La crise a conduit des milliers de citoyens à avoir faim. Que fait l’État ?
Rechercher
Un sans-abri à Jérusalem. Sous le Premier ministre Benjamin Netanyahu, Israël est devenu l'un des pays les plus inégaux du monde développé sur le plan économique. (Crédit : Yonatan Sindel / Flash90)
Un sans-abri à Jérusalem. Sous le Premier ministre Benjamin Netanyahu, Israël est devenu l'un des pays les plus inégaux du monde développé sur le plan économique. (Crédit : Yonatan Sindel / Flash90)

La crise a conduit des milliers de citoyens à avoir faim. Que fait l’État ?

Les associations caritatives assument seules le poids de l’insécurité alimentaire en raison du manque de financement public – et peut-être de volonté et de ligne directrice

Natali Digora, 48 ans, a quitté la Moldavie pour s’installer en Israël en 1997 et a travaillé jusqu’en mars dernier comme soprano à l’Opéra national d’Israël. Elle a perdu son emploi lorsque le ministère de la Santé a limité le nombre de chanteurs pouvant être sur scène en raison du coronavirus. Natali a fini par ne plus avoir assez d’argent pour acheter à manger. Au début, elle s’est contentée de ce qu’il y avait chez elle. Mais lorsque ses réserves et économies se sont épuisées, elle est restée plusieurs jours sans manger. « J’étais trop gênée pour demander de l’aide », dit-elle.

Avi Ohanan, 31 ans, originaire de Tel Aviv, dirigeait la cuisine des produits laitiers du Prima Music Hotel d’Eilat lorsque le COVID-19 a frappé et que les hôtels ont dû fermer. Habitué à manger de la bonne nourriture à l’hôtel – qu’il pouvait emporter chez lui -, il a dû soudainement choisir la façon dont il dépenserait ses maigres ressources financières. Son propriétaire a menacé de l’expulser s’il ne payait pas le loyer. « Je ne savais pas quoi faire », se souvient-il. « Je n’avais pas d’argent pour le loyer, l’électricité était coupée et je n’avais nulle part où aller. »

Digora et Ohanan ne sont que deux exemples de travailleurs qui avaient réussi et qui, en raison des conséquences économiques de la pandémie de coronavirus, n’ont plus assez d’argent pour manger.

Aidés par Leket, la banque alimentaire nationale, qui collecte des denrées alimentaires pour les redistribuer aux nécessiteux, ils font partie des quelque 124 000 nouvelles personnes qui ont rejoint les 1,87 million d’Israéliens (465 000 ménages) déjà confrontés à ce qui est appelé l’insécurité alimentaire.

Natali Digora, travaillant auparavant à l’Opéra d’Israël, à Tel Aviv, est une nouvelle venue parmi ceux confrontés à l’insécurité alimentaire suite aux conséquences économiques de la COVID-19. (Capture d’écran YouTube)

Le fait qu’ils aient été aidés par une organisation caritative plutôt que par le gouvernement n’est pas une surprise pour ceux qui travaillent dans ce domaine. Selon une estimation, l’État ne contribue qu’à hauteur de 2,5 % sur les plus de 2 milliards de shekels investis dans l’aide alimentaire, les organisations caritatives assumant la majeure partie du fardeau.

L’insécurité alimentaire a été définie comme l’incapacité de s’assurer un approvisionnement constant en denrées alimentaires contenant tous les éléments nutritionnels nécessaires au bon développement et à la santé. Si elle peut conduire à la malnutrition, ce n’est pas la même chose. En effet, c’est une cause première d’obésité. Elle est étroitement liée au développement de maladies et à une vulnérabilité accrue à des maladies telles que la COVID-19.

Chef Avi Ohanan. (Autorisation, Leket)

Vendredi, le journal Haaretz a publié un long article sur une nouvelle association caritative, Culture of Solidarity, née de la pandémie. Un noyau de trois bénévoles est devenu une organisation de 3 000 personnes qui a distribué plus de 30 000 colis de nourriture à travers le pays depuis le début de la pandémie de coronavirus en Israël.

Les trois fondateurs ont été choqués de découvrir qu’ils étaient sollicités par des travailleurs sociaux, des enseignants, voire des maires, pour aider des personnes n’ayant rien à manger. Les listes de personnes ayant faim qu’ils ont établies et remises aux services sociaux n’ont pas été suivies d’effet. Neuf mois après avoir lancé ce qu’ils considéraient comme un projet à court terme pour apporter un peu de douceur, tous trois ont réalisé que personne ne prendra le relais car, comme ils le disent, il n’y a personne.

« Les services d’aide sociale n’ont pas de solution »

« Je suis dans ce métier depuis 13 ans et c’est toujours la même chose », a déclaré Gidi Kroch, PDG de Leket, au Times of Israël. « Les gens se tournent vers les organisations à but non lucratif, et non vers les services d’aide sociale, parce qu’ils [ces derniers] n’ont pas de solution. De nombreux travailleurs sociaux n’ouvrent même pas de dossiers pour les personnes en situation d’insécurité alimentaire. »

Gidi Kroch, directeur-général de Leket Israel, avec des aliments « sauvés » qui, en raison d’une imperfection ou d’un problème esthétique, auraient été jetés à la poubelle, le 6 janvier 2015. (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israël)

Avec le passage d’Israël d’une économie socialiste à une économie capitaliste au cours des dernières décennies, l’investissement dans la protection sociale a chuté, l’emploi est devenu moins sûr et le prix des denrées alimentaires a augmenté. Aujourd’hui, les écarts socio-économiques en Israël sont parmi les plus importants du monde développé, un phénomène qui a déclenché des manifestations massives pour la justice sociale en 2011 qui ont fait descendre près d’un demi-million d’Israéliens dans la rue pour exiger des changements.

'The people demand social justice' was a catchphrase of the social protests that erupted around the country in the summer of 2011. The Trajtenberg Committee was established following the protests. (photo credit: David Katz/The Israel Project)
« Le peuple exige la justice sociale » était un slogan des protestations sociales qui ont éclaté dans tout le pays à l’été 2011. (David Katz/The Israel Project)

Cette année-là, le gouvernement avait créé un Conseil national de la sécurité alimentaire et confié la responsabilité de cette question au ministre de l’Aide sociale. En 2012, le ministère de l’Aide sociale a lancé le Projet national de sécurité alimentaire (NFSP – National Food Security Project) sous la direction du Conseil de sécurité alimentaire.

En 2014, le Conseil de sécurité alimentaire a calculé que 500 millions de shekels seraient nécessaires chaque année pour soutenir 120 000 familles. (Aujourd’hui, il estime le nombre de familles à 150 000.) Mais au moment où le projet a démarré, en 2017, il avait été réduit à un projet « pilote » de trois ans de 50 millions de shekels par an. Prolongé pour une quatrième année (des pourparlers sont en cours pour la prolonger jusqu’en juin prochain), il dispose actuellement d’un budget de 55 millions de shekels, auquel le gouvernement contribue à hauteur de 20 millions et les autorités locales et la Fellowship of Christians and Jews à hauteur de 6 millions chacun. Le reste est constitué de dons collectés par Eshel Jérusalem, la branche sociale du mouvement Habad.

Le professeur Aron Troen, directeur du Nutrition and Brain Health Laboratory à la faculté d’agriculture, d’alimentation et d’environnement de l’université hébraïque, et chercheur en politique de nutrition et de santé publique. (Louis Weil)

En fait, selon le professeur Aron Troen de l’Université hébraïque, dont l’un des étudiants diplômés a parcouru les états financiers de toutes les organisations caritatives alimentaires concernées opérant en 2019, le gouvernement n’a contribué qu’à hauteur de 2,5 % sur les plus de 2 milliards de shekels investis cette année-là pour lutter contre l’insécurité alimentaire – 20 millions du NFSP et environ 30 millions provenant de legs et d’autres sommes laissées au Dépositaire général du pays.

En 2019, le gouvernement n’a contribué qu’à hauteur de 2,5 % des plus de 2 milliards de shekels qui ont été consacrés à l’aide alimentaire

En 2014, un rapport du contrôleur de l’État a fustigé le ministère de la Protection sociale pour ne pas avoir financé le NFSP et le gouvernement pour ne pas avoir formulé de politique de lutte contre l’insécurité alimentaire. Le rapport indique que le fait que le gouvernement traîne des pieds et qu’il souhaite que le secteur à but non lucratif continue à assumer la plus grande partie de la responsabilité financière soulève des doutes quant à sa capacité à remplir ses obligations.

Ouvrant le document avec les mots « La pauvreté n’est pas une fatalité », le contrôleur a écrit que, si les individus sont responsables pour parvenir à leurs propres besoins, le rôle de l’État est de veiller à ce que ses citoyens puissent vivre dans la dignité, comme le prescrivent les lois fondamentales du pays, le droit international et la tradition juive.

Des bénévoles de Leket préparent des plateaux de nourriture pour les distribuer à des organisations gouvernementales et à but non lucratif qui livrent des repas aux personnes dans le besoin. (Autorisation : Leket Israël)

Le National Food Security Project est un partenariat public-privé qui réunit le ministère de la Protection sociale et des organisations caritatives telles que Leket, Eshel Jerusalem et Latet. Il travaille dans plus de 40 villes et fournit à 10 800 familles parmi les plus pauvres des bons d’alimentation, des produits secs et des fruits et légumes frais, des paniers d’une valeur de 500 shekels au total, chaque mois.

Parce que le gouvernement ne finance manifestement pas assez d’organisations sociales œuvrant au niveau local – Eli Cohen, directeur d’une autre organisation caritative, Pitchon Lev, a récemment déclaré à une commission de la Knesset que les départements municipaux de protection sociale « s’effondraient » sous la pression de la COVID-19 –, Eshel Jérusalem finance un coordinateur dans chaque autorité locale pour s’assurer non seulement que la nourriture est distribuée correctement, mais aussi que les familles puissent sortir du tourbillon de la faim.

Photo d’illustration d’une petite fille affamée cherchant de la nourriture dans un réfrigérateur vide. (chameleonseye, iStock photos at Getty Images)

Mais le projet ne touche qu’une fraction des personnes dans le besoin. En outre, comme il ne fait pas partie du budget de base de l’État, les fonds qui lui sont destinés doivent être approuvés chaque année. Sur fond de luttes intestines entre le Premier ministre Benjamin Netanyahu (Likud) et Benny Gantz, le leader de Kakhol lavan, le gouvernement n’a pas adopté de budget pour 2020. En janvier, le programme a dû être interrompu faute de fonds approuvés et n’a commencé à fonctionner qu’en mars. Puis le coronavirus a frappé et il a été reporté au mois de juin.

En attendant, le National Food Security Council n’a pas reçu de budget de fonctionnement de la part du gouvernement. Ses membres travaillent comme bénévoles et son statut est simplement consultatif.

« L’insécurité alimentaire s’aggrave pendant la pandémie, mais les gens ne reçoivent pas l’argent nécessaire à cause des considérations politiques », déclare Gidi Kroch, de Leket.

Troen, directeur du Nutrition and Brain Health Laboratory à la faculté d’agriculture, d’alimentation et d’environnement de l’Université hébraïque, effectue également des recherches sur les politiques de nutrition et de santé publique et conseille la division de la nutrition du ministère de la Santé. Il souligne que l’enquête la plus récente sur l’insécurité alimentaire a été menée par l’Institut national d’assurance en 2016. En utilisant des critères différents de ceux du Conseil national de la sécurité alimentaire, il a constaté que 18 % de la population – soit environ un demi-million de ménages – souffrait d’insécurité alimentaire, dont un tiers à un niveau grave.

Les gens ne reçoivent pas d’aide alimentaire à cause d’arguments politiques

Après la première vague de coronavirus, Troen a réuni une large coalition de professionnels pour tirer les leçons de cette expérience avant une deuxième vague. Le groupe a présenté ses conclusions aux ministères et organismes d’État concernés.

La pandémie, écrit-il, a mis en évidence les faiblesses et la « négligence de longue date » d’une politique gouvernementale étroite et non coordonnée. La question, poursuit-il, nécessite une coordination entre plusieurs ministères, mais « malgré les efforts de la division nutritionnelle du ministère de la Santé et de l’Autorité nationale d’urgence, il n’y a toujours pas de ligne directrice ».

Il s’est porté volontaire pour concevoir un questionnaire « tableau de bord » pour aider les autorités locales à repérer les personnes qui ont faim, de manière à traduire la dynamique de la situation.

Il ne sert à rien d’identifier de nouvelles personnes qui ont faim quand il est si difficile d’aider ceux que nous connaissons

Mais des fonctionnaires avec des années d’expérience dans ce domaine lui ont dit avec lassitude qu’il ne servait pas à grand-chose d’identifier les nouvelles personnes en situation d’insécurité alimentaire quand il était déjà difficile d’aider celles qu’ils connaissaient déjà.

M. Troen est particulièrement inquiet pour les enfants, qui sont vulnérables à des problèmes de développement chroniques s’ils ne se nourrissent pas correctement.

En temps normal, quelque 420 000 élèves ont droit à des repas scolaires. Mais comme l’a entendu lundi la commission spéciale de la Knesset sur les droits de l’enfant, le ministère de l’Education n’a pas distribué de repas aux élèves restés chez eux à cause du coronavirus et n’a aucune idée du nombre d’entre eux qui ont pu être nourris dans le cadre de programmes du ministère de la Protection sociale ou d’initiatives locales impliquant les municipalités et les organisations caritatives, en dehors de la National Food Security Initiative.

Le chef du Shas, Aryeh Deri, s’attaque à l’insécurité alimentaire à sa manière

Le ministère des Affaires sociales et son ministre, Itzik Shmuli du Parti travailliste – un des leaders des manifestations sociales de 2011 – sont assez bas dans la chaîne alimentaire politique.

Le ministre du Travail et des Affaires sociales Itzik Shmuli pendant une cérémonie au ministère, à Jérusalem, le 18 mai 2020. (Crédit : Shlomi Cohen/Flash90)

Ce n’est pas le cas d’Aryeh Deri, chef du parti ultra-orthodoxe Shas, qui dirige l’important ministère de l’Intérieur.

Deri – dont le soutien politique est essentiel pour Netanyahu – a obtenu 700 millions de shekels pour la sécurité alimentaire pour cette seule année – une somme sans précédent – après avoir menacé de ne pas approuver le plan économique du gouvernement sur le coronavirus. Mais comme ce n’est pas une responsabilité du ministère de l’Intérieur, il a dû réaliser quelques acrobaties pour obtenir la permission de distribuer des bons d’alimentation directement aux familles plutôt que par le biais de mécanismes existants tels que le National Food Security Project.

Le ministre de l’Intérieur Aryeh Deri à la Knesset, le 3 mars 2020. (Yonatan Sindel/Flash90)

De plus, à l’indignation des organismes travaillant sur le terrain depuis des années, et face à des accusations selon lesquelles Deri adaptait l’aide aux foyers Haredim dont les pères de famille étudient dans les yeshivot, il a précisé un seul critère : les familles éligibles doivent bénéficier de réductions de 70 % ou plus sur les taxes municipales.

Les familles Haredim, ainsi que les familles arabes, sont touchées par un nombre disproportionné de cas d’insécurité alimentaire, bien que d’autres groupes tels que les familles monoparentales et les personnes handicapées fassent également partie du tableau.

Demandant au contraire que le projet pilote du National Food Security Project soit élargi, le Forum israélien pour une nutrition durable a reproché au ministère de l’Intérieur de ne pas avoir pris en compte l’expérience acquise durant la pandémie par des organismes allant du National Emergency Authority et du Front intérieur à d’autres ministères, autorités locales et organisations caritatives. Les réductions sur les taxes municipales ne sont pas une mesure de lutte contre l’insécurité alimentaire, a souligné le forum. Il est plutôt essentiel d’utiliser des critères objectifs, comme ceux utilisés par le projet pilote, et d’avoir des objectifs mesurables, le tout visant à proposer des aliments de base sains à ceux qui en ont besoin, insiste-t-il.

En limitant l’éligibilité aux ménages bénéficiant de réductions d’impôts, on privera beaucoup de personnes qui n’ont connu que récemment l’insécurité alimentaire à cause de la pandémie et qui paient encore des taux normaux, selon le forum. En outre, l’intention du ministère de l’Intérieur de permettre aux bénéficiaires d’utiliser les bons pour acheter des biens de consommation autre que du tabac et de l’alcool, et ce pour une durée maximale de cinq ans, ne reflète guère l’esprit de la décision du gouvernement d’affecter les fonds spécifiquement à la lutte contre l’insécurité alimentaire qui a augmenté ces derniers temps.

Un village bédouin non reconnu dans le nord du Néguev. (Kobi Gideon/Flash 90)

Adalah, le Centre juridique pour les droits des minorités arabes, affirme que ce critère disqualifiera ceux qui n’ont pas demandé de réduction d’impôt municipal ou qui, pour des raisons bureaucratiques, n’en ont pas bénéficié, notamment les 90 000 Bédouins – qui sont pauvres même par rapport aux autres Arabes israéliens – qui vivent dans des villages non reconnus par l’État et qui n’ont donc aucun lien avec une autorité municipale.

Un sans-abri demande de l’argent dans les rues du centre de Jérusalem, le 13 avril 2014. (Crédit : Nati Shohat/Flash90)

D’autres ont souligné la nécessité de veiller à ce que des groupes tels que les femmes battues dans les refuges, les travailleurs migrants, les demandeurs d’asile et les sans-abri ne soient pas laissés pour compte.

Shmuli aurait déclaré qu’environ six personnes sur dix bénéficiant de l’aide alimentaire ne bénéficiaient pas de dégrèvements sur les taxes municipales.

Un haut fonctionnaire du ministère de l’Intérieur a déclaré lundi à la commission de la Knesset que les bons seraient distribués directement aux familles éligibles en six étapes, pour une valeur d’environ 100 shekels par membre de la famille. Ceux qui ne bénéficient pas de réductions pourront toujours en faire la demande, a-t-il dit.

« En Israël, nous avons créé un monstre »

Troen a déclaré au Times of Israël que l’augmentation de l’insécurité alimentaire due au coronavirus était un problème mondial appréhendé par des organismes tels que les Nations unies.

« Mais en Israël, nous avons créé un monstre », a-t-il dit. « Une énorme industrie philanthropique d’aide alimentaire s’est lancée dans un vide qui existe depuis près de 20 ans et il est difficile de ne pas sentir, en tant qu’observateur, que ce n’est pas seulement un exemple d’incompétence mais de négligence délibérée de la part de l’État. »

« Sous la contrainte, l’État a créé un Conseil national pour la sécurité alimentaire, sans lui accorder aucun financement. Nous savons que depuis 2003, un Israélien sur cinq est en situation d’insécurité alimentaire. Même lorsqu’une solution telle que le Projet national de sécurité alimentaire (NFSP) est trouvée, elle n’est mise en œuvre que de manière minimale, sous forme de projet pilote. »

Il est difficile de ne pas avoir le sentiment qu’il s’agit d’une négligence délibérée de l’État

Il a poursuivi : « Le gouvernement n’a pas la moindre idée de qui souffre depuis peu d’insécurité alimentaire. Il faut identifier qui est dans le besoin aujourd’hui, maintenant, et voir que ce que vous distribuez est réellement efficace. Mais nous n’avons pas d’objectifs, pas de critères, pas de mesures. Le gouvernement dit que ‘les autorités locales sont au courant, laissez les maires prendre les choses en main’, ce qui est bien dans les communautés fortes et soudées. Mais elles ne fournissent pas les ressources adéquates. »

Des personnes défavorisées déjeunent à Lasova (« Satiété » en hébreu), une soupe populaire à Tel Aviv, le 8 septembre 2019. (Crédit : MENAHEM KAHANA / AFP)

Le Forum israélien pour une nutrition durable [Israel Forum for Sustainable Nutrition], ainsi que des médecins de santé publique et des universitaires, exhortent le gouvernement à mettre en place un organisme doté d’une autorité capable de formuler une politique sur la base de données pertinentes et actualisées et d’assurer la coordination entre tous les organismes concernés. Ils affirment que le Conseil national de la sécurité alimentaire devrait être mis sur un pied d’égalité avec le prestigieux Conseil économique national, correctement financé par le gouvernement et géré par le bureau du Premier ministre pour conseiller en période normale et en période d’urgence.

Ils demandent également la baisse immédiate des prix des aliments sains de base, l’extension du projet pilote et l’assurance que des repas chauds seront mis à la disposition de tous les écoliers, sans exception, compte tenu du nombre croissant de parents au chômage à la maison qui ne sont pas dans la ligne de mire des autorités sociales.

Prof. Dov Chernichovsky. (Capture d’écran YouTube)

Le professeur Dov Chernichovsky, qui préside le National Food Security Council, a récemment déclaré au podcast « Hayot Kiss » de la chaîne de radio Kan que les dirigeants d’Israël et peut-être aussi son peuple avaient apparemment du mal à accepter que la faim règne dans leur Startup Nation.

Il n’est pas opposé à ce que le gouvernement sous-traite la réponse à l’insécurité alimentaire, mais a déclaré que la multiplicité actuelle des organisations caritatives était inacceptable, étant donné que les critères d’éligibilité varient entre les différentes organisations et qu’il n’y a pas de supervision globale du type de nourriture distribuée.

Peut-être, a-t-il dit, le gouvernement pourrait adopter le modèle des organisations de maintien de la santé – le pays en compte quatre – et laisser quelques grandes organisations prendre la responsabilité de l’aide alimentaire, selon des critères clairs et une garantie de financement public, qui pourrait être complétée par des dons.

Un porte-parole du ministère de l’Intérieur a déclaré que les critères d’éligibilité n’avaient pas encore été finalisés et étaient toujours en cours de discussion avec les ministères concernés.

Une porte-parole du ministère de la Protection sociale a déclaré qu’en dehors du projet de sécurité alimentaire nationale, le ministère avait distribué cette année 18 millions de shekels pour l’achat de nourriture lors de fêtes religieuses, ainsi que le même montant pour permettre aux grandes organisations caritatives de distribuer des bons alimentaires supplémentaires, et avait reçu 21 millions de shekels de la Fellowship of Christians and Jews pour fournir une aide alimentaire à la population générale.

Un montant supplémentaire de 11 millions de shekels a été acheminé par l’intermédiaire des autorités locales pour aider les personnes âgées, et 8 autres millions sont en cours de traitement. Grâce à la loterie d’État, 30 millions de shekels ont été envoyés aux autorités locales pour les aider à répondre aux besoins généraux face au coronavirus. Lors du premier confinement, 260 millions de shekels ont été distribués pour permettre aux autorités locales et au Commandement intérieur d’offrir des repas à 130 000 personnes âgées.

read more:
comments