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Si l’alyah progresse, les olim remplacent moins de 50 % des Israéliens qui partent

L'immigration globale est en baisse en raison des russophones, mais le 7 octobre encourage de plus en plus d'Américains et de Français, entre autres nationalités, à s'installer

De nouveaux immigrants arrivant en Israël à bord d'un vol charter Nefesh B'Nefesh, le 20 août 2025. (Crédit : Zev Stub/Times of Israel)
De nouveaux immigrants arrivant en Israël à bord d'un vol charter Nefesh B'Nefesh, le 20 août 2025. (Crédit : Zev Stub/Times of Israel)

À bord du premier vol Nefesh B’Nefesh Alyah mi-août, le ministre de l’Immigration et de l’Intégration, Ofir Sofer, avait déclaré au Times of Israel que l’immigration en provenance des pays occidentaux avait considérablement augmenté depuis le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, en grande partie grâce à un regain d’enthousiasme pour la cause sioniste. L’émigration en provenance de certains pays a triplé depuis 2023, avait-il ajouté.

Les données officielles confirment effectivement ces succès. Cependant, l’immigration globale a considérablement diminué si l’on considère l’ensemble des pays, et pas seulement l’Occident, pour inclure également les pays russophones, qui sont de loin les principaux nouveaux immigrants – ou olim hadashim.

Selon le Bureau central des statistiques (CBS), 11 314 personnes ont émigré en Israël au cours des sept premiers mois de 2025, ce qui représente une baisse d’environ 42 % par rapport à la même période de l’année 2024 et d’environ 60 % par rapport aux huit premiers mois de l’année 2023, période marquée par une forte augmentation des arrivées en raison de la guerre en Ukraine.

Parallèlement, Sergio Della Pergola, l’un des experts les plus respectés d’Israël en matière de démographie juive, affirme que les taux d’immigration en Israël sont relativement moyens au regard de l’histoire, et que les nouvelles tendances migratoires sont inquiétantes pour l’avenir de l’État juif.

Alors, qui a raison, et pourquoi y a-t-il autant de divergences d’opinions ?

Pour comprendre ce qui se passe réellement, examinons de plus près les données. Sauf indication contraire, les chiffres cités proviennent du CBS. Certains chiffres ont été arrondis pour plus de clarté.

Le ministre de l’Immigration et de l’Intégration, Ofir Sofer, et le président de l’Agence juive, Doron Almog, avec des olim de France à la fin du mois d’octobre 2023, juste après le début de la guerre contre le Hamas. (Crédit : Guy Yechiely/Agence juive)

Le leurre russe

Selon les chiffres officiels du CBS, l’immigration a baissé d’environ 30 % en 2024 par rapport à l’année précédente, pour atteindre environ 32 800 personnes. Cependant, comme c’est le cas depuis de nombreuses décennies, les données d’un seul pays faussent l’ensemble des statistiques.

« Depuis les années 1990, la Russie a toujours été le pays qui domine les statistiques en matière d’immigration », explique Della Pergola.

Pour mieux comprendre la situation actuelle de l’immigration en Israël, Della Pergola suggère de considérer l’immigration russophone et l’immigration occidentale comme deux composantes distinctes du tableau global de l’alyah. Bien qu’ils représentent la majeure partie des olim hadashim, les facteurs qui motivent les russophones à s’installer en Israël ou à rester dans leur pays d’origine sont souvent très différents de ceux qui motivent l’alyah occidentale, chacun étant soumis à des tensions différentes.

Le professeur Sergio Della Pergola de l’université hébraïque de Jérusalem. (Crédit : Autorisation)

« Donc, si vous voulez comprendre ce qui se passe avec l’alyah, vous devez d’abord comprendre pourquoi l’alyah russe a diminué de moitié au cours des deux dernières années », souligne-t-il.

Au cours des décennies précédant l’invasion de l’Ukraine par la Russie au début de l’année 2022, la grande majorité des nouveaux immigrants provenaient généralement de Russie et de l’ex-Union soviétique, représentant souvent jusqu’à deux tiers du total, selon Della Pergola.

Après l’euphorie initiale qui a suivi la chute du communisme à partir de 1989, un climat de répression politique croissante et d’incertitude économique a conduit à des départs en masse, que les sociologues russes appellent la « quatrième vague » d’émigration russe.

Les professionnels russes issus de la classe moyenne, désespérés de s’installer dans n’importe quel pays libéral prêt à les accueillir, ont emprunté la voie de la citoyenneté israélienne, accordée par la Loi du retour à toute personne ayant au moins un grand-parent juif, qu’elle soit elle-même considérée comme juive ou non. On estime qu’environ un million de Russophones se sont installés en Israël dans les années qui ont suivi la dissolution de l’URSS, beaucoup ayant eu recours à la clause dite « des petits-enfants ».

Des immigrants russes assistant à un événement marquant le 25ᵉ anniversaire de la grande vague d’alyah de l’ex-Union soviétique vers Israël, au Centre des congrès de Jérusalem, le 24 décembre 2015. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Le rythme de l’immigration en provenance de cette région du monde a considérablement ralenti au cours des vingt premières années des années 2000, grâce notamment à la stabilisation de l’économie russe.

Mais l’immigration vers Israël en provenance de l’ex-URSS a de nouveau explosé lorsque la Russie a envahi l’Ukraine, en février 2022, poussant les populations des deux pays à chercher refuge loin de la zone de guerre.

En 2022, le nombre de personnes immigrées a augmenté, passant de 28 000 l’année précédente à plus de 74 000, avec une hausse significative de l’alyah en provenance de Russie, passant de 7 700 à 45 000 personnes, et de l’immigration ukrainienne, passant de 3 100 à 15 000 personnes.

L’immigration en provenance de Russie et de l’ex-Union soviétique (qui comprend l’Ukraine, la Biélorussie, les États baltes et d’autres républiques voisines) a quelque peu ralenti depuis lors, mais reste importante. Environ 38 500 olim sont arrivés en 2023 et 22 000 en 2024, soit environ les deux tiers du total des alyot. Au cours des sept premiers mois de 2025, Israël a accueilli 6 540 personnes originaires de l’ex-URSS, soit un peu plus de la moitié du total mondial.

Les chiffres officiels du Bureau central des statistiques (CBS) de l’immigration globale, de l’immigration russophone, et du reste du monde entre 2022 et juillet 2025. (Crédit : Bureau central des statistiques)

Cependant, comme les motivations des émigrants des pays russophones diffèrent souvent radicalement de celles des autres immigrants (fuite de la guerre ou recherche d’opportunités économiques plutôt que sionisme ou crainte de l’antisémitisme), il faut mettre de côté les chiffres russophones pour comprendre les tendances à l’alyah dans le reste du monde, explique Della Pergola.

L’Occident à bord

Après avoir écarté les chiffres de l’ex-Union soviétique, on constate en réalité une augmentation de 47 % par rapport à l’année précédente, avec près de 11 000 arrivées en 2024 contre 7 500 en 2023. Selon Della Pergola, Israël devrait accueillir plus de 10 000 nouveaux immigrants provenant de pays non russophones en 2025.

L’immigration américaine est ainsi passée d’environ 3 000 personnes en 2023 à 3 200 en 2024, selon le CBS.

L’organisation Nefesh B’Nefesh (NBN), qui a facilité l’arrivée de plus de 1 000 olim hadashim rien qu’au mois d’août – soit le mois le plus chargé de ses vingt-trois ans d’existence -, s’attend à ce que 4 000 personnes quittent les États-Unis d’ici la fin de l’année 2025. .

NBN, qui s’occupe également des immigrants en provenance du Canada, affirme avoir enregistré une hausse de 80 % des demandes d’informations sur l’immigration en Israël, immédiatement après les attaques du 7 octobre.

Selon l’organisation, le processus entre l’ouverture d’un dossier et la réalisation effective de l’alyah prend en moyenne dix-huit mois, ce qui signifie que la hausse des demandes de renseignements ne commence visiblement à être prise en compte qu’aujourd’hui.

Environ 47 % des personnes qui entament une démarche avec un conseiller finissent par faire leur alyah, a indiqué un porte-parole de Nefesh B’Nefesh.

La famille Pollak, vêtue de tee-shirts assortis, arrivant en Israël à bord du vol charter Nefesh B’Nefesh organisé pour les nouveaux immigrants, le 20 août 2025. (Crédit : Zev Stub/Times of Israel)

À bord du vol charter Nefesh B’Nefesh Alyah du 20 août en direction d’Israël, le nouvel immigrant Josh Gottesman avait expliqué au Times of Israel que, depuis le 7 octobre, « le désir que nous avions toujours eu de faire notre alyah s’était considérablement renforcé ».

« Nous nous sommes demandé : ‘Comment pouvions-nous ne pas être avec notre peuple ?’ Cela nous a poussés à clarifier nos plans et à les concrétiser. »

En France, qui abrite la plus grande communauté juive en dehors des États-Unis, le nombre d’alyot a régulièrement augmenté ces dernières années, passant d’environ 1 000 en 2023 à plus de 2 000 en 2024. Selon Della Pergola, ce chiffre pourrait dépasser les 3 000 en 2025.

Au Royaume-Uni, le nombre d’alyot est passé de 372 en 2023 à 676 en 2024, et il devrait égaler, voire dépasser ces chiffres en 2025. L’immigration en provenance du Canada est restée stable, avec entre 270 et 300 olim hadashim par an.

Illustration : Des voyageurs dans le hall d’arrivée de l’aéroport international Ben Gurion, près de Tel Aviv, le 11 avril 2018. (Crédit : Moshe Shaï/FLASH90)

Si le 7 octobre a sans doute été un déclencheur, différents facteurs poussent les immigrants à partir pour Israël, selon Nefesh B’Nefesh et d’autres organisations. Si certains olim, notamment ceux originaires de France, ont déclaré avoir émigré en Israël pour échapper à la flambée de l’antisémitisme, ceux venant des États-Unis sont généralement motivés par des convictions idéologiques et poussés par les événements en Israël à passer à l’action pour vivre le rêve sioniste.

C’est là le véritable paradoxe de l’immigration à ce stade, selon Sofer.

« Dans la plupart des pays, les gens partent pendant une guerre, mais en Israël, les gens viennent pour aider », a-t-il maintes fois souligné.

Les motivations économiques

Cependant, ce constat est lui aussi incomplet, car il omet plusieurs éléments contextuels importants, fait remarquer Della Pergola.

Tout d’abord, les niveaux globaux d’immigration ne sont pas particulièrement impressionnants d’un point de vue historique, même s’ils ont tendance à s’améliorer d’année en année depuis le début de la guerre fin 2023, selon lui. Dans certains cas, les chiffres ne font que revenir à leurs niveaux d’avant la pandémie de la COVID-19, qui a bouleversé les tendances mondiales.

Si le nombre d’olim non russes atteignait les 10 000 en 2025, cela représenterait « une année très moyenne » dans le contexte général, estime Della Pergola.

Au cours des quinze années qui ont précédé le début de la pandémie de coronavirus en 2020, l’immigration en provenance des pays hors de l’ex-Union soviétique oscillait généralement entre 10 000 et 12 000 olim hadashim par an, selon les données du CBS.

Un olé hadash recevant son livret d’alyah (« Téoudat Olé »), à Jérusalem, le 3 mai 2010. (Crédit : Rachael Cerrotti/Flash90)

Même si 3 000 Français juifs faisaient leur alyah cette année, ce chiffre resterait nettement inférieur aux quelque 4 000 personnes qui ont émigré en Israël entre 2014 et 2020, dont 6 000 en 2016.

Les chiffres de l’immigration en provenance des États-Unis sont en hausse par rapport aux années 2010, avec une moyenne de 2 500 personnes par an. Cependant, les taux de la plus grande communauté de la Diaspora restent de loin les plus bas au monde par habitant, note Della Pergola.

Avec environ 7,5 millions de Juifs aux États-Unis, « l’alyah devrait être environ dix fois plus élevée qu’en France », qui compte environ 500 000 Juifs, alors qu’elle est à peu près équivalente, indique-t-il.

En revanche, la communauté juive d’Afrique du Sud affiche l’un des taux d’alyah les plus élevés, avec environ 300 de ses 50 000 Juifs qui s’installent en Israël chaque année.

Des passagers consultant le tableau des départs, alors que les vols sont annulés ou retardés en raison de l’assaut barbare et sanglant du Hamas, à l’aéroport Ben Gurion, près de Tel Aviv, le 7 octobre 2023. (Crédit : Gil Cohen-Magen/AFP)

Bien que l’antisémitisme et la ferveur sioniste puissent jouer un rôle, l’immigration en provenance des pays occidentaux est généralement davantage liée à des facteurs économiques qu’à tout autre facteur, poursuit Della Pergola.

Même la forte augmentation de l’alyah française en 2015 et 2016, souvent imputée à la recrudescence des actes antisémites, comme l’attentat de l’HyperCacher de la porte de Vincennes, doit être analysée en tenant compte de la hausse du chômage et de l’incertitude économique qui régnaient alors en France, explique-t-il. Il est possible que l’endettement croissant et l’instabilité politique de la France incitent davantage de Juifs à quitter leur pays d’origine dans le futur, ajoute-t-il.

En d’autres termes, la plupart des immigrants sont davantage motivés par le désir d’améliorer leur niveau de vie que par des considérations purement idéologiques. Ou, comme l’a récemment déclaré avec humour le comédien israélien Yohay Sponder : « Ce n’est vraiment du sionisme que si vous venez d’un endroit où la vie est meilleure qu’en Israël. »

Monter ou descendre – Immigration vs. émigration

Si l’immigration vers Israël est sans doute en baisse, l’émigration depuis le pays reste forte, les nouveaux arrivants ne compensant même pas la moitié des départs de l’année dernière.

Tout au long de l’Histoire de l’État d’Israël, il y a presque toujours eu plus de Juifs qui immigraient en Israël que de Juifs qui émigraient, à l’exception de certaines périodes dans les années 1950 et 1980, précise Della Pergola. Cependant, en 2024, pas moins de 82 700 Israéliens ont quitté le pays, soit environ 50 000 de plus que le nombre d’olim.

Ce déficit migratoire net est une tendance qui devrait se poursuivre jusqu’en 2025, même si les données officielles ne seront disponibles qu’à la fin de l’année.

Beaucoup pensent que le climat politique et sécuritaire tendu qui règne en Israël depuis quelques années est responsable de cet exode massif. Une étude récente menée par Lilach Lev Ari, professeure de sociologie à la faculté Oranim, a révélé que presque tous les Israéliens qu’elle a interrogés et qui ont émigré aux États-Unis depuis le début de l’année 2023 mentionnaient soit les projets du gouvernement de refonte du système judiciaire, qui ont entraîné des manifestations sans précédent et des craintes marquées pour l’avenir de la démocratie dans le pays, soit la guerre actuelle comme facteur les ayant poussés à quitter Israël.

Des voyageurs faisant la queue pour passer le contrôle des passeports, à l’aéroport Ben Gurion, en Israël, le 21 septembre 2008. (Crédit : Yossi Zamir/Flash90)

« Traditionnellement, ces dernières décennies, la plupart des personnes qui ont émigré d’Israël recherchaient l’ascension sociale, la réussite et l’éducation », a déclaré Lev Ari au Times of Israel.

« En revanche, la majorité de ceux qui sont partis au cours des trois dernières années étaient principalement préoccupés par la situation politique. »

Selon Della Pergola, plus de la moitié des personnes qui quittent Israël sont d’origine russe.

Sur les quelque 200 000 nouveaux immigrants arrivés en Israël entre 2019 et 2023, environ 15 % ont quitté le pays en 2024, la plupart ayant immigrés de Russie, de Géorgie et de Biélorussie, selon une étude réalisée cette année par le Centre de recherche et d’information de la Knesset.

Des Israéliens brandissant des banderoles et des drapeaux nationaux pour protester contre les projets controversés du gouvernement de refonte du système judiciaire, à Tel Aviv, le 10 juin 2023. (Crédit : Jack Guez/AFP)

« C’est un phénomène très intéressant qui doit être étudié d’un point de vue sociologique », indique Della Pergola. Selon lui, la plupart des immigrants russes n’avaient probablement pas l’intention de rester définitivement.

Le statisticien reproche au ministère de l’Immigration et de l’Intégration, ainsi qu’à l’Agence juive qui facilite l’alyah depuis de nombreux pays, d’avoir communiqué des chiffres d’immigration « décevants », surtout au vu des prévisions d’un afflux massif après le 7 octobre.

« À l’origine de ce fossé se trouve une profonde incompréhension, en Israël, des modes de vie et des identités juives à travers le monde », explique Della Pergola.

Face à ces critiques, l’Agence juive a répondu qu’elle travaillait en étroite collaboration avec les communautés juives de 65 pays à travers le monde pour renforcer leur identité et leur lien avec Israël.

« L’alyah est un moteur de croissance essentiel pour l’État d’Israël et l’arrivée continue d’olim hadashim renforce la résilience et la reconstruction de notre nation », a ajouté l’Agence juive.

Le ministère de l’Immigration et de l’Intégration assure redoubler d’efforts pour attirer davantage de personnes.

En février, le ministère avait annoncé un programme de 170 millions de shekels pour améliorer l’intégration, ainsi qu’une réforme destinée à accélérer l’octroi de licences permettant aux nouveaux immigrants de travailler dans leur domaine professionnel. Plus récemment, il a lancé un nouveau programme gouvernemental offrant des avantages incitatifs pour attirer en Israël des Juifs talentueux dont les qualifications sont recherchées. D’autres initiatives sont également en cours, comme l’élargissement des exonérations fiscales pour les olim hadashim qui possèdent une entreprise, ou l’offre d’une assistance personnelle aux immigrants potentiels dans toute l’Europe.

Cependant, Sofer a concédé que ces efforts ne constituent qu’un soutien à divers facteurs poussant les Juifs à quitter leur foyer pour rejoindre leur terre.

« Les grandes vagues d’alyah ne dépendent pas de nos initiatives », a déclaré Sofer.

« Elles dépendent de facteurs économiques, de la guerre, de l’antisémitisme et de la culture. On ne peut pas comparer l’alyah en provenance de l’ex-Union soviétique à celle en provenance des pays occidentaux, où les gens vivent plus confortablement. Tout ce que nous pouvons faire, c’est essayer de réduire au minimum la bureaucratie et d’améliorer le processus d’alyah. »

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