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Les Palestiniens LGBT réfugiés en Israël auront le droit d’y travailler

Les groupes des droits de l'Homme déplorent depuis longtemps les restrictions appliquées aux Palestiniens LGBT qui fuient les violences ; ils seront environ 90 à pouvoir travailler

Des Israéliens défilent pour la Gay Pride à Jérusalem, le 2 juin 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Des Israéliens défilent pour la Gay Pride à Jérusalem, le 2 juin 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Les Palestiniens LGBT qui fuient les persécutions en Cisjordanie seront autorisés à travailler dans le pays. Jusqu’à présent, s’ils était possible pour eux de résider en Israël, peu d’autres droits leur étaient octroyés, a déclaré dimanche soir le gouvernement israélien à la Haute cour.

Ces restrictions plaçaient les Palestiniens de la communauté LGBT dans une situation d’une grande précarité, obligeant un certain nombre d’entre eux à travailler dans des conditions illégales et abusives ou à se prostituer.

« Ils n’avaient aucun accès au travail, aux soins de santé, aux services sociaux. On a donc vu leur situation se détériorer avec le temps et ce alors même qu’ils arrivent en Israël traumatisés, après avoir été agressés et persécutés », a déclaré Naama Sabato, assistante sociale au sein du groupe de défense des droits Agudah.

Ce changement de politique a été entraîné par une plainte conjointe qui a été déposée par plusieurs groupes de défense des droits de l’Homme, et notamment par Médecins pour les droits de l’Homme – Israël, par l’organisation à but non lucratif HIAS pour les droits des réfugiés et par Agudah.

Même si les Palestiniens LGBT osent davantage s’exprimer ces dernières années, les droits LGBT restent une question hautement controversée au sein de la société palestinienne, religieuse et conservatrice. Les Palestiniens LGBT qui se revendiquent comme tels peuvent faire face au rejet ou à des violences – et dans le pire des cas, ils peuvent se retrouver en danger de mort.

Un Palestinien homosexuel originaire de Cisjordanie a raconté devant la Knesset, lundi, que sa famille avait tenté de le tuer après avoir eu connaissance de son orientation sexuelle.

« Je veux juste vivre une vie normale mais c’est impossible pour moi de le faire sans soins de santé, sans compte bancaire et sans carte d’identité officielle », a déploré le Palestinien qui a demandé à rester anonyme.

Israël délivre des permis de résidence temporaire aux Palestiniens qui fuient les persécutions en Cisjordanie. La majorité de ces permis ont pu être remis, dans le passé, aux Palestiniens ayant collaboré avec les services de sécurité israéliens – et ils peuvent par ailleurs légalement demander un statut de résident permanent au sein de l’État juif.

Les autorités israéliennes considèrent encore aujourd’hui la présence des Palestiniens LGBT dans le pays comme une solution provisoire « avant de trouver une solution permanente [en Cisjordanie] ou dans un autre pays », ont déclaré les procureurs de l’État devant la Cour suprême.

Environ 90 Palestiniens LGBT vivent actuellement en Israël avec des permis temporaires qui doivent être renouvelés tous les deux mois, selon le ministère des Affaires sociales. La plus grande partie d’entre eux finissent par quitter l’État juif pour des pays qui les accepteront comme réfugiés, comme le Canada et l’Australie, mais cette procédure peut parfois prendre des années.

Les Palestiniens LGBT, qui se trouvent dans l’intervalle dans l’incapacité de travailler, sont particulièrement susceptibles d’être exploités par l’industrie du sexe, a expliqué Osnat Hitron, responsable du Groupe de travail sur le trafic d’être humains et la prostitution.

« Le changement dans la politique gouvernementale qui vient d’être annoncé, grâce à cet appel, est une avancée importante qui permettra à ces individus de vivre dans des conditions de dignité fondamentales en Israël tout en attendant que leur demande d’asile soit acceptée dans un pays tiers et ils ne seront plus dans l’obligation de vendre leurs corps pour survivre », a déclaré Hitron.

La députée travailliste Ibtisam Maraana a demandé que les autorités israéliennes accordent des visas à long-terme à ceux qui fuient les persécutions plutôt que ces visas à court-terme qui nécessitent un renouvellement presque mensuel.

« Nous ne parlons pas ici d’une vague de Palestiniens LGBT qui attendrait de l’autre côté de la frontière de se déferler massivement sur l’État d’Israël. Nous parlons de quelques dizaines de personnes seulement », a dit Maraana.

Ibtisam Mara’ana à la Knesset, le Parlement israélien à Jérusalem, le 7 décembre 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Au mois dernier, Zahava, une Palestinienne transgenre de Cisjordanie, s’était suicidée après s’être heurtée au système social israélien.

Après des violences brutales de la part de sa famille, Zahava avait pris la fuite, traversant la Ligne verte pour entrer en Israël. L’armée avait estimé qu’elle courait un danger authentique et immense si elle rentrait chez elle et elle lui avait remis un permis à court-terme.

Ce permis avait donné le droit à Zahava de rester au sein de l’État juif, mais il lui avait été interdit de travailler ou d’accéder au système de soins. Elle avait fait des va-et-vient entre différents refuges avant de se suicider.

Sabato, qui avait travaillé sur le dossier de Zahava, a indiqué que cette dernière était une personnalité vive et capable. « Elle n’avait pas un type dépressif même si, bien sûr, elle avait subi des traumatismes. Mais dans son cas, sa mort a résulté de la dure réalité qui était la sienne », a-t-elle expliqué.

« Je ne peux pas présumer de ce qui aurait pu se passer. Mais il est probable que travailler aurait changé la donne. Dès qu’on a le droit de travailler légalement, c’est tout le reste qui se met en place. On n’est soudainement plus dépendant de personne », a noté Sabato.

L’Autorité palestinienne, qui administre certaines enclaves de la Cisjordanie, et le Hamas, qui contrôle la bande de Gaza, ont sévèrement réprimé l’activisme LGBT dans le passé.

En 2019, l’AP a interdit le groupe de défense palestinien des droits des personnes queer Al-Qaws, en Cisjordanie. Un porte-parole de la police de l’Autorité palestinienne a fustigé les activistes pour un militantisme qui « porte atteinte aux plus hauts principes et aux plus hautes valeurs de la société palestinienne ».

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