« Nous attendons son retour », déclare la sœur de l’otage tué Ran Gvili
Shira Gvili affirme que l'attente du corps de son frère, policier et l'un des trois derniers otages tués à Gaza, lui semble interminable
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Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

La famille de Ran Gvili, l’un des trois otages morts à Gaza, attend avec impatience le retour de leur proche. Sa sœur, Shira, décrit un sentiment croissant de solitude, alors que leur calvaire, autrefois partagé par des centaines, puis par des dizaines de familles, ne concerne aujourd’hui plus que quelques-unes.
Les deux autres otages sont Dror Or, originaire du kibboutz Beeri, et Sudthisak Rinthalak, un travailleur thaïlandais.
Ran a donné signe de vie pour la dernière fois le 7 octobre 2023, lorsqu’il a décidé de rejoindre le combat contre le Hamas dans le sud d’Israël, alors que le groupe terroriste palestinien envahissait le pays.
Membre de l’unité antiterroriste de la police Yasam, Ran était en congé maladie ce jour-là, en attente d’une opération chirurgicale pour une épaule cassée lors d’un accident de moto survenu lors d’une excursion tout-terrain. Lorsqu’il a appris la nouvelle de l’assaut barbare, il a enfilé son uniforme et s’est rendu sur le front.
Plus tard dans la matinée, il a envoyé des SMS à ses amis pour leur dire qu’il avait été blessé par balle à la jambe. On a ensuite appris qu’il avait aidé à secourir des festivaliers qui fuyaient le festival de musique Nova.
Pendant des mois, sa famille a gardé l’espoir qu’il était en vie et retenu en otage à Gaza.
Mais le 31 janvier 2024, l’armée israélienne a annoncé que Ran avait été tué le 7-Octobre lors d’un combat contre le Hamas dans le kibboutz Alumim, et que son corps avait été emporté à Gaza.
Shira Gvili, qui a deux ans de moins que son frère, a déclaré au Times of Israel dans une récente interview que sa famille n’avait pas parlé publiquement de son frère au cours des premiers mois suivant sa capture.
« Ils nous ont dit de rester discrets parce qu’il était policier », a expliqué Shira.
« C’était aussi difficile d’en parler. »
Lorsque la famille a appris, en janvier 2024, que leur fils et frère avait été tué, elle s’est exprimée davantage.
Talik Gvili, mère de Ran et de Shira, est l’une des rares mamans d’otages à être active au sein du Forum Tikva, l’alternative de droite au Forum des familles des otages et disparus, le principal groupe de défense des otages.
Shira a expliqué qu’elle se sentait à sa place dans les deux organisations et que sa famille était soutenue par les deux groupes de différentes manières.
« Je ne m’intéresse pas à la politique, je m’intéresse uniquement aux otages », a-t-elle déclaré.
« Je veux juste qu’ils rentrent à la maison. »
La famille Gvili continue de parler de Ran au présent ; elle refuse de le qualifier de soldat tombé au combat ou de parler de lui au passé tant que son corps ne leur aura pas été rendu.
Lorsqu’elle parle de son frère, Shira alterne entre le présent et le passé.
« Nous attendons son retour avec impatience ; nous ne voulons plus vivre ainsi », a-t-elle déclaré.
« C’est très, très difficile. Et on a vraiment l’impression d’être seuls à ce stade, en dehors des deux autres familles. »
En même temps, Shira dit qu’elle est nerveuse à l’idée de ce qui l’attend si son frère est ramené au pays et de ce qu’ils recevront.
« Comment va-t-il nous être amené ? » se demande-t-elle.
« Est-ce que cela va bouleverser le calme dont je jouissais jusqu’à présent, de recevoir soudainement un cercueil ? »
Ran et Shira avaient prévu de voyager ensemble en Amérique du Sud en décembre 2023.
« Nous avions un rêve, un grand rêve, et nous n’avons pas fait le voyage », a indiqué Shira, qui était avec son frère la veille du 7-Octobre.
Shira n’a pas été capable de « faire des choses normales » au cours des deux dernières années. Elle travaille un peu dans le café d’un ami, « parce que cela me permet de me sentir normale pendant un court instant ».
« Cela fait plus de deux ans que je mène une vie déséquilibrée », a ajouté Shira.
Leur frère aîné, Omri Gvili, s’est marié le 16 octobre, soit trois jours après la libération, le 13 octobre, des vingt derniers otages encore en vie.
Shira a ajouté que la famille essayait de continuer à vivre, car c’est ce que son frère aurait voulu.
« J’essaie de garder Ran présent dans mon esprit à tout moment », a-t-elle confié.
« J’essaie de parler de lui tout le temps, afin que les gens connaissent son histoire. »
Shira a expliqué que son frère avait été gravement blessé pendant son service militaire et qu’il s’était battu pour intégrer l’unité de police Yasam. Il adorait ses deux chiens de race boxer, jouait de la guitare, notamment les chansons du musicien américain Carlos Santana, et était un menuisier amateur qui fabriquait lui-même ses tables et son lit.
Il aimait également faire de la moto, comme ce samedi-là, lorsqu’il est parti combattre les terroristes du Hamas qui envahissaient le sud.
« Quand il reviendra, je ferai mon voyage et réaliserai son rêve », a déclaré Shira.
« Je visiterai le Brésil, la Colombie et le Mexique, et je le sentirai à mes côtés. »
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