Israël en guerre - Jour 199

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  • Photo du camp de concentration de Sylt sur l'île d'Aurigny, après la capitulation nazie, en mai 1945. (Crédit : Trustees of the Royal Air Force Museum/Antiquity Publications)
    Photo du camp de concentration de Sylt sur l'île d'Aurigny, après la capitulation nazie, en mai 1945. (Crédit : Trustees of the Royal Air Force Museum/Antiquity Publications)
  • Un bunker sur Aurigny, probablement construit par des travailleurs forcés de Sylt et d'autres camps. (Crédit : Andree Stephan/CC BY 3.0/Antiquity Publications)
    Un bunker sur Aurigny, probablement construit par des travailleurs forcés de Sylt et d'autres camps. (Crédit : Andree Stephan/CC BY 3.0/Antiquity Publications)
  • Un soldat allemand gardant le mur de l'Atlantique dans les îles anglo-normandes pendant la Seconde Guerre mondiale. (Crédit : Getty images/iStock)
    Un soldat allemand gardant le mur de l'Atlantique dans les îles anglo-normandes pendant la Seconde Guerre mondiale. (Crédit : Getty images/iStock)
  • Les anciens poteaux d'entrée du camp de concentration de Sylt sur l'île d'Aurigny, en 2012. (Crédit : CC BY-SA 2.0/John Rostron)
    Les anciens poteaux d'entrée du camp de concentration de Sylt sur l'île d'Aurigny, en 2012. (Crédit : CC BY-SA 2.0/John Rostron)
  • Des soldats allemands à un carrefour de Jersey durant l'occupation des îles anglo-normandes pendant la seconde guerre mondiale (Crédit : Domaine public)
    Des soldats allemands à un carrefour de Jersey durant l'occupation des îles anglo-normandes pendant la seconde guerre mondiale (Crédit : Domaine public)
  • Un mur anti-char à Longis Bay, sur l'île britannique d'Aurigny. (Crédit : Marcus Roberts)
    Un mur anti-char à Longis Bay, sur l'île britannique d'Aurigny. (Crédit : Marcus Roberts)

Le Royaume-Uni enquête sur les décès des camps de concentration nazis « anglais »

Si la nouvelle a été bien accueillie, elle a aussi suscité des appels en faveur d’une enquête plus vaste sur les événements entourant l’occupation allemande

LONDRES – Le gouvernement britannique s’apprête à lever le voile sur les sombres secrets de ce que certains ont appelé le « petit Auschwitz« , l’île d’Aurigny, qui a abrité les seuls camps de concentration nazis ayant existé sur le sol britannique pendant la Seconde Guerre mondiale.

Pendant des décennies, les comptes-rendus officiels ont affirmé que moins de 400 des 4 000 esclaves expédiés sur l’île – et que parmi eux, seule une poignée de Juifs – avaient péri.

Cependant, à la suite de suggestions de journalistes, d’historiens et d’experts militaires selon lesquelles le nombre de morts pourrait s’élever en fait à des milliers, l’envoyé britannique pour la Shoah a annoncé la semaine dernière l’examen par des experts des preuves concernant le nombre de prisonniers morts à Aurigny pendant l’occupation nazie.

« Les chiffres sont importants parce que la vérité est importante », a déclaré Eric Pickles, membre conservateur de la Chambre des Lords et ancien ministre de premier plan, dans un communiqué annonçant l’examen. « Les morts méritent la dignité de la vérité ; les habitants d’Aurigny méritent des chiffres exacts qui les libèrent des déformations des théoriciens du complot. »

« Exagérer le nombre de morts, ou même le minimiser, est en soi une forme de déformation de la Shoah et une menace grave pour la mémoire de la Shoah et la promotion d’un monde sans génocide », a déclaré Pickles, qui dirige la délégation britannique auprès de l’International Holocaust Remembrance Alliance (IHRA).

Si la nouvelle de l’examen de Pickles a été accueillie favorablement par les universitaires et les militants, elle a également suscité des appels en faveur d’une enquête beaucoup plus large sur les événements entourant l’occupation allemande – et sur la manière dont les principaux nazis ont échappé aux sanctions pour les crimes commis sur les îles.

Eric Pickles s’exprimant lors d’un événement organisé à l’occasion de la Journée de commémoration de la Shoah, le 23 janvier 2018. (Crédit : Ministère britannique des Affaires étrangères et du Commonwealth)

Dans une lettre adressée à Pickles et consultée par le Times of Israel, le professeur Anthony Glees, un éminent universitaire nommé pour conseiller l’enquête sur les crimes de guerre mise en place par Margaret Thatcher à la fin des années 1980, a chaleureusement accueilli l’examen, mais a fait valoir « qu’il ne devrait pas se concentrer uniquement sur le nombre de personnes tuées, aussi important que cela puisse être ».

Au lieu de cela, a écrit Glees, elle devrait également examiner « la question délicate de savoir pourquoi ceux qui ont perpétré des crimes de guerre aussi odieux n’ont jamais été traduits en justice dans ce pays ». Le principe directeur des enquêtes sur les crimes de guerre après la Seconde Guerre mondiale, a-t-il ajouté, était que les criminels de guerre étaient remis au pays où ils étaient censés avoir commis leurs crimes.

Selon Glees, l’enquête de Thatcher, qui a examiné comment plusieurs centaines de criminels de guerre présumés sont venus vivre clandestinement en Grande-Bretagne après la Seconde Guerre mondiale et qui a conduit l’ancienne Première ministre à faire adopter par le Parlement la loi de 1991 sur les crimes de guerre, n’a pas examiné « les crimes de guerre qui ont sans aucun doute été commis dans les îles Anglo-Normandes ».

« Il s’agit peut-être d’une lacune », a-t-il déclaré.

La Grande-Bretagne occupée par les nazis

Aurigny fait partie d’un petit groupe d’îles – un archipel comprenant Jersey, Guernesey et Sark – qui se trouvent dans la Manche, au large de la Normandie. Semi-indépendantes, elles ont néanmoins été la seule partie des îles britanniques à être occupée par les nazis.

Le professeur Anthony Glees, en 2019. (Autorisation)

D’environ cinq kilomètres de long sur 800 mètres de large, la quasi-totalité de la modeste population civile d’Aurigny a été évacuée par la Grande-Bretagne lorsque, jugeant les îles trop difficiles à défendre, elle s’est retirée des îles Anglo-Normandes après la chute de la France en juin 1940.

Hitler tenait à ses seules possessions britanniques, les considérant, comme le disait la propagande nazie, comme « le dernier tremplin » vers la conquête du Royaume-Uni.

Mais il a également reconnu la valeur stratégique d’Aurigny. Dans le cadre des fortifications du mur de l’Atlantique, l’île viendrait aider à protéger les chenaux maritimes autour de Cherbourg, offrir à la Luftwaffe une couverture anti-aérienne et enlever aux Alliés un poste d’organisation potentiellement utile pour l’ouverture d’un front occidental alors redouté.

Dès le début de l’année 1942, Aurigny devint donc le théâtre d’une construction massive de tunnels et de bunkers, d’emplacements de canons et de batteries d’artillerie, de routes et d’une ligne de chemin de fer, transformant de fait « le rocher maudit » – selon les termes des Juifs français qui y travaillaient – en un gigantesque camp de travail forcé. Au fil du temps, cette île isolée, balayée par le vent et battue par la mer est devenue l’un des avant-postes les plus lourdement défendus et les plus imprenables du Troisième Reich.

Nommés d’après des îles allemandes de la mer du Nord, quatre camps principaux ont été construits sur Aurigny : Helgoland, Borkum, Norderney et Sylt. Sylt était à l’origine l’un des plus petits camps, mais en 1943, avec Norderney, il a été pris en charge par l’unité SS de la tête de mort. Il devint un satellite du camp de concentration de Neuengamme, basé à Hambourg (malgré la grande distance qui les sépare), s’agrandit rapidement et fut transformé en camp de concentration. Sylt acquit rapidement une réputation bien méritée de « camp le plus terrible », comme en témoigna plus tard un ancien prisonnier d’Aurigny.

Les anciens poteaux d’entrée du camp de concentration de Sylt sur l’île d’Aurigny, en 2012. (Crédit : CC BY-SA 2.0/John Rostron)

Si une petite minorité des travailleurs déployés par l’Organisation Todt, le groupe de génie civil et militaire du Reich, étaient d’authentiques volontaires, la grande majorité d’entre eux étaient des travailleurs forcés. La plupart étaient originaires de Russie, de Pologne et d’Ukraine, mais il y avait aussi des détenus d’Afrique du Nord et d’Indochine, des prisonniers politiques allemands et des républicains espagnols qui avaient fui le régime fasciste de Franco. Les prisonniers juifs ont été envoyés à Norderney et à Sylt, mais ont été détenus dans des « enclos » séparés.

L’extermination par le travail

Le gouvernement britannique estime que les camps d’Aurigny sont intéressants, non seulement en raison de leur statut unique dans l’Histoire de la Grande-Bretagne en temps de guerre, mais aussi en raison des preuves qu’ils révèlent sur le programme nazi de « Vernichtung durch Arbeit » (« extermination par le travail » en allemand).

Les esclaves étaient contraints de travailler 10 à 12 heures par jour, sept jours sur sept, étaient nourris avec des rations de misère et souffraient de dysenterie endémique et des tempêtes impitoyables de l’Atlantique. Comme on pouvait s’y attendre, ce régime s’accompagnait d’exécutions sommaires et de passages à tabac.

Dans sa lettre adressée à Pickles, Glees, expert en matière de sécurité et de renseignement à l’université de Buckingham, indique qu’il souhaite également que le nouveau groupe d’experts mène « une véritable enquête historique » sur le rôle que les camps ont pu jouer dans la construction des parties du mur de l’Atlantique situées dans les îles anglo-normandes, ainsi que sur les interactions et l’expérience des habitants des îles anglo-normandes – s’il y en a eu – avec les travailleurs esclaves d’Aurigny.

La commission d’examen comprendra 11 experts indépendants et internationalement reconnus, originaires de Grande-Bretagne, de France, d’Allemagne et du Canada. Ils ont été chargés d’examiner des dossiers provenant d’archives de toute l’Europe et recevront l’aide des chercheurs de Yad Vashem pour retrouver la documentation pertinente relative à Aurigny. Les conclusions de l’examen doivent être publiées en mars 2024.

Il est demandé au groupe d’experts d’identifier le nombre de prisonniers et d’esclaves qui sont passés par Aurigny et d’évaluer le nombre de personnes décédées sur l’île pendant l’occupation.

Illustration : « The Odeon », le bunker allemand de la Seconde Guerre mondiale, haut de trois à quatre étages et disposant d’un emplacement anti-aérien à l’arrière, à Aurigny dont on dit qu’elle était la plus fortifiée des îles Anglo-Normandes. (Crédit : CC-SA-Tim Brighton)

Le récit officiel a été façonné par le capitaine Theodore « Bunny » Pantcheff, interrogateur du renseignement militaire britannique. Son enquête, ordonnée par le gouvernement britannique après la libération des îles en 1945, n’a pas mâché ses mots.

Une copie rare du rapport, dont des extraits ont été publiés par le Sunday Times en juin 2021, conclut que « des crimes d’une nature systématiquement brutale et impitoyable ont été commis – sur le sol britannique – au cours des trois dernières années ». Pantcheff a méthodiquement détaillé les récits horribles d’anciens prisonniers.

Mais, après avoir basé ses calculs sur le nombre de sépultures individuelles d’esclaves à Longis Common et dans le cimetière de l’église Sainte-Anne, dans la ville principale d’Aurigny, Pantcheff a conclu que seuls 389 travailleurs forcés et prisonniers, sur un effectif total d’un peu plus de 4 000 personnes, sont morts pendant l’occupation. Parmi eux, il y avait 8 Juifs.

Bien entendu, les chiffres de Pantcheff ne tiennent pas compte des nombreux témoins oculaires qui ont rappelé que les Allemands jetaient les corps à la mer, les enterraient sur les plages et laissaient les marées les emporter, et jetaient leurs victimes dans des sites d’enterrement collectif.

Pantcheff a d’ailleurs écrit plus tard que son décompte était une « conclusion minimale ».

« Mon père savait que le nombre de morts pouvait être plus élevé, il savait très bien qu’il n’arriverait pas à un chiffre absolu et définitif », a déclaré Andrew, le fils de Pantcheff, au Sunday Times en 2021. « Il s’agissait d’un chiffre prudent, car il devait être en mesure d’établir un lien entre les décès dont il avait connaissance et les personnes qui en étaient responsables (…). Je pense qu’il a pêché par conservatisme. »

Le bloc des toilettes des prisonniers au camp de concentration de Sylt, sur ‘île d’Aurigny. (Crédit : Centre d’archéologie de l’université du Staffordshire/ FlyThru/Antiquity Publications)

Mais jusqu’à quel point les conclusions de Pantcheff étaient-elles conservatrices ? L’ampleur des horreurs perpétrées à Aurigny – que la nouvelle enquête est censée élucider – fait l’objet d’un vif débat.

« Le chiffre s’est avéré litigieux parce que de nombreuses personnes ont des théories divergentes qui sont publiées dans les journaux », a déclaré au Times of Israel la Dr. Gilly Carr, membre du comité d’examen et historienne à l’université de Cambridge. « Heureusement, les nombreuses méthodes de comptage des morts ont été établies après la Shoah, et l’équipe s’en inspirera dans son travail. »

« Les principaux défis auxquels nous sommes confrontés sont que les documents sont dispersés dans des archives à travers l’Europe et qu’ils ne se trouvent pas tous au Royaume-Uni. Cependant, nous disposons d’un groupe international expérimenté et je suis convaincu que nous pourrons nous appuyer sur les recherches existantes pour trouver un chiffre actualisé », a ajouté Carr, déléguée du Royaume-Uni auprès de l’IHRA.

Fouiller le bilan des morts

Interviewée par le Times of Israel en 2020, la professeure Caroline Sturdy Colls, une archéologue qui a mené des recherches approfondies sur les sites de la Shoah, dont celui d’Aurigny, et qui a également été nommée au comité d’examen, avait déclaré qu’il était « très difficile » de parvenir à un chiffre officiel concernant le nombre de morts à Aurigny.

Colls avait déclaré qu’au moins 700 esclaves étaient morts, tout en qualifiant ce chiffre « d’estimation très prudente ». Cependant, elle avait ajouté « n’avoir trouvé aucune preuve en dix ans de recherches dans les archives pour suggérer que des chiffres de dizaines de milliers de morts sont crédibles de quelque manière que ce soit. Il n’existe aucune preuve suggérant qu’autant de personnes aient été envoyées à Aurigny ».

Caroline Sturdy Colls, experte en criminalistique d’origine britannique, qui a passé huit ans à étudier Treblinka, l’ancien camp d’extermination nazi. (Autorisation)

Les recherches menées par le colonel Richard Kemp, ancien commandant britannique en Afghanistan, ont toutefois abouti à une conclusion très différente.

« Le volume des fortifications, des murs et des tunnels dépasse tout ce qui a été fait dans le Troisième Reich d’Hitler. Il est impossible que cette énorme quantité de travail ait été réalisée avec seulement 4 000 ouvriers », avaient écrit Kemp et son collègue John Weigold, ancien officier de l’armée, dans le Daily Mail en 2017.

Selon Kemp et Weigold, au moins 40 000 esclaves sont morts à Aurigny pendant la guerre. Cette estimation est basée sur des preuves de la taille réelle de la main-d’œuvre esclave, de la quantité de travail effectuée pour fortifier l’île et du taux d’attrition probable basé sur des rapports de témoins et des comptes-rendus de travaux de construction similaires ailleurs en Europe.

Les archéologues et historiens soutenus par le gouvernement se sont montrés extrêmement discrets et réticents à aller au-delà de leurs chiffres « certains », de 600 à 900 morts seulement, alors que toutes les preuves montrent qu’en réalité, des milliers de personnes sont mortes, tant sur l’île qu’à ses alentours, même s’il est difficile de trouver un chiffre précis », a déclaré Marcus Roberts, directeur de l’organisation de défense du patrimoine juif JTrails, au Times of Israel.

Roberts, qui a également mené des recherches approfondies sur Aurigny en temps de guerre, a précédemment qualifié les chiffres de Pantcheff « d’invraisemblablement bas » et suggéré qu’environ 9 000 Juifs auraient été envoyés sur l’île, dont un grand nombre n’aurait pas survécu à leur épreuve. Il note que la Croix-Rouge française a estimé à 85 % le taux de mortalité global dans les camps du nord-ouest de la France, qui étaient également dirigés par certains des gardes SS d’Aurigny. Ses propres recherches indiquent que les camps d’Aurigny avaient des taux de mortalité allant de 50 à 85 %.

Marcus Roberts, directeur de l’Anglo-Jewish Heritage Trail. (Autorisation)

« Il serait tout aussi utile, voire plus utile, que l’enquête indique le taux de mortalité en pourcentage pour les différents groupes de prisonniers », a ajouté Roberts. Les décès survenus à la fois sur l’île et hors de l’île doivent être pris en compte, car le voyage des prisonniers vers la mort peut s’être achevé sur l’île pour certains, alors que pour d’autres, il s’est terminé dans des camps annexes – en France ou dans des camps allemands – où des prisonniers affamés et épuisés ont été envoyés pour être tués.

S’en tirer à bon compte

Quels que soient les chiffres définitifs, il est indéniable que les auteurs de ces crimes ont largement échappé à la justice après la guerre.

Le rapport de Pantcheff cite 15 Allemands soupçonnés de crimes de guerre, tous détenus par les Britanniques, que ce soit dans les îles anglo-normandes ou sur le continent britannique. Il a également décrit en détails les crimes dont ils étaient accusés et les preuves étayant les allégations.

Mais affirmant, selon les termes d’une note du bureau des Affaires étrangères et du Commonwealth, que « pour des raisons pratiques, les Russes peuvent être considérés comme les seuls occupants de ces camps », le Royaume-Uni a confié l’affaire aux Soviétiques, en leur envoyant le rapport de Pantcheff à la fin de l’année 1945. « Les Britanniques s’étaient lavé les mains de toute cette affaire », écrit la journaliste Madeline Bunting dans son livre The Model Occupation : The Channel Islands Under German Rule, 1940-1945. Le rapport de Pantcheff, dont la Grande-Bretagne a déclaré ne plus avoir de copie, n’a finalement été révélé qu’après l’ouverture des archives russes au début des années 1990.

Entre-temps, les gouvernements britanniques ont toujours catégoriquement nié que l’un ou l’autre des suspects ait été sous leur garde après la guerre.

Comme l’a raconté Bunting, la réalité est plus complexe. Le commandant SS de Sylt, Maximilian List, et son adjoint, Kurt Klebeck, figuraient tous deux sur une liste de 31 autres Allemands qui, selon Pantcheff, pouvaient facilement être retrouvés dans les zones américaine, britannique et française de l’Allemagne occupée.

Lorsque les autorités britanniques ont été alertées, à la fin des années 1940, de la présence de List dans un camp de prisonniers de guerre, elles ont répondu qu’il avait été remis aux Russes en 1947 et qu’il n’y avait « pas lieu de prendre d’autres mesures ». List vivait toujours en Allemagne de l’Ouest dans les années 1970 et on pense qu’il est mort dans les années 1980.

Un soldat allemand gardant le mur de l’Atlantique dans les îles anglo-normandes pendant la Seconde Guerre mondiale. (Crédit : Getty images/iStock)

Klebeck a été poursuivi et condamné par un tribunal militaire britannique en 1947 pour des crimes de guerre commis dans un camp de concentration allemand au cours des derniers mois de la guerre. Il a été libéré en 1952. Les pressions exercées par le Parlement britannique pour que Klebeck – qui était censé nourrir et habiller les détenus de Sylt – réponde de ses crimes à Aurigny ont été rejetées et il est décédé à Hambourg en 2004.

Le commandant d’Aurigny, Carl Hoffman, est resté aux mains des Britanniques au camp de prisonniers « London Cage » à Kensington, dans l’ouest de Londres, jusqu’en 1948, date à laquelle il a été libéré et renvoyé en Allemagne de l’Ouest. Il est décédé à Hambourg en 1974. Entre-temps, des rumeurs ont circulé selon lesquelles Hoffman avait été exécuté par les Soviétiques à Kiev en 1945. Comme l’a rapporté The Observer le mois dernier, ce n’est qu’en 1983 – après que ce mensonge a été exposé dans ses pages par le journaliste juif Solomon Steckoll – que le gouvernement britannique a finalement admis la vérité sur la façon dont Hoffman avait échappé à la justice.

Notant que la Grande-Bretagne prendra la présidence de l’IHRA en 2024, Roberts a déclaré qu’elle courait le risque d’être accusée « d’hypocrisie de la Shoah » si elle ne disait pas la vérité sur ses actions après la guerre.

« Le gouvernement britannique doit enfin divulguer tous les dossiers de renseignements sur la Shoah qui se trouvent encore sur le sol britannique et rendre compte de la manière dont il a couvert les crimes de guerre allemands, donné aux principaux criminels de guerre et aux SS qui opéraient à Aurigny le statut de témoin protégé et leur a finalement permis de sortir libres de la captivité britannique et américaine », a-t-il déclaré. L’enjeu, selon Roberts, est « une question plus large de justice et de réparation morale ».

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