Israël/Hamas : Comment les responsables politiques français ont réagi
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Le Premier ministre français Jean Castex prononce son discours de politique générale au Sénat, à Paris, le 16 juillet 2020. (Crédit : Bertrand GUAY / AFP)
Le Premier ministre français Jean Castex prononce son discours de politique générale au Sénat, à Paris, le 16 juillet 2020. (Crédit : Bertrand GUAY / AFP)

Israël/Hamas : Comment les responsables politiques français ont réagi

Le ministre Jean-Yves Le Drian et les extrémistes de gauche Elsa Faucillon et Clémentine Autain se sont notamment démarqués par des propos qui frôlaient la propagande anti-Israël

Les onze jours de conflit entre Israël, les groupes terroristes palestiniens du Hamas et du Jihad islamique du 10 au 21 mai dernier ont causé la mort de 13 Israéliens – dont deux enfants – et de 256 Palestiniens – dont 128 civils, parmi lesquels 66 enfants et 40 femmes – selon le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme.

Durant l’épisode de violences, plusieurs diplomaties et gouvernements étrangers ont appelé au calme, parvenant finalement à favoriser la signature d’un cessez-le-feu le 21 mai – l’Égypte, le Qatar, les États-Unis et l’ONU sont les principaux acteurs de ces négociations.

En France aussi, les membres du gouvernement et les députés français se sont exprimés à de nombreuses reprises sur les évènements. Le président Emmanuel Macron a participé aux négociations de cessez-le-feu, menées par l’Egypte.

Le 10 mai, le Quai d’Orsay a « exprimé une nouvelle fois sa grave préoccupation face aux affrontements et aux violences qui ont lieu depuis plusieurs jours à Jérusalem, qui ont déjà fait plusieurs centaines de blessés et qui font désormais peser le risque d’une escalade de grande ampleur ». Il « condamnait fermement les tirs de roquettes depuis la bande de Gaza qui ont visé la nuit dernière le territoire israélien, en violation du droit international » et appelait « l’ensemble des acteurs à faire preuve de la plus grande retenue et à s’abstenir de toute provocation pour permettre un retour au calme dans les plus brefs délais ». « Toutes les actions qui concourent à l’escalade sur le terrain doivent cesser », exhortait le ministère des Affaires étrangères français.

« Dans ce contexte, la France est vivement préoccupée par les menaces d’évictions forcées visant des résidents du quartier de Sheikh Jarrah à Jérusalem-Est, qui relèvent de la politique de colonisation, illégale en droit international, et exacerbent les tensions. La France rappelle également son attachement à la préservation du statu quo historique sur l’Esplanade des Mosquées. » « Toutes les déclarations provocatrices et tous les appels à la violence et à la haine sont inacceptables et doivent cesser immédiatement », concluait la diplomatie française.

Le ministère français des Affaires étrangères, au 37 quai d’Orsay. (Crédit : Gwenaelle98/Wikimedia Commons)

Si le communiqué faisait preuve d’une certaine lucidité, il n’a de toute évidence pas plu à deux députées d’extrême gauche. Ainsi, dans la foulée, celles-ci n’ont pas hésité à émettre des contre-vérités et des éléments de propagande anti-israélienne, revêtant davantage un rôle de pyromanes que de pacificatrices, et condamnant unanimement un côté – Israël –, omettant les actions violentes de l’autre bord, du groupe terroriste palestinien régnant sur Gaza.

Dès l’intensification du conflit le 11 mai, la députée communiste Elsa Faucillon a dénoncé à l’Assemblée nationale « l’incendie sur l’esplanade des mosquées », qui aurait, selon elle, « ravi un public de colons exalté » réuni au mur Occidental en contrebas à l’occasion de Yom Yeroushalayim.

Elle a ainsi repris la thèse falsifiée selon laquelle les Israéliens présents sur place célébraient l’incendie de l’esplanade, alors même que les célébrations avaient démarré avant l’incendie – qui aurait été déclenché par des feux d’artifice tirés par des fidèles musulmans et qui touchait un arbre et non la mosquée al-Aqsa ou le dôme du Rocher, contrairement à ce que des publications ont laissé entendre.

Dénonçant une « politique de colonisation et d’apartheid promue par le gouvernement israélien » et estimant que « le silence de notre pays participe à l’impunité », elle a vivement condamné Israël sans jamais dénoncer les groupes terroristes de Gaza – ni les quelque 4 300 roquettes tirées depuis Gaza durant le conflit.

L’élue et conseillère municipale de Gennevilliers a poursuivi sous les applaudissements : « L’Unicef alerte, l’ONU exhorte, mais vous après le silence, c’est la honte – la honte d’une déclaration qui recherche un soi-disant équilibre, équilibre qui oublie de condamner la politique de colonisation et d’apartheid promue par le gouvernement israélien. » Or, le communiqué du Quai d’Orsay tant décrié par la représentante des Hauts-de-Seine dénonçait les « menaces d’évictions forcées » à Sheikh Jarrah, à Jérusalem-Est.

Clémentine Autain, élue en Seine-Saint-Denis pour La France Insoumise, le 13 juillet 2017. (Crédit : capture d’écran YouTube)

Le même jour, également à l’Assemblée, Clémentine Autain, députée de la France insoumise et tête de liste aux régionales en Ile-de-France, a elle déploré que « le renvoi dos à dos des Palestiniens et des Israéliens devenait le récit dominant ». Vice-présidente du groupe d’amitié France-Israël à l’Assemblée, elle semble y avoir adhéré pour mieux critiquer Israël.

« Pendant ce temps, l’implantation de colonies israéliennes au cœur des Territoires palestiniens de la Cisjordanie vise à rendre irréversible la mainmise d’Israel sur Jérusalem », a-t-elle exprimé. « Pendant ce temps, c’est la restriction de l’accès à l’eau courante qui continue et c’est l’exclusion des vaccins et de soins pour les Palestiniens en pleine crise sanitaire. Pendant ce temps, c’est aussi le droit international qui se trouve chaque jour un peu plus piétiné par Israël. Or, dans votre communiqué publié hier [ci-dessus], ce sont d’abord les tirs de roquettes depuis la bande de Gaza que vous condamnez. Par votre voix, la France n’est pas en colère, elle n’exige rien, elle exprime, je cite ‘sa préoccupation’. Elle ne trouve pas les mots pour condamner les exactions d’une armée aux ordres d’un gouvernement d’extrême droite qui vise à consolider la domination israélienne – le système d’apartheid. Monsieur le ministre, on ne parle pas sur le même ton à la botte qui écrase et au visage qui se fait écraser, cela revient toujours à peser de tout son poids sur la botte. Au fond, la France ne choisit plus son camp : celui de la justice et du droit, le seul qui peut conduire à une paix durable pour les Palestiniens et pour les Israéliens. »

« La France doit changer de ton et elle doit reconnaître l’État palestinien. Elle doit apporter clairement son concours à une résolution politique. Monsieur le ministre, qu’attendez-vous ? », ajoutait Clémentine Autain.

Clémentine Autain interpelle le gouvernement sur les exactions commises contre les Palestiniens

"La France ne choisit plus son camp, celui de la justice et du droit, le seul qui peut conduire à une paix durable pour les Palestiniens et les Israéliens". J'interpelle le gouvernement sur les exactions commises contre les Palestiniens ????A retrouver sur youtube : https://youtu.be/gHAwEUiWiAs

Posted by Clémentine Autain on Tuesday, May 11, 2021

Ainsi, sans nier la réalité des tirs de roquettes depuis Gaza, elle semblait légitimer ces actes en réponse à « l’implantation de colonies israéliennes », à « la restriction de l’accès à l’eau courante » et à « l’exclusion des vaccins et de soins pour les Palestiniens en pleine crise sanitaire ». Par ces propos, elle minimisait la violence de ces tirs de roquettes.

« Établir la paix durable ? C’est bien l’objectif de tous », lui a répondu Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères. « Pour cela, il faut que tous les acteurs sur le terrain s’abstiennent de toute provocation et donc pour nous les choses sont claires. Oui, les évictions forcées visant des résidents du quartier Sheikh Jarrah à Jérusalem-Est ne vont pas dans le bon sens. Elles exacerbent les tensions et de la même façon nous sommes très clairs, nous souhaitons justement préserver ce statut quo historique sur l’esplanade des mosquées et les images d’hier naturellement ont interpellé. Et donc notre engagement est constant pour bâtir cette paix durable. Il est constant au sein du Conseil de Sécurité de l’ONU (il n’y a pas eu de texte adopté car Washington a dit aux membres du Conseil qu’il « travaillait en coulisses » pour apaiser la situation). »

« Lundi dernier, encore, nous avons dit les choses clairement. Il est constant parce que dans le cadre de ce format que j’évoquais, qui réunit la France avec l’Allemagne et également les puissances capables de parler à des acteurs sur le terrain, je pense à l’Égypte, je pense à la Jordanie, et bien nous sommes en concertation permanente. Hier soir, Jean-Yves Le Drian s’est entretenu avec son homologue jordanien. Les consultations vont se poursuivre en début de semaine prochaine puisque les Égyptiens seront à Paris en marge du sommet sur le financement des économies africaines et donc nous continuerons inlassablement à trouver, à chercher les paramètres qui permettront de reprendre ce dialogue politique. »

Jean-Yves Le Drian lors d’une session de travail pendant la rencontre des ministres des Affaires étrangères du G7, à Dinard, le 6 avril 2019. (Crédit : AFP / POOL / STEPHANE MAHE)

Le lendemain, le 12 mai, au Sénat, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, condamnait quant à lui « dans les termes les plus fermes les tirs de roquettes et de missiles qui se sont intensifiés depuis la bande de Gaza et qui ont visé Jérusalem et plusieurs zones habitées du territoire israélien, y compris Tel Aviv ».

« Ces tirs risquent désormais de provoquer un nouveau cycle d’affrontements. Et ces tirs, effectués en violation du droit international et revendiqués par le Hamas, ne sont pas acceptables », alarmait-il.

Il avait alors aussi rappelé la « condamnation totale » par la France de « la colonisation » israélienne dans les territoires palestiniens. « Le droit à manifester pacifiquement doit être garanti », avait-il également lancé en direction des autorités israéliennes.

Plus tôt, le secrétaire d’État français aux Affaires européennes, Clément Beaune, avait déclaré sur la chaine France 2 qu’il fallait que les États-Unis s’impliquent pour faire cesser la nouvelle flambée de violences entre Israéliens et Palestiniens.

« Il ne faut pas opposer, il faut renvoyer les violences et les tensions (..) les unes aux autres », avait-il ajouté. « On voit des images dramatiques des deux cotés », avait relevé Clément Beaune. « Ceux qui diraient que c’est une agression d’Israël contre la Palestine ou l’inverse se trompent », avait ajouté le secrétaire d’État.

Le 13 mai, dans un autre registre, suite à l’annonce de l’interdiction d’une manifestation anti-Israël à Paris en raison des violences antisémites qui avaient éclaté lors d’un évènement similaire en 2014, le député Jean-Luc Mélenchon, accusé de complotisme, écrivait lui : « La France, seul pays au monde où sont interdites toutes les manifestations de soutien aux Palestiniens et de protestation contre le gouvernement d’extrême droite israélien ! C’est évidemment dans le seul but de provoquer des incidents et pouvoir stigmatiser cette cause. »

Le dirigeant de la France Insoumise reprenait ainsi déjà une théorie quelque peu complotiste et saugrenue, selon laquelle l’interdiction de la marche conduirait à davantage de violences, faisant passer la cause prétendument pro-palestinienne comme violente.

Le lendemain, le 14 mai, le député franco-israélien Meyer Habib, appelait lui à un soutien plus fort de la France à Israël.

« Je regrette que nous Français ayons choisi de tenir un discours mou, neutre, renvoyant dos à dos agresseurs et agressés, démocratie et mouvement terroriste ! », a-t-il écrit. « De nombreux dirigeants et peuples en Europe ont affiché un soutien sans ambiguïté à l’État d’Israël, seul rempart de la région contre notre ennemi commun, l’islamisme, responsable de 270 morts en France depuis 2012. Les Allemands l’ont bien compris, eux dont certaines mairies affichent le drapeau d’Israël ! Les Italiens également, qui organisent des manifestations de soutien à l’État hébreu, ou les Autrichiens, qui ont hissé le drapeau israélien sur le bâtiment de leur chancellerie ! Le président de la République Emmanuel Macron s’est entretenu il y a quelques minutes avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu. Il en va de l’honneur de la France de se tenir debout à côté de notre allié sans ambages. »

D’autres représentants de la droite française ont eux aussi apporté leur soutien à Israël dans le conflit. Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France, a condamné « la pluie de bombes envoyées sur Israël par le Hamas, organisation terroriste » et évoqué de « légitimes ripostes d’Israël ».

Bruno Retailleau, patron des sénateurs LR, a lui estimé sur Twitter que « si la population française était visée par les missiles d’une organisation terroriste, il faut espérer que la France riposterait avec force et détermination », comme Israël.

« Attaquer Israël, c’est attaquer la démocratie », a estimé Eric Ciotti. « Les terroristes ne vaincront pas », a tweeté son collègue Guillaume Larrivé, tandis que Constance Le Grip réaffirmait son « soutien à Israël » et condamnait les attaques du Hamas.

« La pluie de missiles lancée par le Hamas sur les populations civiles israéliennes est un acte inacceptable. Espérons que les peuples israélien et palestinien trouvent la voie de la paix », a écrit dans un tweet Marine Le Pen, présidente du Rassemblement national et candidate à l’Elysée en 2022.

Le maire LR de Nice Christian Estrosi a lui « dénoncé avec force une partie de la presse qui propage fake news et infos malveillantes à l’égard d’Israël ».

La députée Aurore Bergé, présidente déléguée du groupe LREM à l’Assemblée, a tweeté qu’Israël était « une démocratie qui continue à se battre pour son droit à exister et à protéger les siens. Elle aura toujours des amis solides et sincères pour la soutenir dans l’épreuve ».

Le 18 mai, le Premier ministre Jean Castex a lui été vivement critiqué pour ne pas avoir, dans une allocution à l’Assemblée nationale au sujet du conflit, prononcé les mots « Hamas » et « roquette » ni évoqué la situation des civils israéliens.

Il répondait alors à une question du député communiste André Chassaigne.

« Monsieur le Premier ministre, dans les territoires palestiniens occupés et en Israël, depuis une semaine, le bilan humain ne cesse de s’alourdir : 212 morts à Gaza, dont 61 enfants, 10 en Israël, dont un enfant », a indiqué Chassaigne. « D’importantes frappes aériennes israéliennes, de véritables bombardements, visent impunément des zones densément peuplées ! Le déséquilibre dans l’utilisation de la force est manifeste ! Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme rappelle que le non-respect des principes de distinction, de proportionnalité et de précaution dans la conduite des opérations militaires constitue une grave violation du droit international humanitaire et peut s’assimiler à un crime de guerre ; des rapports font état d’un recours à la force excessif et discriminatoire de la part de la police et des colons israéliens ; une puissance occupante enferme, opprime, avec des violences injustifiables ! »

Par ces propos, le député semblait ainsi regretter autant le nombre de morts du côté palestinien que le fait qu’il n’y en ait pas eu autant du côté israélien.

« Dire ce que je dis n’est pas faire acte d’antisémitisme. Dénoncer la politique du gouvernement d’extrême droite de Netanyahu, dénoncer une colonisation entreprise en violation du droit international, dénoncer la spoliation des biens d’un peuple colonisé, dénoncer un système d’apartheid, dénoncer des crimes de guerre, ce n’est pas être antisémite ! Il ne faut pas tout mélanger ! Et interdire d’apporter un soutien à un peuple agressé, affamé, dans le cadre de manifestations pacifistes, n’est pas acceptable ! Encore moins dans le pays des droits de l’homme et sous prétexte de motifs aussi fallacieux qu’insultants. Car, deux fois oui, la vie des Palestiniens compte aussi, monsieur le Premier ministre. »

« La France ne peut plus se taire face à ce drame humain ! Nous vous demandons solennellement d’agir au sein du Conseil de sécurité pour obtenir la fin des violences et des sanctions fermes pour la violation du droit international. La seule solution, c’est la paix ! Mais une paix juste, une paix sans colonisation ! Cette paix, dont Palestiniens comme Israéliens ont tant besoin ! », a-t-il conclu.

Durant son discours, il a été interrompu par ses collègues Meyer Habib, Aurore Bergé et Sylvain Maillard, qui se sont exclamés : « Gaza n’est pas occupée ! » ; « Fake news ! Mensonges ! » ; « Qui est responsable ? » ; « Et le Hamas ? » ; « Pas un mot contre le Hamas ? ».

« Monsieur le président Chassaigne, la situation est en effet extrêmement grave et préoccupante, et la France, sa diplomatie, au premier chef le président de la République, sont à l’action face à ces événements dont le bilan humain, vous l’avez rappelé, est très lourd », lui a répondu le Premier ministre Jean Castex. « Nous sommes inquiets du sort des populations civiles à Gaza, territoire déjà éprouvé par près de quinze années de blocus », a poursuivi Castex – sans préciser que le groupe terroriste palestinien est le dirigeant de facto de l’enclave de deux millions de personnes après en avoir chassé le Fatah en 2006, une fois qu’Israël s’était retiré de façon unilatérale de Gaza. Il n’a pas non plus souligné que les restrictions sécuritaires imposées par Israël (et l’Égypte) sur des produits dits ‘de double usage’ que les groupes terroristes palestiniens de Gaza, dont le Hamas – à la tête de la bande de Gaza et le Jihad islamique, peuvent détourner à des fins terroristes, comme pour la construction de tunnels terroristes, baptisés « le métro ».

Castex n’a pas non plus mentionné les victimes en Israël.

« Cette spirale de violence ne se limite d’ailleurs pas à Gaza puisque, dans plusieurs villes israéliennes, les tensions entre populations ont atteint un niveau de violence inédit ; en Cisjordanie et à Jérusalem, les affrontements entre Palestiniens, colons et forces de sécurité israéliennes se multiplient », a poursuivi le Premier ministre, en faisant notamment référence aux violentes émeutes menées par des résidents juifs et arabes de villes mixtes, comme Lod, Bat Yam. Des émeutes, ayant des airs de pogrom et de guerre civile, que le chef de la police israélienne, Kobi Shabtai, a qualifiées de terrorisme issu « des deux côtés ».

« Pas un mot pour Israël ! Scandale ! », s’est exclamé Meyer Habib, avant que le Premier ministre ne poursuive son discours.

« …Face à ces situations, d’abord, la France a appelé et appelle de façon extrêmement ferme l’ensemble des acteurs à mettre un terme immédiat à toutes les violences, à toutes les provocations et à toute incitation à la haine pour permettre un retour au calme. »

« Nous appelons tous les acteurs à garantir l’accès rapide et sans entrave de l’aide à Gaza. Un convoi humanitaire a été, vous le savez, autorisé aujourd’hui et ce mouvement doit se poursuivre », sans préciser l’incident qui a fait un soldat blessé. En effet, à peine ouvert quelques heures, le point de passage de Kerem Shalom a été refermé par Israël suite à des tirs d’obus de mortier lancés depuis Gaza, faisant un soldat israélien blessé et faisant faire demi-tour aux camions d’aide internationale chargés de vivres, de médicaments et d’essence à destination de Gaza.

« Et le terrorisme ? Et la violence contre les civils israéliens ? Cette réponse est un scandale ! », s’est exclamé Meyer Habib.

« Nous demandons également à tous de protéger le personnel humanitaire et médical », a poursuivi le chef du gouvernement français, sans doute en référence au fait qu’Israël ait endommagé le seul centre de dépistage à la COVID.

« Vous donnez raison au Hamas ! », a répondu Meyer Habib.

« Enfin, la sécurité des journalistes et de tous ceux dont l’expression concourt à la libre information et au débat public, et leur protection en temps de conflit, relève d’un esprit de responsabilité essentiel », a poursuivi Castex – une référence au fait que l’armée israélienne a détruit la tour Jalaa à Gaza City, qui abritait notamment les bureaux de plusieurs médias internationaux – et une unité du Hamas. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a fourni des preuves au secrétaire du Département d’État pour justifier cette « cible parfaitement légitime. »

La tour Jalaa détruite par l’armée israélienne dans la bande de Gaza, le 21 mai 2021. (Crédit : AP Photo/Hatem Moussa)

« Mais, nous le savons toutes et tous ici, il faut une solution politique de long terme à ce conflit ! La France, à Jérusalem en particulier, a exprimé très tôt sa préoccupation à l’égard des tensions apparues dès avril, elle n’a cessé de souligner les risques liés à la poursuite de la politique de colonisation, notamment les évictions à Jérusalem-Est, elle a rappelé la nécessité de la stricte préservation du statu quo historique dans les lieux saints de la ville, et elle réitère devant la représentation nationale son attachement indéfectible à la sécurité d’Israël ! »

« J’ai honte ! J’ai honte ! », a réagi M. Habib, qui a quitté la séance. « C’est ça, dehors ! », s’est exclamé Jean-Luc Mélenchon.

« Le Président de la République vient de s’entretenir avec le roi de Jordanie et le président égyptien pour organiser la convergence de nos efforts. Il a reçu hier ce dernier après s’être entretenu, au cours des jours précédents, avec le Premier ministre Netanyahu et avec le président Abbas », a affirmé Castex, sans préciser que le chef de l’AP avait appelé, aux côtés du groupe terroriste palestinien du Hamas, à une « journée de colère ».

« La France soutient sans réserve les efforts de médiation égyptiens avec lesquels nos démarches sont étroitement coordonnées. Vous le voyez, monsieur le président Chassaigne, mesdames, messieurs les députés, la France ne ménagera aucun effort pour parvenir à une cessation des hostilités et à une solution politique, celle d’une paix durable », a conclu M. Castex.

Suite à cette intervention, le député Habib a posté un long message sur les réseaux sociaux.

Meyer Habib. (Crédit : Charlotte Guimbert)

« Il y a quelques minutes, en réponse à une question au Gouvernement du président du groupe communiste Chassaigne, pro-palestinien et fidèle à sa ligne, le Premier ministre a apporté une réponse surréaliste digne des années Védrine et que les islamogauchistes n’auraient pas reniée ! », a-t-il écrit.

« Une partie de la rhétorique de la gauche anti-israélienne à la Corbyn a été utilisée dans sa réponse ! Il laisse notamment entendre qu’Israël empêche l’aide humanitaire, alors même qu’un soldat israélien a été grièvement blessé ce matin lors d’une opération de ce type à Gaza ! »

« À travers lui, c’est pourtant la voix de la France qui s’exprime ! 3 minutes de discours à charge contre Israël, contre une demie-phrase de soutien du bout des lèvres ! Quelle déception ! S’inquiétant du sort des civils de Gaza, il ne dit mot sur l’agression du Hamas et du Djihad islamique ! Pas un mot de compassion pour les centaines de victimes israéliennes qui sont visées directement, et pour les 120 000 Français qui vivent au rythme des sirènes et des bombes ! »

« Il fait mine d’oublier que les Gazaouis sont les otages du Hamas, reconnu organisation terroriste par l’Union européenne, alors qu’Israël est sorti de la bande de Gaza depuis plus de 15 ans et qu’il n’y existe plus aucun conflit territorial ! »

« C’est Tsahal qui vise avec une précision chirurgicale les dignitaires du Hamas et du Djihad islamique, avec hélas des dommages collatéraux provoqués par le Hamas qui utilise sa population comme un bouclier humain ! »

« Tsahal qui prévient et octroie un délai avant de détruire des bâtiments ! Tsahal enfin qui apporte son aide humanitaire à tous ! 20 000 terroristes djihadistes prennent en otage deux millions de civils, leur ôtent tout espoir d’une vie paisible, et c’est Israël que le Premier ministre semble accuser ! »

« Monsieur le Premier ministre, les organisations islamistes de Gaza sont des ennemis bien sûr d’Israël mais aussi de la France, de la liberté, des femmes, de toutes nos valeurs, et surtout de la vie ! Ce sont eux qui tuent nos enfants, nos journalistes, nos prêtres, nos policiers, sur notre propre sol ! Et chez nous, même si nous sommes le pays européen le plus touché par l’islamisme et le djihadisme, on se drape dans une position diplomatique complètement dépassée et qui masque à peine son inimitié envers Israël. »

« Monsieur le Premier ministre Jean Castex, j’ai toujours eu depuis votre prise de fonctions de la sympathie et du respect pour vous. Si Limoges, Béziers, Prades ou Paris avaient été visées par des milliers de roquettes et de missiles tuant des femmes, des enfants, des vieillards, comment auriez-vous réagi ? J’aurais aimé vous entendre apporter votre soutien avec autant de détermination aux centaines de milliers de Syriens déplacés, aux Ouïghours décapités, aux Chrétiens d’Orient persécutés, au Liban défiguré, aux Yézidis violées ! »

« Beaucoup de nos alliés européens et occidentaux ne s’y sont pas trompés, qui hissent le drapeau d’Israël sur leurs bâtiments officiels : l’Allemagne, l’Autriche, la République Tchèque, la Hongrie, l’Italie tant d’autres encore dont le Japon, la Macédoine, le Brésil, qui ont bien compris qui était l’agresseur et l’agressé à qui on veut ôter le droit de se défendre. »

« Ils ont bien compris qu’Israël était le seul allié fiable de la région qui défende nos valeurs, la seule démocratie, et un îlot de liberté au milieu d’un océan d’intolérance. »

« Monsieur le Premier ministre, il y a quelques mois, après l’attentat terroriste de la Basilique Notre Dame à Nice, Tel Aviv et Netanya étaient aux couleurs de la France ! Je n’en demande pas tant. J’aurais simplement espéré de votre part, à défaut d’empathie, de la lucidité, de la justice et de l’amitié pour notre allié. »

Le lendemain, le 19 mai, cette fois devant le Sénat, à une question de la sénatrice communiste Eliane Assassi, le Premier ministre condamnait cette fois le terrorisme palestinien – peut-être à la suite des critiques de son intervention de la veille ?

« Les victimes s’accumulent – majoritairement à Gaza, étant donné la disproportion de l’usage de la force », a déclaré la sénatrice.

« Le temps est venu de taper du poing sur la table, de faire entendre la voix de la France. Le président Macron doit plaider en faveur de la paix. L’Union européenne, divisée, tergiverse. La violation massive des droits de l’Homme, la suspicion de crimes de guerre à sa porte doit la faire réagir. Beaucoup renvoient dos à dos agresseurs et agressés. Le choix de la guerre et de la violence fait par Benjamin Netanyahu et l’extrême droite israélienne est pourtant patent. Au-delà d’un hypothétique vote à l’ONU sur un cessez-le-feu, seule la coexistence pacifique de deux États, israélien et palestinien, peut régler la question. En attendant, il faut d’urgence faire cesser les violences et stopper la politique de colonisation. Quand la France reconnaîtra-t-elle l’État palestinien ? C’est la clé de la paix. »

« J’ai dit hier à l’Assemblée nationale combien la situation au Proche-Orient était grave et préoccupante ; elle résulte de l’absence de perspectives politiques. La violence perdurera tant que l’on ne progressera pas vers une solution à deux États, dans le cadre du droit international », lui a répondu le Premier ministre Jean Castex.

« La priorité absolue, l’urgence vitale, c’est l’arrêt de l’escalade de la violence. Depuis le 10 mai, le bilan humanitaire est très lourd. Des familles entières, israéliennes et palestiniennes, sont endeuillées, les destructions sont terribles, la population israélienne vit sous la menace des roquettes. Cela ne peut nous laisser indifférents. »

« Je redis l’attachement indéfectible de la France à la sécurité d’Israël. Le Hamas a instrumentalisé les tensions à Jérusalem en sacrifiant les populations civiles. La France condamne fermement les tirs de roquettes depuis la bande de Gaza. La réponse militaire israélienne doit être proportionnée, dans le strict respect du droit international. »

« L’aide humanitaire doit entrer à Gaza rapidement, sans entrave. Nous agissons en ce sens. La sécurité des personnels médical et humanitaire et des journalistes doit être assurée. »

« La violence se répand en Cisjordanie et à Jérusalem, où se multiplient les heurts entre communautés. La France appelle l’ensemble des acteurs à mettre un terme immédiat à toute violence, provocation et incitation à la haine. »

« Dès avril, la France s’est inquiétée des risques liés à la poursuite de la colonisation et a appelé à préserver le statu quo sur les lieux saints. Depuis, elle ne ménage pas ses efforts pour contribuer à la cessation des hostilités. Le président de la République s’est entretenu avec le Premier ministre Netanyahu et le président Abbas ; il a rencontré le président Sissi, dont nous soutenons l’effort de médiation, ainsi que le roi de Jordanie pour coordonner nos efforts. »

« Ne doutez pas de la ferme volonté de la France de peser de tout son poids dans cette région », a-t-il conclu.

Lors de la même séance, Clément Beaune, secrétaire d’État chargé des affaires européennes, a lui déclaré que « les efforts diplomatiques doivent être amplifiés. Le Premier ministre a rappelé la position d’équilibre que défend activement la France, l’un des rares pays à pouvoir dialoguer avec les deux parties ».

« Ces efforts ne font pas concurrence à ceux du président Sissi, que nous appuyons. Membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, la France a un rôle clé à jouer pour relayer les efforts de médiation et de désescalade. C’est ce à quoi Jean-Yves Le Drian s’emploie. Nous avons proposé une résolution en faveur d’un cessez-le-feu et d’un accès humanitaire rapides. »

« Je regrette que les efforts de coordination de l’Union européenne ne soient pas plus efficaces ; quelques partenaires européens n’ont pas joué le jeu collectif. Mais Josep Borrell a été clair : l’Union européenne est sur la ligne de la France. Nous allons poursuivre nos efforts en liaison avec nos partenaires régionaux. »

Le cessez-le-feu a finalement été déclaré peu après, le 21 mai.

Deux jours plus tard, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, évoquait lui un « risque d’apartheid » en Israël, si aucun État palestinien ne voyait le jour.

« Dans des villes israéliennes, les communautés se sont affrontées », a souligné le chef de la diplomatie française au Grand Jury RTL/Le Figaro/LCI.

« C’est la première fois et ça montre bien que si d’aventure on avait une autre solution que la solution à deux États, on aurait alors les ingrédients d’un apartheid qui durerait longtemps. Le risque d’apartheid est fort si on continue à aller dans une logique à un État ou du statu quo. Même le statu quo produit cela. »

Selon lui, la nouvelle flambée de violences « montrait l’urgence de trouver un processus politique ».

« Il faut engager des politiques de petits pas », a-t-il dit, se félicitant que le président américain Joe Biden ait « réaffirmé son engagement sur la nécessité d’avoir deux États », une hypothèse qui « commençait à disparaître ».

« Il faut maintenant faire en sorte qu’il y ait une logique de confiance qui puisse s’instaurer » entre les différentes parties au conflit, a ajouté le ministre.

Ces propos ont conduit à la convocation de l’ambassadeur de France en Israël, Éric Danon, par le chef de la diplomatie israélienne, Gabi Ashkenazy, qui a jugé ces propos « inacceptables, sans fondement et déconnectés de la réalité ».

Dans un communiqué, Lior Haiat, porte-parole du ministère des Affaires étrangères israélien, a indiqué que celui-ci attendait « de ses amis de ne pas s’exprimer de façon irresponsable, afin de ne pas renforcer les extrémistes et les activités anti-israéliennes et antisémites ».

Netanyahu avait lui fustigé une « leçon de morale hypocrite et mensongère sur cette question ».

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