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Une vague d’émigration sans précédent depuis Israël s’est poursuivie en 2025 – étude

Nombre de ceux qui quittent Israël invoquent leur mécontentement envers le gouvernement ou la situation sécuritaire, tandis que l'opposition accuse l'exécutif d'alimenter une vague d'émigration

Des passagers à l'aéroport international Ben Gurion, le 6 juin 2022. (Crédit : Gili Yaari/Flash90)
Des passagers à l'aéroport international Ben Gurion, le 6 juin 2022. (Crédit : Gili Yaari/Flash90)

Une vague d’émigration sans précédent depuis Israël s’est poursuivie en 2025, près de 50 000 Israéliens ayant quitté le pays pour une durée supérieure à 12 mois pour la troisième année consécutive, selon une étude publiée lundi par des chercheurs de l’université de Tel Aviv.

Après qu’environ 49 000 Israéliens ont quitté le pays pour plus d’un an tant en 2023 qu’en 2024, les données sur les voyages fournies par le Bureau central des statistiques (CBS) indiquent que cette tendance s’est probablement poursuivie en 2025, a déclaré Itaï Ater, l’un des principaux auteurs de l’étude , au Times of Israel.

Cette étude soutient que le conflit militaire prolongé et les tensions politiques en Israël ont contribué à une émigration accrue, ce qui pourrait menacer les intérêts stratégiques du pays à long-terme.

Des responsables politiques de l’opposition ont déclaré que cette étude était le signe des échecs du gouvernement actuel.

Cette étude a été menée par le professeur Itaï Ater, de la Coller School of Management et directeur du Forum des économistes pour la démocratie, le professeur Nittaï Bergman, directeur de l’École d’économie, et Doron Zamir, doctorant.

Bien que le CBS ait publié en décembre des estimations d’émigration pour 2025, sa méthodologie ne considère les personnes comme émigrées qu’après qu’elles ont passé la majeure partie de l’année à l’étranger. Par conséquent, de nombreuses personnes figurant dans les chiffres de 2025 ont en réalité quitté Israël en 2024.

Des passagers à l’aéroport international Ben Gurion, le 6 juin 2022. (Crédit : Gili Yaari/Flash90)

Les données officielles pour 2025 ne seront disponibles qu’au début de l’année 2027, précise l’étude.

Afin de dégager les tendances pour 2025 avant cette date, les chercheurs de l’université de Tel Aviv ont analysé les données du CBS relatives aux départs d’une durée de trois mois. Ils ont constaté que le nombre d’Israéliens passant au moins trois mois à l’étranger suivait de près celui des personnes qui restaient finalement à l’étranger pendant au moins un an, avec une corrélation statistique de 0,96. Ils se sont appuyés sur cette relation pour estimer l’émigration de 2025, avant même que les chiffres officiels ne soient disponibles.

En 2025, 90 922 Israéliens sont restés à l’étranger pendant au moins trois mois consécutifs, contre 91 499 en 2024 et 86 509 en 2023. Au total, 268 509 citoyens israéliens ont quitté le pays pour un séjour d’au moins trois mois entre 2023 et 2025.

À titre de comparaison, le nombre annuel moyen de départs s’élevait à environ 60 000 entre 2010 et 2019. Au cours de la période de trois ans correspondante de la décennie précédente, de 2013 à 2015, seuls 183 219 Israéliens étaient partis pour des durées similaires.

« En conséquence, on peut estimer que si la corrélation entre les deux séries se maintient en 2025, le nombre d’Israéliens quittant le pays en 2025 pour une période de 12 mois ou plus se situera entre 45 000 et 50 000 », conclut l’étude.

Ce chiffre est nettement inférieur aux 69 000 Israéliens dont le CBS avait précédemment indiqué qu’ils avaient quitté le pays, a noté Ater. Cela s’explique par le fait que le calcul exclut les nouveaux immigrants, principalement des Russes et des Ukrainiens, arrivés au cours des trois dernières années.

« Nous avons analysé les données de cette manière en réponse aux affirmations de responsables gouvernementaux qui avaient précédemment déclaré que les chiffres de l’émigration ne reflétaient pas la réalité en Israël », a déclaré Ater.

« Ils ont tenté de faire valoir que la plupart des personnes partantes étaient de nouveaux arrivants d’Ukraine [qui ont exercé leur droit au retour pour quitter la zone de guerre avant de poursuivre leur route vers un autre pays], et non des résidents israéliens de longue date. Nous avons donc voulu montrer combien de ‘véritables Israéliens’ quittaient en réalité le pays. »

Itaï Ater, professeur d’économie à la Coller School of Management de l’université de Tel Aviv, sur une photo non datée. (Crédit : Oded Antman)

Quoi qu’il en soit, Israël est confronté depuis plusieurs années à un déficit migratoire net rare et significatif, le nombre de personnes quittant le pays étant supérieur à celui des arrivants.

À l’exception de certaines périodes des années 1950 et 1980, Israël a toujours compté plus de Juifs s’y installant que de Juifs le quittant, selon Sergio Della Pergola, l’un des experts les plus respectés d’Israël en matière de démographie juive.

Au total, les années 2024 et 2025 ont vu environ 50 000 personnes de plus quitter Israël que s’y installer, selon les données du CBS.

Historiquement, l’émigration hors d’Israël s’expliquait principalement par la recherche de meilleures perspectives économiques à l’étranger. Toutefois, bon nombre de ceux qui quittent Israël aujourd’hui attribuent leur décision à un mécontentement vis-à-vis du gouvernement, notamment en raison des changements politiques qu’il cherche à mettre en œuvre et qui, selon ses critiques, saperaient la démocratie, ou encore en raison de la situation sécuritaire actuelle du pays, a démontré une étude récente de Lilach Lev Ari, professeure de sociologie à l’Oranim College.

« En 2025, nous continuons d’observer un nombre très préoccupant d’Israéliens quittant le pays pour une période prolongée, qui s’ajoute à l’exode déjà enregistré en 2023 et 2024 », a indiqué Ater dans l’étude.

« À eux seuls, ces chiffres ne mettent pas encore en péril la résilience d’Israël. Néanmoins, à l’avenir, si la situation actuelle perdure, on pourra craindre que l’émigration ne s’intensifie jusqu’à menacer la sécurité et l’économie d’Israël. »

Ces chiffres ne représentent pas un danger systémique immédiat pour le pays, mais le rapprochent d’un point de basculement potentiel, prévient l’étude.

« De nouveaux chocs négatifs – qu’ils soient politiques, économiques ou liés à la sécurité – pourraient déclencher des boucles de rétroaction conduisant à une nouvelle flambée de l’émigration », indique l’étude.

« Une fois que l’émigration aura dépassé un certain seuil, il sera extrêmement difficile d’inverser la tendance, ce qui entraînera de graves conséquences macroéconomiques. »

Un olé hadash recevant son livret d’alyah (« Téoudat Olé »), à Jérusalem, le 3 mai 2010. (Crédit : Rachael Cerrotti/Flash90)

À la suite de la publication de cette étude, le député Gilad Kariv (Les Démocrates), qui a présidé la commission de l’Immigration, de l’Intégration et des Affaires de la Diaspora de la Knesset, a déclaré que ses collègues et lui-même avaient à plusieurs reprises exhorté le gouvernement à nommer des responsables chargés de s’attaquer au problème du départ d’Israéliens en nombre record et à élaborer un plan global pour inverser la tendance, mais sans succès.

« Il s’agit d’une menace stratégique pour l’avenir d’Israël, et cela est étroitement lié à l’attitude du gouvernement », a-t-il dénoncé sur le réseau social X.

La députée Meirav Cohen (Yesh Atid) a ironisé en déclarant : « Alors qu’ils avaient promis que les Gazaouis émigreraient de leur plein gré, c’est finalement le gouvernement du 7-Octobre qui a encouragé l’émigration volontaire depuis Israël. »

« Chaque jour, de plus en plus d’Israéliens constatent les échecs massifs et la corruption dangereuse de ce gouvernement, et sombrent dans le désespoir », a renchéri la députée Karine Elharrar (Yesh Atid).

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