Israël en guerre - Jour 147

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Des manifestants tenant des pancartes et des drapeaux et scandant des slogans lors d'un rassemblement en faveur des Palestiniens et contre Israël, devant les Chambres du Parlement, dans le centre de Londres, le 15 novembre 2023. (Crédit : Henry Nicholls/AFP)
Des manifestants tenant des pancartes et des drapeaux et scandant des slogans lors d'un rassemblement en faveur des Palestiniens et contre Israël, devant les Chambres du Parlement, dans le centre de Londres, le 15 novembre 2023. (Crédit : Henry Nicholls/AFP)

Juifs britanniques : Le gouvernement ne nous protège pas de l’extrémisme islamique

La communauté juive est victime d’une forte hausse des actes antisémites et attend de l’État qu’il revoie ses lois et proscrive le terrorisme soutenu par l’Iran

LONDRES – D’immenses manifestations hebdomadaires pro-palestiniennes ont secoué les rues de Londres à la suite de l’assaut du groupe terroriste palestinien du Hamas contre Israël le 7 octobre dernier, dominant les gros titres et une grande partie des discussions sur la poursuite du conflit.

Alors que les organisateurs affirment que ces manifestations ont été largement pacifiques, la Campagne contre l’antisémitisme (CAA) affirme que les pancartes brandies par les manifestants arborent « des slogans et des images qui auraient eu leur place sous l’Allemagne nazie ».

Lors de la marche du 11 novembre dans le centre de Londres, qui a attiré plus de 300 000 personnes, certains manifestants étaient déguisés en terroristes du Hamas ; des chants « Khaybar, Khaybar, ya yahud, jaish al Mohammed sauf yaud » (un appel antisémite faisant référence à un ancien massacre et se traduisant par « Khaybar, Khaybar, ô Juifs, l’armée de Mahomet reviendra » ; et des banderoles déclarant « Résistez et combattez la maladie du sionisme », et « Bienvenue à Gaza, jumelée avec Auschwitz ».

La CAA a affirmé dans un communiqué de presse que la communauté juive était « terrifiée » et a déclaré avoir reçu de « nombreux rapports » faisant état de policiers ayant dû escorter des fidèles à la sortie des synagogues.

Mais les « marches de la haine », comme les a qualifiées l’ancienne ministre de l’Intérieur Suella Braverman (depuis limogée), ne sont que l’exemple le plus médiatisé de la montée de l’antisémitisme au Royaume-Uni.

Cette recrudescence, selon les sondages, ne reflète pas l’opinion publique britannique dans son ensemble. Selon les experts, elle n’indique pas non plus l’absence de lois sévères pour lutter contre le racisme ou d’un large consensus politique sur la nécessité de faire davantage pour protéger la communauté juive du pays, forte de 270 000 personnes.

Des manifestants brandissant des panneaux et des drapeaux lors d’un rassemblement en soutien aux Palestiniens, aux abords du Parlement, dans le centre de Londres, le 15 novembre 2023. (Crédit : Henry Nicholls/AFP)

La guerre actuelle entre Israël et le groupe terroriste palestinien du Hamas a été déclenchée le 7 octobre, lorsque quelque 3 000 terroristes palestiniens ont fait irruption dans le sud d’Israël, où ils ont perpétré un massacre inédit sur le sol israélien et le pire depuis la Shoah. Le Hamas a tué 1 200 personnes, pour la plupart des civils, et enlevé au moins 240 otages.

Israël a réagi en lançant une vaste opération aérienne et terrestre dans le but de renverser le régime du groupe terroriste à Gaza, qu’il dirige depuis qu’il en a pris le contrôle à la suite d’un féroce coup d’État en 2007 contre son rival du Fatah.

Plus de 15 000 personnes seraient mortes, selon le ministère de la Santé de Gaza, dirigé par le Hamas. Les chiffres publiés par le groupe terroriste sont invérifiables, et ils incluraient ses propres terroristes et hommes armés, tués en Israël et à Gaza, et les civils tués par les centaines de roquettes tirées par les groupes terroristes qui retombent à l’intérieur de la bande de Gaza.

« Malheureusement, la communauté juive savait parfaitement qu’au lendemain de l’attaque du Hamas, il y aurait une forte augmentation des actes antisémites signalés ici au Royaume-Uni », a déclaré Russell Langer, directeur des Affaires publiques au Jewish Leadership Council. « Le gouvernement a clairement rejeté cette haine et nous lui sommes reconnaissants de son soutien sans équivoque. »

Outre la montée attendue de l’antisémitisme en raison du conflit régional, on craint également que le problème de l’extrémisme islamiste au Royaume-Uni ne soit pas maîtrisé, les chefs de la police avertissant qu’ils ne disposent pas de pouvoirs suffisants pour s’y attaquer.

« La nature de nombreuses marches pro-palestiniennes actuelles montre clairement que l’extrémisme islamiste est bien vivant au Royaume-Uni », a affirmé Alan Mendoza de la Henry Jackson Society, un groupe de réflexion sur la politique étrangère et la sécurité nationale. « Les déclarations publiques de jihad et d’intifada, ainsi que la prolifération des messages antisémites, montrent que tous ceux qui croient aux valeurs britanniques ont un problème majeur sur les bras. »

Un tableau terrifiant

Les statistiques recueillies par le Community Security Trust (CST), qui surveille l’antisémitisme et protège les institutions juives, dressent en effet un tableau terrifiant.

Des policiers arrêtant un homme dans la rue près de la « Marche nationale pour la Palestine », alors que des groupes de contre-manifestants sont surveillés par la police près de l’itinéraire de la marche principale, dans le centre de Londres, le 11 novembre 2023. (Crédit : Justin Tallis/AFP)

« Dans les 35 jours, entre l’attaque terroriste du Hamas en Israël et le vendredi 10 novembre, le CST a enregistré au moins 1 205 actes antisémites à travers le Royaume-Uni », a-t-il rapporté début novembre. Il s’agit du total le plus élevé jamais signalé au CST sur une période de 35 jours depuis que l’organisation a commencé à enregistrer les actes antisémites il y a près de quarante ans.

Au total, le CST dit avoir enregistré plus d’actes antisémites – qui vont des agressions aux dégâts causés aux biens juifs, en passant par les menaces directes et les comportements abusifs – au cours des cinq dernières semaines que sur l’ensemble des six premiers mois de l’année. Les « actes de haine » anti-Juifs ont augmenté de 531 % par rapport à l’année dernière. Même par rapport aux périodes de conflits antérieurs impliquant Israël, le nombre d’actes est « d’une ampleur sans précédent », selon le CST.

Le CST a fourni des exemples de certains des actes antisémites qu’il a enregistrés depuis le 7 octobre : des affiches d’otages juifs arrachées ou dégradés, des pétards lancés en direction de jeunes filles juives à Manchester, ou encore un homme traité de « Juif » dans un bus de la capitale avant que de la peinture rouge ne lui soit jetée dessus.

Il faudra des années de travail acharné et de coordination pour venir à bout de ce cancer diabolique.

Eric Pickles, membre de la Chambre des Lords et ancien ministre conservateur, qualifie de « profondément choquant » le « niveau de haine à l’égard des Juifs au Royaume-Uni ». Pickles, qui est aujourd’hui président parlementaire des Labour Friends of Israel (Amis conservateurs d’Israël ou  LFI) à la chambre haute et envoyé spécial du Royaume-Uni pour les questions post-Shoah, estime que la montée de l’antisémitisme au Royaume-Uni est d’autant plus inquiétante que la Grande-Bretagne a été le premier pays au monde à adopter la définition de l’antisémitisme de l’IHRA (International Holocaust Remembrance Alliance) « Pourtant, le niveau de haine est tout aussi élevé que dans les pays voisins et aux États-Unis », a-t-il ajouté.

« Nous avons appris que l’adoption [de la définition] ne suffit pas ; la mise en œuvre est la clé », déclare Pickles. « Ce n’est pas quelque chose qui peut être fait rapidement ; il faudra des années de travail acharné et de coordination pour venir à bout de ce cancer diabolique. »

Le cas de Braverman

La date de la marche du 11 novembre à Londres – qui coïncidait avec le week-end annuel du jour de l’Armistice – a accru les tensions autour de l’événement. Braverman voulait que la manifestation soit interdite. Le Premier ministre, Rishi Sunak, a également fait part de son mécontentement quant à la tenue de l’événement.

Le Premier ministre britannique Rishi Sunak et Suella Braverman, alors ministre de l’Intérieur, assistant à une table ronde sur le maintien de l’ordre au 10 Downing Street, dans le centre de Londres, le 12 octobre 2023. (Crédit : James Manning/Pool/AFP)

Mais le gouvernement n’a pas le pouvoir d’interdire les manifestations. Dans la capitale, ce pouvoir appartient au chef de la police métropolitaine, Sir Mark Rowley. Dans un premier temps, la police métropolitaine avait demandé aux organisateurs – une coalition dirigée par la Campagne de solidarité avec la Palestine (PSC), une organisation d’extrême-gauche – d’annuler l’événement. Toutefois, Rowley a finalement choisi de ne pas utiliser ses pouvoirs pour demander à la ministre de l’Intérieur d’interdire la marche. Comme l’a fait remarquer le commissaire, le seuil légal pour interdire une manifestation est élevé, rarement utilisé et, selon les services de renseignement, n’avait pas été atteint dans le cas de la marche de la PSC.

Suella Braverman – une populiste de droite qui aspire à la direction du parti conservateur – avait alors réagi en écrivant une tribune pour le journal The Times dans laquelle elle s’en prenait à la police et l’accusait d’appliquer deux poids, deux mesures.

« Les manifestants de droite et nationalistes qui se livrent à des agressions reçoivent à juste titre une réponse sévère, alors que les foules pro-palestiniennes qui ont un comportement presque identique sont largement ignorées, même lorsqu’elles enfreignent la loi de façon manifeste », a-t-elle déclaré. Le 13 novembre, Sunak a renvoyé Braverman lors d’un remaniement ministériel qui a vu l’ancien Premier ministre David Cameron revenir au gouvernement en tant que ministre des Affaires étrangères.

Quel que soit le bien-fondé de son plaidoyer contre la police, les propos de l’ancienne ministre de I’Intérieur – qui n’ont apparemment pas été au préalable approuvés par Downing Street – n’étaient que les derniers d’une longue série de controverses qui ont irrité Sunak et de nombreux députés conservateurs.

Dans une lettre cinglante adressée à Sunak, Braverman a accusé le Premier ministre de « ne pas avoir relevé le défi posé par l’antisémitisme et l’extrémisme de plus en plus vicieux qui se manifestent dans les rues de Grande-Bretagne ».

« J’en suis arrivée à vous demander instamment d’envisager une législation pour interdire les marches de la haine et contribuer à endiguer la vague croissante de racisme, d’intimidation et de glorification du terrorisme qui menace la cohésion de la communauté, » a-t-elle écrit.

Mais le renvoi de Braverman ne reflète pas une divergence d’opinion fondamentale au sein du gouvernement concernant les manifestations ou la nécessité de réprimer l’antisémitisme. Au contraire, le Premier ministre, une personnalité plus modérée, a perdu patience face à la rhétorique provocatrice de Braverman qui, selon ses détracteurs, a contribué à alimenter une contre-manifestation violente d’extrême-droite samedi.

En effet, quelques heures avant de licencier Braverman le 13 novembre, Sunak aurait élaboré un ensemble de mesures législatives visant à interdire les slogans provocateurs comme condition d’autorisation des manifestations et à prendre en compte « l’effet cumulatif » de plusieurs semaines de marches pour décider d’une interdiction.

Un manifestant tenant une pancarte sur laquelle on peut lire « Cruella » (en référence à Suella Braverman, alors ministre de l’Intérieur de la Grande-Bretagne), alors qu’il participe à la « Marche nationale pour la Palestine » appelant à un cessez-le-feu dans le conflit entre Israël et le Hamas, dans le centre de Londres, le 11 novembre 2023. (Crédit : Henry Nicholls/AFP)

La police s’est également empressée d’enquêter sur plusieurs personnes après la marche de samedi.Une femme enregistrée en train de crier « Mort à tous les Juifs » et un homme qui a proclamé : « Hitler savait comment s’y prendre avec ces gens » ont entre autres été interrogés. Le ministère de l’Intérieur a également annoncé qu’il avait commencé à révoquer les visas de ressortissants étrangers vivant au Royaume-Uni pour des comportements ou des propos antisémites présumés.

« Le fait est que les organisateurs de ces manifestations et leurs activistes les plus aguerris iront toujours jusqu’à la limite légale et qu’ils savent généralement où se situe cette limite », a souligné Dave Rich, directeur de la politique au CST. « Cependant, des personnes ont été arrêtées et inculpées cette fois-ci pour avoir dit et fait des choses pour lesquelles, il y a encore seulement deux ans, elles n’étaient pas arrêtées, et la loi n’a [pourtant] pas changé entre-temps ; c’est donc en partie le résultat d’une approche plus ferme de la part de la police, ce qui est très bienvenu. »

Est-il temps de revoir les lois anti-extrémisme du Royaume-Uni ?

Jonathan Turner, directeur-général de UK Lawyers for Israel, estime que la police britannique dispose « de larges pouvoirs pour lutter contre l’extrémisme et que le droit pénal britannique interdit la plupart des comportements problématiques – ou le ferait s’il était correctement appliqué ».

Néanmoins, selon lui, la manière dont ces pouvoirs sont utilisés pose quelques problèmes. « L’un d’eux est la tendance à supposer que les mots ont une signification intrinsèque telle qu’on la trouve dans un dictionnaire. Ce n’est pas le cas », affirme-t-il. « Le sens et l’effet des mots dépendent des circonstances et de l’auditoire. Les décideurs ont besoin d’une formation pour comprendre la signification des chants et des slogans pour différents groupes. »

Le sens et l’effet des mots dépendent des circonstances et de l’auditoire

Dans le même temps, les groupes pro-Israël et juifs estiment que si les lois britanniques contre le soutien ou la glorification des groupes terroristes – qui incluent à la fois le Hamas et le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah – sont claires, il existe une certaine ambivalence autour de la rhétorique extrémiste exploitée par certains activistes.

« Il y a eu des exemples évidents où des manifestants ont dit et fait des choses qui semblent devoir être [considérées comme] illégales, mais la police et les procureurs ont déterminé qu’elles ne l’étaient probablement pas », a expliqué Rich. « La situation reste floue et il se peut qu’une nouvelle législation soit nécessaire pour combler certaines de ces lacunes, car le type de manifestations publiques d’extrémisme que nous avons vu est clairement nuisible au bien-être des Juifs et de la société dans son ensemble. »

Des membres des Labour Friends of Israel avec le président Isaac Herzog, à Jérusalem, le 10 juillet 2023. (Crédit : Labour Friends of Israel)

« La prévalence de la haine anti-juive observée lors des manifestations anti-Israël est inacceptable », a ajouté Langer. « Les lois actuelles sur les crimes de haine et l’ordre public doivent être appliquées dans toute leur rigueur par la police et le CPS [Crown Prosecution Service], et nous accueillerons favorablement toute nouvelle législation s’il s’avère nécessaire de les renforcer. »

Michael Rubin, directeur des Labour Friends of Israel (LFI), fait partie de ceux qui demandent au gouvernement de réexaminer les lois anti-extrémisme du Royaume-Uni.

« La montée de l’antisémitisme et la glorification du terrorisme du Hamas dans les rues de Grande-Bretagne sont honteuses », a-t-il déclaré. « Le gouvernement doit agir immédiatement pour s’assurer que la police dispose des pouvoirs adéquats pour protéger la communauté juive et que ceux qui commettent des crimes de haine, glorifient le terrorisme et expriment leur soutien au Hamas soient confrontés à la pleine force de la loi. »

Le mois dernier, le président des LFI, le député Steve McCabe (Labour), a écrit à Braverman pour lui faire part d’un rapport publié en 2021 par la Commission sur la lutte contre l’extrémisme, qui mettait en garde contre un « gouffre béant dans la loi qui permet aux extrémistes haineux d’agir en toute impunité ».

Fait embarrassant pour les ministres, le co-auteur du rapport était Rowley. Aujourd’hui à la tête de la police métropolitaine, il a souligné que ses agents avaient les mains liées par les définitions juridiques de l’extrémisme.

Il ne sert à rien d’arrêter des centaines de personnes si elles ne sont pas poursuivies, cela ne fait qu’enflammer les choses

« La loi n’a jamais été conçue pour traiter l’extrémisme, il y a beaucoup à faire avec le terrorisme et les crimes de haine, mais nous n’avons pas de corpus juridique qui traite l’extrémisme, et cela crée un fossé », a-t-il récemment déploré. « Il ne sert à rien d’arrêter des centaines de personnes si elles ne sont pas poursuivies, cela ne fait qu’enflammer les choses. »

Le lien avec l’Iran

Mendoza estime qu’à long-terme, le seul moyen de résoudre la menace de l’extrémisme islamiste est de mettre en place « un programme d’intervention gouvernementale dans les communautés radicalisées ». Selon lui, les grandes lignes d’une telle approche ont déjà été esquissées dans une série d’études commandées par le gouvernement.

« Les voies existent déjà », selon Mendoza. « Nous avons juste besoin de dirigeants ayant le courage de les emprunter. »

La Secrétaire d’État à l’Intérieur du cabinet fantôme, Yvette Cooper, a indiqué qu’un gouvernement Labour réexaminerait les conclusions des différentes études gouvernementales sur l’extrémisme. Mais les experts se demandent si les principaux partis politiques britanniques sont réellement prêts à s’attaquer au problème.

« Treize années de gouvernements conservateurs n’ont pas permis de progresser sur cette question au-delà de la commande de divers rapports qui ne cessent de nous dire que le problème s’aggrave », a prévenu l’un d’entre eux qui s’est adressé au Times of Israel sous couvert d’anonymat. « Et si les conservateurs sont mauvais, nous ne pouvons qu’imaginer comment les travaillistes pourraient être pires – avec une grande majorité de musulmans britanniques votant pour les travaillistes et certains déjà prêts à déployer leurs muscles politiques sur quelque chose comme un cessez-le-feu à Gaza, comment pouvons-nous espérer une action sur la radicalisation et l’extrémisme sans déchirer les travaillistes ? »

Le chef du Parti travailliste britannique, Keir Starmer, à la Chambre des communes, à Londres, le 15 novembre 2023. (Crédit : Maria Unger/AFP/Parlement britannique)

Le Labour est actuellement divisé en raison du soutien résolu de sa direction à Israël et de son refus de soutenir les appels à un cessez-le-feu. Mais il a néanmoins parcouru un long chemin depuis que Keir Starmer, favori pour devenir Premier ministre après les prochaines élections générales, avait pris la tête du parti en avril 2020. Cela a été rappelé la semaine dernière lorsque l’ancien dirigeant d’extrême-gauche Jeremy Corbyn a refusé au moins 15 fois de qualifier le Hamas de groupe terroriste lors d’une interview télévisée.

Alors que Corbyn est associé depuis longtemps à l’Iran, la direction actuelle du Labour a adopté une approche beaucoup plus dure à l’égard de Téhéran. Le ministre « fantôme » des Affaires étrangères, David Lammy, a demandé à maintes reprises que le Royaume-Uni proscrive le Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI) de Téhéran.

Jusqu’au récent remaniement ministériel, le gouvernement était considéré comme divisé entre le ministère de l’Intérieur de Braverman, qui souhaitait interdire le CGRI, et le ministère des Affaires étrangères, qui craignait apparemment l’impact sur les opérations de collecte de renseignements du Royaume-Uni.

« La question est cruciale », a prévenu Kasra Aarabi, spécialiste de l’Iran. « Il existe une menace terroriste directe contre la communauté juive du Royaume-Uni émanant du CGRI », affirme-t-il. « Nous avons des preuves tangibles que le CGRI a dressé une liste de cibles juives et qu’il encourage de manière proactive la radicalisation islamiste et l’antisémitisme extrême au Royaume-Uni, en utilisant des tactiques identiques à celles des groupes terroristes proscrits – de l’État islamique (EI) à Al-Qaïda. »

Toutefois, note Aarabi, directeur de la recherche sur le CGRI à United Against Nuclear Iran, contrairement à l’EI et Al-Qaïda, le régime de sanctions britannique actuel contre le CGRI n’interdit pas à ce dernier de diffuser sa « propagande djihadiste » et de mener des opérations de « soft power » en Grande-Bretagne.

« Le fait de proscrire le CGRI en tant que groupe terroriste changerait fondamentalement la donne. Cela donnerait au gouvernement, à la police et aux entreprises du secteur de la high-tech le mandat d’imposer une interdiction totale de toute activité du CGRI, la propagande comprise. »

Aarabi estime que « l’horrible montée de l’antisémitisme » en Grande-Bretagne a rendu encore plus urgente l’interdiction du CGRI.

Au Royaume-Uni, des groupes liés au CGRI participent activement aux marches organisées à Londres et cherchent à propager un antisémitisme extrême.

Des soldats du Corps des Gardiens de la Révolution islamique participant à un exercice militaire près de l’île d’Abu Musa, au large de la ville de Bandar Lengeh, dans le sud de l’Iran, sur une photo fournie par le site officiel du CGRI. (Crédit : Sepah News/AFP)

« Le gouvernement a reconnu la menace terroriste émanant du CGRI, mais il n’a pas réussi à l’interdire », a déclaré Aarabi. « Plus cette situation perdure, plus la menace terroriste s’intensifie, notamment contre la communauté juive et la diaspora iranienne au Royaume-Uni, les deux principales cibles du terrorisme du CGRI. Toutes les preuves pour interdire le CGRI sont là – c’est juste la volonté politique qui manque. »

Les universités, un foyer d’antisémitisme

Comme le note le CST, chaque fois qu’Israël est en guerre, les actes antisémites se multiplient dans tout le pays. Toutefois, « une hausse importante » est généralement signalée dans les lieux d’enseignement et liés à ceux-ci. Depuis le début de la guerre contre le Hamas, il y a eu 77 incidents signalés dans les universités au Royaume-Uni – contre 56 pour l’ensemble de l’année 2022 – et 80 incidents signalés dans les écoles.

Dans une école primaire citée par le CST, un camarade de classe a, par exemple, demandé à un garçon juif : « Qui soutiens-tu, Israël ou la Palestine ? » « Israël », a-t-il répondu. Ce à quoi le garçon a répondu : « Je soutiens la Palestine, je veux tuer tous les Juifs. »

Lors d’un autre incident, des étudiants juifs portant une kippa à la célèbre université écossaise de St Andrews se sont pris des œufs. (Des adolescents de la région, et non des camarades de classe, seraient les auteurs de cet agression).

Selon Turner, les procédures de plainte non-abouties constituent un problème majeur sur les campus. « La tergiversation et la victimisation de ceux qui se plaignent semblent être monnaie courante », affirme-t-il. Turner a également cité la prévalence d’une « propagande anti-Israël vicieuse » dans le contenu des cours et les documents à lire. « La liberté d’expression doit exister, mais les contenus de piètre qualité académique ne devraient pas être acceptables », a-t-il souligné.

Citant une litanie d’incidents, dont des universitaires défendant les attaques du Hamas, le professeur Alan Johnson, rédacteur en chef du magazine Fathom et chercheur principal au Britain Israel Communications and Research Center, a déclaré que « rien de tout cela ne devrait être une surprise ».

« L’incitation intellectuelle contre l’existence d’Israël est le fonds de commerce des campus depuis des décennies. »

Il a noté que l’universitaire américaine Judith Butler avait remarqué en 2006 que les étudiants considéraient le Hamas comme « progressiste et faisant partie de la gauche mondiale ».

« C’est ce que beaucoup font depuis le 7 octobre », a affirmé Johnson. « C’est une véritable honte. »

Une partie de la solution, estime le Dr. Toby Simpson, directeur de la bibliothèque Wiener Holocaust, réside dans une meilleure éducation sur la Shoah. Selon lui, pour s’attaquer au problème de l’antisémitisme, il faut poser « des questions difficiles sur la manière dont nous encourageons la culture civique en Grande-Bretagne et ailleurs ».

Simpson a cité des recherches menées par la Claims Conference qui ont révélé d’énormes lacunes dans la connaissance populaire de la Shoah à travers le monde, en particulier chez les jeunes générations.

Alvaro Morata, à gauche, et Cesar Azpilicueta de Chelsea soutenant la campagne « Non à l’antisémitisme » sur le terrain d’entraînement du club à Cobham, en Angleterre, le 12 janvier 2018 (Crédit : Darren Walsh/Chelsea FC via JTA)

« S’il existe un espoir de lutter plus efficacement contre l’antisémitisme, il repose assurément sur le fait que la jeune génération continue à avoir conscience que la Shoah et l’antisémitisme sont des sujets importants sur lesquels elle veut en savoir plus », a affirmé Simpson. « Nous ne devons pas laisser tomber ces jeunes. »

Il y a cependant un point positif important dans ce sombre tableau : l’opinion publique britannique.

« La grande majorité du peuple britannique ordinaire et décent a ressenti une répulsion innée envers ceux qui cherchent à cibler les Juifs », a soutenu la directrice-générale du Jewish Leadership Council (JLC), Claudia Mendoza, dans le Jewish Chronicle mi-novembre. « Il est très facile de regarder les réseaux sociaux ou les récentes manifestations et d’imaginer que ces minorités marginales représentent l’opinion de tout le pays. Mais je vous demande de ne pas le croire. »

Mendoza a cité des travaux que le JLC a menés avec des experts de l’opinion publique et qui ont révélé que la population soutient le droit d’Israël à se défendre. Alors qu’environ un Britannique sur cinq déclare avoir plus de sympathie pour les Palestiniens que pour Israël, ils sont dix fois plus nombreux à avoir plus de sympathie pour Israël que pour le groupe terroriste palestinien du Hamas. Deux fois plus de personnes ont déclaré que le Hamas menait ses attaques dans le seul but d’assassiner des Juifs plutôt que pour défendre les Palestiniens.

Le président de la Knesset, Amir Ohana, à droite, serrant la main de Lord Eric Pickles, qui fait partie d’une délégation de la Chambre des Lords britannique en visite en Israël, le 29 mai 2023. (Crédit : ELNET)

James Frayne, associé fondateur de Public First, une agence de recherche sur les politiques publiques, est tout aussi clair sur la position de l’opinion publique britannique.

« La plupart des gens ont été horrifiés par les attaques terroristes contre Israël », a-t-il assuré. « La complexité de la politique au Moyen-Orient a fait qu’ils ont d’abord trouvé les manifestations confuses et lointaines. Plus récemment, cependant, beaucoup sont agacés par les désagréments résultant des manifestations de masse et furieux que la police n’ait pas suffisamment agit face à la violence sporadique. »

« Les Britanniques détestent l’extrémisme et ont le sentiment qu’il existe en marge des manifestations. Ces sentiments ne feront que croître dans les semaines à venir », a ajouté Frayne.

Un test crucial aura lieu le 26 novembre, la Campagne contre l’antisémitisme ayant appelé à une « Marche de solidarité nationale contre l’antisémitisme » à Londres.

La lutte contre l’antisémitisme n’est pas, comme le soulignent les principaux responsables politiques britanniques, une affaire qui concerne uniquement la communauté juive.

« L’antisémitisme menace les démocraties libérales et sape la vie communautaire », a affirmé Pickles.

« Au Parlement, nous sommes aux côtés de nos citoyens juifs car ils représentent une part fondamentale de l’identité britannique. Leur douleur est notre douleur. »

Pickles estime que le rôle de l’État juif dans cette bataille est essentiel.

« Israël est en première ligne dans la lutte contre le fanatisme et la barbarie », a-t-il déclaré.

« C’est pourquoi nous sommes fiers de soutenir Israël. »

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