Bismuth élu à la tête d’une commission clé de la défense, va faire passer la loi sur les haredim
Les députés ont destitué le président de la commission des Affaires étrangères et de la Défense, Yuli Edelstein, qui qualifie son renvoi de "coup de grâce pour la loi sur la conscription"

Les députés de la commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset ont voté lundi après-midi, par 9 voix contre 7, la nomination du député Boaz Bismuth (Likud) à la présidence de la commission, évinçant ainsi officiellement l’ancien président Yuli Edelstein (Likud). Cette décision vise à mettre fin à l’impasse sur le projet de loi relatif à l’exemption du service militaire pour la communauté ultra-orthodoxe – ou haredi.
Ce vote a eu lieu moins d’une heure après que la commission de la Knesset a voté à 10 voix contre 4 pour recommander à Bismuth de prendre la tête de cette puissante commission parlementaire, et un peu moins de deux semaines après que le Likud a voté à la quasi-unanimité pour soutenir Bismuth à ce poste.
Le choix de Bismuth, membre de longue date de la commission, a immédiatement suscité la condamnation de l’opposition. Yaïr Lapid, le chef de l’opposition, a affirmé que cette nomination avait été orchestrée par les factions ultra-orthodoxes de la Knesset « afin qu’ils puissent échapper au service militaire ».
Bismuth est confronté à un choix difficile : « entrer dans l’histoire comme quelqu’un qui a sacrifié la sécurité d’Israël pour une politique égoïste et mesquine » ou rester sur ses positions et refuser de trahir les troupes, a déclaré Lapid.
Le parti Kakhol Lavan-HaMahane HaMamlahti de Benny Gantz a qualifié la destitution d’Edelstein de « mesure sans précédent et dangereuse », tandis que l’ancien Premier ministre Naftali Bennett a écrit sur le réseau social X que « le gouvernement des déserteurs a déclaré la guerre aujourd’hui aux soldats, aux réservistes et à leurs familles ».
Le Premier ministre, Benjamin Netanyahu, subissait une pression croissante au sein du Likud pour évincer Edelstein. Les deux partis haredim, Shas et Yahadout HaTorah, avaient en effet quitté le gouvernement le mois dernier, reprochant au député ses tentatives de faire avancer une version du projet de loi qui garantirait des quotas importants et des sanctions pour les déserteurs.
Les deux factions ont accusé Edelstein d’avoir refusé d’honorer un compromis conclu en juin dans le cadre d’une dernière tentative pour les empêcher de quitter le gouvernement avant l’attaque israélienne contre le programme nucléaire iranien. Selon les termes de cet accord, la plupart des hommes ultra-orthodoxes continueraient à être exemptés du service militaire ou de tout autre service national.
Les partis ashkénaze, Yahadout HaTorah, et séfarade, Shas, ont tous deux fait pression pour l’adoption d’une loi permettant à la plupart des hommes ultra-orthodoxes d’échapper à la conscription militaire ou à tout autre service national. Cette mesure fait suite à une décision rendue l’an dernier par la Cour suprême, qui a jugé que ces exemptions étaient actuellement illégales pour des raisons d’égalité.
Contrecarrés dans leur volonté de faire adopter un projet de loi consacrant leurs exemptions dans la loi, les chefs spirituels de la communauté haredi ont campé sur leurs positions, refusant tout compromis et déclarant qu’il est absolument interdit de s’enrôler dans « quelque structure militaire que ce soit ».
L’armée israélienne a fait état d’un manque d’effectifs et a déclaré avoir besoin de 12 000 nouveaux soldats, dont 7 000 qui seraient affectés aux unités de combat. Actuellement, environ 80 000 hommes ultra-orthodoxes âgés de 18 à 24 ans sont éligibles au service militaire, mais ne se sont pas engagés, ce qui suscite un important ressentiment chez les Israéliens laïcs et chez les nationalistes religieux qui ont effectué plusieurs périodes de service dans la réserve au cours des conflits à Gaza, entre autres.
Actuellement, seuls environ 1 800 d’entre eux s’engagent chaque année. En 2024, seuls 2 700 haredim se sont engagés, soit bien moins que l’objectif de 4 800 fixé par Tsahal.
Un projet de loi secret révélé
Moins d’une heure avant le vote prévu lundi matin à la commission de la Knesset, Edelstein a finalement présenté son projet de loi sur la conscription aux membres de la commission des Affaires étrangères et de la Défense, qui n’avaient pas encore eu l’occasion de l’examiner, contrairement aux haredim.
Edelstein est resté très discret sur le projet de loi révisé, n’en discutant qu’en termes généraux avec le public et les membres de la commission, sans en dévoiler le contenu.
Selon le projet d’Edelstein, 5 760 haredim devraient être enrôlés la première année suivant l’adoption de la loi, puis 6 840 la deuxième année, 7 920 la troisième, 9 000 la quatrième et 9 500 la cinquième. Après la cinquième année, le nombre de conscrits serait déterminé par le ministre de la Défense, avec l’approbation de la commission des Affaires étrangères et de la Défense, mais ne pourrait être inférieur à 9 500.
Les déserteurs encourraient des sanctions telles que le retrait du permis de conduire, l’interdiction de voyager à l’étranger, de postuler à un emploi dans la fonction publique ou de bénéficier d’une aide gouvernementale pour l’achat d’un appartement, ainsi que la suppression des réductions sur les transports publics, les cotisations d’assurance nationale et les factures d’électricité. Les subventions pour la garde d’enfants des déserteurs seraient réduites de moitié.
Le coup de grâce
S’adressant à la commission de la Chambre, Edelstein s’est attribué le mérite d’avoir « à lui seul empêché » l’adoption d’un « projet de loi sur l’évasion » et a reproché aux dirigeants haredim d’avoir bloqué « une loi équitable sur la conscription ».
La nomination de Bismuth à sa place « ne changera rien », a-t-il insisté, affirmant que cette décision ne fera qu’ajouter au chaos alors que Tsahal a lancé une opération de contrôle [contre les déserteurs].
« Le vote d’aujourd’hui est le coup de grâce pour la loi sur la conscription », a déclaré Edelstein.
Lundi, les députés des deux côtés de l’hémicycle, y compris les défenseurs d’Edelstein, ont fait valoir que le député chevronné avait mis trop de temps à formuler le projet de loi. Le président de la commission de la Chambre, Ofir Katz, a déclaré qu’il n’y avait eu aucun progrès sur le projet de loi au cours des deux derniers mois, ce qui avait créé une crise politique.
« J’ai participé à au moins 38 discussions sur la loi relative à la conscription, et après toutes ces discussions, nous avons demandé quand la loi serait adoptée. On nous a promis que cela ne prendrait pas longtemps, mais cela n’a pas été le cas », a déclaré le député Yinon Azulaï (Shas).
Le chef du parti Yahadout HaTorah, Yitzhak Goldknopf, a quant à lui insisté sur le fait que les ultra-orthodoxes cherchaient à défendre le statu quo religieux en vigueur depuis longtemps en Israël.
« Nous ne voulions pas d’une ‘loi des déserteurs’ ; nous voulions un arrangement permanent permettant aux étudiants à temps plein des yeshivot de poursuivre leurs études », a-t-il déclaré, reprenant un terme utilisé par les détracteurs des efforts des parlementaires haredim pour adopter une loi qui permettrait aux ultra-orthodoxes de continuer à se soustraire à la conscription militaire ou à tout autre service national.
« Il n’y a pas de nous et vous, nous sommes tous ensemble dans l’État d’Israël. Chacun sert sa patrie et chacun apporte sa contribution », a-t-il poursuivi, accusant les députés de l’opposition d’ignorer la contribution des haredim à la société, et affirmant que l’État et le peuple d’Israël sont soutenus et protégés par l’étude intensive de la Torah.
Malgré l’opposition véhémente des partis ultra-orthodoxes, Goldknopf n’a pas voté contre Edelstein à la commission de la Chambre, un porte-parole déclarant au Times of Israel que « lorsqu’il y aura une loi amendée sur la conscription, il votera à nouveau avec la coalition ».
« Un préjudice réel pour le processus législatif »
Avant le vote sur le remplacement d’Edelstein, la conseillère juridique de la Knesset, Sagit Afik, a appelé les membres de la commission des Affaires étrangères et de la Défense à « mener des discussions approfondies » afin de traiter cette question de manière responsable. Elle a averti que le remplacement d’un président de commission pendant les délibérations sur un projet de loi, surtout à un stade avancé, pourrait gravement nuire au processus législatif.
D’autres critiques ont été formulées par les proches des otages présents à l’audience de la commission parlementaire. Le chaos a éclaté lorsque la députée Tally Gotliv (Likud) a sommé les proches des otages israéliens de se taire.
« Si le Hamas entend ce que vous dites, il ne rendra pas les otages », a-t-elle déclaré.
S’adressant aux parlementaires, Ofir, le frère de l’otage Matan Angrest, a déclaré avoir reçu un avis de conscription par courrier dimanche et a demandé : « Pour qui suis-je censé me battre ? Pour vous, qui ne me ramèneriez pas si j’étais kidnappé ? Pour un pays qui abandonne ses otages et ses soldats ? »
« Je veux vous remettre ce formulaire que j’ai reçu hier », a déclaré Ofir en tendant son ordre de mobilisation à Bismuth.
« Dites-moi si je dois servir un pays qui ne ramène pas ses soldats à la maison. »
Un appel à l’unité
S’adressant à la commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset après sa nomination à la présidence, Bismuth a appelé au respect mutuel et à se concentrer sur « ce qui nous unit », alors que cette commission clé reprend ses travaux sur la question de la conscription.
Répondant ainsi aux craintes de l’opposition qui redoute qu’il fasse adopter une loi permettant à la communauté ultra-orthodoxe d’échapper au service militaire, Bismuth a déclaré avoir discuté avec les experts de la commission et prévu de rencontrer des réservistes ainsi que des représentants ultra-orthodoxes.
« J’aborde ma fonction avec un respect sacré, en cette période de guerre qui exige l’unité nationale. Nous devons, coalition et opposition, nous montrer à la hauteur de la situation et agir pour le peuple et le pays. L’ennemi ne fait pas de distinction entre les communautés juives. Nous sommes tous dans le même bateau », a déclaré Bismuth.
Ariela Karmel a contribué à cet article.







