De retour à Gaza City, Tsahal combat des « infrastructures » au lieu de terroristes
Le commandant d'un bataillon de chars posté dans un quartier piégé explique oeuvrer à affaiblir les capacités du Hamas et à créer des conditions propices à la libération des otages.
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Des soldats de Tsahal dans un char, dans les quartiers de Daraj et Tuffah, en périphérie de Gaza City, le 23 juillet 2025. (Crédit : Emanuel Fabian/Times of Israel)
La vue depuis un char israélien sur les quartiers de Daraj et Tuffah, en périphérie de Gaza City, le 23 juillet 2025. (Crédit : Emanuel Fabian/Times of Israel)
Des chars de l'armée israélienne, à la périphérie des quartiers de Daraj et Tuffah, à Gaza-City, le 23 juillet 2025. (Crédit : Emanuel Fabian/Times of Israel)
Des soldats de Tsahal sont vus en périphérie des quartiers de Daraj et Tuffah, à Gaza City, le 23 juillet 2025. (Crédit : Emanuel Fabian/Times of Israel)
Une excavatrice de l'armée israélienne, sécurisée par un char, détruisant un bâtiment à la périphérie des quartiers de Daraj et Tuffah, à Gaza-City, le 23 juillet 2025. (Crédit : Emanuel Fabian/Times of Israel)
GAZA CITY, Bande de Gaza – Plus de 650 jours après le début de la guerre contre le Hamas, l’armée israélienne combat à nouveau le groupe terroriste à Gaza City.
Si les soldats sont déjà entrés à trois reprises dans les quartiers de Daraj et Tuffah, les commandants affirment toutefois que cette dernière offensive est menée avec davantage de force, dans le but de définitivement « démanteler » le bataillon du Hamas qui s’y cache.
Et si cette situation vous semble familière, c’est parce qu’elle l’est.
Depuis le début de la guerre, l’armée israélienne est entrée dans certaines parties de la bande de Gaza avec l’objectif de démanteler les bataillons locaux du Hamas, avant de recevoir l’ordre de quitter ces zones. Le Hamas a alors pu reformer ses bataillons. Il a repris le contrôle de ces régions où l’armée israélienne était entrée, et y a installé des pièges en prévision de la prochaine intervention – inévitable – de Tsahal.
Au début de la semaine, le Times of Israel s’est joint au 46e Bataillon blindé, qui opère sous le commandement de la brigade d’infanterie Nahal, posté en périphérie de Daraj et Tuffah, afin d’observer de près la dernière offensive.
Contrairement à ses 20 visites précédentes à Gaza, cette fois, c’est à bord de chars Merkava – normalement destinés à une équipe de quatre personnes – et non de véhicules blindés de transport de troupes ou de Humvee que notre journaliste a rejoint la bande.
Le journaliste était coincé entre le chargeur et le commandant, alors que le convoi de chars s’avançait dans Gaza City, entre des rangées de maisons rasées, dans la zone tampon de deux kilomètres entre l’enclave et Israël.
À l’arrivée au campement de l’armée, une excavatrice non blindée, sécurisée par deux chars et un peloton d’infanterie, était occupée à démolir un bâtiment.
Selon le commandant du bataillon de chars, le lieutenant-colonel Aleph – uniquement identifié par la première lettre de son nom pour des raisons de sécurité-, ce bâtiment était vraisemblablement piégé, à l’instar de nombreux autres de ce quartier.
La veille, les soldats avaient découvert dans un bâtiment voisin un « dispositif de communication » d’où sortaient des fils, et une bombe cachée à côté, a rapporté Aleph. Les soldats avaient également, à l’aide d’un drone, repéré un dispositif du même type dans le bâtiment en cours de démolition.
Dans un autre bâtiment voisin, désormais en grande partie détruit, se trouvait un missile non explosé de l’Armée de l’air israélienne que le Hamas avait piégé. Une autre structure proche du campement, suspectée de contenir elle aussi un piège, devait être démolie ensuite, a-t-il ajouté.
« C’est à ça que ressemble un combat contre un bataillon du Hamas. Chaque zone est défendue par un certain nombre de terroristes. S’ils en ont l’occasion, ils sortent des tunnels pour attaquer. Mais il s’agit la plupart du temps de se battre contre les pièges qu’ils ont dissimulés dans les infrastructures », a poursuivi le commandant du bataillon.
Le bataillon Daraj-Tuffah du Hamas « dépend fortement de ses infrastructures, qui sont principalement situées en surface, dans les maisons et les cours, mais aussi en partie sous terre », a-t-il expliqué. « Nous décidons de la méthode à utiliser en fonction de ces informations. Si vous détruisez les infrastructures susceptibles de nuire à vos forces, vous faites avancer votre mission, qui est de détruire le bataillon. »
C’est pour cette raison que l’armée israélienne affirme démolir méthodiquement presque toutes les structures des zones où elle opère. Pas seulement à Daraj et Tuffah, mais dans les 75 % de la bande de Gaza actuellement contrôlés par l’armée. Les villes de Rafah et Khan Younès, dans le sud de Gaza, ont ainsi été presque entièrement réduites en ruines lors des récentes opérations militaires.
D’autres raisons peuvent toutefois motiver ces démolitions. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu aurait notamment déclaré aux députés, au mois de mai, qu’Israël détruisait des maisons à Gaza afin que les Palestiniens n’aient pas d’autre choix que de quitter le territoire.
« Il est impossible de lutter contre une idée, d’essayer de l’éliminer », a souligné le commandant, faisant référence au Hamas. « Mais on peut tuer ceux qui adhèrent à cette idée, ou leur retirer les moyens qui leur permettent d’agir efficacement. »
Le bataillon d’Aleph n’a encore rencontré aucun membre du Hamas, ni aucun civil, au cours de ses opérations à Daraj et Tuffah. Il a toutefois, à l’aide de drones, repéré des hommes armés plus à l’intérieur de Gaza City, et lancé des frappes contre eux. Les soldats ont, naturellement, été confrontés à des dizaines de maisons piégées.
Le commandant du bataillon a néanmoins confié qu’il supposait qu’au moins 15 terroristes du Hamas se cachaient effectivement dans sa zone d’opérations, à l’intérieur de tunnels que les soldats n’avaient pas encore découverts.
Au début du mois de juillet, Tsahal a annoncé avoir tué le dernier chef du bataillon Daraj-Tuffah du Hamas lors d’une frappe aérienne visant la zone. Muhammad Ghaseen était le deuxième chef de ce bataillon depuis le début de la guerre. Son prédécesseur, Rifaat Abbas, avait été abattu en octobre 2023.
Le bataillon Daraj-Tuffah est donc désormais sous les ordres d’un chef de compagnie, et ses rangs ne comptent plus des centaines de membres. De surcroît, la zone tampon établie par Israël le long de la frontière avec la bande de Gaza – où toutes les structures ont également été rasées – rend beaucoup moins probable la menace d’une invasion à grande échelle par le groupe terroriste depuis Daraj et Tuffah.
Pourtant, l’armée israélienne progresse dans ce quartier de Gaza-City en agissant avec plus d’intensité que les deux fois précédentes, atteignant des zones dans lesquelles elle n’avait jamais pénétré auparavant.
Selon Aleph, si les opérations précédentes de Tsahal avaient été plus restreintes dans cette zone, c’est parce que le Hamas y détenait alors des otages qui ont été libérés au cours de l’accord de cessez-le-feu intervenu au début de 2025.
Interrogé sur le temps que prendrait le démantèlement du bataillon Daraj-Tuffah (pour la deuxième ou troisième fois), le commandant a répondu : « Tout dépend du temps qui [nous sera accordé] pour mener à bien cette mission. »
« Si nous pouvons rester ici encore un mois, un mois et demi, je crois que le bataillon du Hamas sera détruit », a-t-il affirmé. Les familles d’otages craignent que leurs proches, qui sont en captivité depuis 658 jours, n’aient pas ce temps supplémentaire.
À ce stade, a fait savoir Aleph, l’objectif consistant à établir une zone tampon israélienne dans la région afin de défendre les communautés frontalières de Nahal Oz, Kfar Aza et d’autres localités de Gaza est atteint à plus de 90 %. Mais concernant l’objectif visant à détruire le bataillon Daraj-Tuffah, « nous avons encore du travail à accomplir », a-t-il précisé.
« Au-delà de permettre le retour des communautés dans la zone frontalière de Gaza, cette mission a pour objectif de créer des conditions propices au retour des otages. Nous sommes ici pour une mission morale », a ajouté le commandant.
Le gouvernement israélien martèle depuis longtemps qu’il est essentiel de maintenir une pression militaire pour convaincre le Hamas de libérer les 50 otages restants, parmi lesquels on estime que 20 sont encore en vie.
Mais cet argument suscite une opposition croissante depuis quelques mois, alors que les négociations sur les otages s’éternisent et que de plus en plus d’Israéliens se disent favorables à la fin de la guerre en échange de la libération des captifs.
« Notre mission consiste à créer les conditions » permettant la libération des otages, a insisté Aleph. « Mais si vous me dites qu’un accord a été conclu, alors j’irai là où l’on aura besoin de moi. »
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