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Des participants brandissant des silhouettes représentant des responsables politiques israéliens hostiles à la communauté LGBTQ+ ainsi qu'un drapeau arc-en-ciel géant sur lequel figurent les mots « égalité » et « paix » en hébreu, en anglais et en arabe, dans le centre-ville de Jérusalem à l'occasion de la Gay Pride annuelle de la capitale, le 5 juin 2025. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)
Des participants brandissant des silhouettes représentant des responsables politiques israéliens hostiles à la communauté LGBTQ+ ainsi qu'un drapeau arc-en-ciel géant sur lequel figurent les mots « égalité » et « paix » en hébreu, en anglais et en arabe, dans le centre-ville de Jérusalem à l'occasion de la Gay Pride annuelle de la capitale, le 5 juin 2025. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)

Les Palestiniens homosexuels ayant fui la Cisjordanie persécutés par l’AP et Israël – étude

Selon HIAS, les municipalités palestiniennes distribuent des tracts enjoignant les habitants à dénoncer et à passer à tabac les LGBTQ+, tandis que les autorités israéliennes leur compliquent la tâche pour trouver refuge ou mener une vie normale

Nurit Yohanan est la correspondante du Times of Israel pour le monde arabe et palestinien.

Originaire de Cisjordanie, Mahmoud vit en Israël depuis sept ans, après s’y être réfugié lorsque son père l’a surpris en train d’avoir des relations intimes avec un autre homme dans le domicile familial.

Dans une interview accordée au Times of Israel, Mahmoud (un pseudonyme) raconte comment son père les a roués de coups, lui et son partenaire, après les avoir surpris ensemble. Après avoir renvoyé son partenaire chez lui, le père a ensuite convoqué d’autres membres de la famille pour qu’ils passent également Mahmoud à tabac.

Par la suite, raconte Mahmoud, sa famille l’a enfermé dans la maison, l’affamant et le frappant tout en lui disant qu’ils finiraient par le tuer.

Après une semaine de séquestration, il est parvenu à s’échapper par un trou dans le toit pendant que ses proches dormaient. Il a finalement contacté une Israélienne qu’il connaissait et qui l’a aidé à rejoindre Israël.

À l’instar d’autres Palestiniens homosexuels, Israël avait accordé à Mahmoud l’asile sous la forme d’un titre de séjour temporaire. Cependant, son titre n’a pas été renouvelé depuis septembre et il risque d’être expulsé vers la Cisjordanie ; une issue qu’il tente désormais d’éviter par la voie judiciaire.

« Je suis en Israël parce que je n’ai nulle part ailleurs où fuir ma famille », explique-t-il.

Des Israéliens, dont certains brandissant un drapeau palestinien, lors d’un rassemblement de protestation en faveur des droits des personnes LGBTQ+, à Tel Aviv, le 28 juin 2020. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

« J’espère ne jamais avoir à retourner en Cisjordanie, car si ma famille me retrouve, je serai tué. »

Pour Mahmoud, le danger va cependant au-delà de la simple crainte de retrouver sa famille s’il était contraint de retourner en Cisjordanie, où la discrimination à l’encontre des homosexuels est à la fois institutionnalisée et profondément ancrée dans la société, selon une nouvelle étude rare consacrée aux membres palestiniens de la communauté LGBTQ+ réfugiés en Israël.

Cette étude, qui porte sur des personnes nées en Cisjordanie, décrit les persécutions qu’elles ont subies sous l’Autorité palestinienne (AP) et les difficultés auxquelles elles continuent de faire face depuis leur arrivée en Israël.

Selon les chercheurs à l’origine de ce rapport, la situation des Palestiniens homosexuels en Israël s’est détériorée depuis le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, avec un durcissement des restrictions relatives aux permis de séjour et une hostilité croissante de la part de certains segments de la société israélienne et des autorités de l’État.

Cette étude a été commanditée par l’HIAS (anciennement Hebrew Immigrant Aid Society), qui vient en aide aux demandeurs d’asile palestiniens LGBTQ+, entre autres catégories de réfugiés.

Il s’agit de la première étude de ce type menée par l’HIAS depuis sept ans. À la différence des rapports d’autres organisations non gouvernementales ou des Nations unies, l’HIAS s’appuie sur des témoignages directs de personnes fuyant vers Israël et de celles qui leur viennent en aide.

Les chercheurs ont mené des entretiens approfondis avec huit Palestiniens LGBTQ+ ayant fui la Cisjordanie pour se réfugier en Israël et ont inclus les témoignages de quatre militants israéliens ayant aidé des centaines de Palestiniens homosexuels demandeurs d’asile.

Daniella Danial, auteure de cette étude, a expliqué au Times of Israel que de nombreux Israéliens ne reconnaissent pas le caractère systémique de l’homophobie en Cisjordanie et considèrent que les personnes qui fuient vers Israël le font pour bénéficier d’un meilleur niveau de vie, et non par crainte pour leur vie.

Fresque de l’artiste Khaled Jarrar avec un drapeau LGBTQ+, sur la barrière de sécurité à Ramallah, en Cisjordanie, le 29 juin 2015. (Crédit : Khaled Jarrar via AP)

« Israël refuse catégoriquement de reconnaître qu’il y a une persécution dans les Territoires palestiniens », a-t-elle déclaré.

« Israël affirme : Ils viennent ‘ici pour mener une vie libérale’, comme s’il s’agissait simplement de quelqu’un qui déménage de Bnei Brak à Tel Aviv. Le pays reconnaît qu’il existe des cas individuels [de danger], mais il faut admettre qu’il s’agit d’un problème plus général. »

Citoyenne israélienne s’identifiant comme palestinienne, Danial a fait valoir qu’Israël ne pouvait pas éviter de se pencher sur cette réalité.

« J’ai travaillé avec de nombreuses populations vulnérables », a-t-elle déclaré.

« À mon sens, il s’agit du groupe le plus marginalisé à l’intérieur des frontières d’Israël. »

De la violence familiale à la persécution institutionnelle

Bien que la législation de l’AP ne criminalise pas les relations entre personnes du même sexe, une déclaration exceptionnelle publiée en 2019 a mis en lumière la persécution systématique des personnes appartenant à la communauté LGBTQ+.

Émise par la police de l’AP, cette déclaration annonçait l’interdiction de toutes les activités et de tous les rassemblements organisés par Al Qaws, un groupe palestinien de défense des droits communautaires LGBTQ+, fondé il y a une dizaine d’années, qui œuvre à promouvoir la tolérance par le biais d’actions de sensibilisation en ligne. La police a annoncé que les personnes participant aux événements organisés par Al Qaws seraient arrêtées.

Manifestation de soutien à la communauté LGBTQ+ palestinienne, à Haïfa, en 2021. (Crédit : Capture d’écran/Instagram, organisation Al Qaws)

La police a ensuite supprimé cette déclaration de ses plateformes officielles, ce qui, selon l’étude, témoigne de la volonté de l’AP d’éviter de donner une image d’intolérance auprès du public occidental.

Depuis lors, Al Qaws a considérablement réduit ses activités publiques, bien qu’elle continue de publier du contenu pédagogique sur les réseaux sociaux.

En 2022, le sort des Palestiniens homosexuels avait brièvement attiré l’attention internationale, après la décapitation brutale d’un homme de Cisjordanie réfugié en Israël, puis renvoyé dans des circonstances confuses en Cisjordanie.

La police de l’AP avait alors ouvert une enquête, mais n’avait pas conclu que le meurtre était motivé par l’homophobie. L’auteur n’a jamais été arrêté.

Des bougies allumées lors d’une veillée en mémoire d’Ahmad Abu Murkhiyeh, un Palestinien de 25 ans retrouvé décapité dans la ville de Hébron, en Cisjordanie, dans un refuge LGBTQ+ à Tel Aviv, en Israël, le 7 octobre 2022. On peut lire en hébreu et en arabe : « Nous nous souviendrons de toi pour toujours. » (Crédit : Oded Balilty/AP)

Selon cette récente étude, bien que l’AP soit restée largement silencieuse sur la question depuis 2019, les persécutions graves dont sont victimes les Palestiniens LGBTQ+ – tant au sein de leurs familles que de la part des institutions publiques – se poursuivent, allant parfois jusqu’à des tentatives de meurtre.

Manar, une lesbienne de 25 ans originaire d’un village de Cisjordanie, raconte : « Lorsque mon père a découvert que j’étais attirée par les femmes, après avoir fouillé dans mon téléphone et y avoir trouvé des messages intimes, il a commencé à me frapper sans arrêt. »

Comme pour toutes les personnes interrogées citées dans cette étude, ses données personnelles ont été anonymisées afin de garantir sa sécurité.

Manar explique que sa famille l’a forcée à se marier avec un homme après cette découverte.

Avant le mariage, elle a porté plainte auprès des autorités de l’AP pour les violences commises par son père. La police a arrêté son père, mais celui-ci a été relâché sans inculpation ni avertissement, car les enquêteurs ont appris que ses actes étaient motivés par l’orientation sexuelle de sa fille.

L’Autorité palestinienne n’a pas répondu à une demande de commentaire concernant les affirmations de Manar, ni à l’allégation plus générale de persécution systématique des homosexuels.

Yaman, un homosexuel de 23 ans originaire de Naplouse, raconte comment sa famille n’a pas su le protéger après qu’il a été enlevé et passé à tabac en raison de son orientation sexuelle.

« Un jour, alors que je marchais simplement dans la rue, une vingtaine d’hommes m’ont attaqué. Ils m’ont suspendu à l’intérieur d’un bâtiment abandonné et commencé à me frapper. Puis, ils ont appelé ma famille et leur ont dit : ‘Votre fils est [homosexuel]’ », détaille-t-il.

Des policiers de l’Autorité palestinienne défilant lors d’une session de formation avec des membres de l’Union européenne, à Ramallah, en Cisjordanie, le 16 mars 2014. (Crédit : Abbas Momani/AFP)

Au lieu de le défendre, sa famille lui a fait porter la responsabilité de ce qui lui était arrivé, poursuit Yaman. Selon lui, la police a d’abord ouvert une enquête sur son enlèvement, mais a rapidement classé l’affaire sans suite car « personne ne se souciait de ce gay qui avait été enlevé ».

« J’ai compris que personne n’était prêt à me protéger et que je devais fuir Naplouse si je voulais rester en vie. »

Au cours de ses recherches, Danial a obtenu des tracts portant les cachets officiels de municipalités palestiniennes qui, selon elle, identifieraient des personnes LGBTQ+ par leur nom et encourageraient les habitants à les localiser, à les dénoncer et à les agresser. L’étude cite ces tracts comme preuve que la persécution ne se limite pas au cercle familial, mais touche également les institutions publiques.

Ces tracts contenant les données d’identité complètes des victimes n’ont pas été inclus dans l’étude. Le Times of Israel n’a pas pu corroborer ces allégations.

Illustration : Des militants homosexuels vêtus de noir, dont l’un tient un drapeau palestinien, défilant pour protester contre ce qu’ils qualifient d’occupation continue par Israël de certaines parties de la Cisjordanie et de la bande de Gaza, lors de la quatrième édition annuelle de la Gay Pride, à Tel Aviv, le 22 juin 2001. (Crédit : Lefteris Pitarakis/AP)

Danial, qui consacre depuis des années une aide juridique et psychologique aux membres de la communauté LGBTQ+ palestinienne ainsi qu’à d’autres demandeurs d’asile en Israël, a déclaré que le fait de voir ces documents de ses propres yeux l’avait profondément marquée.

« Voir les cachets officiels de la municipalité et les consignes indiquant aux gens ce qu’il fallait leur faire a été terrifiant et choquant », a-t-elle souligné.

Ces tracts, diffusés par les autorités dans différentes régions de la Cisjordanie, constituent l’un des nombreux facteurs qui rendent pratiquement impossible pour les Palestiniens de la communauté LGBTQ+ de se déplacer dans cette région.

En conséquence, beaucoup estiment qu’ils n’ont d’autre choix que de fuir vers Israël.

Mahmoud explique au Times of Israel que sa famille a diffusé des informations le concernant auprès de sa famille élargie dans toute la Cisjordanie, ce qui l’empêche de se cacher où que ce soit dans les zones sous contrôle palestinien.

Selon Danial, les entretiens ont également révélé ce qu’elle qualifie de schéma de persécution systématique de la part des institutions de l’AP, avec notamment des détentions arbitraires et des accusations criminelles forgées de toutes pièces.

Comme aucune loi n’interdit les relations entre personnes du même sexe en Cisjordanie, les Palestiniens LGBTQ+ sont parfois accusés d’infractions sans rapport avec leur orientation sexuelle, notamment de collaboration avec Israël, a-t-elle déclaré en citant ces entretiens.

Amjad, un jeune homme homosexuel qui a fui en Israël avant d’être réinstallé dans un pays tiers, raconte comment des policiers l’ont fouillé dans la rue et ont découvert des messages intimes qu’il avait échangés avec son partenaire. Il a été immédiatement arrêté et détenu pendant trois semaines, durant lesquelles il a été menacé, privé de nourriture et maltraité physiquement. Il a été libéré sans inculpation et s’est immédiatement réfugié en Israël.

Des milliers de personnes participant à la Gay Pride annuelle, à Jérusalem, le 4 juin 2026. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Pas des réfugiés

Israël est signataire de la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés, qui interdit aux États de renvoyer des personnes vers des pays où elles risqueraient d’être persécutées en raison de leur religion, de leur nationalité ou de leur appartenance à un groupe social particulier.

Bien qu’Israël n’ait jamais transposé la convention dans sa législation nationale, les demandeurs d’asile originaires de pays comme l’Érythrée ou le Soudan peuvent déposer une demande auprès de l’Autorité de la population, de l’immigration et des frontières (PIBA) du ministère de l’Intérieur. Bien que l’asile soit rarement accordé et que la procédure puisse prendre des années, les personnes dont la demande est en cours de traitement sont autorisées à rester en Israël en attendant une décision et bénéficient de divers droits.

Cependant, Israël n’autorise pas les Palestiniens à déposer une demande d’asile auprès du ministère de l’Intérieur, conformément à sa position de longue date selon laquelle la convention relative au statut des réfugiés ne s’applique pas aux Palestiniens.

Des Palestiniens franchissant une brèche dans une partie clôturée de la barrière de sécurité entre Israël et la Cisjordanie, le 7 juillet 2016. (Crédit : Wisam Haslamoun/Flash90)

En 2014, une équipe interministérielle a créé une procédure permettant aux Palestiniens fuyant vers Israël de demander un « titre de séjour pour motifs sociaux » auprès de l’Administration civile, l’organisme du ministère de la Défense chargé des affaires civiles en Cisjordanie. Cette procédure est ouverte aux Palestiniens homosexuels ainsi qu’à ceux qui sollicitent une protection pour d’autres raisons, telles que les violences conjugales ou les accusations de collaboration.

Ces permis sont valables d’un mois à un an et peuvent être renouvelés.

Cependant, ils s’accompagnent de droits nettement plus limités. Jusqu’en 2022, les titulaires d’un permis de séjour pour motifs sociaux n’étaient même pas autorisés à travailler légalement ; une politique qui n’a changé qu’après le succès d’un recours déposé par des organisations de défense des droits de l’Homme auprès de la Haute Cour de justice.

Selon l’avocat Me Adi Lustigman, qui représente les demandeurs d’asile palestiniens LGBTQ+, les titulaires de ces permis ne peuvent prétendre ni aux allocations de chômage ni aux prestations d’invalidité, auxquelles ont droit les autres demandeurs d’asile.

Ils n’ont pas non plus accès à une assurance maladie, ce qui peut poser d’importants obstacles administratifs lorsqu’ils cherchent un emploi.

Amir, un homosexuel de 28 ans originaire d’une grande ville de Cisjordanie, se souvient être arrivé en Israël avec 3 000 shekels qu’il avait mis de côté en cas d’urgence.

« Une fois l’argent épuisé, il est devenu très difficile de trouver du travail. Tout devait être justifié par des documents, et personne ne voulait m’embaucher… Il faut un compte bancaire, une carte d’identité », des documents qu’il avait du mal à obtenir en raison de son permis de séjour temporaire.

Danial a expliqué que de nombreux Palestiniens qui fuient vers Israël, y compris ceux issus de la classe moyenne, finissent à la rue et se tournent vers la prostitution ou la criminalité pour survivre. Certains sont exposés à la drogue pour la première fois.

Un sans-abri dans les rues de Jérusalem, le 18 décembre 2024. (Crédit : Chaïm Goldberg/FLASH90)

L’une des personnes interrogées poursuivait des études de physique au moment de sa fuite, ce qui a bouleversé ses ambitions, a expliqué Danial.

« Pourquoi traînerait-il avec des femmes transgenres à la recherche de clients [sinon] ? », a-t-elle demandé.

« Ils sont exposés à ces milieux, et c’est ainsi qu’ils sombrent. C’est un point sensible, car si la vie est si difficile ici, pourquoi viendraient-ils ? Parce que c’est quand même mieux que d’être tué. Mais une fois arrivés ici, ils se mettent soudain à consommer de la drogue. »

Des restrictions plus strictes depuis le 7-Octobre

Selon cette étude, Israël a fortement réduit l’entrée des Palestiniens de Cisjordanie depuis le 7-Octobre, y compris des personnes fuyant les persécutions en raison de leur orientation sexuelle.

Avant la guerre, environ 90 % des demandeurs d’un titre de séjour pour motif de persécution obtenaient un titre temporaire. Depuis le début de la guerre, ce chiffre est tombé à environ 60 %, selon l’étude, qui s’appuie sur des entretiens avec des demandeurs de titre de séjour.

Selon Me Lustigman, avant la guerre, les personnes en quête de protection pouvaient obtenir un permis d’entrée de courte durée leur permettant de rester légalement en Israël en attendant un entretien avec un représentant de l’Administration civile pour présenter leur dossier et obtenir un permis de séjour pour motifs sociaux.

Après le 7-Octobre, a-t-elle expliqué, cette pratique a pris fin sans aucune annonce officielle, contraignant les Palestiniens fuyant la Cisjordanie à prendre le risque de vivre illégalement en Israël pendant des mois, jusqu’à ce qu’une organisation humanitaire puisse organiser un entretien en leur nom.

La Gay Pride annuelle, à Jérusalem, le 2 juin 2022. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)

L’avocate a cité des témoignages de ses propres clients indiquant que l’Administration civile avait désormais davantage tendance à délivrer des permis valables pour un ou deux mois seulement. Elle a également déclaré que les fonctionnaires exigeaient de plus en plus souvent des demandeurs qu’ils fournissent à plusieurs reprises de nouvelles preuves attestant qu’ils sont toujours menacés en Cisjordanie.

« Ils exigent constamment que les gens prouvent qu’ils sont toujours menacés », a-t-elle déploré.

« Une personne a peut-être vu sa demande approuvée il y a deux ans, mais désormais, à chaque renouvellement de son permis, on lui demande de présenter de nouvelles preuves de menaces. Or, il n’y a pas toujours de nouvelles menaces. Elle finit donc par appeler un proche, l’entendre crier ‘Ne reviens pas’, ‘Ils vont te tuer’, enregistrer l’appel ou prendre des captures d’écran de messages menaçants, puis les soumettre. Sinon, le permis ne sera pas renouvelé. Ils sont constamment contraints de revivre ce traumatisme. »

Mahmoud explique que l’Administration civile lui a demandé de fournir de nouvelles preuves de menaces récentes lorsqu’il a demandé le renouvellement de son permis en septembre, alors que cette demande n’avait pas été faite les années précédentes.

Des sympathisants de la communauté LGBTQ+ participant à un sit-in de protestation, à Beyrouth, au Liban, le 15 mai 2016. (Crédit : Hussein Malla/AP)

Sa demande ayant été rejetée, il a fait appel de cette décision devant le tribunal administratif israélien.

En mars, le tribunal a ordonné qu’il ne soit pas expulsé, mais a également refusé de lui accorder un statut légal, ce qui signifie qu’il peut rester en Israël, mais qu’il ne peut pas travailler. Le tribunal n’a fourni aucune explication à cette décision, contre laquelle il a fait appel.

L’Administration civile n’a pas répondu à la demande de commentaires du Times of Israel.

Une hostilité croissante envers les Palestiniens

Au-delà des obstacles bureaucratiques, les personnes interrogées ont décrit ce qu’elles ont qualifié d’hostilité croissante de la part de la police israélienne envers les Palestiniens depuis le 7-Octobre.

Selon l’étude, plusieurs demandeurs d’asile palestiniens, titulaires de titres de séjour valides, ont tout de même été expulsés d’Israël après que des policiers ou des soldats leur ont dit : « Peu importe, il n’y a plus de titres de séjour pour les Palestiniens. »

Issam, un homosexuel originaire de Cisjordanie, raconte avoir été interpellé par la police alors qu’il sortait les poubelles devant chez lui, car il n’avait ni pièce d’identité ni portefeuille sur lui.

Bien qu’il ait tenté d’expliquer qu’il était titulaire d’un titre de séjour valide, il a été expulsé vers la Cisjordanie. Ce n’est qu’après l’intervention de son avocat qu’il a pu revenir en Israël.

Des manifestants défilant lors de la 21ᵉ édition de la Jerusalem Gay Pride, le 1ᵉʳ juin 2023. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)

De retour chez lui, alors qu’il se rendait à l’arrêt de bus, Issam raconte avoir été à nouveau interpellé par un policier et passé à tabac par plusieurs agents. Il a de nouveau été emmené à un poste de contrôle, et une deuxième intervention juridique l’a empêché d’être à nouveau expulsé.

La police israélienne n’a pas répondu à la demande de commentaires du Times of Israel.

Danial a souligné que le problème allait au-delà des interactions avec les forces de l’ordre et concernait les attitudes plus générales de la population qui, selon elle, se sont durcies pendant la guerre.

« Du jour au lendemain, les employeurs ne veulent plus payer leurs travailleurs palestiniens », a-t-elle déclaré.

« Nous avons entendu parler de nombreux cas d’exploitation économique. Des personnes travaillent dix heures par jour à faire la vaisselle, et à la fin du mois, elles ne sont tout simplement pas payées. »

Pour de nombreux Palestiniens LGBTQ+ fuyant la Cisjordanie, Israël n’est qu’une étape vers un refuge dans un pays tiers. Jusqu’à récemment, le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) réinstallait en moyenne quinze demandeurs d’asile LGBTQ+ par an depuis Israël vers des pays tiers.

Cependant, selon les responsables, cette initiative a été réduite depuis 2025 en raison des coupes budgétaires décidées par l’administration du président américain Donald Trump, qui s’inscrivent dans le cadre d’un retrait plus général de Washington de l’aide étrangère.

Selon Danial, le nombre de demandeurs d’asile palestiniens de la communauté LGBTQ+ pouvant désormais être réinstallés est tombé à deux par an.

« S’il y a 300 Palestiniens LGBTQ+ ici, même selon l’estimation la plus prudente, il faudra encore 150 ans pour que tout le monde parte », a déclaré Danial sur un ton sarcastique.

« Autrefois, Israël pouvait dire : Vous pouvez ‘rester ici temporairement jusqu’à ce que vous soyez réinstallés dans un pays tiers.’ Quand quinze personnes partaient chaque année, c’était un peu plus réaliste. Aujourd’hui, c’est une impasse. »

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