Indignation générale après des propos « complotistes » de Jean-Luc Mélenchon
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Indignation générale après des propos « complotistes » de Jean-Luc Mélenchon

Samuel Sandler, dont le fils et les petits-enfants ont été tués à Toulouse en 2012, a reçu les propos du député de gauche "comme un crachat sur la tombe de sa famille"

Jean-Luc Mélenchon dans l'émission "Questions politiques" (France Inter/Le Monde/Franceinfo), le 6 juin 2021. (Capture d’écran France Inter/Le Monde/Franceinfo)
Jean-Luc Mélenchon dans l'émission "Questions politiques" (France Inter/Le Monde/Franceinfo), le 6 juin 2021. (Capture d’écran France Inter/Le Monde/Franceinfo)

« Vous verrez que dans la dernière semaine de la campagne présidentielle, nous aurons un grave incident ou un meurtre », pour « montrer du doigt les musulmans », « tout ça c’est écrit d’avance », a affirmé Jean-Luc Mélenchon (LFI) dimanche.

Interrogé dans l’émission « Questions politiques » (France Inter/Le Monde/Franceinfo), le chef de file des Insoumis et candidat à la présidentielle a d’abord indiqué souhaiter qu’Emmanuel Macron « se représente », car « on aura de quoi dire » sur son « bilan ».

« Sinon, on nous sort un autre petit Macron du chapeau, (…) on ne sait pas qui c’est, pouf, il se fait élire président. C’est le système qui l’invente. La dernière fois, Macron, il est arrivé au dernier moment. Là, ils vont peut-être en trouver un autre », a-t-il enchaîné.

« À chaque fois, ils en trouvent un. Dans tous les pays du monde, on a élu des petits Macron, il s’appelait Macri en Argentine, (…) c’était en Ukraine un type qui jouait dans une série de télévision (une allusion à Volodymyr Zelensky, élu en 2019). Dans tous les pays du monde, ils ont inventé un type comme ça, qui sortait de rien, et qui était porté par un système oligarchique », a poursuivi le patron des Insoumis.

« De même que vous verrez que dans la dernière semaine de la campagne présidentielle, nous aurons un grave incident ou un meurtre. Ça a été Merah en 2012 (auteur jihadiste des tueries de Toulouse et de Montauban, notamment dans l’école juive Ozar Hatorah), ça a été l’attentat la dernière semaine sur les Champs-Elysées (en 2017, un jihadiste assassine le policier Xavier Jugelé), avant on avait eu Papy Voise (Paul Voise, un retraité agressé chez lui à Orléans en avril 2002), dont plus personne n’a jamais entendu parler après. Tout ça, c’est écrit d’avance », lance alors Jean-Luc Mélenchon.

« Nous aurons le petit personnage sorti du chapeau, nous aurons l’événement gravissime qui va une fois de plus permettre de montrer du doigt les musulmans et d’inventer une guerre civile, voilà, c’est bateau tout ça », a conclu le député LFI.

La sortie de Jean-Luc Mélenchon a suscité une série de réactions indignées. Latifa Ibn Ziaten, dont le fils militaire a été tué par Mohammed Merad, a dénoncé des propos « inadmissibles », réclamant du « respect pour les victimes ».

Plusieurs membres du gouvernement, à l’image de la ministre chargée de la Citoyenneté Marlène Schiappa, l’ont accusé de tenir « des propos complotistes » et « honteux » qui « manquent de respect aux familles de victimes » des attentats terroristes.

« Quand on manie ainsi la démagogie, on ne peut prétendre à devenir président de la République », a fustigé la cheffe du groupe PS à l’Assemblée Valérie Rabault, jugeant « inacceptable » de « réduire les atrocités des attentats de Montauban et Toulouse en 2012 à de la machination électorale ».

« On est vraiment au-delà de la honte », a aussi réagi la LREM Aurore Bergé sur Twitter.

« Après s’être attaqué à nos forces de l’ordre, Jean-Luc Mélenchon dérive vers les pires théories complotistes. Par ses propos, il vient salir la mémoire des Français victimes de la barbarie islamiste. C’est indigne, honteux, minable », a lui réagi Christian Estrosi, maire de Nice.

« Cet homme a perdu la raison », a estimé Alain Jakubowicz, président de la Ligue contre le racisme et l’antisémitisme (Licra).

L’avocat Patrick Klugman a lui annoncé que, si le député ne retirait pas ses propos, il avait « reçu mandat de dénoncer au Parquet ses propos indécents pour qualifier l’attentat islamiste et antisémite qui a ôté la vie au fils et aux petits enfants de Samuel Sandler ». Ce dernier a reçu les propos de Jean-Luc Mélenchon « comme un crachat sur la tombe de sa famille », a affirmé M. Klugman.

« C’est très dur pour les victimes », a réagi Samuel Sandler ce lundi sur Europe 1. « On a déjà la tristesse d’avoir perdu des êtres chers, et en plus on mélange ça avec de la politique qui n’a rien à voir. On souffre assez de ce qu’il s’est passé. Mon petit fils Gabriel avait 3 ans, Arié 5 ans. C’était effroyable. L’assassin ne s’intéressait qu’aux enfants. Mon fils les a protégés, il est allé au devant. Et maintenant, on nous dit que c’est un complot ? C’est inacceptable. »

L’homme, qui intervient régulièrement dans des établissements scolaires lors de séances d’information et de prévention contre la radicalisation, ajoute que ces propos, qu’il voit comme « un soutien subliminal au terrorisme et à l’islam radical », « sont à l’opposé de toutes [ses] initiatives depuis quelques années ».

De nombreux internautes, personnalités, responsables politiques, associatifs et autres, ont eux aussi dénoncé les propos de Mélenchon.

La maire socialiste de Paris Anne Hidalgo, elle-même possible candidate à la présidentielle, s’est dite « très choquée » par « ce propos empreint de complotisme », qui « divise ».

« C’est irresponsable pour un chef politique, une personne de sa stature, d’alimenter comme ça la machine à complot », a abondé le secrétaire national du parti écologiste EELV Julien Bayou.

Et le parti communiste, ancien allié de M. Mélenchon a qualifié ces propos de « particulièrement inappropriés, inutilement angoissants », par la voix de son secrétaire national Fabien Roussel.

Jean-Luc Mélenchon a répondu sur Twitter que « les complotistes anticomplotistes sont de sortie. Ils nient que les assassins font leur coup au moment qui fait parler d’eux. Propos ineptes. À moins que ce soit pour les couvrir ». Il a également cité comme source d’inspiration un article du Figaro sur « les attentats et faits divers qui ont bouleversé les campagnes présidentielles ».

Il a également dénoncé « un buzz affligeant » et déploré le « harcèlement » dont il estime être l’objet.

« Quand Le Pen récupère l’émotion d’un crime pour faire sa propagande, c’est génial, quand quelqu’un met en garde contre ce type de manipulation, c’est qu’il est complice avec les meurtriers. Ainsi en vient-on à nier cette évidence que les meurtriers attendent le meilleur moment pour faire parler d’eux », a-t-il ajouté. « Nombreux qui n’ont rien écouté de l’émission s’en tiennent au commentaire qui en est fait sans se soucier de savoir ce qui a été dit. Telle est l’ère de la ‘post-vérité’ que je décrivais (…) il y a peu. »

Il a aussi tenté de contre-attaquer, en dénonçant une « ambiance violente » et évoquant une vidéo du YouTubeur d’extrême droite « Papacito », qui simule selon lui le meurtre d’un militant de son parti, représenté par un mannequin.

Mais cela n’a pas suffit : pour la porte-parole d’EELV, Éva Sas, « Jean-Luc Mélenchon ne fait qu’ouvrir un contre-feu ! » « Au lieu d’expliquer ses propos, de présenter formellement ses excuses aux victimes » le leader de LFI continue, selon elle, « de s’enfermer dans une irresponsabilité très inquiétante ».

Différents élus LFI ont eux défendu ces propos, dans la foulée de l’intervention de leur chef de file. Sur CNews, Clémentine Autain a accusé les oppositions d’avoir « volontairement mal compris et déformé les propos de Jean-Luc Mélenchon ». « Ce que nous n’acceptons pas, c’est l’instrumentalisation de ces faits gravissimes », a expliqué la candidate LFI pour les régionales en Île-de-France. Elle a exprimé sa « solidarité profonde avec les victimes notamment de l’attentat de Mohamed Merah ».

Certains « ont volontairement mal compris et déformé ses propos », qui étaient « ramassés » dans « une émission d’une heure », a-t-elle ajouté, assurant que « Jean-Luc Mélenchon n’est pas complotiste » et « ne minimise pas ces attentats ».

« Ce qu’il a voulu dire, c’est que les assassins qui font ça savent à quel moment ils le font », a fait valoir Mme Autain, disant partager ce point de vue. Et « ce qu’il visait c’est l’extrême droite » qui « instrumentalise ce qui arrive (…) pour affirmer des propos xénophobes, liberticides, antirépublicains ».

Faisant valoir « les combats humanistes » de Jean-Luc Mélenchon, elle a déploré les critiques pendant que la présidente du Rassemblement national Marine Le Pen « distille un venin qui divise le pays ».

« La croisade anti-Mélenchon se poursuit », a renchéri le numéro deux de LFI Adrien Quatennens dans un tweet, assurant que le leader du mouvement « dénonçait l’instrumentalisation, prévisible, écrite d’avance, de tels événements en période électorale ».

Même si Quatennens a estimé mardi que le mouvement ne pâtira pas de ces déclarations, la perspective d’une union des gauches pour 2022 – voulue pour éviter un nouveau face à face entre le centriste Emmanuel Macron et la patronne de l’extrême droite Marine Le Pen – semble de plus en plus s’éloigner.

Danièle Obono, députée controversée de Paris, a elle tweeté : « À l’approche de chaque élection majeure il y a toujours à craindre une instrumentalisation politico-médiatique de crimes ou attentats. »

Jean-Luc Mélenchon a, à plusieurs reprises par le passé, été accusé d’antisémitisme. En décembre 2019, plusieurs responsables politiques l’avaient accusé d’avoir un « problème avec l’antisémitisme » après que le chef de LFI s’en était pris sur son blog aux « ukases arrogants des communautaristes du CRIF ».

Il y a un an, il avait été accusé de « minimiser » l’antisémitisme en France.

D’autres membres et responsables de son parti ont également tenu des propos ambigus sur le sujet. Parmi eux, Julie Garnier, colistière de Clémentine Autain aux prochaines élections régionales, qui, le mois dernier, a nié sur BFMTV les violences antisémites qui ont éclaté à Sarcelles en 2014.

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