Jean Castex à l’Assemblée nationale – sans dire les mots « Hamas » et « roquette »
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Jean Castex à l’Assemblée nationale – sans dire les mots « Hamas » et « roquette »

Le député Meyer Habib a quitté l'hémicycle au milieu de l'intervention du Premier ministre car il n'avait pas non plus dit "un mot sur les civils israéliens"

Le Premier ministre français Jean Castex observe une minute de silence à l'Assemblée nationale en hommage aux victimes d'une attaque au couteau à Nice, alors que les députés se préparent à voter sur les mesures prises pour enrayer la propagation du nouveau coronavirus, à Paris, le 29 octobre 2020. (Crédit : Bertrand GUAY / AFP)
Le Premier ministre français Jean Castex observe une minute de silence à l'Assemblée nationale en hommage aux victimes d'une attaque au couteau à Nice, alors que les députés se préparent à voter sur les mesures prises pour enrayer la propagation du nouveau coronavirus, à Paris, le 29 octobre 2020. (Crédit : Bertrand GUAY / AFP)

« Monsieur le président, Mesdames et Messieurs les députés, Monsieur le président André Chassaigne, la situation est effectivement extrêmement grave et préoccupante. Et la France, au premier chef, le président de la République, sa diplomatie, sont à l’action face a cette situation dont le bilan humain comme vous l’avez rappelé est effectivement très lourd, » a déclaré mardi le Premier ministre français Jean Castex à l’adresse du député communiste qui venait de s’exprimer lors de la séance de questions au gouvernement.

« Nous sommes inquiets, en effet, du sort des populations civiles à Gaza, déjà éprouvées, vous le savez, par près de 15 années de blocus, » a poursuivi Castex – sans préciser que le groupe terroriste palestinien est le dirigeant de facto de l’enclave de deux millions de personnes après en avoir chassé le Fatah en 2006, une fois qu’Israël s’était retiré de façon unilatérale de Gaza. Il n’a pas non plus souligné que les restrictions sécuritaires imposées par Israël (et l’Égypte) sur des produits dits ‘de double usage’ que les groupes terroristes palestiniens de Gaza, dont le Hamas – à la tête de la bande de Gaza et le Jihad islamique, peuvent détourner à des fins terroristes, comme pour la construction de tunnels terroristes, d’ailleurs baptisé « le métro ».

Castex n’a pas mentionné les victimes en Israël – 12 et des centaines de blessés – dues aux plus de 3 400 projectiles (roquettes, missiles anti-char et obus de mortiers) tirés par les groupes terroristes palestiniens de Gaza depuis le 10 mai sur l’État juif.

Le Hamas s’est d’ailleurs vanté de son attaque qui a tué ce mardi deux travailleurs thaïlandais.

Alors que les deux parties sont entrées, mercredi, dans le dixième jour de leur conflit, le ministère de la Santé de Gaza, placé sous le contrôle du Hamas, a fait savoir que 217 personnes étaient mortes des suites des bombardements dans la bande, dont 63 mineurs. Il est difficile de dire pour le moment si ce bilan du Hamas comprend tous les Gazaouis tués lors des frappes, ou s’il exclut les membres du Hamas qui sont morts.

Selon le bilan fait lundi soir par l’armée israélienne, plus de 120 personnes ayant perdu la vie appartenaient au Hamas et 24 étaient issues des rangs du Jihad islamique palestinien.

Le ministère de la Santé du Hamas a précisé que plus de 1 400 habitants de l’enclave côtière avaient été blessés depuis le début des combats dans le cadre de cette opération, baptisée « Gardien des murs ».

« Cette spirale de violence ne se limite d’ailleurs pas à Gaza. Dans plusieurs villes israéliennes, les tensions entre populations ont atteint un niveau de violence inédit. En Cisjordanie, à Jérusalem, les affrontements entre Palestiniens, colons et forces de sécurité israéliennes se multiplient, » a poursuivi le Premier ministre, en faisant notamment référence aux violentes émeutes menées par des résidents juifs et arabes de villes mixtes, comme Lod, Bat Yam. Des émeutes, ayant des airs de pogrom et de guerre civile, que le chef de la police israélienne, Kobi Shabtai, a qualifiées de terrorisme issu « des deux côtés. »

Un rabbin inspecte les dégâts à l’intérieur d’une école religieuse incendiée dans la ville israélienne de Lod, près de Tel Aviv, le 11 mai 2021, à la suite d’affrontements nocturnes entre Arabes israéliens et Juifs israéliens, dans le cadre d’une escalade dramatique entre Palestiniens et Israéliens, provoquée par des troubles dans le complexe de la mosquée Al-Aqsa à Jérusalem. (Crédit : Ahmad GHARABLI / AFP)

« Face à ces situations, d’abord, d’abord la France a appelé et appelle de façon extrêmement ferme l’ensemble des acteurs à mettre un terme immédiat, à toutes les violences, à toutes les provocations et à toute incitation à la haine pour permettre un retour au calme, » indique le Premier ministre français.

« Nous appelons tous les acteurs, tous les acteurs à garantir l’accès rapide et sans entraves de l’aide à Gaza. Un convoi humanitaire a été, vous le savez, autorisé, aujourd’hui – et ce mouvement doit se poursuivre, » sans préciser l’incident de mardi qui a fait un soldat blessé. En effet, à peine ouvert quelques heures, le point de passage de Kerem Shalom a été refermé mardi par Israël suite à des tirs d’obus de mortier lancés depuis Gaza, faisant un soldat israélien légèrement et faisant faire demi-tour aux camions d’aide internationale chargés de vivres, de médicaments et d’essence à destination de Gaza.

« Nous demandons également à tous de protéger le personnel humanitaire et médical, » a dit le chef du gouvernement français, sans doute en référence au fait qu’Israël ait endommagé le seul centre de dépistage à la COVID.

« Enfin la sécurité des journalistes et de tous ceux dont l’expression concourt à la libre information et au débat public et leur protection en temps de conflit sont une responsabilité essentielle, » – une référence au fait que l’armée israélienne a détruit la tour Jalaa à Gaza City, qui abritait notamment les bureaux de plusieurs médias internationaux – et une unité du Hamas. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a fourni des preuves au secrétaire du Département d’État pour justifier cette « cible parfaitement légitime. »

Lundi, le porte-parole d’Angela Merkel, Steffen Seibert, n’avait pas condamné cette frappe.

« Le travail journalistique sur le terrain dans une zone de conflit est important mais on sait aussi que le Hamas est actif dans des zones très peuplées et qu’il prend donc aussi la population civile en otage », avait-il expliqué Steffen Seibert. « Nous sommes confiants dans le fait qu’Israël agisse ici avec modération et dans les limites de la proportionnalité », avait-il rappelé.

Steffen Seibert (Crédit : Whuke/CC BY-SA 2.0 DE)

« Mais nous le savons toutes et tous ici ce qu’il faut c’est une solution politique de long-terme à ce conflit. La France, à Jérusalem en particulier, a exprimé très tôt sa préoccupation à l’égard des tensions apparues dès avril. Elle n’a cessé de souligner les risques liés à la poursuite de la politique de colonisation, notamment les évictions à Jérusalem, » a continué Castex, une référence au quartier de Sheikh Jarrah, à Jérusalem Est.

Des groupes juifs ultra-nationalistes cherchent à évincer des dizaines de familles palestiniennes de leurs maisons dans le quartier de Jérusalem-Est. L’avis le plus imminent contre quatre familles a déclenché des émeutes de masse à Jérusalem-Est à la fin du mois dernier. La Cour suprême devait tenir une audience sur cette question la semaine dernière, mais l’État a préféré la reporter en raison des risques de violences et de la pression internationale.

Les expulsions à Sheikh Jarrah se fondent en partie sur une loi israélienne de 1970 qui permet aux Juifs de récupérer les terres de Jérusalem-Est qu’ils possédaient avant 1948. Il n’existe pas de loi similaire pour les Palestiniens qui ont perdu leurs maisons, situées dans ce qui est aujourd’hui Israël, pendant la guerre de 1948 et ont fui vers ce qui était alors le territoire contrôlé par la Jordanie. En fait, la Knesset a adopté une loi en 1950 interdisant aux Palestiniens de récupérer les biens perdus pendant cette même guerre.

Selon Ir Amim, un groupe de défense des droits de l’Homme de gauche qui se concentre sur Jérusalem, environ 200 familles de Jérusalem-Est sont menacées d’expulsion, et les dossiers avancent lentement dans les instances administratives et les tribunaux israéliens. Environ 70 membres de ces familles vivent à Sheikh Jarrah.

Un manifestant tient un drapeau palestinien devant des policiers français alors qu’un autre tire un projectile sur les forces de l’ordre, à Paris, le 15 mai 2021. (Crédit : GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP)

La situation à Sheikh Jarrah a entraîné des émeutes dans la Vieille Ville de Jérusalem qui ont coïncidé avec la journée de Yom Yeroushalayim, qui célèbre l’unification de la ville après la prise de Jérusalem en 1967 et la fin du ramadan, qui entraîne fréquemment des tensions. Puis le Hamas a tiré des roquettes sur Jérusalem le 10 mai et sans surprise Israël s’est défendu pour protéger ses citoyens.

Hasard du calendrier (ou pas), samedi 15 mai a marqué la Naqba, la « catastrophe » que représente pour les Palestiniens la création de l’État juif, le 14 mai 1948. Les villes européennes, américaines et arabes du monde entier ont vu des manifestants défiler dans leurs rues, parfois de façon calme, parfois de façon violente, comme à Paris où le gouvernement avait pourtant interdit le rassemblement, car en 2014, des « mort aux Juifs » avaient été criés dans les rues de la capitale française.

Scandant à pleins poumons des « Israël assassin », « Israël casse-toi, la Palestine n’est pas à toi », certaines manifestations ont vu des drapeaux américains et/ou israéliens brûlés.

« Et elle a enfin rappelé la stricte préservation du statut quo historique dans les lieux saints de la ville, » a continué Castex. Il n’y a eu aucun changement dans le statu quo.

La réponse du Premier ministre a suscité l’ire du député des Français établis hors de France (8e circonscription, dont Israël) Meyer Habib (centre droit), qui se présente comme un proche du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. Quittant l’hémicycle furieux avant la fin de la prise de parole de Castex, il lui a en effet reproché de ne pas dire « un mot sur les civils israéliens », criant au « scandale ».

Le député français Meyer Habib à l’Assemblée nationale à Paris, le 28 novembre 2014. (Crédit : capture d’écran)

« Elle réitère devant la représentation nationale son attachement indéfectible à la sécurité d’Israël, » a dit Castex.

« Le président de la République, Monsieur le président vient de s’entretenir avec le roi de Jordanie et le président égyptien pour organiser la convergence de nos efforts. Il avait reçu hier ce dernier et s’était entretenu vous le savez au cours des jours précédents avec le Premier ministre [israélien Benjamin] Netanyahu et avec le président [de l’Autorité palestinienne (AP) Mahmoud] Abbas, » a affirmé Castex, sans préciser que le chef de l’AP avait appelé ce mardi matin, aux côtés du groupe terroriste palestinien du Hamas, à une « journée de colère » – une journée qui s’est soldée, à l’heure de l’écriture de ces lignes, par la mort de quatre émeutiers palestiniens dans des affrontements avec les soldats israéliens, qui ont fait deux blessés par balle dans leurs rangs.

Près de Ramallah, des centaines de jeunes émeutiers ont jeté pierres et cocktails Molotov sur des soldats qui ont répliqué avec des gaz lacrymogènes et des tirs de balles en caoutchouc. « Plusieurs émeutiers ont tiré de nombreuses balles en direction de soldats ainsi que sur un commandant déployés en marge du rassemblement, blessant deux soldats aux jambes », a indiqué l’armée, ajoutant « avoir ouvert le feu en retour ».

Des émeutiers palestiniens affrontent les forces de sécurité israéliennes près du checkpoint de Huwara, au sud de la ville cisjordanienne de Naplouse, le 18 mai 2021 (Crédit : Nasser Ishtayeh / Flash90)

« Nous soutenons sans réserve les efforts de médiation égyptiens avec lesquels nos démarches sont étroitement coordonnées. Vous le voyez monsieur le président, Mesdames et Messieurs les députés, la France ne ménage et ne ménagera aucun effort pour parvenir à une cessation des hostilités et à la recherche politique d’une paix durable, » a conclu le chef de gouvernement français, sans toutefois jamais prononcer le mot « Hamas », ni celui de « roquette » non plus.

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