Après avoir sillonné la région puis le monde pendant plusieurs mois, Fadwa Barghouti a vu sa campagne pour obtenir la libération de son mari, Marwan Barghouti, échouer une nouvelle fois.
Figure la plus emblématique parmi les prisonniers de sécurité palestiniens, Barghouti, 66 ans, a été condamné en 2004 par un tribunal israélien à cinq peines de prison à perpétuité, auxquelles se sont ajoutés 40 ans supplémentaires, pour son rôle dans la planification d’attentats meurtriers durant la deuxième Intifada. Il ne figurait pas sur la liste des près de 2 000 Palestiniens relâchés le mois dernier en échange de 20 otages israéliens, dans le cadre d’un accord visant à mettre fin à la guerre de deux ans contre le groupe terroriste palestinien du Hamas à Gaza.
Malgré sa place centrale au sein du mouvement rival du Fatah, Barghouti figurait en tête de la liste des prisonniers que le Hamas cherchait à faire libérer, preuve de la popularité dont il jouit auprès de nombreux Palestiniens.
Ancien secrétaire général du Fatah en Cisjordanie, Barghouti bénéficiait d’un certain soutien avant son arrestation. Il est devenu une figure quasi légendaire dans la rue palestinienne au cours des vingt années qui ont suivi.
Son influence supposée aurait pesé dans la décision du Premier ministre Benjamin Netanyahu de ne pas le libérer en octobre. Et alors que certains avancent aujourd’hui l’idée que Barghouti pourrait, s’il était libéré, devenir un acteur clé pour relancer un processus de paix, sa renommée dépasse désormais les cercles palestiniens et semble s’étendre jusqu’à Washington. Plusieurs observateurs spéculent sur un possible soutien du président américain Donald Trump à un geste de clémence.
« J’espère vraiment que le président Trump fera pression pour la libération de Marwan, car il représente un avenir de paix et de stabilité », a expliqué Fadwa Barghouti au Times of Israel cette semaine.
Il s’agissait de sa toute première interview accordée à la presse israélienne, une tentative manifeste de s’adresser à un public qui voit son mari, un terroriste condamné ayant du sang sur les mains, comme particulièrement dangereux.
Au cours de l’entretien, Fadwa Barghouti a plaidé la cause de son mari, affirmant que son soutien à ce qu’elle décrit comme la « légitime défense palestinienne contre l’occupation israélienne » ne contredit pas, selon elle, son aspiration à une coexistence future. Elle assure que, malgré tout ce qu’il a vécu, l’engagement de Marwan Barghouti en faveur d’une solution à deux États fondée sur les lignes de 1967 n’a jamais faibli.
« Il considère la solution à deux États comme la voie pour aller de l’avant et vivre en paix », affirme-t-elle, en référence à un cadre diplomatique qui avait déjà perdu du soutien parmi les Israéliens avant même le 7 octobre 2023.
La popularité de Barghouti dans la rue palestinienne et son engagement affiché pour une solution à deux États ont conduit certains acteurs internationaux à le considérer comme l’une des rares personnalités palestiniennes susceptibles de faire avancer un processus de paix crédible avec Israël.
Plusieurs pays médiateurs ont directement demandé à Israël de le libérer durant les négociations de cessez-le-feu, assurent trois diplomates arabes de haut rang.
Mais ces requêtes ont été catégoriquement rejetées.
L’un des diplomates explique même que la proposition « n’a jamais été sérieusement envisagée » par Jérusalem.
Interrogé sur la possibilité d’une libération, un porte-parole du gouvernement israélien s’est borné à qualifier Barghouti de « meurtrier et terroriste condamné ».
L’idée d’un geste en sa faveur a pourtant refait surface deux jours après l’échange du 13 octobre, lorsque le magazine Time a demandé à Trump si Israël devait libérer Barghouti.
« On m’a posé exactement cette question un quart d’heure avant votre appel. C’était la question du jour. Je vais donc rendre ma décision », a répondu Trump.
La Maison Blanche n’a pas souhaité clarifier ces propos, mais ceux-ci ont immédiatement suscité des spéculations sur un éventuel regain d’efforts américains pour obtenir la libération du prisonnier, au moment même où la campagne menée par son épouse semblait s’essouffler.
Fadwa Barghouti affirme que l’état de santé de son mari se détériore en prison. Selon elle, une figure que certains présentent comme un pilier potentiel d’un processus de paix israélo-palestinien risque de disparaître avant d’avoir pu mener les deux peuples vers la réconciliation à laquelle il dit croire.
« Il envisage toujours la paix sur cette terre et une vie meilleure pour tous ceux qui y vivent », assure-t-elle.
« J’appartiens à la Palestine »
Fadwa Barghouti raconte que son mari était déjà engagé politiquement au sein du Fatah lorsqu’ils se sont rencontrés. À 15 ans, il avait déjà purgé plusieurs peines de prison, où il avait commencé à apprendre l’hébreu et à se passionner pour l’histoire juive et israélienne.
Sous la direction du chef de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), Yasser Arafat, le Fatah combinait activité politique et branches armées, ces dernières ayant mené d’innombrables attaques contre des civils et des soldats israéliens. Parmi celles-ci figurait notamment le massacre de la route côtière en 1978, lorsque des terroristes du Fatah avaient détourné un bus et assassiné 38 civils, dont 13 enfants, en blessant de nombreux autres. Rien n’indique que Barghouti ait été impliqué dans cet attentat, au-delà de son appartenance active au Fatah à cette époque.
S’il n’a jamais été condamné avant 2004, son épouse affirme que ses précédentes périodes d’incarcération étaient liées à des jets de pierres et de cocktails Molotov contre des soldats israéliens menant des raids dans son village lorsqu’il était adolescent, puis à son activisme étudiant pour le Fatah à l’université de Birzeit, où le couple s’est rencontré.
Quand il lui a demandé de l’épouser, Barghouti l’a avertie que leur avenir ne serait pas simple.
« Il m’a dit qu’il appartenait au peuple palestinien et que notre vie serait compliquée, parce qu’il voulait lutter contre l’occupation jusqu’à son terme », se souvient Fadwa.
« Il m’a promis d’être un mari fidèle et un père aimant – et il l’a été – et m’a dit qu’une fois l’occupation terminée, nous mènerions une vie normale », poursuit-elle. « Je lui ai répondu que la Palestine n’était pas seulement la sienne et que, moi aussi, je voulais me battre pour cette cause. »
« Même si je suis très fière de lui et de notre famille, je souffre pour mes enfants, qui n’ont jamais eu leur mot à dire », ajoute-t-elle.
Avec les années, Barghouti a pris de l’importance au sein du Fatah, ce qui a conduit Israël à l’exiler en Jordanie en 1987.
La famille est retournée en Cisjordanie en 1993 dans le cadre des accords d’Oslo, qui ont établi l’Autorité palestinienne et visaient à parvenir à un accord de paix définitif entre Israéliens et Palestiniens.
Bien qu’il ait soutenu cette initiative au départ, Barghouti, alors membre élu du Conseil législatif palestinien, a affirmé par la suite qu’Israël ne respectait pas ses obligations, notamment la poursuite du retrait de Cisjordanie et de Gaza ainsi que l’arrêt de l’expansion des implantations.
Cette critique lui a servi d’argument pour défendre la poursuite de la lutte armée contre Israël, au moment où d’autres responsables de l’AP renonçaient à la violence. Il avait toutefois précisé qu’il n’approuvait l’usage de la force que dans les zones revendiquées par les Palestiniens pour leur futur État, et non à l’intérieur de la majeure partie du territoire souverain d’Israël.
En 2000, il occupait la fonction de secrétaire général du Fatah en Cisjordanie et il était également considéré comme une figure influente du Tanzim, la milice armée du Fatah, une position qui, selon Israël, faisait également de lui un acteur clé dans les activités des Brigades des Martyrs d’Al-Aqsa, un groupe terroriste lié au Fatah. Son épouse a toujours réfuté cette accusation, soutenant que Barghouti se consacrait à l’action politique et non à la planification d’attentats.
À la suite de l’effondrement des pourparlers de paix et de l’éclatement de la deuxième Intifada à la fin de l’année 2000, le Tanzim et les Brigades des Martyrs d’Al-Aqsa se sont trouvés au premier plan de nombreuses attaques meurtrières visant des civils et des soldats israéliens de part et d’autre de la Ligne verte.
Arrêté en 2002, Barghouti a été accusé d’avoir participé à la planification de 37 attentats contre des Israéliens pendant la deuxième Intifada. Il a rejeté toutes les accusations, mais a refusé de se défendre devant la cour israélienne afin de ne pas lui accorder, selon lui, une apparence de légitimité.
Il a été acquitté de la majorité des chefs d’accusation, mais reconnu coupable de cinq meurtres, dont une fusillade dans un restaurant de fruits de mer de Tel Aviv qui a fait trois morts et des dizaines de blessés parmi les Israéliens.
Selon l’acte d’accusation israélien, Barghouti avait été informé qu’un attentat, planifié par l’un de ses subordonnés directs, était sur le point d’être mené. Mis au courant que l’auteur de l’attaque avait été envoyé, il « a autorisé l’opération tout en demandant qu’elle ne soit pas exécutée en Israël, mais dans les limites de la région de Judée-Samarie », précise le document, en référence à la Cisjordanie. Cette instruction n’aurait toutefois pas été suivie.
Il a également été reconnu coupable d’implication dans une fusillade à une station-service de l’implantation de Givat Zeev qui a coûté la vie à un Israélien, dans une attaque près de Maale Adumim qui a tué un moine grec orthodoxe et dans une tentative d’attentat-suicide contre le centre commercial Malha Mall à Jérusalem.
Fadwa, elle-même avocate, affirme que l’arrestation et la procédure engagée contre son mari violent le droit international. Selon elle, Israël a méconnu l’immunité parlementaire de son mari en procédant à son arrestation puis en le transférant de Cisjordanie vers Israël pour y être détenu et jugé. Israël soutient pour sa part qu’il est en droit d’arrêter tout Palestinien impliqué dans des attaques contre ses citoyens, quel que soit l’endroit où il se trouve.
Elle cite aussi un rapport rédigé par un observateur du procès de Barghouti, membre de l’Union interparlementaire, qui estime que la procédure n’a pas été menée de manière équitable.
« Ils avaient décidé dès le début qu’il était coupable », déclare-t-elle.
Fadwa Barghouti et l’observateur de l’Union interparlementaire soulignent que les témoins cités dans l’acte d’accusation ne se sont pas présentés devant le tribunal et n’ont apporté aucune preuve directe que Barghouti avait dirigé les attaques. L’accusation s’est appuyée sur des comptes rendus d’interrogatoires faisant état d’aveux que plusieurs témoins affirment avoir été obtenus sous la contrainte ou avoir été signés en hébreu sans en comprendre le contenu.
Les procureurs israéliens se sont toutefois également appuyés sur des enregistrements téléphoniques montrant des appels entre Barghouti et des personnes plus directement impliquées dans les attentats, ce qui, selon eux, témoignait de l’implication du responsable du Fatah.
Les défenseurs de la légitimité du procès soulignent que Barghouti n’a pas été reconnu coupable de l’ensemble des chefs d’accusation et que le verdict s’est fondé exclusivement sur les éléments retenus contre lui.
Son épouse a estimé que ce jugement représentait une nouvelle condamnation automatique de Palestiniens, ceux-ci étant déclarés coupables par les tribunaux israéliens dans près de 100 % des cas, selon des organisations de défense des droits humains. « Si vous êtes palestinien, vous êtes coupable. »
Fadwa soutient également que la véritable motivation de l’arrestation de son mari était de « criminaliser la lutte palestinienne et ses dirigeants ».
Bien que Barghouti ait soutenu la violence dans le cadre de ce qu’il présentait comme la résistance palestinienne, Fadwa affirme qu’il a « toujours clairement indiqué qu’il s’opposait à toute attaque visant des civils et que ceux-ci ne pouvaient en aucun cas être pris pour cible ».
Il a néanmoins fait valoir que les résidents d’implantations ne devaient pas être considérés comme des civils. Selon Fadwa, son mari parlait de ceux qui sont armés et « font partie de l’occupation ».
S’agissant des civils israéliens vivant à l’intérieur des frontières internationales d’Israël d’avant 1967, Barghouti s’est décrit comme un partisan de la solution à deux États, laquelle inclurait selon lui une justice pour les descendants des Palestiniens qui ont fui leurs foyers à l’intérieur de ce qui est aujourd’hui Israël pendant la guerre d’indépendance.
« Je continue de rechercher une coexistence pacifique entre les pays égaux et indépendants d’Israël et de Palestine, fondée sur le retrait complet des territoires palestiniens occupés en 1967 et une résolution juste du sort des réfugiés palestiniens, conformément aux résolutions de l’ONU », écrivait Barghouti dans une tribune publiée en 2002 dans le Washington Post, trois mois avant son arrestation. « Je ne cherche pas à détruire Israël, mais seulement à mettre fin à son occupation de mon pays. »
Fadwa a rejeté l’idée selon laquelle le soutien de son mari à une solution à deux États pourrait être une stratégie de dissimulation visant à affaiblir Israël à long terme, affirmant qu’il s’appuie sur le droit international, lequel ne considère comme occupés que les territoires situés au-delà des lignes de 1967.
« Marwan a dit que nous devons distinguer notre patrie de l’État, ce dernier se limitant aux frontières de 1967 », a-t-elle expliqué.
D’une maigreur méconnaissable, mais toujours prêt à plaisanter
Ces dernières années, le seul de Fadwa avec son mari passe par des avocats autorisés à lui rendre visite périodiquement. Avant le 7 octobre 2023, le couple pouvait encore échanger des lettres, mais depuis qu’Israël a suspendu les visites familiales pour les détenus palestiniens incarcérés pour des raisons sécuritaires, les messages ne circulent plus que verbalement.
Barghouti serait également détenu à l’isolement depuis le 7 octobre, selon sa famille et ses codétenus récemment libérés. « C’est un leader à l’intérieur de la prison, et [les autorités israéliennes] voulaient s’assurer qu’il ne puisse pas remonter le moral des autres prisonniers », affirme Fadwa.
Les services pénitentiaires israéliens n’ont pas voulu préciser ses conditions exactes de détention, se contentant d’affirmer qu’il est traité conformément à la loi.
يواجه الأسير القائد مروان البرغوثي ظروفًا إنسانية بالغة القسوة في زنزانته الانفرادية، حيث فقد أكثر من نصف وزنه نتيجة الإهمال الطبي المتعمد وسوء المعاملة. وفي الوقت نفسه، يواصل وزير أمن الاحتلال المتطرف إيتمار بن غفير تهديده بشكل مباشر، في محاولة لكسر إرادته وصموده.
في الفيديو بن… pic.twitter.com/ZcpRmLgGgT
— Palestinian Center for Prisoners Advocacy (@PalPrisonersA) August 14, 2025
Sa famille soutient toutefois qu’il a été battu à quatre reprises ces deux dernières années, ce qui lui aurait causé des côtes cassées et d’autres blessures. Le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir, qui supervise le système carcéral, a déclaré le mois dernier qu’il était « fier que les conditions de détention de Barghouti aient radicalement changé » sous sa responsabilité.
Barghouti a été vu pour la dernière fois en public dans une vidéo diffusée en août et rendue publique par le bureau de Ben Gvir, dans laquelle on peut voir le ministre d’extrême droite se moquer d’un Barghouti émacié et visiblement amaigri dans sa cellule de prison.
Fadwa dit ne pas l’avoir reconnu immédiatement.
« C’était très pénible à regarder », a-t-elle déclaré. « À la fin, j’ai reconnu ses yeux. »
« Mais cette scène illustre aussi parfaitement la situation dans laquelle nous nous trouvons : Ben Gvir incarne l’occupation et le gouvernement israélien actuel, alors que Marwan représente la justice et la liberté », a-t-elle affirmé.
Barghouti a reçu au début du mois la visite de son avocat israélien, qui a rapporté à la famille qu’il gardait le moral malgré une dégradation physique évidente.
« Il continuait à plaisanter pour détendre l’atmosphère », raconte Fadwa. « Il était soulagé d’apprendre que la guerre était terminée et réfléchissait déjà à de nouvelles initiatives pour aider le peuple palestinien. »
Fadwa s’est assurée que l’avocat transmette des nouvelles de la famille ainsi qu’un message d’espoir concernant les « nombreux partis et pays » qui continuent de réclamer sa libération, créant selon elle une « opportunité légitime » d’aboutir.
« Une lueur d’espoir »
Fadwa se montre prudente lorsqu’elle évoque ces perspectives, de crainte que cela ne nuise aux chances de libération de son mari, pour laquelle elle milite depuis des dizaines d’années.
Elle indique toutefois que sa famille est en contact permanent avec des dirigeants de la région et d’autres capitales, et qu’elle a organisé ces derniers mois des réunions avec des responsables européens, palestiniens et plusieurs ministres des Affaires étrangères du Moyen-Orient.
« D’importants efforts ont été déployés, notamment par les médiateurs, pour obtenir sa libération », dit-elle, citant l’Égypte et le Qatar, acteurs clés des négociations de cessez-le-feu à Gaza, aux côtés des États-Unis et de la Turquie.
« J’ai évidemment été très déçue que Marwan ne figure pas parmi les personnes libérées dans le cadre de l’accord conclu le mois dernier. Mais grâce aux réunions de suivi et à mes échanges avec les responsables politiques, je vois qu’il reste une lueur d’espoir », explique-t-elle.
Elle affirme que les propos tenus par Donald Trump au magazine Time lui ont redonné confiance alors qu’elle était au plus bas, saluant « les efforts considérables déployés par les pays de la région et d’autres partenaires de la cause palestinienne » pour inscrire cette question à l’ordre du jour de l’administration.
Fadwa ne prétend pas être en contact direct avec de hauts responsables de l’administration Trump, mais indique que sa famille a rencontré à plusieurs reprises des diplomates américains au fil des ans pour discuter du cas de Barghouti, et que des acteurs influents ont également sollicité Washington en son nom.
Interrogée sur les comparaisons établies entre son mari et des figures comme Martin Luther King Jr., partisan de la non-violence, ou Nelson Mandela, qui avait d’abord soutenu la lutte armée contre l’apartheid avant d’emprunter plus tard une voie plus pacifique, Fadwa ne rejette pas la comparaison.
« Ceux qui traitaient Mandela de terroriste se sont empressés de se faire photographier à ses côtés après sa libération », rappelle-t-elle.
Nombreux sont ceux qui, en Israël, rejettent l’idée que Barghouti puisse être considéré comme un interlocuteur crédible pour la paix.
« Quiconque a commis le crime de tuer des innocents, qui qu’ils soient, même un Juif, n’a pas sa place parmi les personnes libres. Il doit rester derrière les barreaux », déclarait en 2017 Jamal Barakat, dont le frère Salim Barakat a été tué lors de l’attentat de Tel Aviv. « Chercher à minimiser cela ou à le présenter comme un objectif politique est totalement inacceptable. »
Le fédérateur
Bien qu’il soit en prison, Barghouti arrive régulièrement en tête des sondages comme premier choix pour remplacer l’actuel dirigeant du Fatah, Mahmoud Abbas, 90 ans, qui s’accroche au pouvoir depuis la mort d’Arafat en 2004 malgré une forte impopularité.
Selon Fadwa, les responsables étrangers qu’elle rencontre considèrent Barghouti comme un « facteur de stabilisation », soulignant sa capacité à s’attaquer à ce qui est perçu comme l’un des principaux obstacles à la paix israélo-palestinienne : les divisions internes palestiniennes.
Elle rappelle qu’en 2006, il avait été la figure centrale du « Document des prisonniers », qui, pour la première fois, avait vu des représentants du Hamas, du Jihad islamique et d’autres groupes terroristes palestiniens se rallier à la position du Fatah en faveur de négociations avec Israël afin de parvenir à une solution à deux États basée sur les frontières d’avant 1967, avec Jérusalem-Est comme capitale palestinienne.
Les détracteurs du document rappellent qu’il ne reconnaît pas explicitement Israël et qu’il évoque le droit des Palestiniens à « résister […] à l’occupation par divers moyens », ce qui, selon eux, peut être interprété comme une légitimation de la violence. Barghouti insistait pour sa part sur une clause précisant que cette résistance devait se concentrer sur les territoires conquis en 1967.
Le Fatah et le Hamas demeurent des rivaux acharnés et la plupart des tentatives de réconciliation n’ont jamais dépassé le stade de déclarations symboliques. Pour Israël, l’idée même qu’une direction palestinienne puisse intégrer le Hamas disqualifie tout mouvement vers un processus politique sérieux. Pour les Palestiniens, à l’inverse, aucune négociation ne peut aboutir si elle ne repose pas sur un minimum d’unité interne.
Quant à l’inquiétude selon laquelle un rapprochement entre factions palestiniennes pourrait primer sur l’opposition de Barghouti au Hamas, Fadwa affirme que l’unité recherchée par son mari s’inscrirait strictement dans le cadre de la charte de l’OLP, qui impose la reconnaissance d’Israël à ses membres.
« Marwan pense que rassembler toutes les factions dans un cadre commun, plutôt que laisser certains groupes agir en marge, peut créer une structure politique plus stable », explique-t-elle.
Selon elle, ce serait précisément cette capacité prêtée à Barghouti de réunifier les Palestiniens autour d’une plateforme à deux États qui motive l’opposition constante du gouvernement Netanyahu à sa libération.
Un haut diplomate d’un pays arabe médiateur a estimé que l’opposition de Netanyahu à la libération de Barghouti s’inscrivait dans une stratégie de longue date visant à maintenir les divisions entre les factions palestiniennes. Les critiques de Netanyahu affirment que le Premier ministre a longtemps laissé le Hamas se renforcer pour contrebalancer l’Autorité palestinienne dominée par le Fatah, notamment en facilitant les transferts de centaines de millions de dollars du Qatar vers la bande de Gaza contrôlée par le Hamas dans les années qui ont précédé le pogrom du 7 octobre, au cours de laquelle il a également cherché à affaiblir l’Autorité palestinienne.
Netanyahu affirme, lui, que cette aide visait à éviter une crise humanitaire dans l’enclave.
Fadwa souligne que son mari n’avait pas hésité à critiquer son propre parti, le Fatah, notamment l’incapacité d’Abbas à organiser des élections depuis près de vingt ans.
« Marwan croit en la démocratie, en l’État de droit, en la bonne gouvernance, en la justice sociale, en l’égalité entre les femmes et les hommes, en la participation des jeunes. Et il n’a jamais hésité à le dire publiquement quand les dirigeants de l’Autorité palestinienne s’en éloignaient », affirme-t-elle.
Parler d’espoir
En 2008, un sondage conjoint de l’Université hébraïque et du Centre palestinien pour la recherche politique et les sondages révélait que 78 % des Israéliens étaient favorables à la libération de Barghouti en échange du soldat kidnappé Gilad Shalit. Le sondage révélait également que 45 % des personnes interrogées soutenaient sa libération afin qu’il puisse participer aux négociations de paix israélo-palestiniennes, contre 34 % trois ans plus tôt.
À l’époque, 31 % des sondés estimaient que Barghouti pourrait parvenir à un compromis avec Israël, tandis que 34 % jugeaient Abbas mieux placé pour y parvenir. Seuls 22 % pensaient qu’aucun des deux ne réussirait.
Cet optimisme s’est depuis largement dissipé, mais selon Fadwa, de nombreux Israéliens continuent de considérer la libération de Barghouti comme une étape essentielle vers un accord, en particulier ceux qui l’ont rencontré ou qui se fondent sur ses propres déclarations plutôt que sur la « propagande » des autres.
Elle évoque des dizaines de responsables politiques, sécuritaires et militants israéliens engagés pour la paix avec lesquels Barghouti a été en contact avant et pendant ses séjours en prison. Certains ont publiquement réclamé sa libération.
L’ancien chef du Shin Bet Ami Ayalon déclarait ainsi l’année dernière au journal Haaretz qu’Israël devrait libérer Barghouti, « seul dirigeant palestinien capable d’être élu et de conduire une direction palestinienne unie et légitime vers une séparation mutuellement acceptée avec Israël ».
Le soutien à sa libération s’est même étendu à une partie de la diaspora juive, et comprend des personnalités telles que le président du Congrès juif mondial, Ron Lauder, révélait le Times of Israel le mois dernier. Lauder avait par la suite qualifié Barghouti de « leader idéal » pour une solution à deux États.
« Son message aux Israéliens est que ce sont les générations futures qui paieront le prix de l’absence de paix », affirme Fadwa. « Au lieu des implantations, de l’occupation et de la violence, il est temps de parler d’espoir. Il est temps de parler de la possibilité pour tous de vivre en paix, en sécurité et dans la dignité. »
Bien que l’accord de cessez-le-feu à Gaza n’ait pas abouti à la libération de son mari, elle y voit néanmoins une lueur d’espoir pour que « la liberté [soit] étendue » à tous les Palestiniens.
« C’est essentiel – sur le plan humain, moral et pour un avenir de liberté et de paix – sans souffrance ni violences d’un côté comme de l’autre, avec des enfants en sécurité et protégés », conclut-elle.
