Rechercher
Analyse

À l’ONU, ce que Netanyahu n’a pas dit a été tout aussi révélateur que ce qu’il a dit

Le Premier ministre n’a pas présenté les nouvelles informations promises sur l’Iran, ni proféré de menaces supplémentaires contre le régime, ni évoqué le plan de paix saoudien, ni même fait l’éloge de Trump. Voici comment interpréter ces omissions

Lazar Berman

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu quitte la salle après s’être adressé à la 81e Assemblée générale des Nations unies au siège de l’ONU à New York, le 24 septembre 2026. (Crédit: Leonardo Munoz/AFP)
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu quitte la salle après s’être adressé à la 81e Assemblée générale des Nations unies au siège de l’ONU à New York, le 24 septembre 2026. (Crédit: Leonardo Munoz/AFP)

NEW YORK — Le 15e discours du Premier ministre Benjamin Netanyahu devant l’Assemblée générale des Nations unies, dans la journée de jeudi, a été, à certains égards, typique de « Bibi ».

Le Premier ministre a fustigé l’antisémitisme et il a critiqué avec vivacité « l’indécision morale », a-t-il dit, des dirigeants européens. Il s’est muni non pas d’un, mais de deux accessoires pour son intervention : un bipeur pour narguer le Hezbollah – une référence faite à la spectaculaire opération qui avait été marquée par les explosions de bipeurs et autres talkies-walkies des membres du groupe terroriste au mois de septembre 2024 – et un terminal Internet Starlink, pour piquer au vif et humilier le régime iranien qui réduit son peuple au silence.

Dans le même temps, son discours a comporté de surprenantes omissions qui ont renforcé une impression déjà sous-jacente, l’impression qu’Israël ne dispose pas, à l’heure actuelle, d’un plan clair et viable pour contrer la menace qui se trouve au cœur de sa sécurité nationale : le programme d’armes nucléaires de l’Iran, ses missiles balistiques et son régime avide et tenace.

Avant le discours, de hauts responsables israéliens avaient confié au Times of Israel que les « surprises » qui avaient été promises par Netanyahu allaient prendre la forme de nouvelles informations sur les activités malveillantes de l’Iran.

Il avait déjà fait de telles révélations lors de précédents discours prononcés à cette prestigieuse tribune. En 2018, par exemple, il avait dévoilé l’existence d’un « entrepôt atomique secret » à Téhéran, et il avait été en mesure de donner des détails jusqu’alors inconnus sur les usines de missiles du Hezbollah à Beyrouth.

Pourtant, jeudi, il n’y a eu aucun scoop s’agissant de l’Iran et de son appareil militaire. Rien.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu tient un appareil Starlink lors de la 81e session de l’Assemblée générale des Nations unies au siège des Nations unies, le 24 septembre 2026. (Capture d’écran / Nations unies via YouTube)

Il a répété les raisons qui avaient été invoquées par Israël pour s’engager, à la fin du mois de février dernier, dans la guerre menée contre la république islamique aux côtés des États-Unis – dans le cadre d’une initiative commune qui visait à empêcher l’Iran de se doter de l’arme nucléaire de manière définitive, à détruire les capacités de Téhéran en matière de missiles balistiques et à provoquer l’effondrement du régime.

Aucun de ces objectifs, qui avaient été revendiqués par Netanyahu comme par le président américain Donald Trump, n’a été atteint.

Netanyahu a ainsi dû se contenter de faire une affirmation creuse au début de son allocution, disant qu’il avait « exactement » tenu sa promesse « d’empêcher la dictature meurtrière iranienne de développer des bombes atomiques ». Il s’est livré à une prédiction, à la fin de sa prise de parole, qui n’avait guère davantage d’épaisseur, en laissant entendre que « un jour, et ce jour n’est peut-être pas loin, le peuple iranien sera libre… Ce régime malfaisant tombera ».

Curieusement, il n’a mentionné ni les Accords d’Abraham, ni l’espoir d’une normalisation des relations avec l’Arabie saoudite.

Et, ce qui est peut-être le plus étonnant encore, il n’a fait référence à Trump qu’à une seule reprise au cours de ce discours qui a duré 40 minutes, alors qu’il avait fait l’éloge du président américain à cinq occasions lors de son allocution à la même tribune, l’année dernière.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, brandissant une carte indiquant les sites de missiles présumés du groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah à Beyrouth, s’adressant à l’Assemblée générale des Nations Unies, à New York, le 27 septembre 2018. (Crédit : Timothy A. Clary/AFP)

Une approche prudente à l’égard de l’Iran pour éviter d’irriter Trump

Ces omissions et ces mises à l’écart laissent croire à un manque de pistes opérationnelles pour l’avenir.

Concernant l’Iran, quelles que soient les mesures que Netanyahu pourrait vouloir prendre pour atteindre ses objectifs de guerre initiaux — des mesures qui s’articulent vraisemblablement autour d’un retour au recours intensif à la force militaire —, le Premier ministre n’est actuellement pas en capacité de les exiger publiquement.

Faire ouvertement part de ces exigences serait perçu non seulement comme une critique flagrante de la politique actuelle de Trump — une politique qui consiste en un mélange de menaces répétées et de tentatives infructueuses de négociations, de blocus économique infligeant de graves souffrances à la république islamique, d’engagements visant à empêcher l’Iran de se doter de la bombe, et d’exigences réitérées en faveur d’un transit libre et sans entrave dans le détroit d’Ormuz.

Une femme scande des slogans en brandissant un drapeau iranien tandis que des motards défilent lors d’un défilé organisé par l’État, appelé « Janfada », qui signifie « Sacrifice pour l’Iran », à Téhéran, en Iran, le 25 septembre 2026. (Crédit: AP/Vahid Salemi)

Cela serait également perçu par les éléments anti-israéliens de la gauche mondiale et, de plus en plus, de la droite — avec parmi eux des personnalités qui appartiennent au cercle restreint de Trump — comme une nouvelle tentative inacceptable d’entraîner les États-Unis dans un conflit au Moyen-Orient nuisible pour les Américains, qu’il s’agisse des électeurs ou des soldats.

Au moins jusqu’aux élections de mi-mandat qui sont prévues au mois de novembre aux États-Unis, Israël n’a d’autre choix que de rester en retrait et de se préparer discrètement à un conflit probable à une date ultérieure – et pas si éloignée.

Après le mois de novembre, Trump n’aura plus à se soucier d’éventuels obstacles électoraux majeurs jusqu’au terme de son mandat et s’il ne désire pas compromettre les chances d’un possible successeur républicain, il pourrait estimer qu’il est logique de reprendre des opérations militaires de grande envergure.

Le président a également évoqué la possibilité d’un accord avec l’Iran après les élections de mi-mandat, mais il n’a pas expliqué la raison pour laquelle un accord serait plus facile à conclure à ce moment-là : la posture de l’Iran – celle du défi – n’est pas près de changer en fonction des résultats du scrutin américain.

Le régime a répété à maintes reprises que le seul accord qu’il accepterait serait celui qui reconnaîtrait formellement le contrôle exercé par la république islamique sur Ormuz – et il a précisé qu’il n’était en rien disposé à discuter de son programme nucléaire. Si cela reste le cas, la seule voie vers un accord consistera en une capitulation totale de Trump ou en une nouvelle action militaire qui sera suffisamment puissante pour persuader le régime qu’un accord répondant aux exigences de Trump est sa seule chance de survie.

Des navires commerciaux au mouillage dans le détroit d’Ormuz, au large de Bandar Abbas, en Iran, le 4 septembre 2026. (Crédit : AP Photo/Vahid Salemi)

D’où l’absence de substance dans les propos qui ont été tenus par Netanyahu sur le sujet iranien, et d’où l’omission des révélations attendues en matière de renseignement. Ce que fait actuellement le Premier ministre, c’est observer et espérer — en restant sagement à la marge — que les émissaires de Trump, Steve Witkoff et Jared Kushner, ne se lanceront pas dans un nouvel accord qui offrira à Téhéran la marge de manœuvre nécessaire pour se soustraire à ses engagements fondamentaux.

Des relations secrètes, et non officielles, avec l’Arabie saoudite

À plus grande proximité des frontières d’Israël, l’Arabie saoudite ne semble guère décidée à normaliser ses relation avec l’État juif.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu utilise un marqueur rouge sur une carte du « nouveau Moyen-Orient » à la 78e session de l’Assemblée générale des Nations unies, à New York, le 22 septembre 2023. (Crédit : AP Photo/Richard Drew)

La paix avec Ryad a toujours été un objectif au centre de la politique de Netanyahu. Alors qu’il se trouvait à la tribune des Nations unies, au mois de septembre 2023 — c’était à peine deux semaines avant l’attaque meurtrière que devait commettre le Hamas dans le sud d’Israël — il avait prédit une « paix historique entre Israël et l’Arabie saoudite » qui était, selon lui, imminente et qui devait ouvrir la voie à « un nouveau Moyen-Orient ». Il avait brandi des cartes pour illustrer ses propos.

Toutefois, il sait pertinemment qu’aujourd’hui, les Saoudiens ont aujourd’hui des raisons — ô combien nombreuses ! — d’éviter de finaliser un tel accord.

L’image d’Israël est toxique dans le monde arabe après trois années d’images de mort et de souffrances à Gaza et son gouvernement, dans la région, est dorénavant incarné par le visage du ministre d’extrême droite Itamar Ben Gvir et par les violences persistantes des partisans du mouvement pro-implantation israélien en Cisjordanie.

Un important panache de fumée noire s’élève de la zone de stockage de carburant de l’aéroport international King Khalid, à Ryad, en Arabie saoudite, le 19 septembre 2026. (Crédit : Photographe indépendant/Reuters)

Les attaques qui ont été lancées par l’Iran à l’encontre des Saoudiens et d’autres pays arabes soulignent à quel point Ryad et Jérusalem sont solidement ancrées dans le même camp au Moyen-Orient – et les frappes contre le royaume menées par les Houthis au Yémen et les milices chiites en Irak sont en train d’entraîner une crise en Arabie saoudite. Toutefois, les Saoudiens souhaitent que toute aide apportée par Israël reste secrète, et ils continuent de croire que le dialogue avec l’Iran — plutôt que de se tourner vers Israël — sera le meilleur moyen d’éviter de futures attaques.

Éloges discrets à l’égard du président

Dans la mesure où Netanyahu est à la veille d’un scrutin qui s’annonce difficile, le mois prochain, son discours a visé, avant tout, à convaincre les électeurs de lui apporter leur soutien. Si Trump est très apprécié en Israël et s’il est considéré comme l’un des présidents américains les plus pro-israéliens de toute l’Histoire, la manière dont il a coupé l’herbe sous le pied de la campagne militaire menée par les Américains et par les Israéliens contre l’Iran, cette année, reste un sujet sensible.

Une campagne militaire qui est aussi devenue un point faible pour Netanyahu. Il a été fustigé par ses critiques, en Israël, qui ont dénoncé sa pusillanimité jugée excessive face à Trump en laissant, in fine, un président connu pour son incohérence prendre des décisions qui touchent au cœur même de la sécurité nationale d’Israël.

Si Netanyahu avait une nouvelle fois fait l’éloge de Trump depuis la tribune, au moment où le président continue d’opter pour une approche difficilement compréhensible alors qu’il cherche à vaincre la république islamique, cela n’aurait fait que renforcer, dans l’esprit des électeurs israéliens, l’image d’un Premier ministre d’une soumission intenable.

De plus, Trump s’est jusqu’à présent abstenu de lui apporter son soutien, et il n’a pas trouvé le temps de le rencontrer à l’occasion du déplacement du Premier ministre israélien à New York, pour l’Assemblée générale des Nations unies.

Si l’opinion publique israélienne devait décider, le 27 octobre, qu’elle souhaite le voir conserver ses fonctions, Netanyahu pourrait peut-être profiter de la prochaine Assemblée générale des Nations unies pour présenter de nouvelles informations transmises par les services de renseignement et pour tenir un discours de fermeté à l’égard de l’Iran. Il pourrait également évoquer de nouvelles possibilités de normalisation régionale. Mais il est loin d’être certain qu’il sera, encore une fois, le Premier ministre israélien appelé à monter à la tribune pour prendre la parole devant les Nations unies, au mois de septembre prochain.

En savoir plus sur :
Pour commenter, rejoignez
la Communauté du Times of Israël !
Rejoidre la Communauté du Times of Israël
Seuls les membres qui payent un abonnement peuvent commenter les articles. Alors rejoignez nous et profitez d'autres avantages !
Veuillez utiliser un email au format suivant : example@domain.com
Confirm Mail
Merci ! Consultez votre mail maintenant
Vous faites désormais partie de la Communauté du Times of Israël ! Un e-mail contenant votre lien de connexion a été envoyé à . Une fois configuré, vous pourrez profiter de vos avantages et commenter.

Merci pour votre fidélité !

Si vous voyez ce message, ça veut dire que vous faites partie de nos lecteurs les plus assidus. Pour continuer votre lecture, veuillez rejoindre notre Communauté. Rejoignez-nous maintenant !
image
Inscrivez-vous gratuitement
et continuez votre lecture
L'inscription vous permet également de commenter les articles et nous aide à améliorer votre expérience. Cela ne prend que quelques secondes.
Déjà inscrit ? Entrez votre email pour vous connecter.
Veuillez utiliser le format suivant : example@domain.com
SE CONNECTER AVEC
En vous inscrivant, vous acceptez les conditions d'utilisation. Une fois inscrit, vous recevrez gratuitement notre Une du Jour.
Register to continue
SE CONNECTER AVEC
Log in to continue
Connectez-vous ou inscrivez-vous
SE CONNECTER AVEC
check your email
Consultez vos mails
Nous vous avons envoyé un e-mail à .
Il contient un lien qui vous permettra de vous connecter.