Éprouvés par la guerre, un club d’arts martiaux aide les vétérans blessés à se reconstruire
'House of Heroes', fondé par Sagi Dovev, ex-formateur en résilience au sein de Tsahal, utilise la MMA et d’autres sports de combat pour aider à la réadaptation de certains des 26 200 soldats marqués physiquement et psychologiquement depuis le 7-Octobre
OR YEHUDA – Sagi Dovev commence sa journée comme à son habitude, en lançant des jabs et des coups de pied, et en projetant ses adversaires sur un tapis.
Parmi ses partenaires d’entraînement figuraient un soldat amputé d’une jambe, un autre privé d’un bras, un vétéran de guerre combattant depuis son fauteuil roulant, ainsi que d’autres personnes souffrant de blessures invisibles, comme le trouble de stress post-traumatique (TSPT).
Réunis dans une salle de sport située au deuxième étage d’un immeuble du centre d’Israël, qui sert de siège à la « House of Heroes » – « La Maison des Héros » -, ce formateur spécialisé dans le combat rapproché et la résilience a animé des séances d’arts martiaux mixtes, de jiu-jitsu et de Krav Maga destinées aux anciens soldats, transformant l’espace en un tourbillon de mouvements trempés de sueur, accompagné d’une cacophonie de coups sourds et de grognements.
« Ce sont des combattants d’élite », a déclaré Dovev, 49 ans, au Times of Israel tout en observant la salle de sport bondée.
« Un jour, ils menaient des missions extrêmes, et le lendemain, ils se retrouvaient dans un lit d’hôpital. Ce sont des guerriers, et nous voulons qu’ils redeviennent des guerriers. »
Dovev, qui a autrefois occupé le poste de formateur en chef des opérations spéciales au sein de l’armée israélienne, est le fondateur de la Maison des Héros.
L’idée de créer cette association à but non lucratif lui est venue alors que lui-même et le reste du pays s’efforçaient de réagir au pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023 dans le sud d’Israël, au cours duquel plus de 1 200 personnes, pour la plupart des civils, ont été massacrées et 251 autres enlevées pour être emmenées dans la bande de Gaza.
À l’hôpital Sheba, près de Tel Aviv, il a retrouvé plusieurs soldats qu’il avait formés auparavant et qui avaient été grièvement blessés au combat.
« Ces soldats étaient des combattants d’élite capables de tout ce qu’ils voulaient », a déclaré Dovev.
« Puis, ils se sont retrouvés à l’hôpital, et je les aidais à boire du café froid avec une paille parce qu’ils ne pouvaient plus bouger leurs mains. Je me disais : ‘Comment puis-je les aider à se rétablir plus rapidement ?’ »
Sa solution allait finalement donner naissance à la Maison des Héros, une salle de sport d’un genre particulier où les vétérans de guerre blessés peuvent apprendre divers arts martiaux et s’entraîner avec d’autres combattants blessés. Cela les aide à retrouver leur force physique et leur résilience mentale.
Selon Valery Hazanov, titulaire d’un doctorat et directeur du Centre « Returning to Life » pour les victimes de traumatismes psychologiques à Jérusalem, monter sur le tapis peut s’avérer particulièrement thérapeutique pour les personnes souffrant de TSPT.
« Leur identité de guerriers, de combattants, peut se perdre », a expliqué Hazanov.
« Ils ont peut-être cessé de prendre soin de leur corps et de rester en forme. Ils se sentent impuissants et désemparés, et les arts martiaux mixtes peuvent leur redonner cette flamme. Ils se battent à nouveau dans un cadre contrôlé et thérapeutique, mais ils se battent quand même. »
La Maison des Héros fait partie des dizaines d’organisations qui se sont mobilisées pour venir en aide aux dizaines de milliers de soldats revenant de la guerre avec des séquelles physiques ou mentales, comblant ainsi les lacunes laissées par les ressources limitées fournies par les institutions officielles.
Environ 26 200 soldats ont été blessés depuis le début des combats, il y a trois ans. Selon les données du département de réadaptation du ministère de la Défense, quelque 65 % d’entre eux souffrent de troubles psychologiques ou de stress post-traumatique.
Le nombre élevé d’anciens combattants sollicitant un traitement a dépassé les capacités du système de réhabilitation existant, ce qui a conduit le gouvernement à annoncer en juillet une réforme en profondeur, en adoptant les recommandations d’une commission publique qui appelait, entre autres, à une augmentation du budget et à des soins plus individualisés.
Le ministère de la Santé, qui a ouvert 14 nouveaux centres de prise en charge des traumatismes à proximité d’hôpitaux psychiatriques depuis le 7-Octobre, affirme que sa responsabilité se limite à fournir des soins standardisés dispensés par les hôpitaux et les organismes de santé, excluant ainsi les types de thérapies alternatives qui pourraient ne pas relever strictement du domaine médical.
La Maison des Héros est l’une des au moins 50 organisations créées après le 7 octobre 2023 pour offrir une forme de soutien thérapeutique, selon la base de données Guidestar.
Dovev a expliqué que son initiative avait commencé à prendre forme à l’hôpital, lorsqu’il s’est porté volontaire pour entraîner à nouveau des soldats qu’il avait déjà formés.
« Ensuite, tout le monde a voulu s’entraîner, et je ne pouvais pas refuser », a-t-il déclaré.
« Je m’entraînais jour et nuit. Je leur apprenais à faire face à des situations difficiles et extrêmes, à survivre, à tirer des leçons et à en ressortir plus forts pour la prochaine fois. J’ai alors compris que je devais ouvrir un centre, House of Heroes, où je pourrais faire ce que je fais de mieux : développer la résilience. »
« Je veux qu’ils se sentent à nouveau comme des combattants », a-t-il ajouté.
Aujourd’hui, la Maison des Héros, qui ne reçoit aucun financement public et dépend de dons privés, forme environ 80 personnes chaque semaine. L’objectif est de créer un centre permanent pouvant accueillir entre 300 et 400 stagiaires.
Dovev a précisé que le projet prévoit un établissement ultramoderne qui sera un « guichet unique », proposant des bains de glace, des saunas, des massages, un soutien émotionnel et un accompagnement psychologique.
Interventions à la fois douces et énergiques
« La Maison des Héros est un lieu inspirant qui fait preuve d’une grande sensibilité envers les soldats blessés, y compris ceux qui souffrent de TSPT », a déclaré Hazanov au Times of Israel.
Il a expliqué que, ces dernières décennies, le traitement du TSPT a de plus en plus intégré des approches telles que la pleine conscience et le yoga, « des interventions plus douces, efficaces et importantes que nous utilisons également ».
Il estime toutefois que les arts martiaux mixtes sont particulièrement bénéfiques pour les anciens combattants souffrant de TSPT, car ils apportent « une autre dimension essentielle » capable de déclencher une « réaction de combat saine ».
Hazanov explique qu’il s’entraîne aux arts martiaux mixtes avec ses patients, « ce qui leur procure une sécurité supplémentaire et nous met tous sur un pied d’égalité ».
« Se réapproprier cette partie d’eux-mêmes peut constituer un élément important de leur guérison », a-t-il déclaré.
Récemment, par un après-midi ensoleillé à la Maison des Héros, Yehonatan Maatuf, 23 ans, ancien combattant de la brigade Golani, est arrivé à l’entraînement avec sa prothèse de bras.
Il l’a détaché, l’a rangé dans son sac de sport, a retiré ses chaussures et s’est avancé pieds nus sur le tapis.
Maatuf a confié au Times of Israel qu’il avait été grièvement blessé à la main droite dans la bande de Gaza le 11 avril 2025, la première nuit de Pessah.
Alors qu’il était évacué par hélicoptère, il se souvient avoir demandé s’il y avait une chance de sauver sa main. Plus tard, il a compris qu’elle avait été amputée.
« C’est un miracle que ce soit ma main droite, car je suis gaucher », a déclaré Maatuf.
Maatuf, qui rêve d’enseigner un jour le jiu-jitsu, pratique actuellement la boxe thaïe et d’autres arts martiaux à la House of Heroes une fois par semaine.
« L’entraînement m’aide », a-t-il déclaré.
« Ça me donne quelque chose à espérer. Je vois tous les autres soldats blessés ; je peux m’entraîner avec eux, et nous pouvons partager nos expériences. Nous nous comprenons tous. »
« Il y a une camaraderie qui naît lorsque l’on s’entraîne avec des personnes qui vivent des expériences similaires », a déclaré Hazanov.
« Les personnes atteintes de TSPT peuvent ressentir de la panique de manière aléatoire dans le ‘monde extérieur’ lorsqu’elles se promènent et entendent un bruit sourd ou une voix forte, ou lorsqu’elles se trouvent au milieu d’une grande foule », a noté Hazanov.
Cette même panique se produit lors de la pratique des arts martiaux mixtes, a-t-il ajouté.
« On ressent une légère panique quand quelqu’un s’apprête à vous frapper au visage ou qu’un colosse est allongé sur vous. Cela permet aux patients de provoquer eux-mêmes des ‘crises de panique’ et d’essayer de les surmonter dans un cadre contrôlé. »
D’une certaine manière, a-t-il déclaré, la pratique des arts martiaux mixtes « s’apparente un peu à une thérapie d’exposition, et nous apprécions particulièrement cet aspect de notre travail ».
Dovev, champion israélien de jiu-jitsu pendant 11 années consécutives et combattant amateur d’arts martiaux mixtes, a déclaré : « Cela vous apprend à vous relever après avoir touché le fond, à sortir de situations extrêmes où quelqu’un est sur vous, vous frappe et vous étrangle, et où vous devez survivre. »
Avant la guerre, l’un de ses élèves était Dor Almog, le seul survivant de l’un des incidents les plus meurtriers de ce conflit, survenu en janvier 2024 dans le sud de la bande de Gaza, lorsque des terroristes du Hamas ont tiré au RPG sur deux bâtiments en cours de démolition, provoquant l’effondrement des structures et la mort de 21 soldats qui s’y trouvaient.
Almog a déclaré que c’était grâce à son entraînement avec Dovev qu’il avait eu la vie sauve.
Dovev a rapporté ce qu’Almog lui avait raconté par la suite.
« Dor m’a dit : ‘J’étais un combattant amateur de MMA, et je m’étais entraîné avec toi à plusieurs reprises. Je me souviens que tu étais assis sur moi, que tu me donnais des coups de poing et que tu m’étranglais ; j’avais l’impression que j’allais mourir. Et c’est exactement ce que j’ai ressenti lorsque les immeubles se sont effondrés. Tout était noir, et je ne pouvais plus respirer. J’avais besoin de cette résilience, et je devais agir, me battre et ramper vers la lumière. Et c’est ce que j’ai fait’. »
« C’est là que ton expérience des arts martiaux s’avère utile », a ajouté Dovev.
« La confiance en soi, l’esprit guerrier, la résilience, la combativité, tout y est. »
Les femmes au combat
Bien que la plupart des vétérans de guerre blessés soient des hommes, ce n’est pas le cas de tous, et des femmes s’entraînent également à la Maison des Héros, a précisé Dovev.
« Je pense que voir des femmes juives se battre et se reconstruire est peut-être la chose la plus forte que l’on puisse observer, car c’est le véritable esprit juif », a-t-il déclaré.
L’une de ces femmes est Michelle Rokbotzin, technicienne des systèmes de Collecte de Renseignements de Tsahal, en poste à la base militaire de Kissufim près de la frontière avec Gaza le 7-Octobre.
« Michelle a reçu sept balles », a indiqué Dovev.
« Elle est restée allongée, en sang, pendant plus de 14 heures, comme morte. Elle était paralysée, dans un coma artificiel pendant plusieurs mois, et les médecins pensaient qu’elle ne remarcherait jamais. »
S’exprimant lors d’un événement organisé par la Maison des Héros en Floride en juin, Rokbotzin a raconté au public que, pendant qu’elle était dans le coma, Dovev avait approché son petit ami, Rinat, pour lui dire qu’une fois qu’elle se réveillerait, il devrait être « prêt à commencer à m’entraîner, quel que soit mon état ».
« Rinat a répondu que je serais probablement paralysée, mais Sagi s’est contenté de sourire et a dit : ‘Ne t’inquiète pas, c’est une battante’ », a-t-elle rapporté.
« Deux ans plus tard, j’ai effectivement marché jusqu’à la huppah lors de mon mariage », a-t-elle poursuivi.
« Ce sont des héros qui ont tout donné, qui ont sacrifié leur corps et leur vie pour protéger Israël, le peuple juif et le monde occidental », a déclaré Dovev depuis un bureau de fortune qui sert également de salle de massage.
« Je n’ai même pas de chaise », a-t-il ajouté.
« Je transporte les sacs de frappe et les gants sur mon dos tous les jours. Je monte les gars jusqu’ici, par les escaliers, car nous n’avons même pas d’ascenseur. Nous avons besoin d’un lieu doté de places de parking, d’un ascenseur et d’un accès adapté. Nous avons besoin d’une véritable Maison des Héros. »