La réforme visant les agriculteurs fera-t-elle baisser les prix en Israël ?
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Des Israéliens achètent des légumes dans un magasin Osher Ad à Jérusalem, le 12 août 2021. (Crédit :  Sue Surkes/Times of Israel)
Des Israéliens achètent des légumes dans un magasin Osher Ad à Jérusalem, le 12 août 2021. (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)

La réforme visant les agriculteurs fera-t-elle baisser les prix en Israël ?

Le plan, qui prévoit d’augmenter les importations et de verser directement de l’argent aux exploitants, « risque de détruire l’ensemble du secteur », prévient un universitaire

Selon une étude du ministère de l’Agriculture, les détaillants majorent régulièrement les prix des fruits et légumes de 100 %, voire de 200 % dans certains cas.

Ces données semblent contredire les affirmations du ministre de l’Agriculture, Oded Forer (Yisrael Beytenu), qui a répété que les énormes majorations de prix pratiquées par les supermarchés n’étaient qu’un « mythe ». Forer cherche à faire baisser les prix à la consommation des produits en faisant passer des réformes controversées qui réduiront les taxes d’importation qui, jusqu’à présent, protégeaient les producteurs locaux – mais les agriculteurs insistent sur le fait qu’ils ne sont payés qu’une fraction de ce que les supermarchés facturent et qu’ils sont injustement visés par le plan gouvernemental.

Une enquête du ministère de l’Agriculture menée pendant la première semaine d’août sur 23 types de produits, des aubergines aux bananes, montre que les supermarchés facturent le double et parfois le triple de ce qu’ils paient aux agriculteurs, moins une déduction de 20 % pour le prix payé aux distributeurs.

Les marges les plus élevées sont constatées sur les dits « marchés urbains » – magasins de quartier, supérettes ouvertes 24 heures sur 24 et petites chaînes d’épicerie telles que Shufersal Sheli, Rami Levi BeSchuna, Mega Bair et Tiv Taam.

Ces magasins sont généralement situés dans les centres-villes ou dans les petites localités et constituent souvent la seule option pour ceux qui n’ont pas de voiture ou d’autres moyens de se rendre dans les grands supermarchés situés à la périphérie des municipalités ou dans les centres commerciaux de banlieue.

Les produits des grands supermarchés, appelés discount marts par le ministère, sont toujours majorés, parfois de plus de 100 %. Il faut toutefois noter qu’ils restent généralement deux fois moins chers que les marchés urbains, pour les mêmes produits présentés à la vente.

L’enquête du ministère montre que tous les articles vendus sur les marchés dits urbains – à l’exception de six d’entre eux – sont majorés de plus de
100 % par rapport au prix estimé versé aux agriculteurs.

Source : Bureau de recherche, d’économie et de stratégie du ministère de l’Agriculture ; chiffres du 1er au 7 août 2021.* Après déduction de 20% aux distributeurs.

Dans l’enquête, parmi les exemples les plus extrêmes, les tomates cerises – pour lesquelles l’agriculteur reçoit une rémunération moyenne de 5,95 shekels le kilo. Le prix moyen du kilo de tomates cerises, dans les magasins de la ville, s’élève à 18,54 shekels – ce qui correspond à une majoration de 212 %.

Des tomates cerises en vente dans un magasin Osher Ad à Jérusalem, le 12 août 2021. (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)

Les poivrons rouges, pour lesquels l’agriculteur est payé en moyenne 3,11 shekels, se vend sur les rayons des détaillants au prix de 9,05 shekels – soit une augmentation de 191 %.

Même les pastèques sont proposées à l’achat au prix de 3,21 shekels le kilogramme – soit 138 % de plus que la moyenne des 1,35 shekels qui sont remis à l’agriculteur.

Dans les grandes chaînes de supermarchés, qui comprennent des magasins tels que Rami Levy, Shufersal Deal, Victory et Mega, les tomates cerises sont vendues en moyenne à 14 shekels le kilo (soit une majoration de
149 %), les poivrons rouges à 6,79 shekels (une majoration de 118 %) et les pastèques à 2,14 shekels (59 % de plus que ce que ce qui est versé à l’agriculteur).

Une employée de la soupe populaire Lasova sert du pain aux nécessiteux dans la ville côtière israélienne de Tel Aviv, le 8 septembre 2019. (Crédit : Menahem Kahana/AFP)

Les prix élevés rendent les produits frais hors de portée pour de nombreux Israéliens – en particulier pour ceux qui n’ont accès qu’aux magasins les plus chers. Les fruits et légumes sont la base d’une alimentation saine, mais sans prix abordables, de nombreuses familles sont obligées de se tourner vers des aliments transformés, beaucoup moins bons pour la santé.

Selon le dernier rapport sur la pauvreté de Leket, la banque alimentaire nationale, quelque 656 000 familles israéliennes vivent actuellement dans une situation d’insécurité alimentaire – c’est-à-dire dans l’incapacité d’avoir accès à des aliments sains et nutritifs.

Abolition des barrières à l’importation

Selon le ministre des Finances, Avigdor Liberman, les prix des fruits ont augmenté de plus de 100 % et ceux des légumes de plus de 80 % au cours des 20 dernières années, alors que la consommation a chuté de 20 % – les Israéliens n’étant plus en mesure d’en assumer le coût. Les données officielles recueillies par l’État ont généralement confirmé ses affirmations : elles indiquent qu’entre 2000 et 2021, les prix des fruits et légumes ont augmenté d’environ 80 %, alors que les prix de tous les autres biens de consommation n’ont augmenté que de 33 %.

Liberman et Forer, tous deux membres du parti Yisrael Beytenu, cherchent à faire baisser ces prix en abolissant les barrières à l’importation et en ouvrant les agriculteurs à la concurrence étrangère.

Actuellement, la grande majorité des produits consommés par les Israéliens sont cultivés au sein de l’État juif – selon certaines estimations, ce chiffre pourrait atteindre les 90 %.

Selon le plan, les droits d’importation sur tous les fruits et légumes seront progressivement supprimés sur une période de cinq ans (en fonction du produit), et immédiatement sur les œufs, les avocats, les litchis et les ananas, précise le plan établi dans le projet de loi sur les arrangements économiques, qui accompagne le budget de l’État.

Des avocats en vente au marché Mahane Yehuda de Jérusalem, le 12 décembre 2011. (Crédit : Uri Lenz/Flash90)

Pour réduire la bureaucratie et faciliter davantage les importations, le gouvernement remplacera ses exigences sanitaires par une certification conforme aux règles internationales générales.

Les ministères des Finances et de l’Agriculture prévoient que ce plan permettra aux consommateurs israéliens d’économiser 2,7 milliards de shekels par an, ce qui équivaut à une économie de 840 shekels par an et par ménage, soit 70 shekels par mois.

« Vivons-nous dans un marché libre, en protégeant les producteurs israéliens, ou avons-nous un marché à la soviétique dans lequel un groupe se divise ses propres quotas ? », s’est interrogé Forer au micro de la Radio militaire au début du mois. « Je le dis : introduisons la concurrence et c’est moi qui aurais la charge de la rendre équitable. »

Un achat de citrons dans un supermarché Rami Levi à Jérusalem, le 12 août 2021. (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)

Les agriculteurs sont, sans surprise, irrités par le plan, qui augmentera la concurrence et pourrait leur faire perdre une grande partie de leurs activités. Ils maintiennent que ce ne sont pas les prix qu’ils pratiquent qui sont à l’origine de l’augmentation de la facture en termes de produits frais, et ils pointent plutôt du doigt les commerçants. Ils s’appuient sur les propres données du ministère de l’Agriculture qui montrent les marges élevées dans de nombreuses épiceries.

Les partisans du plan font remarquer qu’il est assorti de plusieurs programmes destinés à atténuer le choc pour les agriculteurs locaux, suivant un système de l’Union européenne, qui fournit une aide directe au lieu de subventions indirectes par le biais de taxes douanières, de contrôles des prix, d’allocations de quotas (accordées en Israël uniquement pour le lait et les œufs) et de réglementations.

Ainsi, dorénavant, les agriculteurs recevront 100 shekels par hectare de terre cultivée par an, l’État versant 420 millions de shekels au total pour les 4,2 millions d’hectares exploités. Un fonctionnaire du ministère des Finances ayant connaissance du plan a déclaré que le chiffre était à peu près égal à 2,5 % de l’industrie totale, ce qui correspond à un profit de
2,6 % qui serait réalisé sur les produits par les supermarchés, selon un comité interministériel.

Le professeur Ayal Kimhi de l’Université hébraïque, vice-président de l’institution Shoresh pour la recherche socio-économique, explique que, si les paiements directs sont une bonne chose et fonctionnent dans les faits, le chiffre avancé est « tellement insuffisant que tout le secteur agricole pourrait s’écrouler ».

Le professeur Ayal Kimhi, directeur du département d’économie et de gestion de l’environnement de l’Université hébraïque. (Crédit : autorisation)

Ce chiffre, a-t-il dit au Times of Israel, provient de l’Union européenne, où l’on trouve de grandes étendues de pâtures, et ne reflète en rien les dizaines de milliers de shekels versés dans l’agriculture intensive de légumes et de fruits. « Si les prix baissent suite à la réduction des taxes d’importation, les agriculteurs vont tout simplement abandonner leurs exploitations », avertit-il.

Kimhi note que les prix des fruits et légumes en Israël sont toujours moins chers en moyenne que dans les autres pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) – ils étaient ainsi 5 % moins chers dans l’analyse la plus récente de l’OCDE, réalisée en 2017.

En Europe, le processus de l’adoption du principe de paiements directs aux agriculteurs a pris deux décennies. « Abaisser les droits de douane à l’importation, c’est bien, mais il faut le faire lentement, prudemment, et s’arrêter à chaque fois pour analyser le résultat. Cinq ans, c’est trop rapide », estime Kimhi.

Les partisans du plan notent que la suppression des droits de douane sur les aliments pour animaux, les pesticides et autres matériaux réduira les dépenses des agriculteurs. Des allègements fiscaux seront accordés pour encourager les investissements en capital dans l’agriculture ; des subventions seront offertes pour l’achat d’équipements de pointe tels que des robots capables de récolter les fruits automatiquement ou pour acquérir de meilleures semences et autres avancées technologiques. De surcroît, des fonds seront affectés à la recherche, à l’innovation et à l’efficacité.

Selon les experts, la croissance démographique annuelle de 2 % d’Israël, la plus rapide du monde développé, signifie que le pays devra importer davantage ou que les agriculteurs devront trouver des moyens de tirer un meilleur rendement de la terre. Selon le fonctionnaire du ministère des Finances, Israël ne dispose plus que de 20 000 hectares de terres cultivables qui ne sont pas déjà exploitées.

Au cours des cinq dernières années, a-t-il ajouté, les rendements ont à peine bougé.

Shai Hajaj, président de l’instance de coordination qui réunit toutes les autorités régionales rurales, a récemment déclaré au micro de la Radio militaire que les agriculteurs étaient prêts à voir les tarifs baisser, si cela était fait en consultation avec les exploitants de manière progressive et avec un contrôle approprié. « Les droits de douane ont été abaissés sur le bœuf importé et les prix n’ont fait qu’augmenter », a-t-il noté.

Des agriculteurs israéliens manifestent contre le projet des ministères des Finances et de l’Agriculture d’ouvrir le marché des fruits et légumes aux importations, à Jérusalem, 1er août 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Remise en question des chiffres

Selon Kimhi, il y a plusieurs raisons qui expliquent l’augmentation si spectaculaire des prix des fruits et légumes. Dans un récent article du quotidien économique Globes, il remarque que les Israéliens consomment davantage de produits exotiques et veulent manger des fruits et légumes frais hors-saison, ce qui est plus coûteux à produire. Il explique que les restrictions sur les pesticides obligent les producteurs à utiliser des solutions plus onéreuses ; que les conditions météorologiques extrêmes, qui peuvent endommager les cultures, sont de plus en plus fréquentes ; et que les coûts qui viennent s’ajouter – tels que l’eau et la main-d’œuvre – augmentent. Enfin, il souligne le conglomérat des détaillants et des grossistes, qui s’est accéléré ces dernières années.

Un rapport du contrôleur d’État de 2019 cite une enquête du ministère de l’Agriculture, réalisée en 2015, qui avait estimé que « la structure centralisée dans les secteurs de la vente en gros et au détail du marché des fruits et légumes frais, contrairement à la nature dispersée du marché agricole, crée des relations de pouvoir inégales entre les agriculteurs et les grands détaillants, ce qui est susceptible de nuire aux agriculteurs… » La nature du produit agricole affaiblit également le pouvoir de négociation des agriculteurs, car les fruits et légumes sont des biens périssables que l’agriculteur doit vendre en peu de temps « quel qu’en soit le coût ».

« Les grandes entreprises ne déterminent pas seulement les prix », s’exclame Gadi Horowitz, un agriculteur de troisième génération qui cultive des mangues et des olives sur 15 hectares dans le nord d’Israël. « Vous pouvez envoyer un camion à la station de conditionnement et les chaînes de magasin peuvent vous renvoyer les fruits, en vous faisant savoir qu’elles n’en veulent pas parce qu’ils sont trop petits ou trop mous. Alors vous les jetez. »

Non seulement les prix élevés ne profitent pas aux agriculteurs, mais ils les heurtent de plein fouet, affirme-t-il.

« Le consommateur achète moins parce que c’est trop cher et les magasins, à cause de ça, n’écoulent pas leur stock comme ils le devraient », continue-t-il. « Ainsi, deux ou trois jours après, la chaîne de magasins revient vers l’agriculteur et lui demande de ne plus rien cueillir. Mais je dois bien les cueillir sur l’arbre, ces fruits, et je ne peux pas les congeler ! »

L’ancien ministre de l’Agriculture Tsahi Hanegbi (à gauche) et Shai Hajaj, président du Centre des conseils régionaux et chef du conseil régional de Merhavim dans le sud d’Israël, s’expriment lors d’une confab (discussion) d’urgence sur la production alimentaire à l’ombre du coronavirus, en mars 2020. (Autorisation)

Horowitz ajoute qu’il n’est pas opposé aux importations, notamment en provenance de pays vers lesquels Israël exporte des produits tels que des carottes, des pommes de terre, des avocats, des mangues, des dattes et des pitayas (fruits du dragon). « Si nous ne leur permettons pas d’exporter chez nous, ils ne voudront pas de nos importations », note-t-il.

Mais, souligne-t-il, les importations devraient se limiter aux produits difficiles à cultiver en Israël, comme les asperges ou les fruits des bois, ou qui ne sont pas de saison à un moment précis.

M. Kimhi se montre également sceptique concernant l’idée que le renforcement des importations pourra résoudre le problème des prix élevés des produits agricoles.

« Certains pensent que nous pouvons tout importer et que tout ira bien. Aujourd’hui, les tomates et les concombres sont importés de Turquie et de Jordanie », dit-il. « Mais qu’arrivera-t-il si le changement climatique affecte l’approvisionnement en eau et que les prix augmentent ? »

Et en ce qui concerne les importations en provenance d’Europe, la distribution est coûteuse et elle passe par un importateur qui doit aussi gagner de l’argent.

« Je ne suis pas sûr qu’elles seront moins chères », affirme-t-il.

Un porte-parole du ministère de l’Agriculture a attribué les prix élevés à « la volatilité des prix des produits agricoles, car il s’agit d’un produit affecté par les conditions climatiques, les maladies et les parasites. Ces fluctuations se reflètent également dans nos rapports hebdomadaires. »

Équité des conditions de concurrence

Horowitz fait remarquer que les 15 000 shekels qu’il recevra chaque année dans le cadre du nouveau programme couvriront sa facture d’eau pendant environ deux semaines.

Malgré la relative sécurité de l’eau en Israël, résultant du dessalement et de l’épuration des eaux usées, les agriculteurs israéliens doivent payer 1,5 à 2,8 shekels par mètre-cube d’eau, alors qu’en Europe, où la pluie est abondante, l’eau coûte beaucoup moins cher.

« Si vous voulez de la concurrence, il faut des conditions égalitaires. La concurrence doit être équitable », dit Hajaj.

Les coûts de la main-d’œuvre désavantagent également les agriculteurs israéliens, expliquent ces derniers. Étant donné que peu d’Israéliens travaillent dans l’agriculture, les producteurs doivent faire venir des travailleurs étrangers en Israël pour effectuer le dur labeur manuel, mais ils sont limités par le nombre de permis que le gouvernement leur accorde, ce qui fait grimper les salaires.

Sarit Uziely, qui cultive des avocats dans le nord d’Israël, confie au Times of Israel qu’elle a versé à un travailleur thaïlandais un salaire brut de 8 248 shekels pour rémunérer 26 jours de travail le mois dernier (temps plein plus heures supplémentaires), à un taux horaire de 29,12 shekels.

Selon les données compilées par l’Organisation internationale du travail, les hommes israéliens travaillant dans l’agriculture ou la sylviculture ont un salaire mensuel moyen de 3 127 dollars, tandis que ceux qui travaillent en Turquie, l’un des principaux importateurs de produits israéliens, ne gagnent que 713 dollars.

Le porte-parole du ministère de l’Agriculture note pour sa part que la réforme permettra d’augmenter les quotas de travailleurs étrangers.

Les agriculteurs souhaiteraient également que le gouvernement réexamine l’obligation, pour les exploitants, de fournir des pensions ou d’autres avantages aux travailleurs étrangers.

« Il n’est pas logique de verser une pension à un agriculteur thaïlandais de 20 ans. Nous devons lui offrir une assurance-maladie et veiller à ce qu’il vive correctement, mais tous les suppléments qui s’ajoutent se répercutent sur le prix des fruits », explique Horowitz.

Un ouvrier agricole thaïlandais en Israël. (Crédit : Hadas Parush/Flash 90)

Des majorations de plus de 100 % ? À l’étranger, c’est pire

Le fonctionnaire du ministère des Finances, proche du dossier, déclare ne pas avoir connaissance des chiffres hebdomadaires recueillis par le bureau de recherche du ministère de l’Agriculture et il préfère se concentrer sur trois études, réalisées par différents groupes à différentes périodes qui ont toutes, selon lui, tiré la même conclusion : ce ne sont pas les détaillants et les grossistes qui endossent la responsabilité de la hausse des prix.

La première, réalisée par le Centre de recherche et d’information de la Knesset, avait été publiée en 2014 et se basait sur des données de 2013. Elle notait que, si l’écart entre les prix fixés par les agriculteurs et ceux fixés par les détaillants était en moyenne de 103 % pour les légumes et de 84 % pour les fruits, les écarts ailleurs dans le monde étaient encore plus élevés – citant, par exemple, un écart de 335 % pour les légumes et de
203 % pour les fruits aux États-Unis.

Prenant aussi l’exemple de la pomme de terre, elle citait un écart de 66 % en Israël contre 195 % en Europe. Pour les carottes, cet écart était de 133 % au sein de l’État juif contre 167 % en Europe.

La deuxième étude avait été réalisée par la Commission interministérielle chargée de fixer les prix – une commission composée de fonctionnaires issus des ministères des Finances et de l’Agriculture. Le panel, a noté le fonctionnaire qui s’est exprimé auprès du Times of Israel, avait ordonné aux grandes entreprises de distribution de fournir des informations sur leurs prix et leur rentabilité.

La Commission avait terminé ses travaux en 2019 après avoir conclu que le bénéfice opérationnel moyen des chaînes (net de toutes les dépenses, à l’exception des paiements d’intérêts et des impôts) était de 2,7 %, que le bénéfice pour les fruits et légumes était de 2,6 % et que ces chiffres étaient plutôt bons par rapport à ceux d’une société américaine étudiée – dont le bénéfice opérationnel était de 5,4 % – et à ceux d’une grande société néerlandaise (4 %).

L’étude avait constaté que le bénéfice opérationnel des grossistes était passé de 5,7 % en 2017 à 3,8 % en 2017.

Un verger dans la vallée de Jezreel, dans le nord d’Israël, le 15 juillet 2013. (Crédit : Yaakov Naumi/Flash90)

La troisième étude utilisée par le ministère des Finances a été publiée cette année par l’Autorité israélienne de la concurrence. Cette dernière avait été chargée d’enquêter sur la cause de la hausse des prix, qui, selon le fonctionnaire qui s’est entretenu avec le Times of Israel, a dépassé la hausse des coûts du logement au cours des deux dernières décennies. L’autorité a conclu que ni les détaillants ni les grossistes n’étaient responsables de cette augmentation – bien qu’elle n’ait pas cherché à savoir si les agriculteurs, pour leur part, en tiraient des bénéfices.

« Ils n’avaient pas les données pour les agriculteurs », indique le fonctionnaire. « Personnellement, je n’ai pas trouvé de conclusions sérieuses concernant les agriculteurs. »

Sur les questions des coûts de l’eau et de la main-d’œuvre, le fonctionnaire estime qu’Israël a des avantages comparatifs dans certains domaines, et des désavantages dans d’autres.

Un champ irrigué au goutte-à-goutte dans le sud d’Israël. (Crédit : Kobi Gideon/Flash90)

Il dit que le ministère n’a pas vu de consolidation du côté des importateurs – ce qui, selon certains, serait l’une des causes de la hausse des prix dans d’autres secteurs de l’économie.

Interrogé sur la réforme agricole proposée, un porte-parole du Conseil israélien des consommateurs affirme soutenir « toute mesure visant à réduire le coût de la vie et les prix des denrées alimentaires, y compris pour les fruits et légumes en Israël ». Mais le porte-parole ajoute qu’il faut impérativement trouver un moyen de faire baisser les prix pour les consommateurs « sans nuire aux agriculteurs et à l’industrie agricole en Israël ».

Le conseil a fait remarquer que des prix abordables sont également déterminants pour assurer la sécurité alimentaire. Pour cela, il est important « d’examiner en profondeur » l’ensemble du parcours des produits alimentaires, du producteur aux rayons des magasins, afin d’identifier les raisons des prix élevés.

Shufersal, le plus grand réseau de supermarchés d’Israël, a refusé de réagir à cet article.

Rami Levi, fondateur et chef de l’empire des supermarchés qui porte son nom, explique au Times of Israel qu’il s’oppose aux paiements directs, craignant que de nombreux agriculteurs acceptent l’argent mais ne cultivent plus.

Rami Levi dans son supermarché à Jérusalem, le 23 juin 2016. (Crédit : Miriam Alster / FLASH90)

Au lieu de cela, a-t-il dit, l’État doit aider les agriculteurs à faire face aux coûts en termes d’approvisionnement en eau, de main-d’œuvre et lors de l’achat de produits chimiques agricoles – mais il doit en retour exiger des rendements plus élevés.

Levi insiste sur le fait que son réseau de distribution réduit de 20 % le prix négocié avec l’agriculteur pour couvrir ses coûts, puis ajoute environ 22 % au prix de détail.

« Si l’offre est suffisante et que les prix locaux sont compétitifs, il ne sera pas nécessaire d’importer », conclut-il.

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