Des centaines de milliers d’enfants israéliens victimes d’insécurité alimentaire
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Des centaines de milliers d’enfants israéliens victimes d’insécurité alimentaire

Du fait du coronavirus, 400 000 écoliers éligibles à un repas chaud sont coincés chez eux, et les ministères fuient leurs responsabilités, a appris une commission de la Knesset

Photo illustrative d'un enfant. (Xavier_S, photos i-Stock chez Getty Images)
Photo illustrative d'un enfant. (Xavier_S, photos i-Stock chez Getty Images)

La plupart des écoles ayant été fermées pendant des mois à cause du coronavirus, des centaines de milliers d’enfants dans le besoin n’ont pas pu bénéficier des repas chauds auxquels ils ont droit à l’école parce que les ministères et les autorités locales ont été incapables d’en coordonner la distribution, malgré les fonds disponibles.

L’incapacité du gouvernement à agir pousse les organisations caritatives d’aide alimentaire à prendre le relais tant bien que mal, c’est ce qui est notamment ressorti d’une réunion, mardi, de la Commission spéciale de la Knesset pour les droits de l’enfant.

Même le capitaine de l’équipe de football du Beitar Jérusalem, Idan Vered, s’est impliqué, inspiré par l’exemple de Marcus Rashford, de Manchester United, qui a lancé une campagne au Royaume-Uni pour mettre fin à l’insécurité alimentaire des enfants.

« Je suis un père », a déclaré le footballeur à la commission. « De mars à aujourd’hui, quelque 400 000 enfants ne reçoivent pas les repas auxquels ils ont droit à cause de la bureaucratie, et non de l’argent. C’est exaspérant. Certains d’entre eux ne peuvent pas étudier parce qu’ils ont faim ».

Et d’ajouter : « Notre jeune nation, qui sait comment faire la guerre, ne peut-elle pas trouver un moyen pour que ces enfants puissent manger ? ».

Le joueur du Maccabi Haïfa Idan Vered lors d’un match contre le Schalke 04 en phase de poules de l’Europa League, à Gelsenkirchen, en Allemagne, le 29 septembre 2011. (Crédit : AP Photo/Martin Meissner)

D’après la loi, environ 420 000 élèves des jardins d’enfants et des écoles primaires ont droit à un repas chaud quotidien.

Au début de cette année, le ministère des Finances a prévu un budget de 600 millions de shekels pour ce programme.

Puis, le 12 mars, le gouvernement a annoncé que les écoles fermeraient jusqu’après les vacances de Pessah en raison de la pandémie de coronavirus. Depuis, certaines classes d’âge ont repris le chemin de l’école, pour être ensuite renvoyées chez elles en raison de la propagation de l’épidémie.

Dès le premier confinement, le ministère de l’Éducation a cessé de distribuer des repas. Entre-temps, le ministère de la Protection sociale a indiqué à la commission que les repas qu’il a distribués à 100 000 foyers comprenaient quelque 35 000 enfants et jeunes, dont environ 18 000 figuraient sur les listes du ministère de l’Éducation.

Michal Menkes, vice-présidente pour l’éducation et l’administration communautaire de l’Union israélienne des autorités locales, a souligné qu’il était de la responsabilité du ministère de l’Éducation de s’assurer que les repas étaient distribués aux enfants et que les autorités locales, qui participent à leur distribution, avaient besoin non seulement des bonnes listes de noms (elles ont des listes séparées des ministères de l’Éducation et de la Protection sociale) mais aussi d’une aide sur le terrain. La situation en matière de sécurité alimentaire ne fait qu’empirer, a-t-elle averti.

Mme Menkes a déclaré qu’elle n’avait aucune idée du nombre d’enfants dans le besoin qui avaient reçu des repas, quel que soit le cadre, mais que « de plus en plus de personnes affamées se tournent vers nous, mais nous n’avons pas les budgets [pour y répondre]. Les organisations caritatives font ce qu’elles peuvent mais elles ne devraient pas se substituer à l’État ».

Haim Halperin, le fonctionnaire du ministère de l’Éducation responsable du programme en question, n’a pas été en mesure de fournir des chiffres sur le nombre d’écoliers ayant bénéficié des repas. Il a dit que la responsabilité de distribuer la nourriture avait été transférée au commandement du front intérieur de l’armée, mais qu’il n’avait pas reçu de rapports de leur part.

Lorsqu’un fonctionnaire du ministère de la Défense a affirmé qu’il avait été clairement établi que les militaires n’apporteraient pas leur aide pendant le second confinement, Haim Halperin a assuré : « Nous coopérerons avec quiconque voudra diriger cette opération, une fois que le gouvernement aura décidé qui en prendra la responsabilité ».

Ce dernier a poursuivi : « Un enfant confiné chez lui est un enfant avec une famille. Apporter un seul repas est pire que de ne rien apporter. La solution pendant la première période de confinement a été trouvée par les autorités locales, qui savaient quelles familles recevaient une aide alimentaire du ministère de la Protection sociale ».

Le député de la Liste arabe unie Yousef Jabareen assiste à une réunion de la commission à la Knesset, le 13 décembre 2016. (Yonatan Sindel/Flash90)

« Si vous me disiez que ces enfants reçoivent de la nourriture dans un cadre différent, je dirais que c’est bien », a commenté le président de la commission, Yousef Jabareen (Liste arabe unie), « mais vous ne pouvez pas dire cela parce que vous n’avez pas les chiffres ! Des dizaines de milliers d’enfants affamés ont reçu des repas chauds pendant des années, et aujourd’hui, personne ne peut me dire ce qui leur arrive ? Cela devrait tous nous empêcher de dormir la nuit ».

Haim Halperin a confirmé que l’argent qui n’est pas utilisé sur les 600 millions de shekels alloués aux repas scolaires revenait au Trésor public. Il n’a pas pu dire quelle part de cet argent a été utilisée jusqu’à présent cette année.

Sigal Shpitz-Toledano, le parent bénévole responsable de la sécurité alimentaire à l’Association nationale des parents d’élèves, a fait remarquer qu’avec les systèmes informatisés, l’affirmation du ministère de l’Éducation selon laquelle il n’avait pas de chiffres était un signe de mépris. « Les écoles savent où se trouvent les enfants affamés, y compris ceux qui viennent d’entrer dans cette catégorie à cause du coronavirus. Le ministère pourrait obtenir l’information en une semaine ».

Sigal Shpitz-Toledano de l’Association nationale des parents d’élèves. (Autorisation)

En l’absence de chiffres officiels, l’association a fait équipe avec un universitaire, le professeur Aron Troen de l’université Hébraïque, et a reçu des fonds du ministère de la Santé pour monter sa propre enquête, en hébreu et en arabe, sur les enfants en situation d’insécurité alimentaire.

« Ce n’est pas nous qui sommes censés cartographier cela », a rappelé Mme Shpitz-Toledano.

Elle a ajouté que le ministère de l’Éducation venait également de retirer les subventions pour les systèmes extra-scolaires, qui comprennent les repas, pour les élèves de CE2.

Cela fait suite à de nouvelles règles envoyées aux autorités locales il y a quelques jours, qui stipulent que désormais, les enfants des groupes péri-scolaires doivent rester dans les mêmes capsules que celles dans lesquelles ils se trouvent le matin à l’école. Un nombre plus restreint d’élèves de CE2 sont inscrits dans ces groupes et s’ils doivent rester dans des capsules, il devient économiquement moins viable d’employer du personnel, c’est pourquoi le gouvernement a retiré ses subventions.

Dans certaines localités, il n’y a même pas assez d’enfants de CP et de CE1 dans ces groupes d’activités périscolaires pour rendre ce système viable.

Shpitz-Toledano a déclaré au Times of Israel après la réunion que dans certaines régions, les structures périscolaires avaient complètement disparu, aucun des enfants ne recevant son repas chaud quotidien.

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