Deux mois après que son époux, Sagui Dekel-Chen, a été pris en otage par des terroristes palestiniens du Hamas le 7 octobre 2023, Avital Dekel-Chen a donné naissance à leur troisième fille dans un hôpital d’Eilat, la ville la plus au sud d’Israël, où leur communauté avait été évacuée après le pogrom perpétré dans leur kibboutz.
Elle faisait partie des quatre femmes qui étaient enceintes le 7 octobre lorsque leurs maris ont été tués ou pris en otage par le groupe terroriste palestinien du Hamas.
Ces quatre femmes ont accouché au cours des mois qui ont suivi, alors qu’elles luttaient pour survivre et préserver l’unité de leur famille.
Trois d’entre elles, Ela Haïmi, Michal Lubnov et Sigal Yehud, sont devenues veuves et ont donné naissance à des orphelins.
Seule Avital a finalement retrouvé son mari, Sagui, qui a été relâché lors d’un cessez-le-feu en février.
Tal Haïmi, membre de la troisième génération du kibboutz, faisait partie de l’équipe d’intervention rapide de Nir Yitzhak. Il a été tué le 7 octobre et son corps a été pris en otage par le Hamas à Gaza, où il est toujours détenu.
L’époux de Michal, Alex Lubnov, était barman en chef au festival Nova où il a été pris en otage puis assassiné par ses geôliers dans un tunnel de Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, en août 2024.
Le mari de Sigal, Dolev Yehud, a été considéré comme otage pendant plusieurs mois jusqu’en juin 2024, date à laquelle son corps a été retrouvé en Israël. Les autorités ont déclaré qu’il avait été tué le 7 octobre alors qu’il travaillait comme secouriste bénévole.
Au cours de conversations avec Avital et Ela, Michal et Sigal ont évoqué les défis auxquels elles ont été confrontées et la nécessité constante d’aller de l’avant, malgré les incertitudes auxquelles elles ont été confrontées.
« Les enfants sont ma priorité, c’est ce que Tal m’avait demandé ce jour-là », a souligné Ela.
En décembre 2023, l’armée israélienne a informé Ela que Tal avait été tué le 7 octobre et que son corps avait été enlevé. Elle a donné naissance à Lotan six mois plus tard, et la nommé en reprenant les lettres du prénom de Tal.
Depuis les massacres, la famille a été temporairement relogée dans le kibboutz de Mashabei Sade, dans le Néguev.
« Tal était quelqu’un de très clair et direct », a expliqué Ela, mère de jumeaux de 11 ans, d’un enfant de 8 ans et de Lotan, aujourd’hui âgé d’un an.
« Je savais toujours très facilement ce qu’il pensait. J’essaie de faire ce qu’il m’a demandé. Nos conversations ne sont pas terminées, je lui parle encore dans ma tête. »
Avital avait espéré que Sagui serait peut-être relâché lors du premier accord, conclu en novembre 2023, et qu’il puisse rentrer avant la naissance de leur fille, prévue en décembre.
Elle a appelé leur fille Shachar (« aube » en hébreu), un prénom dont ils avaient parlé lorsqu’elle était enceinte, et y a ajouté le prénom Mazal, qui signifie « chance », dans l’espoir que ce nom lui porte bonheur.
Elle redoutait que Sagui ignore si elle et leurs filles étaient encore en vie après le 7 octobre. Il les avait laissées dans le mamad – la pièce sécurisée de leur maison – lorsqu’il était parti combattre ce jour-là.
À la naissance de la petite Shachar Mazal, Avital a trouvé que son bébé ressemblait « énormément » à Sagui, avec ses cheveux bruns bouclés et ses yeux, tandis que leurs deux filles aînées lui ressemblaient davantage.
« L’un des moments les plus difficiles a été d’être à Eilat avec un nouveau-né et de voir les autres tenir le bébé, mais pas Sagui », a-t-elle déclaré.
Les deux femmes ont constaté que les contraintes logistiques de la vie quotidienne les avaient aidées à rester concentrées pendant ces mois d’incertitude. Elles avaient la charge de leurs enfants, de leur travail, et l’objectif primordial de ramener leurs maris à la maison, morts ou vifs.
Les Dekel-Chen ont une petite entreprise, une supérette située dans une communauté voisine. Avital ne l’a jamais fermée, même dans les semaines qui ont suivi le 7 octobre, car des membres de sa famille l’ont aidée à la gérer à distance.
Alors que Sagui était encore détenu à Gaza, Avital a déménagé avec le reste de la communauté de Nir Oz à Carmei Gat, un nouveau quartier de la ville de Kiryat Gat.
Elle a grandi à Dimona, une ville du sud d’Israël, et a rencontré Sagui lorsqu’elle avait 14 ans et lui 16. Ils ont emménagé à Nir Oz, la ville natale de Sagui, après leur mariage, il y a dix ans.
Le déménagement à Carmei Gat a été difficile, a raconté Avital, notamment parce que son aîné a dû entrer en CP pour la troisième fois, d’abord à Nir Oz avant le 7 octobre, puis à Eilat, et enfin à Carmei Gat.
« Il y avait toujours quelqu’un avec moi, la mère de Sagui, mes parents et ma sœur. J’ai reçu énormément de soutien et d’aide, et les problèmes logistiques ont trouvé une solution, mais pas un cœur brisé », a-t-elle déclaré.
« La nuit, le manque de Sagui était douloureux et tout simplement insoutenable ; je n’arrivais pas à croire que je me trouvais dans cette situation. »
Avital s’était promise de créer également de bons moments pour ses filles tout au long de la captivité de Sagui.
Ils ont pris plusieurs vacances. Avital a inscrit ses filles aînées à des activités extrascolaires afin de leur faire vivre de belles expériences, a-t-elle raconté.
« Je voulais qu’elles voient que nous pouvions [quand même] nous amuser pendant cette période. »
Lorsque Sagui a été relâché et est rentré à la maison, une fois l’euphorie initiale passée, Avital a dû aider leur nouveau-né à s’habituer à son père.
« Nos aînées savent ce que c’est que d’avoir un père, mais Shachar n’en avait aucune idée ; elle n’avait aucune perception d’une relation avec un père », a expliqué Avital.
Leur psychologue leur a conseillé de garder la petite avec eux en permanence, même aux moments les moins opportuns de la journée.
« Cela fonctionne bien », a-t-elle déclaré.
« Elle est très attachée à Sagui, et ce dès le début, elle lui a tout simplement ouvert les bras. »
« Tout était compliqué », a confié Avital.
« Nous ne savions pas s’il reviendrait ou non. Mais nous avons reçu tellement de soutien de la part de gens qui voulaient simplement nous aider, nous rendre plus forts. Nous avons le sentiment que notre nation nous a soutenus. Et nous avons traversé tant d’épreuves. Mais maintenant, nous pouvons aider les autres. »
Alors que les Dekel-Chen s’efforcent de se reconstruire et de restaurer leur communauté, Ela est toujours prisonnière de la sombre réalité du 7 octobre, car le corps de Tal est retenu en otage à Gaza.
L’accord actuellement en cours de négociation permettrait de ramener dix otages sur les vingt encore en vie et dix-huit corps d’otages sur les trente présumés morts.
Ela craint que le corps de Tal ne lui soit jamais rendu pour qu’il puisse être enterré dignement, qu’il soit maltraité ou qu’il disparaisse à jamais.
« Cela fait presque deux ans. C’est trop long pour nous, trop long pour nos enfants, trop long pour les autres otages », a-t-elle déclaré.
Ela souhaite finalement retourner à Nir Yitzhak, dans la maison qu’elle a construite avec Tal, dont la famille vit dans le kibboutz depuis trois générations.
Elle souhaite que ses enfants retrouvent la routine de la vie dans le kibboutz et qu’ils soient entourés des membres de la communauté qui les soutiennent et les aiment.
« Ils ont besoin de voir autour d’eux des gens qui veulent leur bien, pas seulement à cause de ce qui s’est passé », a déclaré Ela.
« J’essaie de leur faire vivre des expériences et de leur apporter de la joie. Nous ne voulons pas de la vie que nous avions avant le 6 octobre ; nous voulons une situation différente, avec un calme et une paix rétablis à 100 % pour les deux camps. »
Elle ne considère pas les otages comme un problème personnel, mais comme un problème national.
« Cela nous concerne tous », a-t-elle souligné.
« Aujourd’hui, c’est moi, demain ce sera quelqu’un d’autre. Nous sommes tous des otages. »
la Communauté du Times of Israël !







