en danger les soldats et faisait le jeu du Hamas, sans parler d’une « érosion » croissante de l’armée et de ses réserves après près de deux ans de combats.
Selon la radio de l’armée, deux alternatives devaient être présentées aux dirigeants politiques : conquérir toute la bande de Gaza, ce à quoi l’armée s’est dite opposée, estimant qu’il faudrait des années pour détruire toutes les infrastructures du Hamas ; ou continuer à encercler les zones contrôlées par le Hamas et mener une guerre d’usure contre les guérilleros du groupe terroriste palestinien.
Alors que les dirigeants politiques israéliens prennent leur temps pour choisir l’option à privilégier, Tsahal boucle l’Opération « Chars de Gédéon » avec très peu de résultats concrets.
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