Malgré l’avis de Tsahal, le cabinet approuve le plan de Netanyahu pour prendre Gaza-City
Plus limitée que son projet initial de prise de toute l’enclave, l’opération pourrait s’étendre à d’autres zones, selon un responsable israélien
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Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Le cabinet de sécurité a approuvé dans la nuit de jeudi à vendredi une proposition du Premier ministre Benjamin Netanyahu visant à prendre le contrôle de la ville densément peuplée de Gaza-City, a annoncé le bureau du Premier ministre dans un communiqué, et ce malgré les avertissements de l’armée israélienne selon lesquels cette opération risquait de mettre en danger la vie des otages restants et de déclencher une nouvelle crise humanitaire.
L’opération à Gaza City est moins étendue que ce qui était prévu au départ, l’objectif initial étant l’occupation de l’ensemble de la bande de Gaza. Netanyahu avait déclaré à Fox News, quelques heures avant la réunion du cabinet de sécurité, que son intention était une prise de contrôle totale.
Il est à noter que le communiqué du bureau de Netanyahu décrit la proposition comme visant à « vaincre le Hamas », laissant entendre que d’autres opérations pourraient suivre celle approuvée pour Gaza-City.
Selon le site d’information Ynet, la décision n’emploierait pas le terme « occupation » mais plutôt « prise de contrôle », pour des raisons juridiques liées à la responsabilité d’Israël à l’égard des civils de Gaza. Le média ajoute toutefois, citant un haut responsable israélien sous couvert d’anonymat, qu’il ne s’agit là que d’une apparence et que la décision correspond en réalité à un contrôle militaire total. Si un accord sur les otages était conclu, l’opération serait interrompue, précise Ynet.
Israël affirme contrôler actuellement 75 % de la bande de Gaza, mais l’armée israélienne s’est largement abstenue d’entrer dans les 25 % restants, qui comprennent principalement Gaza-City et les camps de réfugiés du centre de la bande, où, selon elle, la plupart des otages seraient détenus. La quasi-totalité des 2 millions d’habitants de Gaza se trouvent aujourd’hui dans ce quart du territoire non contrôlé par l’armée israélienne. Le Hamas a menacé d’exécuter les otages si ses terroristes détectaient l’approche des troupes israéliennes ; en août dernier, six otages israéliens avaient été exécutés par des terroristes du Hamas à Rafah, dans le sud de Gaza, alors que les soldats de Tsahal s’étaient approchés par inadvertance du tunnel où ils étaient détenus.
Après la décision du cabinet, certains ont émis l’hypothèse que les discussions antérieures sur une opération de plus grande envergure n’avaient été qu’une tactique de pression destinée à inciter le Hamas à revenir à la table des négociations selon les conditions d’Israël.
Environ 800 000 Palestiniens, dont beaucoup ont déjà été déplacés plusieurs fois au cours des 22 mois de guerre, résident actuellement à Gaza-City, dans le nord de Gaza. Un haut responsable israélien a déclaré au Times of Israel que le plan approuvé par le cabinet prévoit l’évacuation de ces civils vers le sud.
La décision du cabinet fixe au 7 octobre 2025 la date limite pour évacuer Gaza-City, un délai de deux mois qui coïncide également avec le deuxième anniversaire du pogrom perpétré par le Hamas dans le sud d’Israël, a déclaré le responsable israélien.
Tsahal lancera alors son offensive terrestre sur Gaza-City, assiégera la zone afin d’y neutraliser tous les membres du Hamas encore présents. Une fois la prise de contrôle achevée, l’armée se dirigerait vers les zones de Gaza qui ne sont pas encore sous son contrôle.
Le communiqué du bureau de Netanyahu précise qu’Israël fournira une aide humanitaire à la population civile en dehors des zones de combat.
Mercredi, l’ambassadeur américain en Israël, Mike Huckabee, a déclaré que la Fondation humanitaire pour Gaza (GHF), soutenue par les États-Unis et Israël et objet de nombreuses critiques et controverses, étendrait ses opérations. Elle passera ainsi de trois à seize sites de distribution fonctionnant 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, pour répondre aux besoins liés à la nouvelle évacuation.
Le communiqué publié par le bureau de Netanyahu a également indiqué que la majorité des membres du cabinet avaient approuvé une liste de cinq principes qu’Israël exigera que le Hamas respecte avant d’accepter de mettre fin à la guerre :
(1) le désarmement du groupe terroriste ; (2) le retour des 50 otages restants, dont 20 seraient encore en vie ; (3) la démilitarisation de la bande de Gaza ; (4) le contrôle sécuritaire de la bande de Gaza par Israël ; et (5) l’existence d’un gouvernement civil alternatif qui ne soit ni le Hamas ni l’AP.
Netanyahu rejette depuis longtemps tout rôle pour l’AP, mais l’adoption officielle de cette ligne rouge risque de laisser Israël seul pour gouverner Gaza après la guerre. Tous les pays arabes qui se sont dits prêts à participer à l’effort de reconstruction ont en effet conditionné leur participation à l’implication de Ramallah.
Netanyahu a néanmoins affirmé dans son interview à Fox News qu’une fois la prise de contrôle de la bande de Gaza achevée, Israël en remettrait le contrôle aux « forces arabes ».
Au cours de la réunion de dix heures qui a débuté jeudi à 18 heures, le chef d’état-major de Tsahal, le lieutenant-général Eyal Zamir, a exprimé son opposition à la proposition de Netanyahu.
« La vie des otages courra un danger si nous allons de l’avant avec ce plan d’occupation de Gaza. Nous n’avons aucun moyen de garantir qu’ils ne seront pas mis en danger. Nos forces sont épuisées, le matériel militaire nécessite un entretien et il existe des problèmes humanitaires et sanitaires [concernant la population palestinienne] », a déclaré le chef de Tsahal, selon la chaîne N12.
Il a expliqué qu’une occupation totale de la bande de Gaza prendrait une année, voire deux, et que la phase initiale de combats intensifs durerait probablement cinq mois.
Le bureau de Netanyahu a déclaré dans son communiqué que Zamir avait présenté un plan alternatif à celui soutenu par Netanyahu, mais qu’une majorité écrasante de ministres avait jugé qu’il ne permettrait ni la défaite du Hamas ni la libération des otages.
Au cours de la réunion, les membres de l’équipe israélienne chargée des négociations avec les ravisseurs ont également exhorté les ministres à ne pas approuver un plan qui exclurait toute possibilité d’accord futur.
Netanyahu aurait répondu que l’opération à Gaza City pourrait être interrompue à tout moment si le Hamas acceptait les exigences d’Israël.
Le ministre d’extrême droite de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, a rejeté cette approche, affirmant qu’Israël devait déclarer qu’il n’arrêterait pas l’opération tant qu’elle ne serait pas menée à son terme et que toute porte à de nouvelles négociations avec le Hamas devait rester fermée.
Les familles des otages s’opposent fermement au plan approuvé par le gouvernement, craignant qu’il ne signe l’arrêt de mort de leurs proches, et ont organisé jeudi soir à Tel Aviv une manifestation qui a dégénéré.
Elles ont été rejointes par des milliers de sympathisants qui ont bloqué les routes et affronté les forces de l’ordre venues les disperser.
Selon le groupe des familles, les cinq derniers mois ont prouvé que la pression militaire n’a pas conduit le Hamas à libérer les otages et qu’Israël pourrait très bien accepter la demande du groupe terroriste de mettre fin à la guerre, ce dernier ne représentant plus, selon elles, une menace stratégique pour l’État hébreu comme c’était le cas le 7 octobre 2023.
Le Hamas s’est entièrement reconverti en groupe de guérilla et a tué une trentaine d’Israéliens depuis qu’Israël a rompu le cessez-le-feu en mars en lançant l’opération « Les chars de Gédéon », qui visait également à obtenir la libération des otages et à vaincre le Hamas.
Netanyahu affirme que mettre fin à la guerre et se retirer de Gaza, comme l’exige le Hamas, permettra à ce dernier de se regrouper.
Il dépend aussi de ses partenaires de coalition d’extrême droite qui veulent une occupation définitive et totale la bande de Gaza afin d’en expulser les Palestiniens et d’y rétablir des implantations.
En plus de rejeter tout rôle pour l’AP, Netanyahu a refusé pendant une grande partie de la guerre de proposer une alternative viable au Hamas, ce qui, selon ses détracteurs, a contribué à prolonger le conflit, le groupe terroriste restant la force palestinienne dominante à Gaza.
Pour sa part, Netanyahu soutient qu’aucune alternative au Hamas ne pourra survivre à Gaza tant que le groupe terroriste ne sera pas vaincu.
La guerre en cours à Gaza a débuté avec le pogrom perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023, au cours duquel quelque 5 600 terroristes ont envahi Israël, assassinant plus de 1 200 personnes, pour la plupart des civils, et prenant 251 otages emmenés dans l’enclave.
Le ministère de la Santé de Gaza, contrôlé par le Hamas, affirme que plus de 60 000 personnes ont été tuées ou sont présumées mortes dans les combats jusqu’à présent, mais ce bilan n’a pu être vérifié et ne distingue pas les civils des terroristes. Israël estime avoir éliminé environ 20 000 terroristes dans des combat depuis janvier en plus des 1 600 autres terroristes neutralisés à l’intérieur de ses frontières lors de l’assaut meurtrier du 7 octobre.
Le bilan israélien de l’offensive terrestre contre le Hamas à Gaza et des opérations militaires le long de la frontière avec la bande de Gaza s’élève à 459 morts. Ce bilan comprend deux policiers et trois civils travaillant pour le ministère de la Défense.
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