Dror Or, du kibboutz Beeri, fromager et père adoré, a été inhumé aux côtés de son épouse

Leurs proches ont rendu hommage à 'des personnes libres et lumineuses, pleines d'esprit et de créativité' et reproché aux autorités de se soustraire à leurs responsabilités envers le 7-octobre

Dror Or, pris en otage par des terroristes du Hamas au kibboutz Beeri le 7 octobre 2023. (Crédit : Autorisation)

Le défunt Dror Or, père et mari dévoué originaire du kibboutz Beeri, assassiné le 7 octobre 2023, a été inhumé dimanche matin, plus de deux ans après l’enlèvement de sa dépouille dans la bande de Gaza.

Or, dont le corps a été remis à Israël mardi dernier en application du cessez-le-feu conclu avec le Hamas, a été inhumé aux côtés de son épouse, Yonat Or, elle aussi assassinée par des terroristes du Hamas lors du pogrom du 7-Octobre qui a déclenché la guerre à Gaza.

Elad, le frère aîné d’Or, a déclaré dans son éloge funèbre qu’il ne comprendrait jamais cette tragédie.

« Je ne comprendrai jamais vraiment comment pareille chose a pu t’arriver à toi et à Yonat — comment tu as pu être attaqué ainsi dans ta belle maison, avec une telle brutalité », a-t-il dit. « Et comment tu as pu dire à Alma et Noam de s’enfuir, avant qu’ils ne t’attrapent. Je ne veux pas le comprendre, jamais. »

Or a été considéré comme un otage vivant jusqu’au 2 mai 2024, date à laquelle des renseignements militaires ont révélé qu’il avait été tué le 7-Octobre et son corps, transporté à Gaza.

Ses deux plus jeunes enfants, Noam, 17 ans, et Alma, 13 ans, ont été pris en otage ce jour-là puis libérés à la faveur du premier cessez-le-feu entre Israël et le Hamas, le 23 novembre 2023.

Le frère aîné de Noam et Alma, Yahli, parti faire du bénévolat dans le nord dans le cadre de son service national, ne se trouvait pas à la maison le jour du 7-Octobre.

Leur cousin Liam Or, qui vivait dans le kibboutz voisin de Reim, était venu voir ses proches, ce week-end là, ce qui lui a valu d’être lui aussi capturé puis libéré le 29 novembre 2023.

Alma Or, ex-otage israélienne du Hamas libérée en 2023, prend la parole lors d’un rassemblement à Tel Aviv, le 13 septembre 2025. (Lior Rotstein/Forum des Otages et des Familles de Disparus)

Depuis la remise de la dépouille d’Or, mercredi dernier, le Hamas détient encore celle des otages Ran Gvili et Sudthisak Rinthalak.

Ont par ailleurs assisté aux funérailles les parents et la sœur de Gvili, ainsi que des centaines de membres de Beeri, dont l’ex-otage Eli Sharabi et Reuma Aroussi, dont la fille de 13 ans, Gali Tarshansky, a été enlevée le 7-octobre et dont le fils adolescent, Lior Tarshansky, a été tué par des terroristes du Hamas.

Le kibboutz Beeri, dans lequel Dror Or a grandi, fait partie des communautés frontalières de Gaza les plus durement touchées lors de l’attaque du Hamas du 7-octobre.

Les habitants ont été abandonnés à eux-mêmes pendant de longues heures, sans aide de l’armée — sidérée et désorganisée face à cette attaque surprise contre des dizaines de villes — tandis que les terroristes passaient de maison en maison pour kidnapper, brutaliser et massacrer des civils jusque tard dans l’après-midi.

Au total, 101 civils et 31 membres du service de sécurité du kibboutz Beeri y ont été tués — sur une communauté d’un millier d’habitants — sans oublier les 30 habitants et deux civils, dont Rinthalak, pris en otage par les terroristes du Hamas.

La mère d’Or a dit que sa femme et lui étaient des « personnes libres et pleines de lumière »

La dépouille d’Or a été détenue pendant 782 jours à Gaza. Il est le 26e otage décédé rapatrié depuis l’entrée en vigueur de l’accord de cessez-le-feu, le 9 octobre, en vertu duquel le Hamas a remis en liberté les 20 derniers otages vivants le 13 octobre dernier, soit trois jours après le repli israélien derrière une ligne passant à l’intérieur de Gaza.

L’ex-otage Eli Sharabi aux funérailles de Dror Or, membre du Kibboutz Beeri, le 30 novembre 2025 (Dana Reany/Forum des Otages et des Familles de Disparus)

La presse n’a pas pu assister aux obsèques, dont des photos et des extraits des éloges funèbres ont été par la suite diffusés. Le musicien Ehud Banai, que la famille Or a toujours apprécié, a interprété deux chansons lors de la cérémonie.

Elad Or a déclaré dans son éloge funèbre qu’ « il n’y aurait, de sa part, ni oubli ni pardon pour la durée insupportablement longue pendant laquelle nous avons dû mendier de l’aide pour mettre un terme au cauchemar interminable de ta captivité. »

« Cela n’aurait jamais dû se passer ainsi », a déclaré Or en ajoutant qu’Israël méritait de meilleurs dirigeants pour s’assurer que des événements comme ceux du 7-Octobre ne se reproduisent jamais.

Yuval Or, le père de Dror Or, a déclaré lors de son éloge funèbre que le combat de la famille n’était pas terminé.

« Il y a toujours un refus d’enquêter sur la catastrophe du 7-Octobre et ce qui y a mené », a déclaré Yuval Or en faisant allusion au refus du gouvernement de mettre en place une commission d’enquête d’État indépendante et impartiale sur les échecs ayant conduit à l’attaque du Hamas.

Or incitait tout le monde à lutter pour un « Israël démocratique, solidaire et pacifique ».

La mère de Dror Or, Dorit Or, est revenue sur la jeunesse de son fils, son amour du basket et ses voyages — jusqu’à ce qu’il revienne et fasse la connaissance de Yonat à l’imprimerie de Beeri, où ils travaillaient alors tous les deux.

Le couple est parti s’installer à Tel Aviv, où Or a suivi les cours d’une école culinaire avant de revenir vivre à Beeri en 2004, où leurs trois enfants sont nés. Or s’est alors associé à Dagan Peleg pour faire du fromage et gérer la laiterie de Beeri.

Dorit Or a parlé de son fils et de sa belle-fille comme de « personnes libres et lumineuses, pleines d’esprit et de créativité, capables de rêver et de faire de leurs rêves une réalité. »

À Beeri, Yonat Or avait un atelier de menuiserie et une entreprise de design d’intérieur, Ayuna, plusieurs fois récompensé au niveau national, ce qui en avait fait un des grands noms de la décoration israélienne.

Originaire de Beeri, elle avait grandi au milieu des copeaux de bois, son père tenant alors l’atelier de menuiserie, et c’est ce qui lui avait donné l’envie de s’inscrire dans cette tradition familiale.

Lors de l’éloge funèbre dédié à son fils, Dorit Or a rappelé que lorsque les terroristes sont entrés dans la maison et commencé à y mettre le feu, Dror et Yonat ont dit aux enfants de sauter par la fenêtre, de courir et de rester ensemble, ce qui leur a sauvé la vie.

De gauche à droite : Noam, Yahli, Dror, Yonat et Alma Or, sur une photo de famille non datée. (Forum des otages et des familles de disparus)

Elle a dit que son fils et sa belle-fille étaient des parents qui avaient « un amour immense et une patience infinie », qui prenaient soin de compter calmement jusqu’à 30 avant de réagir, et non jusqu’à 3, comme la plupart des parents.

La mère et les frères et sœurs d’Or ont souligné combien il aimait le yoga, qui lui apportait le calme.

Elad Or a dit au reste de la famille qu’ils allaient continuer à vivre mais que leur père, leur fils ou leur frère continuerait de leur manquer, mais aussi qu’ils feraient leur possible pour vivre.

« Nous sommes là les uns les autres », a-t-elle conclu.

Emanuel Fabian a contribué à cet article.

read more: