Laissons de côté les injures et concentrons-nous sur la défaite de l’Iran
Ce qu’il faut, c’est une version polie de 'Mais qu’est-ce que tu fous ?' non pas de Trump à Netanyahu, mais de Netanyahu à Trump. Cela devra être suivi d’un effort de la part des 2 alliés pour déterminer où et pourquoi cette guerre a si manifestement échoué
À plusieurs reprises, alors qu’il s’en prenait à ses rivaux politiques et qu’il défendait son propre leadership, Benjamin Netanyahu a déclaré que la qualité fondamentale d’un Premier ministre israélien était d’avoir la détermination nécessaire pour dire « non » au président des États-Unis.
Il l’a souligné lors de discours publics, lors de réunions en petit comité et depuis la tribune de la Knesset. En février 2022, pour ne citer qu’un exemple, alors qu’il avait été, à son grand désarroi, brièvement évincé du poste de Premier ministre par la coalition Naftali Bennett-Yaïr Lapid, il avait déclaré au Parlement : « Le Premier ministre d’Israël doit posséder une seule et unique capacité – sans laquelle il ne peut occuper ce poste : il doit être capable de dire un seul mot au président des États-Unis. Et ce mot, c’est : Non. »
Et le fait est que Netanyahu a dit « non » à des présidents américains – notamment lorsqu’il s’est opposé à la campagne menée par Barack Obama en faveur de l’accord médiocre de 2015 qui était destiné à contrer les efforts de l’Iran pour se doter de l’arme nucléaire. Il a déclaré à Obama que cet accord permettrait en réalité au régime de progresser vers la bombe, ce qui s’est avéré être exact, et il a tenté de rallier le Congrès américain à sa cause et à celle d’Israël. Sans succès.
De toute évidence, malgré le risque particulièrement élevé de s’opposer à l’actuel président américain – colérique, imprévisible et déconcertant – Netanyahu a une nouvelle fois tenté de dire « non » à un dirigeant du monde libre quant à la manière dont Trump menait la lutte pour renverser le régime iranien, ce régime aux aspirations génocidaires. Plus précisément, cette semaine, il s’agissait de contrer les attaques de plus en plus intenses et étendues qui étaient lancées par l’armée terroriste du Hezbollah, une armée soutenue par l’Iran, au Liban.
Il est peu probable que Trump ait réellement prévu d’injurier Netanyahu lors de leur conversation de lundi, au cours de laquelle le président américain aurait exigé avec rage de savoir : « Mais qu’est-ce que tu fous, bordel ? » avant les frappes aériennes israéliennes prévues contre le bastion du Hezbollah – la Dahiya -, dans la banlieue de Beyrouth. Il aurait aussi hurlé au téléphone, disant au Premier ministre quelque chose comme : « T’es un putain de fou. Tu serais en prison sans moi. Je te sauve la mise. Tout le monde te déteste maintenant. Tout le monde déteste Israël à cause de ça. »
Mais l’utilisation du mot en « p » n’est pas nouvelle : à la fin de la guerre de douze jours contre la République islamique d’Iran, Trump avait publiquement fustigé Netanyahu et il lui avait ordonné de rappeler ses pilotes alors qu’ils étaient sur le point de lancer des frappes aériennes, après que Téhéran a violé le cessez-le-feu récemment décrété par le président. « Vous savez quoi ? », avait-il déclaré aux journalistes sur la pelouse de la Maison Blanche le 24 juin 2025, en assimilant avec charme Israël aux ayatollahs. « En gros, nous avons deux pays qui se battent depuis si longtemps et si violemment qu’ils ne savent plus ce qu’ils font, bordel. Vous comprenez ça ? »
Et les détails de cette conversation de lundi n’ont pu être divulgués que par l’entourage proche de Trump – Netanyahu n’allait certainement pas les révéler – et ils n’ont pas été démentis par Washington. Trump en a d’ailleurs confirmé certains mercredi.
Ils dépeignent un président et son équipe qui s’efforcent résolument de contrer le récit humiliant et erroné laissant entendre que le Premier ministre israélien aurait, d’une manière ou d’une autre, trompé et manipulé le président pour le pousser à s’engager dans la guerre commune en Iran qui avait débuté le 28 février. Ils soulignent également à quel point Trump cherche désormais désespérément à sortir les États-Unis de ce recours à la force mal planifié et, par conséquent, voué à l’échec.
Netanyahu, de son côté, a mis en avant cette alliance, tout comme il l’avait fait lors de la guerre de douze jours, en soulignant le partenariat établi entre Israël et la plus puissante force militaire du monde pour renverser un régime iranien déterminé à détruire l’État juif. Cependant, le régime s’étant révélé bien plus tenace que prévu par les stratèges de nos deux pays alliés, les intérêts communs affichés ont fini par diverger.
Un Iran renaissant, enhardi et en pleine ascension militaire, qui serait en outre en mesure de renforcer son soutien au Hezbollah et au Hamas, représenterait une menace existentielle pour Israël. Trump sait pertinemment que la République islamique nourrit des ambitions destructrices qui dépassent les frontières d’Israël, s’étendant à toute la région et au-delà, des ambitions qui menacent gravement les intérêts américains. Mais les États-Unis ne considèrent pas cette menace comme immédiate, et le président n’est pas disposé à mettre davantage de vies de soldats américains en danger ni à exposer davantage l’économie américaine à de potentiels risques en redoublant d’efforts pour renverser le régime, une entreprise qui a déjà échoué.
Le résultat, c’est un président qui en est pratiquement réduit à implorer les dirigeants impitoyables de Téhéran d’accepter des conditions incroyablement avantageuses pour ce qu’il appelle de manière absurde la « paix », à commencer par un protocole d’accord qui, pour autant que nous le sachions, injectera des milliards dans les caisses de l’Iran sans garantir aucun des objectifs initiaux de la guerre – se contentant d’établir un cadre pour des négociations sur le programme nucléaire iranien, le sort de son uranium enrichi, le développement de ses missiles balistiques, le soutien apporté à des proxys terroristes et le recours au terrorisme à l’échelle mondiale.
Ce sont des conditions que le régime aurait acceptées sans hésiter avant la guerre et qui lui permettront vraisemblablement d’éviter toute concession substantielle dans un avenir proche. En comparaison, l’accord sur le nucléaire conclu sous Obama et abrogé par Trump paraît hermétique. Enfin, ces conditions laissent Israël livré à lui-même.
S’il y a jamais eu un moment et une raison pour qu’un Premier ministre israélien dise « non » à un président américain, c’est bien maintenant, alors que Trump va quémander auprès des génocidaires de Téhéran. Ce qu’il faut, c’est une version courtoise de « Mais qu’est-ce que tu fous ? » Non pas de Trump à Netanyahu, mais de Netanyahu à Trump. Elle devrait être suivie d’un effort conjoint, intime et constructif de la part de deux alliés essentiels pour évaluer où et pourquoi cette guerre a si manifestement échoué, pour éviter d’aggraver cet échec par un accord effroyable et autodestructeur avec le diable, et pour mettre en commun leur sagesse, leur expérience et leur pouvoir considérables afin de renverser résolument la tendance.
Le choc du shekel
Au cours de l’année écoulée, le shekel s’est apprécié d’environ 20 % face au dollar.
De nombreux facteurs sont invoqués pour expliquer cette extraordinaire marque de confiance envers la monnaie d’un tout petit pays dont la démocratie est fragile et qui est engagé dans une guerre sur plusieurs fronts qui s’avère globalement infructueuse.
Parmi ces facteurs figurent les ventes massives d’actions américaines par les fonds de pension et les compagnies d’assurance israéliens, les investissements étrangers dans le secteur technologique israélien toujours florissant, ainsi que, plus étonnant encore, la perception, par les marchés, d’une certaine stabilité régionale. Certains analystes avancent également l’idée que le shekel s’apprécie dans un contexte de baisse générale de la valeur du dollar. Toutefois, il convient de noter que l’euro et la livre sterling, pour ne citer que deux exemples importants, n’ont pratiquement pas bougé face au dollar au cours de l’année écoulée.
On m’a également soufflé que la Banque d’Israël hésitait à intervenir par crainte d’irriter Trump, qui cherche à réduire le déficit commercial américain et à rendre l’industrie manufacturière américaine plus compétitive. Et on a affirmé que des années d’intervention de la Banque d’Israël avaient depuis longtemps rendu le shekel anormalement faible, et que ce qui se passe actuellement correspond à un retour de notre monnaie locale à un niveau plus authentique.
Il est évident que les nombreuses entreprises israéliennes dont les revenus sont en dollars, mais dont les coûts sont en shekels, sont dévastées par cette situation, le secteur technologique, crucial, étant en première ligne. Leurs revenus en dollars se déprécient mécaniquement lorsqu’ils sont convertis en shekels, et elles subissent donc une pression financière pour délocaliser au moins une partie de leurs activités à l’étranger, où la main-d’œuvre est devenue bien moins chère. D’où une vague croissante de licenciements. Le shekel, massivement renforcé, n’est pas le seul facteur à l’origine de cette vague de licenciements – l’impact de l’intelligence artificielle est également largement cité – mais il est au cœur de la crise.
Dans son rapport annuel publié la semaine dernière, l’Autorité de l’Innovation israélienne, une agence gouvernementale, a constaté que les start-ups locales délocalisaient de plus en plus leurs activités à l’étranger, privant le pays d’ingénieurs, de personnel technique et de cadres. Cette situation entraîne une baisse du nombre total d’employés du secteur technologique basés en Israël.
« La high-tech israélienne a connu un tel succès qu’elle se retourne aujourd’hui contre elle, car elle a entraîné un afflux massif d’investissements en Israël, ce qui a modifié le taux de change shekel-dollar, et la high-tech israélienne doit s’adapter », a déclaré le PDG sortant de l’Autorité de l’Innovation, Dror Bin.
« Notre principal défi consiste désormais non seulement à continuer de générer de l’innovation, mais aussi à veiller à ce que cette innovation continue de créer de la valeur, des emplois et de la croissance ici en Israël. »
Il convient de le souligner une fois de plus : Israël n’est pas la victime malheureuse d’un affaiblissement massif du dollar à l’échelle mondiale. C’est un cas particulier où la monnaie est aujourd’hui plus forte face au dollar qu’à aucun moment au cours des trois dernières décennies. Cette situation est susceptible de déboucher sur une véritable crise nationale, en particulier dans le secteur de la haute technologie, d’une importance sans pareille pour la croissance du pays. Et pourtant, le gouvernement ne prend aucune mesure pour y remédier.
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