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Boaz Bismuth, fidèle de Netanyahu, remplace Edelstein à la tête de la commission de défense de la Knesset

Edelstein est écarté en raison de son refus de faire avancer un projet de loi sur la conscription basé sur un compromis conclu avec les partis haredim

Le député Likud Boaz Bismuth (à gauche) s'entretenant avec son collègue Yuli Edelstein lors d'une discussion sur une proposition non contraignante visant à appliquer la souveraineté sur la Cisjordanie, à la Knesset, le 23 juillet 2025. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le député Likud Boaz Bismuth (à gauche) s'entretenant avec son collègue Yuli Edelstein lors d'une discussion sur une proposition non contraignante visant à appliquer la souveraineté sur la Cisjordanie, à la Knesset, le 23 juillet 2025. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Dans le cadre d’une initiative qui, selon de nombreux observateurs, a visé à apaiser les relations agitées avec les factions ultra-orthodoxes et à permettre l’avancée d’une loi consacrant l’exemption généralisée du service militaire pour les jeunes hommes de cette communauté, les députés appartenant au parti du Likud du Premier ministre Benjamin Netanyahu ont voté massivement en faveur du remplacement du président de la commission des Affaires étrangères et de la Défense, Yuli Edelstein, par un autre député du Likud, Boaz Bismuth.

Ce vote a eu lieu mercredi après-midi.

Seuls quatre députés ont voté en faveur du maintien d’Edelstein à son poste, tandis que 29 ont apporté leur soutien à Bismuth, qui est membre de la commission et qui est un proche de Netanyahu. Suite à cette victoire, c’est lui qui prendra désormais en charge le processus d’élaboration d’un projet de loi réglementant l’enrôlement des ultra-orthodoxes.

Le scrutin devait initialement être secret, mais cette décision a été annulée par le conseiller juridique du parti, qui a déclaré qu’un vote autre qu’ouvert était « incompatible avec la loi ».

Edelstein a été écarté de la présidence de la commission en raison de son refus de faire avancer un projet de loi sur la conscription qui s’était basé sur un compromis conclu avec les partis haredim, le mois dernier. Il prévoyait que la majorité des jeunes hommes ultra-orthodoxes continueraient de se soustraire au service au sein de Tsahal, échappant également à toute autre forme de service national. L’éviction d’Edelstein a suscité de vives critiques de la part des députés de l’opposition. Son chef, Yair Lapid, a ainsi affirmé que le choix de Bismuth visait à « promouvoir l’évasion ».

Le départ d’Edelstein de sa fonction survient dans le sillage de mesures antérieures qui avaient consisté à limoger à l’ancien ministre de la Défense Yoav Gallant et l’ancien chef d’état-major de Tsahal, le lieutenant-général Herzi Halevi. Netanyahu a indiqué que ces départs étaient nécessaires pour permettre à sa coalition de faire avancer la législation controversée.

La loi que les partis ultra-orthodoxes appellent de leurs vœux permettrait à la majorité des hommes ultra-orthodoxes de continuer à éviter le service militaire ou tout autre service national. Elle ferait inévitablement l’objet de requêtes devant la Haute cour qui avait estimé, l’année dernière, que l’incapacité d’enrôler les hommes de la communauté haredi était hors-la-loi. Toutefois, la coalition dirigée par Netanyahu s’est également engagée à faire avancer un ensemble de textes de loi, dans le cadre de son plan de refonte radicale du système judiciaire, qui limiteraient radicalement la capacité des magistrats à intervenir dans les législations adoptées par le gouvernement et dans les décisions susceptibles d’être prises par ce dernier.

Ce changement à la tête de la commission de la Knesset doit encore être approuvé par la commission de la Knesset et par la commission des Affaires étrangères et de la Défense elle-même.

Netanyahu a été soumis aux pressions croissantes de son propre parti en faveur du départ d’Edelstein de sa fonction après que les deux factions haredim, le Shas et Yahadout HaTorah, ont quitté le gouvernement, la semaine dernière, reprochant au député dorénavant écarté ses initiatives prises en faveur d’une version du projet de loi qui aurait garanti d’importants quotas de recrutement des jeunes ultra-orthodoxes au sein de Tsahal et des sanctions pour les récalcitrants.

Le député Boaz Bismuth lors d’une réunion de commission à la Knesset, à Jérusalem, le 13 décembre 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

La décision d’organiser enfin un vote pour remplacer Edelstein – une décision qui avait été évoquée par les membres du cercle de Netanyahu depuis un certain temps – a été prise lundi après que Hanoch Milwidsky, élu sous l’étiquette du Likud, membre suppléant de la commission d’Edelstein, a exigé que le parti choisisse un nouveau président et qu’il s’est porté candidat.

Dans un discours qui avait été prononcé à la Knesset la semaine dernière, Milwidsky avait fait savoir que même s’il était laïc, il refuserait de participer, « en tant que Juif », à « des atteintes faites au monde de la Torah » – des atteintes qui surviendraient immanquablement, avait-il dit, si l’enrôlement devait être imposé à la majorité des hommes haredim.

Si Milwidsky était initialement considéré comme le choix préféré du Premier ministre, sa candidature avait été contestée par de nombreux députés du Likud qui avaient affirmé qu’il n’avait pas les qualifications nécessaires pour prendre la tête de la commission – c’est celle qui a le plus de pouvoir à la Knesset dans la mesure où elle exerce un contrôle sur les principales agences de sécurité nationale. Netanyahu avait ensuite fait marche arrière, déclarant quelques heures avant le vote de mercredi qu’il souhaitait que Milwidsky soit nommé président temporaire de la commission des Finances.

Ce qui a été perçu comme un soutien tacite apporté à Bismuth. En conséquence, un autre candidat, Nissim Vaturi, à annoncé son retrait de la course et Edelstein, qui avait présenté sa candidature à la réélection, a perdu les minces espoirs qu’il pouvait encore nourrir, avec une possible division des votes qui aurait pu le privilégier.

Le Shas et la faction Degel Hatorah de Yahadout HaTorah ont tous les deux démenti être intervenus dans la course au remplacement d’Edelstein. Un porte-parole du Shas a indiqué que sa « seule demande au Premier ministre est de respecter son engagement à réglementer le statut des érudits de la Torah ».

Tendre la main aux Haredim

Avant le scrutin de mercredi, le ministre des communications du Likud, Shlomo Karhi, avait explicitement déclaré aux députés que l’éviction imminente d’Edelstein visait à rétablir les relations avec les partis haredim, des relations plongées dans la tourmente.

Le député du Likud Yuli Edelstein, présidant une réunion de la commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset, à Jérusalem, le 21 juillet 2025 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

En lisant les noms des membres Haredim qui avaient récemment démissionné du gouvernement, Karhi avait déclaré que « nous agissons, dès aujourd’hui, à l’occasion de cette réunion de faction, pour faire en sorte que ces démissions soient annulées et que nos partenaires de la coalition reprennent leurs fonctions dès que possible ».

La coalition « se bat ici pour une loi historique sur la conscription militaire qui permettra d’enrôler environ 17 000 jeunes hommes ultra-orthodoxes en l’espace de trois ans », avait affirmé Karhi. Cette loi « reconnaîtra également la valeur de ceux dont la Torah est la profession », avait-il ajouté, utilisant une expression qui fait référence à ceux qui ont traditionnellement été exemptés du service militaire en raison de leur statut d’étudiants à temps plein dans une yeshiva. Ceux qui s’opposent à un tel texte « nuisent à la sécurité de l’État », avait-il poursuivi.

Quelque 80 000 hommes ultra-orthodoxes âgés de 18 à 24 ans sont actuellement considérés comme éligibles au service au sein de Tsahal, mais ils ne servent pas au sein de l’armée. Cette dernière a annoncé avoir un besoin urgent de 12 000 recrues, en raison des pressions exercées sur les forces permanentes et sur les réservistes dans le cadre de la guerre contre le Hamas à Gaza et face également à d’autres défis militaires. Actuellement, seuls quelque 1 800 Haredim s’enrôlent chaque année. Au cours des douze derniers mois, environ 2 700 d’entre eux ont été recrutés, ce qui est loin de l’objectif de 4 800 qui avait été fixé par Tsahal.

Le ministre des Finances Bezalel Smotrich, président du parti Hatzionout HaDatit, a également critiqué Edelstein avant le vote, déclarant à la radio militaire qu’il avait « escamoté [le projet de loi de compromis] d’une manière qui a été à la fois injuste et inappropriée ».

« Les Haredim accepteront une loi qui fixera un objectif de 50 % dans chaque cohorte de conscription pour les cinq années à venir – je ne pensais pas qu’ils seraient d’accord », a-t-il continué – arguant que l’accord bloqué par Edelstein aurait entraîné une augmentation importante de la conscription des Haredim.

Les ultra-orthodoxes avaient salué le compromis, estimant qu’il « préservait le statut des étudiants en yeshiva« .

Trahison de l’armée israélienne

En revanche, le député du Likud Dan Illouz a critiqué la décision prise de remplacer Edelstein – félicitant néanmoins Bismuth – en estimant qu’elle apparaissait au yeux du grand public « comme une nouvelle tentative qui vise à apaiser les partenaires ultra-orthodoxes ». Il a noté que ce remplacement portait « non seulement un coup aux valeurs nationales et libérales du Likud, [mais] aussi un coup au Likud lui-même ».

Des juifs ultra-orthodoxes bloquent une route à Jérusalem lors d’une manifestation contre le recrutement dans l’armée, le 23 juillet 2025. (Crédit : AP/Leo Correa)

Ancien membre de la commission d’Edelstein, Illouz avait été démis de ses fonctions par le président de la faction du parti, Ofir Katz, l’année dernière, en raison de son opposition ouverte à une législation soutenue par la coalition, qui visait à garantir le maintien des subventions de l’État aux garderies en direction des enfants des hommes ultra-orthodoxes tenus d’effectuer leur service militaire, mais qui ne l’ont pas encore fait.

L’opposition a aussi vivement critiqué le départ d’Edelstein. Son chef, Yair Lapid, a accusé le Likud d’être « devenu une branche des Haredim et des réfractaires à l’appel sous les drapeaux ».

« C’est un jour sombre pour l’État d’Israël et pour le peuple israélien. Bismuth a été élu pour promouvoir l’évasion [du service de Tsahal], et c’est un crachat au visage des combattants, des réservistes et de leurs familles », s’est insurgé Lapid.

Il n’a pas précisé si les députés de son parti Yesh Atid ou d’autres factions de l’opposition allaient bloquer la commission des Affaires étrangères et de la Défense, comme il avait menacé de le faire en début de semaine en cas d’éviction de son président.

Le président de Yisrael Beytenu, Avigdor Liberman, a accusé le Premier ministre d’avoir « une fois de plus, choisi l’évasion au détriment de la sécurité de l’État ». Le président du parti des Démocrates, Yair Golan, a évoqué, de son côté, une « trahison envers Tsahal, de ses soldats et du peuple d’Israël ».

Fidèle à mes valeurs

S’adressant aux législateurs, en séance plénière, avant le vote consacré à son remplacement, Edelstein s’est montré défiant, déclarant qu’il était toujours « resté fidèle à mes valeurs et aux principes pour lesquels je me suis battu ».

« Depuis l’époque de l’Union soviétique communiste, j’ai payé le prix de mon idéologie. Pour mon combat en faveur de la Terre d’Israël, du peuple d’Israël et de la Torah d’Israël », a dit Edelstein, ancien prisonnier de Sion en Union soviétique pendant plus de trois ans.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu arrive à une réunion de faction du Likud à la Knesset, le 23 juillet 2025. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« Je n’avais pas peur à l’époque et je n’ai pas peur aujourd’hui. Le même sens de la mission qui m’accompagnait à l’époque m’accompagne aujourd’hui, alors que le même objectif reste devant mes yeux : celui d’assurer l’avenir de nos enfants dans notre patrie ».

Peu après, lors d’une réunion interne de la faction du Likud, Edelstein a répété son appel en faveur de sanctions à l’encontre des réfractaires, disant qu’elles étaient le seul moyen d’inciter les jeunes ultra-orthodoxes à s’enrôler au sein de Tsahal.

« La faction a très certainement le droit de choisir n’importe quel candidat – mon problème, c’est la loi. Ce qui se passe ici, en ce moment, est un enterrement définitif de la loi. J’espère donc que les membres de la faction voteront en faveur de mon maintien. Sachez simplement que, parfois, c’est la majorité qui gouverne mais que c’est la minorité qui a raison », a poursuivi Edelstein, dont les propos ont été rapportés par la chaîne publique Kan.

Que représente Bismuth ?

S’il n’a pas présenté de projet spécifique en matière de législation, Bismuth a écrit sur le réseau social X que « la loi sur la conscription me tient à cœur » et qu’il voyait une valeur dans l’étude de la Torah et dans le service militaire, qui, selon lui, forment une « belle » combinaison.

« Il est possible de combiner les deux. Main dans la main. L’un renforce l’autre », a-t-il expliqué. « La loi sur la conscription est une question nationale et non politique ».

Sur une note similaire, Bismuth a été filmé en train de confier au ministre du Néguev, de la Galilée et de la Résilience nationale, Yitzhak Wasserlauf, avant le vote, qu’il était convaincu qu’Israël avait besoin à la fois de soldats et d’étudiants en séminaire religieux.

S’adressant au Times of Israel, un proche de la coalition a dit que Bismuth était un « homme sérieux » qui « n’a pas dit quelle loi il voulait » mais qui ne suivra probablement pas le même chemin qu’Edelstein.

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