Des milliers de personnes aux funérailles du lieutenant Hadar Goldin à Kfar Saba
Eyal Zamir a déclaré que la guerre de Gaza de 2014 avait pris fin avec le retour du corps de l’officier, onze ans après son assassinat et son enlèvement par le Hamas ; le tunnel où il était retenu a été détruit
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Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

Des milliers de personnes ont assisté mardi matin aux funérailles du lieutenant Hadar Goldin, le soldat tombé au combat en 2014 dont le corps a été rendu à Israël dimanche après onze ans de captivité.
À 9 h 05, en date du 1ᵉʳ août 2014, un peu plus d’une heure après le début d’un cessez-le-feu humanitaire de 72 heures décrété pendant l’Opération ‘Bordure protectrice’ à Gaza, des terroristes du Hamas étaient sortis d’un tunnel dans la partie sud-est de Rafah et avaient attaqué les soldats de l’unité de reconnaissance de la brigade Givati, tuant trois soldats, y compris Hadar – dont le corps sans vie avait été traîné dans le tunnel par les terroristes.
Hadar a été enterré au cimetière militaire de Kfar Saba, la ville où il est né et a grandi et où vivent ses parents.
« Nous nous souviendrons pour toujours », pouvait-on lire sur une banderole peinte en grandes lettres bleues suspendue au-dessus de la route menant au cimetière. Des soldats vêtus de l’uniforme vert et du béret violet de la brigade Givati de Hadar ont porté son cercueil recouvert du drapeau national jusqu’au cimetière.
Il s’agit des deuxièmes funérailles de Hadar, tué en août 2014. À l’époque, le rabbinat de Tsahal l’avait déclaré décédé afin de pouvoir procéder à l’enterrement juif et aux rituels de deuil. Sa famille avait alors organisé des funérailles à Kfar Saba, auxquelles avaient assisté des milliers de personnes, et observé la shiva – semaine de deuil traditionnelle.
Le chef d’état-major de l’armée israélienne, Eyal Zamir, ainsi que les membres de la famille et d’autres personnes, ont recouvert son cercueil de terre, avant les éloges funèbres.
Simcha Goldin a récité le Kaddish – la prière de deuil – pour son fils, sa chemise blanche déchirée en signe de deuil.
סגן הדר גולדין מובא למנוחות pic.twitter.com/XXo3z6vGLs
— חזקי ברוך (@HezkeiB) November 11, 2025
Lors des funérailles, le chef d’état-major de l’armée israélienne, le lieutenant-général Eyal Zamir, a déclaré que la guerre de Gaza de 2014 avait pris fin avec le retour du corps de l’officier, onze ans après son assassinat et son enlèvement par le groupe terroriste palestinien du Hamas.
« Combattants de la brigade Givati, camarades de Goldin, vous avez combattu à ses côtés lors de l’Opération ‘Bordure protectrice’. Vous vous êtes engagés et avez combattu avec courage dans la campagne actuelle. Pour vous, pour l’ensemble de Tsahal et pour le pays, la boucle est bouclée. L’Opération ‘Bordure protectrice’ est terminée », a déclaré Zamir.
« Aujourd’hui, nous accompagnons Hadar dans son dernier voyage, qu’il mérite depuis longtemps, après une période au cours de laquelle vous, chère famille, êtes devenus une boussole et une conscience pour tout le peuple d’Israël, une boussole que nous, dans Tsahal, continuerons à porter pour toujours. »
Zamir a déclaré que l’armée, tout comme la famille de Goldin, « n’avait jamais abandonné, pas même un instant », ses efforts pour ramener son corps.
שמחה גולדין והרמטכ״ל אייל זמיר pic.twitter.com/sG8UJJFdSG
— ישראל כהן (@Israelcohen911) November 11, 2025
« Le retour de Hadar est dû à la puissance opérationnelle de Tsahal et à ses réalisations tout au long de la campagne », a-t-il ajouté.
Simcha Goldin a prononcé l’éloge funèbre de son fils.
Simcha a décrit la capacité de son fils à créer des liens avec les autres. Il a dit que Hadar ne jurait pas et qu’il ne permettait pas à ses soldats d’utiliser un langage grossier. Il considérait cela comme une faiblesse et a invité l’assemblée à s’en inspirer.
« À travers toutes nos larmes, souvenez-vous toujours du sourire de Hadar ; nous n’avons d’autre choix que de poursuivre son chemin. Je vous demande d’agir comme Hadar et de devenir un peu plus Hadar », a-t-il déclaré, faisant référence au nom qui signifie « splendeur » en hébreu.
« Dans son livre de prières, Hadar récitait chaque jour cette prière : ‘Accorde à nos cœurs de voir les vertus de nos amis et non leurs défauts’ », a-t-il ajouté.
« Acceptez les paroles de Hadar et appliquez-les à vous-mêmes. »
Il a ajouté qu’au cours des onze dernières années, « nous l’avons abandonné dans la captivité de l’ennemi ».
La nation, a-t-il déclaré, « est devenue accro à l’argent, à l’honneur et au pouvoir ».
« Nous, la famille Goldin, avons constaté le grand déclin moral causé par l’abandon de Hadar. Nous n’avons pas réussi à convaincre la société israélienne, jusqu’à Simhat Torah, le 7-Octobre », a-t-il poursuivi.
« Hadar disait que pour gagner, il fallait de la compréhension, des capacités et de la volonté, et c’est exactement ce que les combattants, hommes et femmes, ont démontré au cours des deux dernières années. »
« Ils ont ramené Hadar en Israël et il n’y a plus de tombes vides au cimetière de Kfar Saba », a déclaré Simcha.
Les larmes aux yeux, il a salué son fils.
Simcha a appelé à la création de ce qu’il considère comme l’armée dont Israël a besoin, composée de tous les types d’Israéliens : juifs, druzes, bédouins, religieux, laïcs « et bien sûr haredim ».
« Nous sommes derrière vous, bonne chance à vous et à nous. »
Leah Goldin a également pris la parole lors des funérailles de son fils.
Elle a remercié toutes les personnes qui ont ramené son fils.
בדרכו האחרונה | לאה גולדין סופדת בדמעות לבנה, סגן הדר גולדין: "חיכינו לך 11 שנים, זה המון זמן. אנחנו פה בגלל כל הוראות ההפעלה שהשארת לנו ובגלל מי שאתה. חיכיתי שתקפוץ ותגיד שהכל בסדר. תדע שתמיד אהבתי אותך"
לכתבה – https://t.co/DOSqJXXeUF#משדר_מיוחד pic.twitter.com/rHMpuS4OnB
— C14 (@C14_news) November 11, 2025
« Hadar, nous t’avons attendu pendant onze ans, c’est long », a-t-elle déclaré.
« Très long. »
Elle a souligné qu’elle ne savait pas comment sa famille avait réussi à tenir pendant si longtemps. Chaque fois qu’ils se sentaient faiblir, quelqu’un disait : « Mais que dirait Hadar ? »
« Pourtant, j’ai continué à attendre que tu apparaisses soudainement et que tu dises : ‘Tout va bien’. »
« Je t’ai toujours aimé, Hadar. Repose en paix. »
Le commandant de la brigade Givati a rappelé que, dès le début de son service militaire, Hadar s’était distingué par son excellence.
« Il y a environ quatorze ans, j’ai été chargé de préparer la brigade pour le cours des commandants d’escouade. Plus d’une centaine de soldats de la brigade ont commencé la préparation. Je me suis assis avec toute l’équipe de commandants pour faire le point et choisir les stagiaires exceptionnels. J’ai demandé à chaque commandant d’écrire sur un bout de papier le nom du stagiaire qu’il recommandait pour son excellence. Le stagiaire que tout le monde avait choisi, c’était toi, notre frère Hadar », a raconté le colonel Netanel Shamaka.
« Tu étais le meilleur parmi les meilleurs. Même à l’époque, nous voyions en toi ces qualités très spéciales qui t’étaient propres. Chaque tâche qui t’était confiée, tu l’accomplissais avec excellence. »
Depuis le jour où Hadar a été tué et enlevé, le 1ᵉʳ août 2014, « nous avons formé toute une génération de combattants et de commandants à ton image », a ajouté Shamaka.
« Dans chaque cours de commandement, dans chaque programme de formation, nous avons raconté ton histoire, nous avons parlé de ton esprit, de ton sens des responsabilités, de ton intégrité et de ton professionnalisme. »
Shamaka a déclaré que, partout où la brigade Givati opérait pendant la guerre en cours contre le groupe terroriste palestinien du Hamas à Gaza, « nous n’avions qu’une idée en tête : te ramener ».
« Dans cette guerre… avec tous ses coûts douloureux et le lourd tribut que nous avons payé en tant que peuple, en tant qu’armée et en tant que brigade, nous avons clos le chapitre de l’Opération ‘Bordure protectrice’, un chapitre qui attendait depuis onze ans d’être clos », a-t-il ajouté.
חמי גולדין, אחיו של הדר גולדין ז"ל, במסר לארגון הטרור חמאס: "תסתכלו היטב על העם הזה שעומד כאן, על המשפחה הזו, כי עם משפחת עם ישראל לא מתעסקים. אם אתם חושבים לרגע שאתם מחזיקים עוד כמה מהחטופים – תחשבו שוב, כי אנחנו מחזירים את כולם"#משדר_מיוחד pic.twitter.com/sAg0kUW5xi
— C14 (@C14_news) November 11, 2025
Chemi Goldin, le frère aîné de Hadar, a vivement critiqué le gouvernement lors de l’éloge funèbre. Il a déclaré que les politiciens israéliens n’avaient cherché qu’à amasser de l’argent, à gagner des élections et à obtenir du pouvoir depuis que le corps de son frère avait été capturé.
Il a assuré à son frère qu’une nouvelle génération avait grandi : « une génération qui n’a pas besoin d’uniformes pour partir au combat, ni d’ordres pour monter dans les hélicoptères, ni de quoi que ce soit d’autre pour se battre les uns pour les autres. »
Il s’est ensuite adressé aux terroristes du Hamas à Gaza, qu’il a qualifiés de « méchants qui ne sont ni juifs, ni chrétiens, ni musulmans, mais qui ne sont faits que de boue et de saleté ».
« Regardez cette nation qui se tient ici, cette famille. Vous ne devriez pas vous en prendre à cette famille, la famille d’Israël. Si vous pensez avoir encore quelques otages, détrompez-vous, car nous ramènerons tout le monde. »
Tzur Goldin, le frère jumeau de Hadar, a déclaré que le terrorisme semé par le Hamas visait à briser Israël, à amener les Israéliens à se demander qui vaut plus et qui vaut moins, « pour nous briser de l’intérieur ».
« Notre victoire dans cette guerre, c’est que nous sommes tous là les uns pour les autres, tout Israël », a souligné Tzur.
« Nous ne nous abandonnons pas les uns les autres. Personne n’est laissé pour compte. »
Tzur a ajouté que, d’une certaine manière, son frère avait attendu pour revenir jusqu’à ce que tous les otages soient relâchés, mais il a souligné que cela valait également pour les quatre corps qui sont toujours détenus à Gaza.
« Il n’y a pas de Tzur sans Hadar », a-t-il poursuivi.
« Repose en paix. Ton histoire n’est pas terminée, c’est toute une nation qui t’a ramené à la maison. »
Edna Sarusi, qui était la fiancée de Hadar au moment de sa mort, a évoqué son esprit, qui, selon elle, repoussait toujours les ténèbres.
Elle a déclaré que voir son corps hier, à la base militaire de Shura, avait été « un moment de lumière et de vérité, où tout a enfin trouvé sa place ».
« Ce combat était si juste, car on ne laisse pas les soldats derrière, et maintenant que tu es à la maison, c’est si sacré de t’amener ici », a-t-elle ajouté.
« C’est exactement comme ça que ça devrait être. »
Sarusi a expliqué comment elle était devenue membre de la famille Goldin et comment elle avait appris à connaître les parents, les frères et sœurs ainsi que tous les proches de Hadar.
« Je n’ai pas pu t’épouser. Mais, j’ai appris à me battre pour les choses qui sont importantes pour nous. »
L’auteur-compositeur-interprète, acteur et réserviste israélien Idan Amedi, grièvement blessé au combat à Gaza, a lui aussi rendu hommage au soldat, lors de ses funérailles.
Amedi a évoqué sa rencontre avec le père de Hadar, Simcha, il y a de cela près de 10 ans, et son combat, aux côtés de la famille, pour ramener le corps de Hadar.
« Nous pensions qu’il y a avait des personnes qui faisaient tout pour ramener les otages. Mais nous avions tort », a expliqué Amedi en ajoutant que la famille du défunt pensait que, pour le gouvernement israélien, la libération des otages relevait d’une valeur israélienne et juive, mais que ce n’était pas le cas.
« Leur regard était vide », a poursuivi Amedi.
« Certains nous ont dit que c’était important mais pas stratégique, d’autres que la situation globale était complexe, d’autres encore qu’ils n’allaient pas se battre pour des cadavres. »
Il a par ailleurs déploré que les Gazaouis aient reçu de l’aide et des fonds alors même que le corps de Hadar était toujours retenu en otage.
« Le Hamas s’est préparé à un massacre et nous, nous avons mis le pied sur l’accélérateur », a regretté Amedi en ajoutant que les Goldin, plusieurs mois avant le 7-Octobre, avaient dit aux membres du gouvernement que les prochains otages n’étaient plus qu’une question de « temps ».
« Le 7-Octobre n’est pas une catastrophe, c’est une défaillance, on parle de catastrophe pour les tempêtes naturelles, les incendies, les accidents », a dit le chanteur.
הדקה הזאת של עידן עמדי מדבר צריכה להיות העדות הראשונה בוועדת החקירה הממלכתית שתקום כאן. צפו: pic.twitter.com/j031sgeWCb
— רואי ????️ (@Roi_) November 11, 2025
« Lorsque nous serons prêts à écouter, enquêter et corriger nos défaillances internes, alors seulement nous pourrons nous relever. Tous les signaux étaient là, il suffisait de lire. »
Il a ajouté qu’il était possible de se reconstruire une fois que les traumatismes et la crise étaient admis et les erreurs internes corrigées, et non en les mettant sous le tapis.
À la fin de l’éloge funèbre, Amedi a chanté « It’s Over », morceau composé il y a de cela six ans et chanté à plusieurs reprises avec les Goldin au fil des ans.
« C’est un jour difficile, mais je suis heureux parce que le retour d’Hadar était un rêve, et aujourd’hui ce rêve devient réalité », a déclaré à l’AFP Israel Blumshtein, 76 ans, un habitant de Kfar Saba qui avait gardé une photo du jeune homme dans sa voiture pendant des années.
« Pour moi, c’est très important qu’il soit de retour en Israël, parce que dans notre armée […] nous ne laissons personne derrière nous », a-t-il ajouté.
« C’est une forme de soulagement », a témoigné Aharon Gamzu, ingénieur en informatique de 48 ans, enveloppé dans un drapeau israélien.
« Nous allons tous à l’armée à 18 ans, et nous faisons confiance à l’armée, au pays, pour tout faire afin de nous ramener si quelque chose nous arrive », a-t-il ajouté, en évoquant ces onze ans d’attente comme une « période triste pour nous tous. »
Le directeur du Centre national de médecine légale d’Israël, Chen Kugel, avait déclaré la veille à l’AFP que le retour de Hadar avait apporté « un sentiment de conclusion, pour la famille, mais aussi pour tout le pays ».
« Il est maintenant en Israël, chez lui. Même si cette maison est une tombe. »
« L’histoire de Hadar est vraiment émouvante, touchante et exceptionnelle, c’est pourquoi nous avons désormais le sentiment d’avoir tourné la page », a déclaré Urit Uziel, un scientifique de 67 ans et voisin de la famille Goldin, présent aux funérailles.
À la fin des funérailles, la foule a entonné l’hymne national israélien, l’Hatikva.
L’AFP a contribué à cet article.
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