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Des manifestants ultra-orthodoxes protestent contre un café ouvert le Shabbat et affrontent la police israélienne, tandis que des manifestants laïques organisent une contre-manifestation en soutien à l’établissement, dans le centre de Jérusalem, le 1ᵉʳ août 2026. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Des manifestants ultra-orthodoxes protestent contre un café ouvert le Shabbat et affrontent la police israélienne, tandis que des manifestants laïques organisent une contre-manifestation en soutien à l’établissement, dans le centre de Jérusalem, le 1ᵉʳ août 2026. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Analyse

Les Israéliens s’inquiètent de la montée de la violence politique. Peut-on enrayer cette dérive ?

À l’approche des élections, universitaires et responsables politiques alertent sur la dégradation du débat public dans tout l’échiquier politique et redoutent une escalade

Lorsqu’un individu a saccagé les locaux de la chaîne N12 la semaine dernière, en défonçant la porte d’entrée, y laissant un message menaçant : « Quelqu’un va mourir », la chaîne, des organisations de défense de la liberté de la presse ainsi que plusieurs responsables politiques ont condamné l’attaque. Certains ont accusé le gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu d’alimenter un climat propice aux violences contre les médias.

Mais si cette attaque a choqué, elle n’a surpris personne.

Elle s’inscrit dans une série d’agressions visant des organes de presse régulièrement critiques à l’égard de Netanyahu. Les locaux de N12 avaient déjà été pris pour cible au début du mois de juillet, vraisemblablement par le même individu, tout comme ceux du quotidien Haaretz, dont la porte avait également été défoncée.

Les bureaux de la Treizième chaîne ont, eux, été tagués du slogan « Le sang des traîtres est désormais autorisé », un détournement de la formule « Publication autorisée » (houtar le-pirsoum), qui accompagne les annonces officielles de Tsahal révélant l’identité de soldats tombés au combat.

Au-delà de la menace de mort qu’elles véhiculent, ces attaques illustrent une dérive qui inquiète de plus en plus les universitaires, les observateurs, les instituts de sondage et jusqu’au président Isaac Herzog. À l’approche des élections israéliennes du 27 octobre, beaucoup estiment que le débat public et la culture politique israélienne, toutes sensibilités confondues, deviennent de plus en plus toxiques, au point de faire craindre des violences entre citoyens.

Ceux qui observent cette évolution ne cachent plus leur inquiétude. Dans une allocution télévisée à la nation, Herzog a exhorté les Israéliens à ne pas transformer « leurs rivaux en ennemis », rappelant que « les élections ne sont pas une guerre civile » et mettant en garde contre « une violence dangereuse qui refait surface dans tout le pays ».

L’auteur Yossi Klein Halevi a, pour sa part, déclaré au Times of Israel que le prochain gouvernement serait confronté à un « défi spirituel », consistant à tenter de réparer les profondes fractures au sein de la société israélienne.

Un récent sondage montre que 39 % des Israéliens considèrent les « affrontements violents entre groupes » comme l’une des principales menaces pesant sur le pays, au même titre que la perspective d’un Iran nucléaire.

« La violence réside dans le fait que l’autre camp est disqualifié simplement parce que c’est l’autre camp », explique au Times of Israel Yuval Eylon, principal auteur de l’étude. « Nous voyons des exemples des deux côtés, certains plus extrêmes que d’autres. Certains sont prêts à incendier la porte d’un journal ou, sinon à utiliser une arme à feu, du moins à frapper quelqu’un. »

« Nous en sommes déjà là », a-t-il ajouté. « La prochaine étape n’est plus très loin : aujourd’hui, c’est un coup de poing ; demain, une matraque ; après-demain, un couteau ; et ensuite, une arme à feu. »

Eylon, chercheur senior à l’Institut d’études sur la sécurité nationale (INSS) de l’université de Tel Aviv, estime que le climat dans la société israélienne est aujourd’hui « bien plus violent » qu’il ne l’était avant l’assassinat du Premier ministre Yitzhak Rabin, en 1995. La semaine dernière, un militant de 75 ans du nouveau parti Yashar a été violemment agressé et victime d’une hémorragie cérébrale après avoir décroché une banderole rendant hommage à l’assassin de Rabin.

Des graffitis tagués pendant la nuit à l’extérieur des bureaux de la Treizième chaîne, à Tel Aviv, le 19 novembre 2025. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

« Faire de la division un projet politique »

Les partis opposés à Netanyahu, ainsi qu’une grande partie de leurs partisans, imputent cette radicalisation du discours au Premier ministre. Ils pointent notamment du doigt les responsables d’extrême droite de son gouvernement, dont son ministre de la Sécurité intérieure précédemment condamné pour incitation à la haine et soutien à une organisation terroriste, les personnalités provocatrices que fréquentent des députés de sa majorité, ainsi que les manifestations massives des haredim contre la conscription, soutenues par ses partenaires de coalition, qui ont pris pour cible les domiciles de responsables publics et parfois occasionné des dégradations.

Klein Halevi reproche à Netanyahu d’avoir « fait de la division un projet politique », d’autant plus au regard de l’héritage laissé par l’assassinat de Rabin. Les détracteurs du Premier ministre l’accusent depuis longtemps d’avoir contribué à attiser le climat délétère qui a précédé cet assassinat, ce qu’il a toujours nié.

« Beaucoup de ceux qui, comme moi, étaient dans l’opposition avaient de plus en plus le sentiment que leur intégrité physique était menacée par leur propre gouvernement », explique Klein Halevi, chercheur senior à l’Institut Shalom Hartman de Jérusalem.

« C’est nouveau. Et ce gouvernement, je parle ici spécifiquement de Netanyahu, a considéré que sa réussite politique passait par le fait de dresser une partie du pays contre l’autre. C’est ainsi qu’il a mobilisé sa base. »

Le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, s’adressant aux forces de police à l’entrée de Tarabin al-Sana, lors d’une opération policière de plusieurs jours dans ce village bédouin du Néguev, le 30 décembre 2025. (Crédit : Bureau d’Itamar Ben Gvir)

Il va sans dire que les craintes d’une recrudescence de la violence politique s’inscrivent dans un contexte de violences sans précédent qui secouent déjà le pays, à l’intérieur comme au-delà de ses frontières, depuis plusieurs années. Outre le pogrom perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023 et la guerre sur plusieurs fronts qui s’est ensuivie, la criminalité violente a atteint des niveaux records au sein de la communauté arabe. En Cisjordanie, les violences commises par des résidents d’implantations, parfois meurtrières, sont devenues de plus en plus fréquentes.

Une large part du discours de l’opposition repose non seulement sur la promesse d’un changement de cap politique, mais aussi sur celle d’ouvrir une nouvelle page du débat public israélien, voire de la société israélienne dans son ensemble, placée sous le signe de l’unité et de la réconciliation. Lors de son premier grand discours de campagne, l’ancien chef d’état-major Gadi Eisenkot a promis d’ouvrir « un nouveau chapitre, bien meilleur, de l’histoire d’Israël. Nous l’écrirons ensemble », ajoutant qu’il ferait « tout pour unir la nation ».

Les dirigeants de l’opposition accompagnent ces promesses d’engagements concrets destinés à renforcer ce qu’ils considèrent comme les garde-fous de la démocratie et à recréer les conditions d’un débat public plus sain. Le parti d’Eisenkot a notamment promis d’instaurer une limitation du nombre de mandats, de mettre fin au népotisme dans les institutions publiques et d’adopter d’autres réformes destinées à renforcer ce qu’il appelle « les règles du jeu ». Le parti de centre droit BeYachad, dirigé par les anciens Premiers ministres Naftali Bennett et Yaïr Lapid, promet quant à lui de faire adopter une constitution ainsi qu’une limite du nombre de mandats.

Mais l’opposition n’est pas la seule à dénoncer un climat d’extrémisme et d’incitation à la haine. Aux yeux du camp pro-Netanyahu, c’est au contraire l’opposition qui cherche à affaiblir la démocratie et le débat public en consolidant des mécanismes permettant à une élite non élue, au sein de la justice, des médias et d’autres institutions, de faire obstacle à la volonté de la majorité.

Selon eux, les divisions ont été attisées par les manifestations bruyantes organisées contre la refonte du système judiciaire, au cours desquelles des protestataires ont utilisé des mégaphones, allumé des feux, affronté les forces de l’ordre et politisé l’armée en appelant les réservistes à suspendre leur service en signe de protestation. Ils évoquent également plusieurs complots visant à assassiner Netanyahu, dont l’un aurait été fomenté par un militant ayant participé à ces manifestations.

Ils accusent également les militants et les responsables de l’opposition de bloquer toute tentative d’adopter des lois destinées à mettre en œuvre le programme pour lequel l’électorat de droite a voté.

Netanyahu promet désormais de former un « large gouvernement d’union nationale » s’il est reconduit au pouvoir.

Le chef du parti Les Démocrates, Yaïr Golan, prend la parole lors du rassemblement marquant le 30ᵉ anniversaire de l’assassinat du Premier ministre Yitzhak Rabin, à Tel Aviv, le 1ᵉʳ novembre 2025. (Crédit : Erik Marmor/Flash90)

Selon Eylon, le fossé idéologique qui sépare les deux camps se reflète dans leur perception même de la violence politique. Son étude montre que tous deux reconnaissent l’existence du problème, tout en rejetant la responsabilité sur le camp adverse.

« Tout est devenu noir ou blanc. Nous ne sommes même plus capables d’avoir un débat où chacun expose son point de vue », explique-t-il. « Chacun est conscient de cette violence, mais chacun se demande surtout : ‘Que fait l’autre camp au mien ?’ Personne ne se regarde dans le miroir. »

La difficulté de trouver un terrain d’entente

Depuis des mois, les sondages ne donnent à aucun des deux blocs une majorité à la Knesset, même si l’opposition s’en rapproche. Mais, quel que soit le vainqueur des élections, certains traits de la culture politique israélienne risquent de perdurer. Les spécialistes préviennent qu’une simple réforme des institutions ne suffira pas à enrayer ce qu’ils décrivent comme une dégradation du débat public à tous les niveaux de la société israélienne. Nombre d’électeurs affirment d’ailleurs qu’ils envisageraient de quitter le pays si le camp adverse l’emportait.

À LIRE : Une vague d’émigration sans précédent depuis Israël s’est poursuivie en 2025 – étude

Gideon Rahat, directeur du département de science politique de l’Université hébraïque de Jérusalem, rappelle que durant les dix-huit mois où Netanyahu n’était plus au pouvoir, entre 2021 et 2022, « les tensions et les discours de haine n’ont pas disparu ».

Pour sortir de cette spirale, estime Klein Halevi, un gouvernement dirigé par l’opposition devra s’adresser non seulement à son propre électorat, mais aussi à ce qu’il décrit comme une « solide majorité d’Israéliens » attachés à l’idée d’un État à la fois juif et démocratique, une majorité qui dépasse les clivages religieux et politiques. Cela suppose également, selon lui, de travailler avec des représentants du camp adverse, notamment avec un Likud post-Netanyahu.

« Le défi du prochain gouvernement sera de trouver le moyen d’intégrer des éléments de l’ancien gouvernement dans une coalition élargie susceptible de favoriser une véritable réconciliation nationale », explique-t-il.

« La mission du prochain gouvernement sera de reconstruire cette majorité juive et démocratique. C’est certes un défi politique, mais c’est plus profondément encore un défi culturel, voire spirituel. »

Yossi Klein Halevi (Crédit : Ilir Bajaktari/The Tower)

Selon Rahat, si l’opposition arrive au pouvoir, elle devra éviter toute mesure perçue comme partisane ou revancharde, telle qu’une révocation massive des responsables nommés par le gouvernement précédent. L’an dernier, le dirigeant de gauche Yaïr Golan s’était engagé à limoger l’actuel chef du Shin Bet s’il était élu, tandis que Bennett avait promis d’écarter les hauts fonctionnaires qu’il considère comme « politisés ».

« Ils doivent voir s’ils peuvent travailler avec au moins une partie des responsables qui resteront en poste », estime Rahat. « Procéder à une décapitation des institutions n’est pas une recette pour l’unité. »

« Celui qui a déclaré la guerre à la solidarité israélienne ne peut pas nous réconcilier »

Et si Netanyahu était réélu ? « Je ne peux même pas me permettre d’envisager cette hypothèse », répond Klein Halevi au Times of Israel. Il évoque les niveaux records d’émigration observés ces derniers mois, qu’il craint de voir encore augmenter sous un nouveau gouvernement Netanyahu.

« Celui qui a déclaré la guerre à la solidarité israélienne ne peut pas être celui qui nous réconciliera », signale-t-il.

Yuval Eylon, de l’institut d’études de sécurité nationale. (Crédit : Autorisation)

Autre signe de la polarisation du pays, un nombre croissant d’Israéliens affirment qu’ils envisageraient de quitter le pays si le camp adverse remportait les élections. Tamar Hermann, de l’Institut israélien de la démocratie (IDI), décrit un profond sentiment de fatalisme chez de nombreux électeurs de l’opposition face à l’hypothèse d’une nouvelle victoire de Netanyahu.

« Les électeurs du centre, du centre-gauche et de la gauche ont le sentiment que s’ils perdent cette élection, tout sera joué, qu’il n’y aura plus de retour en arrière », a déclaré Tamar Hermann, directrice du Centre Viterbi pour l’opinion publique et la recherche politique de l’IDI, lors d’un webinaire organisé en juin.

Elle cite un sondage de l’IDI selon lequel 17 % des Israéliens envisageraient de quitter le pays si leur camp était battu, dont 26 % des électeurs du centre et 41 % de ceux de gauche.

La montée en puissance de la « politique de la personnalité »

Selon Rahat, la quasi-totalité des partis, à droite comme à gauche, a adopté ce qu’il appelle une « politique de la personnalité », c’est-à-dire des campagnes construites autour d’un seul dirigeant plutôt que d’un parti, de ses idées ou de ses institutions.

Concentrer ainsi le pouvoir entre les mains d’une seule personnalité favorise, selon lui, la démagogie et risque d’affaiblir les institutions démocratiques, alors que les partis politiques constituent l’un des principaux piliers de la démocratie.

En Israël, poursuit-il, cette personnalisation exacerbe particulièrement la polarisation du débat public, en réduisant la vie politique à l’attitude des électeurs envers un seul homme : Benjamin Netanyahu.

« Le problème de cette personnalisation de la vie politique, c’est qu’elle est entièrement focalisée sur une seule personne », explique-t-il. « Tout se résume à être pour ou contre Bibi. Et cette focalisation est dangereuse pour la démocratie. Une démocratie repose sur des freins et contrepoids, pas sur un tel système. »

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu assiste à un vote dans la salle plénière de la Knesset à Jérusalem, le 16 juillet 2026. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Les deux principales formations d’opposition, dirigées respectivement par Bennett et Eisenkot, sont largement structurées autour de leur chef et n’ont organisé aucune primaire. Pour Rahat, l’instauration d’une limitation du nombre de mandats pourrait toutefois inciter les dirigeants à penser au-delà de leur propre exercice du pouvoir et à bâtir des institutions capables de faire perdurer leur héritage, plutôt que de concentrer leurs efforts sur leur maintien au pouvoir.

Pour l’heure, il redoute que, quel que soit le vainqueur des élections, cette personnalisation de la vie politique perdure, tout comme la polarisation qu’elle alimente.

« Le véritable test pour ces dirigeants, s’ils remportent les élections, sera de savoir s’ils résisteront à la tentation de poursuivre cette politique, et en particulier celle axée sur la personnalité », estime-t-il. « Aujourd’hui, la plupart des formations politiques sont davantage des véhicules au service d’une personnalité que de véritables partis. »

Il ajoute que « la démocratie ne repose pas sur un dirigeant, quel qu’il soit, mais sur des institutions et des règles ».

Une confrontation inévitable ?

Si l’opposition l’emporte, elle sera confrontée à une contradiction. D’un côté, elle promet de rassembler le pays et d’en appeler à ce qu’elle considère comme ses meilleures valeurs. De l’autre, elle s’est engagée à soumettre les hommes haredim au service militaire obligatoire, une mesure qui risque presque inévitablement de provoquer, ou d’aggraver, un affrontement interne majeur et d’alimenter les tensions déjà vives dans le pays.

Certaines propositions de l’opposition prévoient également de rendre le service national obligatoire pour les citoyens arabes d’Israël, une population qui se dit depuis longtemps marginalisée, régulièrement stigmatisée par une partie de la classe politique et confrontée à une criminalité endémique.

Des manifestants ultra-orthodoxes protestent contre l’arrestation d’hommes haredim ayant participé à une émeute devant le domicile du juge de la Cour suprême Noam Sohlberg, avant d’être remis à la police militaire, devant un commissariat de Jérusalem, le 10 juin 2026. (Crédit : Noam Revkin Fenton/Flash90)

La conscription des haredim figurera en tête, ou à tout le moins parmi les toutes premières priorités, d’un éventuel gouvernement d’opposition. Autrement dit, les Israéliens doivent presque certainement s’attendre à de nouvelles tensions dans les rues.

Les mesures relativement limitées prises jusqu’à présent par le gouvernement pour interpeller les réfractaires à la conscription ont déjà donné lieu à d’importantes manifestations haredies, conduites par des hommes qui ont juré de « mourir plutôt que de s’enrôler ». Ces mobilisations ont conduit au blocage d’autoroutes et à des émeutes devant les domiciles de responsables publics.

Une initiative plus ambitieuse visant à intégrer les haredim dans l’armée, notamment par l’adoption d’une loi supprimant les exemptions de service militaire dont ils bénéficient depuis des dizaines d’années, provoquerait une mobilisation d’ampleur. Klein Halevi prédit une « confrontation très dure » qui pourrait se prolonger pendant des années.

Le professeur Gideon Rahat, chercheur au sein du programme de réforme politique de l’Institut israélien de la Démocratie. (Crédit : IDI)

Selon lui, ces tensions pourraient néanmoins être atténuées si les responsables politiques adoptaient un discours empreint de « respect et de bienveillance », reconnaissant l’attachement des haredim à l’étude de la Torah plutôt que de les ériger en adversaires.

« S’exprimer avec tristesse et regret plutôt qu’avec colère ou, à Dieu ne plaise, avec haine, c’est adopter un ton différent », explique Klein Halevi. « Cela ne changera pas la nature immédiate de cette confrontation, qui sera très âpre. Mais cela pourrait poser les bases d’une transformation durable de nos relations. »

Tous ceux qui analysent les fractures de la société israélienne reconnaissent que le rôle de la politique n’est pas de faire en sorte que tout le monde soit d’accord. Mais ils partagent également l’inquiétude exprimée par Herzog : voir des Israéliens, répartis en groupes qui s’estiment marginalisés, discriminés ou lésés, finir par considérer leurs adversaires politiques non plus comme de simples opposants, mais comme des ennemis.

Le président Isaac Herzog, son épouse Michal et le Premier ministre Benjamin Netanyahu assistent aux funérailles de Ran Gvili, otage libéré, à Meitar. (Crédit : Paulina Patimer/Mouvement de protestation pro-démocratie)

Tous reconnaissent également que ces fractures ne datent pas d’hier. Lorsque des manifestants haredim ont provoqué des émeutes devant le domicile du juge de la Cour suprême Noam Sohlberg, son épouse, Meira, avait lancé en larmes : « Qu’est-ce que c’est ? La Nuit de cristal ? »

Herzog, comme Eylon, a évoqué la destruction du Second Temple, il y a près de deux millénaires, lorsque les luttes fratricides avaient précipité la chute de la communauté juive établie en Terre d’Israël.

Depuis des générations, les dirigeants s’interrogent sur les leçons que le peuple juif a tirées de cet épisode historique. Aujourd’hui, Eylon dit ne plus être certain qu’Israël ait même retenu celles de l’une de ses tragédies les plus marquantes de l’époque contemporaine : l’assassinat d’Yitzhak Rabin, il y a trente et un ans.

Il craint, au contraire, que le pays n’ait régressé. Autrefois, l’assassinat politique faisait l’objet d’un rejet quasi unanime. Aujourd’hui, il redoute que ce consensus ait disparu.

« Je ne veux pas jouer les prophètes et, Dieu nous en préserve, je ne souhaite évidemment pas que cela se produise », dit-il. « Mais si cela arrivait aujourd’hui, je ne sais pas combien de personnes prendraient clairement leurs distances avec un tel acte. »

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