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Image principale : Portrait de Talik Gvili, mère du seul otage décédé restant à Gaza, Ran Gvili, 10 décembre 2025. (Crédit : Yossi Aloni/FLASH90)
Image principale : Portrait de Talik Gvili, mère du seul otage décédé restant à Gaza, Ran Gvili, 10 décembre 2025. (Crédit : Yossi Aloni/FLASH90)
Interview

La mère de Ran Gvili dit avoir confiance en Israël pour lui ramener son fils

Pour Talik Gvili, les gouvernements US et israélien font tout leur possible pour que le corps de Ran soit rendu avant que le cessez-le-feu à Gaza n’entre dans sa deuxième phase

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

Image principale : Portrait de Talik Gvili, mère du seul otage décédé restant à Gaza, Ran Gvili, 10 décembre 2025. (Crédit : Yossi Aloni/FLASH90)

Vendredi après-midi, après le rassemblement hebdomadaire organisé à Tel Aviv sur la place des Otages pour demander le retour du corps sans vie de Ran Gvili, le chef d’état-major de l’armée israélienne, Eyal Zamir, s’est arrêté de l’autre côté de la place, à l’entrée de la Kirya, le quartier général de l’armée israélienne, pour offrir son soutien à Itzik et Talik Gvili.

« Il y a lieu d’être optimiste », a déclaré Zamir aux Gvili.

« Nous comptons sur vous », lui a répondu Talik Gvili, la mère de Ran, vêtue d’un t-shirt à l’effigie de son fils et orné d’un ruban jaune frappé du chiffre 840, conformément au nombre de jours écoulés depuis l’enlèvement de Ran. « Nous comptons vraiment sur vous. »

Deux jours plus tard, dimanche, le cabinet du Premier ministre a annoncé que l’armée israélienne menait une opération à grande échelle visant à localiser le corps de Ran dans un cimetière du nord de la bande de Gaza.

Ran Gvili a été pris en otage par des terroristes, ainsi que 250 autres personnes de différentes nationalités, lorsque le Hamas a envahi le sud d’Israël le 7 octobre 2023. Plus de 1 200 personnes ont été assassinées durant cette attaque, qui a déclenché la guerre entre Israël et le Hamas à Gaza.

Tous les autres otages, vivants et décédés, ont été récupérés par Israël ou relâchés dans le cadre d’échanges, dont le dernier a contribué à sceller un cessez-le-feu fragile mais durable négocié par les États-Unis, que l’administration Trump espère voir passer à sa deuxième phase dans un avenir proche.

L’incapacité à récupérer le corps sans vie de Ran constitue toutefois un point de friction. Israël ne souhaite pas laisser l’accord passer à sa deuxième phase tant que le groupe terroriste du Hamas n’aura pas rempli son engagement de restituer l’ensemble des otages.

Vendredi, les Gvili, avec d’anciens captifs, des membres de leur famille, des amis et des sympathisants, s’étaient rassemblés pour une cérémonie de Kabbalat Shabbat sur la place, exhortant le gouvernement à ne pas passer à la deuxième phase de l’accord sur Gaza tant que Ran n’aura pas été rendu aux siens.

« Il aurait dû nous revenir dans le cadre du même accord ; je me sens simplement chanceux d’être ici », a indiqué l’ancien otage Segev Kalfon, s’adressant à la foule au sujet de sa libération en octobre dernier, dans le cadre de la première phase de l’accord sur Gaza.

De gauche à droite : Talik Gvili, Segev Kalfon, Itzik Gvili, Shira Gvili et Eitan Horn, sur la place des otages à Tel-Aviv, le 23 janvier 2026. (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)

Le lendemain, samedi, après l’arrivée des émissaires de Trump Steve Witkoff et Jared Kushner, pour une réunion avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu portant sur l’ouverture du poste-frontière de Rafah à Gaza, les Gvili ont fait une déclaration publique, demandant pourquoi la pression exercée pour faire avancer l’accord de cessez-le-feu s’adressait à Israël plutôt qu’au Hamas, qui refuse de rendre le dernier otage restant, leur fils.

À la maison — et au quartier général — à Meitar

« Tout le monde comprend, sauf Witkoff », a déploré Talik Gvili en début de semaine à son retour d’un autre voyage en Floride, cette fois à l’invitation de la philanthrope Miriam Adelson, qui l’a emmenée à bord de son jet privé au sommet national de l’Israeli-American Council. « J’ignore ce qu’il pense, même si je lui ai parlé à plusieurs reprises. Il est convaincu que le Hamas fera tout son possible pour retrouver Rani. Mais nous ne le croyons pas. »

Gvili se trouvait chez elle, à Meitar, après une conversation téléphonique avec Gal Hirsch, responsable gouvernemental en charge de la question des otages. La famille reçoit en effet deux à trois appels par jour, qui la tiennent informée des derniers développements de la situation.

Elle était habillée et maquillée pour une journée de réunions et d’entretiens. Une femme grande, imposante et pragmatique, qui sait ce qu’elle veut et ne mâche pas ses mots, même après avoir vécu dans cet état d’entre-deux, pendant les deux dernières années et trois mois.

Pour les Gvili, le gouvernement, l’armée et les forces de sécurité font tout ce qui est en leur pouvoir pour ramener leur fils chez lui.

« Nous avons obtenu de [Donald] Trump, le président américain, et de notre Premier ministre la promesse qu’ils feraient tout pour ramener notre fils. C’était un message très clair. Nous attendons désormais qu’il se réalise », a souligné Talik Gvili.

Talik Gvili assise chez elle à Meitar, le 20 janvier 2026 (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)

« Je suis en contact avec le Premier ministre », a-t-elle ajouté. « Il nous appelle, et si nous avons une question, il y répond. Je comprends qu’il y ait des pressions dont j’ignore tout ; je n’appartiens pas à ce cercle. Mais le Shin Bet, l’armée, les services de renseignement… Ils font tout leur possible pour le ramener, je le sais. »

Ran, son fils cadet, était membre de l’unité tactique d’élite Yassam de la police. Le 7 octobre 2023, il était en attente d’une chirurgie à la suite d’une fracture de l’épaule lorsqu’il a été informé de l’invasion du Hamas dans les communautés du sud, à 50 minutes en voiture de la maison familiale à Meitar, près de Beer Sheva.

Il a enfilé son uniforme, a enfourché l’une de ses motos et a foncé jusqu’au kibboutz Alumim, où il s’est battu pendant des heures contre les terroristes du Hamas.

« Nous savions où il se trouvait. Il nous avait envoyé sa position, une photo de sa blessure, et il était en contact avec son équipe. Il savait que des renforts étaient en route », a raconté sa mère.

Le sergent-chef Ran Gvili, officier de police. (Crédit : Autorisation)

Ce n’est que plusieurs jours plus tard que les Gvili ont appris que Ran avait été fait prisonnier.

Le 30 janvier 2024, l’armée israélienne a annoncé aux Gvili que, selon les renseignements dont elle disposait, Ran avait été tué et son corps emporté à Gaza.

Toutefois, aujourd’hui encore, elle garde un mince espoir qu’il soit encore en vie. La famille a reçu des photos en date du 7-Octobre montrant Ran arrivant inconscient à l’hôpital Shifa de Gaza. Il aurait ensuite été vu dans le quartier de Zeitoun, à l’arrière d’une moto.

Gvili a affirmé que l’on ne savait que peu de choses sur ce qui s’était passé ce jour-là, et notamment s’il avait reçu des soins médicaux pour ses blessures.

À ce jour, la famille parle toujours de Ran au présent, déterminée à croire qu’il y a encore une chance qu’il soit en vie.

« C’est l’espoir qui disparaît en dernier, n’est-ce pas ? », a déclaré Talik Gvili.

Silence stratégique

Jusqu’à l’annonce de la mort et de l’enlèvement de Ran, la famille est restée silencieuse, ne se joignant à aucune des luttes publiques menées par les familles des otages. Il était en effet risqué de parler d’un policier kidnappé à Gaza.

Gvili, qui exerce comme avocate spécialisée en droit de la famille, a fermé son cabinet. Un mois ou deux, voire trois, seraient nécessaires avant que son fils ne rentre à la maison.

« C’est toute votre vie qui change », a confié Gvili. « C’est comme être dans une cellule, en prison. »

Itzik et Talik Gvili, parents de Ran Gvili, lors du rassemblement du Forum des otages, le 22 novembre 2025. (Crédit : Paulina Patimer/Forum des otages)

Lorsque leur fils a été déclaré mort par l’armée israélienne, les Gvili ont commencé à s’adresser à la presse. Ils ont alors semblé s’aligner sur le Forum Tikvah, un groupe de familles d’otages plus restreint et plus belliciste, plutôt que sur le Forum des otages, un groupe plus important qui organisait chaque samedi soir des rassemblements sur la place des Otages, réclamant un accord avec le Hamas plutôt que de nouvelles pressions militaires sur Gaza.

Les Gvili étaient convaincus que le recours à la force contre le Hamas était l’unique moyen qui permettrait de ramener les otages à la maison.

« En tant que famille, nous estimions que la guerre ne devait pas être arrêtée, que nous ne pouvions pas simplement crier ‘La paix, la paix !’ et cesser de combattre », a confié Gvili. « Pour nous, tant que nous n’aurions pas durement frappé le Hamas et tant qu’il n’aurait pas compris qui commandait, il n’y aurait pas d’accord. »

Au cours des premiers mois qui ont suivi le 7-Octobre, a rapporté Talik Gvili, la famille a également critiqué son propre gouvernement qui, selon elle, tenait trop souvent compte des avertissements de l’administration Biden concernant la pression militaire à Gaza.

« Jusqu’à l’arrivée de l’administration Trump, qui s’est montrée un peu plus encline à maintenir la pression militaire, les Américains ne voulaient pas la guerre », a-t-elle expliqué. « Je pensais et je croyais que la bonne solution pour parvenir à un accord était de porter des coups durs au Hamas. »

Talik Gvili a reconnu qu’elle comprenait la position des familles des autres otages, leur souhait de mettre un terme aux combats à Gaza afin de parvenir à un accord et de ramener leurs proches auprès d’eux.

« C’est ce qu’ils estimaient être juste », a-t-elle ajouté. « J’étais convaincue que si nous mettions fin aux combats, alors nous ne reverrions plus jamais les otages. »

Il n’en reste qu’un

En octobre, les 20 derniers otages vivants ont été relâchés. Puis les corps sans vie de 25 captifs décédés ont été restitués.

Tout au long du mois de novembre, alors que le Forum des otages organisait des rassemblements hebdomadaires pour les derniers captifs restants, les Gvili se sont joints à l’initiative, persuadés que c’était la pression militaire à Gaza qui avait permis d’aboutir au cessez-le-feu.

Itzik Gvili, le père de Ran Gvili, otage assassiné, s’exprimant sur la Place des Otages, à Tel Aviv, le 29 novembre 2025. (Crédit : Uriel Even Sapir/Forum des familles des otages et disparus)

Lorsque le corps de l’ouvrier agricole thaïlandais Sudthisak Rinthalak a été restitué le 4 décembre 2025, Gvili est devenu le dernier otage restant.

Le Forum des otages a fermé ses bureaux et cessé d’organiser des rassemblements, faute de financement. Les Gvili ont choisi de poursuivre les rassemblements du vendredi après-midi sur la place des otages, organisés par un kibboutz différent chaque semaine, avec un rassemblement à Meitar le samedi soir.

La communauté de Meitar accueille de nombreux membres de la famille Gvili. Talik Gvili y vit depuis l’âge de 14 ans. Ses trois frères et sœurs y vivent également avec leurs familles, ainsi que ses parents. Son mari, Itzik, a également des frères et sœurs à Meitar.

« C’est fantastique », dit Gvili. « Cela vous donne le sentiment d’être vraiment entouré. »

Quand Gvili parle des rassemblements, elle sourit, émerveillée de voir tant de personnes venir apporter leur soutien.

Les Gvili avec les anciens otages Omri Miran et Eitan Horn et d’autres membres des familles endeuillées lors du rassemblement à Meitar, le 24 janvier 2026. (Autorisation)

« Des gens viennent de tous les horizons. Des haredim, des gens de droite et de gauche », raconte-t-elle. « Les gens ont compris que Ran n’est pas seulement notre fils, mais qu’il est le fils de tout le monde. Ils ont envie de faire quelque chose, mais il ne savent pas quoi. Cela me fait beaucoup de bien. »

Récemment, un samedi soir, l’ancien otage Eitan Horn et sa belle-sœur, Dalia Cushnir, ainsi que l’ancien otage Omri Miran et son père, Dani Miran, sont venus prendre la parole.

« Ils sont les seuls à comprendre, à ressentir cette attente et la pression de cette attente, et ils nous soutiennent. C’est ce que nous nous sommes promis, jusqu’au dernier otage », a déclaré Gvili. Simcha et Ayelet Goldin, le père et la sœur du soldat de l’armée israélienne Hadar Goldin, tué en 2014 et dont le corps a été retenu par le Hamas jusqu’en novembre dernier, sont pour elle une source constante de soutien, a-t-elle ajouté.

La maison des Gvili à Meitar est remplie de souvenirs de Ran, des bannières accrochées à l’extérieur à la longue table basse en bois et à la console que Ran avait fabriquées lui-même – l’un de ses nombreux passe-temps.

Le sergent-chef Ran Gvili, officier de police, a été confirmé le 31 janvier 2024 comme ayant été tué par des terroristes le 7-Octobre, son corps ayant été enlevé et emmené à Gaza (Crédit : Police israélienne).

La colline que l’on voit depuis la fenêtre du salon va bientôt verdir avec les pluies hivernales, a expliqué Gvili. C’est cette même colline que Ran aimait parcourir à moto. Une scène familière que l’on retrouve sur l’une des photos utilisées pour son affiche d’otage.

Un portrait réaliste en noir et blanc du visage de Ran, ouvert et souriant, créée par l’artiste Benzi Brofman, est accroché dans la cuisine, bien visible depuis la majorité des pièces du rez-de-chaussée.

« Nous ne vivons pas dans un mémorial », confie Gvili, « mais il fait partie de nous. »

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