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Un Palestinien escaladant la barrière de sécurité dans la ville d'al-Ram, en Cisjordanie, pour entrer illégalement en Israël, le 15 septembre 2024. (Crédit : Mahmoud Illean/AP)
Un Palestinien escaladant la barrière de sécurité dans la ville d'al-Ram, en Cisjordanie, pour entrer illégalement en Israël, le 15 septembre 2024. (Crédit : Mahmoud Illean/AP)

Interdits de travailler en Israël, les Palestiniens de Cisjordanie font les frais de la guerre à Gaza

Avec des permis de travail réduits à 11 % par rapport aux niveaux d’avant le 7 octobre, les ouvriers qui dépendaient autrefois d’Israël pour gagner un salaire décent sont en train de sombrer, même si les relations commerciales solides permettent aux économies interdépendantes de rester à flot

Nurit Yohanan est la correspondante du Times of Israel pour le monde arabe et palestinien.

Un Palestinien escaladant la barrière de sécurité dans la ville d'al-Ram, en Cisjordanie, pour entrer illégalement en Israël, le 15 septembre 2024. (Crédit : Mahmoud Illean/AP)

Pendant trente ans, Mohammad Abu Zahra, un Palestinien originaire du sud de la Cisjordanie, a travaillé dans le secteur du bâtiment en Israël. Il s’agissait d’un emploi relativement bien rémunéré, qui lui assurait un salaire bien supérieur à celui d’un travail similaire en Cisjordanie.

Puis, le 7 octobre 2023, le travail a cessé. Dans le cadre de sa réponse à l’assaut barbare et sanglant mené par le groupe terroriste palestinien du Hamas depuis la bande de Gaza, Israël a fortement restreint l’entrée des ouvriers palestiniens de Cisjordanie, une mesure qui a eu de graves conséquences pour les quelque 2 millions de Palestiniens qui y vivent.

Plus de vingt-et-un mois après le début de la guerre, le nombre de permis n’a pas repris. Plus important encore, Israël a interdit aux travailleurs palestiniens d’exercer dans le secteur de la construction, qui est de loin le secteur d’emploi le plus important en Israël.

« Comment nous en sortons-nous ? Seul Dieu le sait », a déclaré Abu Zahra au Times of Israel.

« Nous n’avons aucun revenu, zéro. Je n’ai pas travaillé depuis deux ans. Nous avons vendu notre or, notre matériel de construction, nous avons emprunté à des amis et émis des chèques postdatés. »

La forte réduction du nombre de permis, qui n’a jamais été officiellement expliquée par le gouvernement, serait motivée par des préoccupations en matière de sécurité après que des milliers de Palestiniens ayant franchi la frontière de Gaza ont perpétré des massacres dans des communautés israéliennes le 7 octobre.

Des Palestiniens achetant des boissons à un vendeur ambulant alors qu’ils attendent à un poste de contrôle israélien, près de Naplouse, le 1ᵉʳ mai 2025. (Crédit : Nasser Ishtayeh/Flash90)

Le pogrom du 7 octobre a ravivé la méfiance de nombreux Israéliens à l’égard des Palestiniens, à laquelle s’ajoutaient des soupçons selon lesquels des Gazaouis entrés en Israël par le passé auraient fourni des renseignements aux terroristes sur les communautés dans lesquelles ils avaient travaillé.

Mais la décision de limiter sévèrement les permis marque un changement : dans le passé, les responsables de la défense insistaient pour les maintenir, même après des attentats lancés depuis la Cisjordanie. En effet, les attentats terroristes perpétrés par des Palestiniens titulaires d’un permis de travail en Israël, qui sont soumis à un processus de contrôle intensif par l’agence de sécurité intérieure du Shin Bet, sont rares.

Parallèlement, un petit nombre de Palestiniens de Cisjordanie sans permis ont continué à entrer en Israël, que ce soit pour travailler ou commettre des attentats, ou parfois les deux. Les auteurs des attaques terroristes perpétrées en janvier 2024 à Raanana travaillaient illégalement en Israël avant de commettre leur forfait. Cette attaque n’est qu’un exemple parmi tant d’autres d’attentats terroristes commis par des Palestiniens de Cisjordanie pendant la guerre de Gaza, malgré le déploiement massif de l’armée israélienne dans la région.

Pour la grande majorité des Palestiniens de Cisjordanie, qui veulent travailler et qui ne s’adonnent pas au terrorisme, la réduction du nombre de permis équivaut à une punition collective et continue pour une guerre qu’ils n’ont pas déclenchée et à laquelle ils ne participent pas.

« Il y a une profonde détresse, non seulement due à la perte de revenus, mais aussi au coût émotionnel », a déclaré Assaf Adiv, directeur de l’ONG israélo-palestinienne Maan, qui défend les droits des travailleurs palestiniens employés par des Israéliens en Cisjordanie et ailleurs en Israël.

Adiv entend quotidiennement les témoignages des personnes touchées par cette politique.

« Ce sont des gens qui avaient l’habitude de subvenir aux besoins de leur famille, d’envoyer leurs enfants à l’université, et qui doivent maintenant les retirer », a-t-il ajouté.

« Nous ne parlons pas seulement de familles nucléaires : ces travailleurs gagnaient plus que la moyenne et subviennent aux besoins de leur famille élargie. »

« Ils ne peuvent même pas acheter de nourriture, encore moins des cadeaux », a-t-il déclaré.

« C’est incroyablement frustrant. »

Plus de travail, plus d’argent

Avant la guerre, environ 100 000 Palestiniens de Cisjordanie travaillaient en Israël, et 40 000 autres étaient employés dans les implantations et les zones industrielles de Cisjordanie.

Aujourd’hui, ce nombre a chuté à seulement 11 % de ce qu’il était avant le 7 octobre.

En Israël, seuls environ 7 000 Palestiniens sont autorisés à entrer chaque mois, tous considérés comme des travailleurs essentiels dans des secteurs tels que l’hôtellerie ou l’industrie alimentaire. 9 000 autres travaillent dans des implantations ou des zones industrielles voisines.

L’impact s’est fait particulièrement ressentir dans le secteur de la construction. Selon l’Administration civile du ministère de la Défense, qui gère les affaires civiles en Cisjordanie, 90 % des Palestiniens qui travaillaient en Israël avant la guerre étaient employés dans le secteur de la construction. Les données du ministère des Finances de janvier 2024 montrent que les Palestiniens représentaient 29 % de la main-d’œuvre dans le secteur de la construction en Israël avant le 7 octobre.

L’économie palestinienne en Cisjordanie étant beaucoup plus faible que celle d’Israël, il est difficile de trouver des emplois similaires sur place. De plus, les emplois israéliens sont beaucoup mieux rémunérés.

Des ouvriers palestiniens attendant de franchir le poste de contrôle de la ville de Ramallah, en Cisjordanie, pour aller travailler en Israël, le 4 juin 2013. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le salaire mensuel moyen en Cisjordanie s’élève à environ 1 431 shekels. En revanche, le salaire minimum israélien, applicable aux travailleurs palestiniens en situation régulière, est plus de quatre fois supérieur, à 6 247 shekels. Les ouvriers palestiniens qualifiés du secteur de la construction peuvent gagner plus de 8 000 shekels par mois.

Un Palestinien, qui a souhaité garder l’anonymat pour des raisons personnelles, a travaillé pendant treize ans pour une grande entreprise de construction israélienne avant de se voir interdire l’entrée dans le pays après le 7 octobre.

« Je n’ai pas travaillé depuis deux ans », a-t-il déclaré au Times of Israel.

« Quand j’ai arrêté de travailler, après le 7 octobre, j’ai retiré ma pension et j’ai utilisé cet argent pour verser un acompte sur une maison, mais aujourd’hui, ce n’est plus qu’une coquille vide. Je n’ai plus d’argent. Je suis locataire et je suis endetté. »

Un autre ancien employé, qui a également souhaité garder l’anonymat, a déclaré au Times of Israel qu’il avait été contraint de retirer l’un de ses fils de l’université et de transférer son fils de 11 ans d’une école privée à une école publique, faute de moyens financiers.

Barrières économiques

Ces difficultés ont incité de nombreux Palestiniens à prendre des risques pour entrer illégalement en Israël et y trouver du travail, en se faufilant à travers des brèches dans la barrière de sécurité en Cisjordanie, en se cachant dans des véhicules ou en achetant de faux permis médicaux leur permettant d’entrer en Israël. Si ces pratiques existaient déjà auparavant, le nombre d’entrées illégales a considérablement augmenté ces derniers mois.

Les agences de sécurité israéliennes estiment qu’environ 40 000 Palestiniens entrent illégalement en Israël chaque mois pour travailler, soit deux fois plus qu’avant la guerre, depuis la réduction du nombre de permis accordés après le 7 octobre. Ces travailleurs sont généralement payés en espèces, souvent au noir, et ne bénéficient pas des protections juridiques et réglementaires dont jouissent les autres employés.

Des travailleurs palestiniens de Hébron, en Cisjordanie, avec leurs effets personnels, entrent en Israël par une brèche dans la barrière de sécurité, aux abords de Hébron, le 31 janvier 2021. (Crédit : Wisam Hashlamoun/Flash90)

Un rapport publié en mai par le Bureau central palestinien des statistiques, qui, contrairement à son homologue israélien (CBS), tient également compte de l’emploi illégal, a révélé que 18 200 Palestiniens travaillent sans permis en Israël.

Pour beaucoup, les salaires plus élevés justifient le risque encouru.

L’un de ces travailleurs, qui a souhaité garder l’anonymat pour des raisons de sécurité, a déclaré au Times of Israel qu’il était entré illégalement en Israël à sept reprises au cours des deux dernières années. Grâce à son salaire israélien, il peut subvenir aux besoins de sa famille ainsi qu’à ceux de ses proches qui travaillent pour l’Autorité palestinienne (AP), laquelle a réduit les salaires en raison de ses propres difficultés financières.

« Je suis resté en Israël pendant 20 jours d’affilée, puis je suis rentré chez moi pendant deux ou trois mois, avant d’y retourner lorsque les dettes se sont accumulées », a-t-il expliqué.

Des soldats israéliens montant la garde à une brèche dans la barrière de sécurité qui est utilisée quotidiennement par des milliers de Palestiniens pour entrer illégalement en Israël afin d’y travailler, au sud de Hébron, en Cisjordanie, le 3 avril 2022. (Crédit : Hazem Bader/AFP)

« La dernière fois, c’était en mars. Si la situation empire et que je ne peux plus ramener de nourriture à la maison, j’y retournerai. Un homme risque sa vie pour nourrir sa famille. »

Pour traverser la frontière, il doit soit acheter un permis au marché noir, soit se faufiler à travers un trou dans la clôture. Ces manœuvres risquent de lui valoir une arrestation, voire pire, selon lui.

« J’avais très peur d’avoir un accident de voiture ou d’être arrêté », a-t-il déclaré.

« Se faire attraper serait le meilleur scénario. Un soldat à la clôture pourrait me tirer dessus. Mais si mon enfant est assis à la maison, affamé, et me demande à manger, c’est une catastrophe. Je ne peux pas vivre avec ça. »

Les liens commerciaux

Malgré le choc économique, les liens financiers entre Israël et les Territoires palestiniens se sont révélés remarquablement stables. Avant la guerre, les secteurs palestiniens constituaient le troisième marché d’exportation du pays, selon les données de 2022 du CBS.

Cette stabilité n’était pas inévitable. Pendant la Seconde Intifada, de 2000 à 2005, les violences à grande échelle en Cisjordanie et dans le reste du pays ont entraîné un effondrement du volume des échanges commerciaux entre Israéliens et Palestiniens. Il a fallu quatre ans pour que les exportations palestiniennes reviennent à leur niveau d’avant l’Intifada, et deux ans supplémentaires pour les importations.

Au cours du conflit actuel, l’inflation palestinienne est restée relativement faible et le volume des échanges commerciaux entre Israël et les Territoires palestiniens, importations et exportations confondues, s’est maintenu à son niveau d’avant la guerre.

Selon les statistiques officielles, les marchandises en provenance d’Israël ont représenté entre 55 % et 60 % des importations palestiniennes au cours des deux dernières années.

Les exportations israéliennes vers les Territoires palestiniens ont chuté de 30 % à la fin de l’année 2023, immédiatement après le 7 octobre, mais elles se sont en grande partie redressées en six mois. À la mi-2024, elles n’étaient inférieures que de 15 % aux niveaux d’avant la guerre.

Les chiffres du Bureau central palestinien des statistiques révèlent également une forte dépendance à l’égard d’Israël : en 2024, 87 % de l’ensemble des exportations palestiniennes étaient destinées à Israël ou exportées à l’étranger via des intermédiaires israéliens, tandis qu’environ 60 % des importations provenaient d’importateurs israéliens ou transitaient par Israël.

Selon l’analyste Shaul Arieli, qui dirige le groupe de recherche Tamar, les importations palestiniennes en provenance d’Israël se sont élevées à environ 4,8 milliards de dollars en 2024, tandis que les exportations vers Israël ont totalisé environ 2,3 milliards de dollars.

Des voitures neuves importées sur un parking du port d’Eilat, en Israël, le 3 janvier 2024. (Crédit : Yehuda Ben Itach/Flash90)

Selon l’Autorité monétaire palestinienne, l’organisme de réglementation des banques opérant dans les Territoires palestiniens, l’inflation en Cisjordanie s’élevait à 5,2 % fin 2023, principalement en raison du choc économique immédiat de la guerre. Cependant, les pressions inflationnistes se sont atténuées en 2024, le taux tombant à 1,1 % au dernier trimestre de l’année.

Cette résilience est le fruit de l’interdépendance profonde des économies israélienne et palestinienne. Les deux économies ont en effet la même monnaie, le shekel, et, outre leurs relations commerciales et professionnelles, des milliers d’Arabes israéliens étudient dans les universités de Cisjordanie, visitent les villes palestiniennes, font leurs achats dans les magasins palestiniens et séjournent dans les hôtels locaux.

Ces liens étroits ont toutefois leurs inconvénients : depuis plusieurs semaines, les banques palestiniennes refusent d’accepter les dépôts en shekels de leurs clients, en raison des restrictions imposées par Israël sur le montant de cette monnaie qu’elles sont autorisées à échanger.

Davantage de travail, moins d’employés

L’imbrication des économies signifie que l’absence de permis de travail a également un effet néfaste sur l’économie israélienne.

Selon des chiffres publiés en janvier 2024 par le ministère israélien des Finances, l’absence de travailleurs palestiniens dans le secteur de la construction a entraîné une baisse de 35 % de la production mensuelle, soit l’équivalent de 2,4 milliards de shekels.

Dans l’agriculture, où les Palestiniens représentaient environ 12 % de la main-d’œuvre avant la guerre, la production mensuelle a diminué de 19 %, soit une perte d’environ 400 millions de shekels. Les autorités nationales n’ont pas encore publié de données plus récentes.

Tomer Tzaliach, vice-président de l’Association des entrepreneurs israéliens, a déclaré au Times of Israel que le secteur de la construction peine toujours à se redresser.

Des constructeurs indiens travaillant sur un site de construction, à Tel Aviv, le 23 décembre 2024. (Crédit : Menahem Kahana/AFP)

« Nous avons perdu 90 000 ouvriers palestiniens dans le secteur de la construction. Au cours des deux dernières années, environ 50 000 travailleurs étrangers sont arrivés, principalement d’Inde et du Sri Lanka. Cela signifie qu’il nous manque encore environ 40 000 travailleurs pour revenir au niveau d’avant la guerre. »

Tzaliach a fait remarquer que, même avec des salaires relativement élevés, les Palestiniens restaient beaucoup moins chers à employer que les étrangers.

« Un travailleur étranger nous coûte deux fois plus cher qu’un ouvrier palestinien. On ne peut pas les embaucher directement ; il faut passer par des agences de recrutement qui prennent des commissions très élevées. Il faut les faire venir par avion, fournir des garanties, payer des frais administratifs et leur fournir un logement en Israël, ce que nous n’avons pas à faire avec les travailleurs palestiniens. Un ouvrier palestinien coûte environ 700 shekels par jour, contre 1 500 shekels pour un étranger. »

Les projets prennent également plus de temps, a-t-il ajouté, car le retard accumulé est aggravé par la nécessité de reconstruire les maisons et les bâtiments endommagés lors des guerres contre les groupes terroristes palestinien du Hamas et chiite libanais du Hezbollah et, plus récemment, contre la République islamique.

« Nous estimons que les projets de construction sont retardés en moyenne de quatre à cinq mois, en partie parce que les chantiers ont été complètement fermés pendant des mois au début de la guerre, et en partie à cause de la pénurie de main-d’œuvre », a-t-il déclaré.

« En plus de cela, nous devons reconstruire les bâtiments endommagés dans la région frontalière de Gaza et dans le nord, et faire face aux conséquences de la guerre contre la République islamique. »

C’est une tâche colossale, et nous n’avons pas la main-d’œuvre nécessaire », a-t-il ajouté.

Il a souligné que les petits entrepreneurs, en particulier ceux qui travaillent sur des bâtiments résidentiels dont la conception est plus complexe que celle des gratte-ciels uniformes, avaient été les plus touchés, car ils dépendaient fortement de la main-d’œuvre palestinienne qualifiée. « Les Palestiniens sont plus doués que les Chinois, par exemple, pour ce type de construction minutieuse », a-t-il affirmé.

Un marchand range les marchandises exposées à l’extérieur d’une boutique le long d’une allée du marché, à Hébron, en Cisjordanie, le 9 octobre 2024. (Crédit : Hazem Bader/AFP)

Amos Nadan, expert en économie palestinienne et directeur du Centre Dayan à l’université de Tel Aviv, a déclaré au Times of Israel que la dépendance économique palestinienne vis-à-vis d’Israël, qui dure depuis des décennies, n’est pas le fruit du hasard.

« La logique sécuritaire à l’origine de cet enchevêtrement économique repose sur la croyance erronée que la dépendance économique réduirait les tensions », a-t-il expliqué.

« Mais, selon moi, cette dépendance n’a fait qu’alimenter les tensions au fil des ans. Si l’économie palestinienne était capable de fonctionner de manière indépendante et d’exporter directement vers les marchés étrangers ou la Jordanie, la situation serait complètement différente. »

L’argent se trouve en Cisjordanie

Seulement 6 % des Palestiniens qui travaillaient en Israël ont retrouvé leur emploi, tandis que la reprise a été un peu plus forte dans les implantations et les zones industrielles de Cisjordanie, où plus de 20 % ont repris le travail.

La Cisjordanie étant désignée comme zone militaire en vertu de la loi israélienne, l’autorité en matière de délivrance des permis de travail pour les Palestiniens relève exclusivement du Commandement du Centre de l’armée israélienne, et non des dirigeants politiques qui composent le cabinet de sécurité du gouvernement.

Bien que de nombreuses implantations aient interdit ou fortement restreint l’accès des travailleurs palestiniens à la suite du pogrom du 7 octobre, l’activité dans les zones industrielles de Cisjordanie a continué presque sans interruption.

Dans les semaines qui ont suivi le 7 octobre, les employeurs israéliens de Cisjordanie ont demandé à l’armée de réintégrer certains travailleurs, ce qu’elle a accepté dans certains cas, tout en imposant des conditions de sécurité, comme la limitation des équipes de nuit et l’obligation pour les ouvriers de rester à l’écart des zones résidentielles.

La zone industrielle de Meitarim, près de l’avant-poste agricole de Meitarim dans les collines du sud de Hébron, en Cisjordanie, le 19 février 2024. (Crédit : Mahmoud Illean/AP)

Mohammad Salah, un ouvrier palestinien employé dans la zone industrielle d’Atarot, près de Jérusalem, a déclaré au Times of Israel qu’il avait continué à travailler pendant toute la guerre, mais dans des conditions plus strictes.

« Les choses ne sont plus comme avant la guerre », a déploré Salah.

« On peut attendre deux ou trois heures aux checkpoints pour se rendre au travail. Les gardes à l’entrée de la zone industrielle procèdent à des contrôles humiliants. Une fois à l’intérieur, il est interdit de quitter l’usine. Si l’on nous voit dehors, notre permis de travail est révoqué pendant deux ou trois semaines. »

Malgré la réduction du nombre de permis, Israël reste fortement dépendant de la main-d’œuvre palestinienne, qu’elle soit légale ou non. Nadan a déclaré au Times of Israel que cette dépendance était due à des considérations politiques et de sécurité plutôt qu’à une logique économique.

Des Palestiniens travaillant dans une usine SodaStream dans le parc industriel de Mishor Adumim (aujourd’hui fermé), près de Maale Adumim, le 2 février 2014. (Crédit : Nati Shohat/Flash90/Fichier)

Outre le fait qu’elle fournit une main-d’œuvre bon marché aux Israéliens, l’emploi des Palestiniens injecte de l’argent en Cisjordanie, ce qui dissuade la violence.

« D’un point de vue purement économique, il serait plus logique pour Israël de faire venir des travailleurs de pays comme la Chine ou la Roumanie, qui viennent pour deux ou trois ans et repartent sans bagage politique », a déclaré Nadan.

« Mais ce n’est pas le calcul. Si les Palestiniens ne peuvent pas travailler, les gens auront faim. La faim engendre le désespoir. Cela conduit à davantage de recrues pour le Hamas et à davantage d’hostilité envers Israël. À ce stade, le débat passe de l’économie à la sécurité et à la politique. »

Nadan a fait valoir que si la question était purement économique, Israël et les Territoires palestiniens auraient mieux fait de séparer leurs marchés du travail.

Des ouvriers en bâtiment palestiniens du village d’Abadiya en Cisjordanie, pendant une pause-café dans une maison en cours de rénovation dans l’implantation d’Alon, au sud de Jérusalem, le 16 février 2016. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

« Il n’y a aucune raison pour que les Palestiniens travaillent en Israël, ni pour qu’Israël les emploie », a-t-il déclaré.

Il a ajouté qu’une grande partie de la structure économique actuelle entre Israéliens et Palestiniens remontait aux Accords d’Oslo, un traité vieux de plus de trente ans qui était censé être temporaire. Ces accords prévoyaient une séparation politique suivie d’une indépendance économique. Selon Nadan, les deux peuvent aller de pair.

« Le développement économique, partout dans le monde, repose sur l’idée d’indépendance, selon laquelle chaque pays a son pouvoir, sa concurrence et ses marchés ouverts aux entrepreneurs », a-t-il expliqué.

« Mais l’économie palestinienne est une économie au sein d’une économie, régie par des réglementations dont beaucoup sont motivées par des raisons de sécurité et vont à l’encontre des tendances économiques mondiales. »

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