Critiquant « NAZA », Omer Shem Tov dit avoir été lui aussi une « victime collatérale »
Dans le WSJ, l’ex-otage raconte les efforts de Tsahal pour limiter les pertes civiles pendant sa captivité aux mains du Hamas, ce qui a retardé le retour d’otages comme lui
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L’otage israélien libéré Omer Shem Tov a réagi au documentaire controversé NAZA sur les pertes civiles à Gaza dans une tribune publiée mardi, dans laquelle il revient sur ce qu’il a lui-même vécu pendant sa captivité dans la bande de Gaza.
Dans un texte publié dans le Wall Street Journal, Shem Tov, libéré de la captivité du groupe terroriste palestinien du Hamas en février 2025 après 505 jours passés à Gaza, a écrit qu’il savait « ce que c’est que d’être une victime collatérale ».
NAZA, un documentaire réalisé par deux cinéastes israéliens présenté en avant-première il y a deux semaines au Festival du film de Venise, où il a remporté un prix, accuse Tsahal d’utiliser l’intelligence artificielle (IA) pour mener des frappes à Gaza qui auraient causé d’importantes pertes civiles. NAZA est l’acronyme hébreu utilisé par l’armée pour désigner les dommages collatéraux.
Le film a suscité une vive controverse parmi les responsables israéliens. La plupart d’entre eux ont reconnu ne pas avoir vu le documentaire, qui n’est pas encore largement accessible. Tsahal a déclaré qu’elle « rejetait catégoriquement » les accusations formulées dans le film et a critiqué le recours à des témoignages anonymes. Le documentaire repose sur des entretiens avec 24 personnes présentées comme des membres ou anciens membres du renseignement militaire israélien, s’exprimant sous couvert d’anonymat.
« Il y avait beaucoup de choses à craindre en captivité. La faim. Mes ravisseurs. Ne plus jamais revoir ma famille. Mais aussi l’armée de l’air israélienne. Les pilotes israéliens qui survolaient la zone n’avaient aucune idée de l’endroit où je me trouvais », a écrit Shem Tov dans le WSJ.
« Parfois, lorsque mes ravisseurs s’attendaient à une attaque israélienne, ils s’enfuyaient et me laissaient derrière eux. Si une bombe israélienne m’avait tué, le Hamas aurait gagné deux fois : je serais mort et Israël aurait été tenu pour responsable », a-t-il poursuivi.
Shem Tov, qui avait été enlevé le 7 octobre 2023 lors du festival de musique Nova, près de la frontière avec Gaza, a raconté un épisode au cours duquel la mère de l’un de ses ravisseurs avait reçu un appel téléphonique de Tsahal l’avertissant d’une frappe aérienne imminente.
« Le Hamas savait où je me trouvais et m’a laissé mourir. Israël ignorait où j’étais, mais savait où se trouvait la mère de mon ravisseur et l’a appelée pour éviter qu’elle ne soit tuée par erreur », a-t-il écrit. « J’étais là, enlevé, affamé et torturé par son fils, tandis que mon armée essayait de garder sa mère en vie. »
Il a expliqué que ses ravisseurs à Gaza se réjouissaient de la mort et de la destruction des deux côtés. « Pour le Hamas, la destruction elle-même pouvait être une victoire. Tant qu’il y avait des morts d’un côté ou de l’autre, le Hamas pouvait gagner », écrit-il.
Shem Tov ajoute « qu’Israël était déterminé à me ramener chez moi. Mais pas à n’importe quel prix. Il y avait des civils palestiniens entre Israël et moi. Israël a donc largué des tracts, envoyé des messages, passé des appels téléphoniques et ordonné des évacuations. Il a tenté de réduire au minimum les NAZA, c’est-à-dire les dommages collatéraux. »
L’otage libéré a estimé qu’Israël avait « payé le prix » de ses efforts pour réduire les pertes civiles. « Cela a donné du temps au Hamas. Cela a accru les risques pour les soldats israéliens. Et cela a prolongé l’attente d’otages comme moi. »
« Si Israël s’était moins soucié des NAZA, je serais peut-être rentré chez moi plus tôt », a-t-il ajouté. « Moins de soldats israéliens seraient peut-être morts. Moins d’otages seraient peut-être morts. Mais cela aurait coûté la vie à davantage de Palestiniens. »
Shem Tov a écrit avoir été profondément dérangé par ce qui avait été rapporté au sujet du documentaire, qu’il précise ne pas avoir vu dans son intégralité.
« À Venise, le film a été ovationné pendant plus de 24 minutes », a-t-il déclaré. « En tant qu’ancien otage, j’ai vécu ces minutes comme une pluie de couteaux. Non pas parce que le film montre la souffrance palestinienne, qui est réelle et mérite d’être vue. Ce qui fait mal, c’est que le film, tel qu’il a été présenté, m’occulte. »
S’adressant aux réalisateurs, l’ancien otage a ajouté que « peut-être suis-je moi aussi NAZA. Un dommage collatéral. Un otage juif qui aurait pu être laissé à pourrir dans un tunnel du Hamas, ou assassiné aux côtés de mes amis à Nova, parce que se battre pour me libérer et protéger les Israéliens contre ceux qui ont commis ces actes est en soi considéré comme moralement suspect ».
Le film a provoqué un tollé en Israël. Des responsables ont réclamé l’ouverture d’une enquête pénale sur le documentaire et menacé de retirer la nationalité aux réalisateurs, tandis que des militants d’extrême droite ont manifesté devant le domicile des parents de l’un des cinéastes.
Parmi les allégations avancées dans le film figure notamment celle selon laquelle l’armée aurait planifié une frappe à Gaza en anticipant la mort de 500 civils, comme le montre une vidéo promotionnelle du documentaire. Tsahal a qualifié cette affirmation de « totalement mensongère ».
Tsahal a déclaré que les décisions concernant la sélection et l’autorisation des frappes étaient prises « uniquement par du personnel humain… et non par l’intelligence artificielle ». Elle a également rejeté les allégations formulées dans le film « concernant la stratégie nationale et militaire, qui dépassent clairement le niveau de connaissance de soldats subalternes ».
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’est engagé la semaine dernière à retirer la nationalité à ceux qui calomnient les soldats de Tsahal à l’étranger. Le chef d’état-major de Tsahal, le général de corps d’armée Eyal Zamir, a pour sa part chargé le responsable juridique en chef de Tsahal d’étudier la possibilité d’une action en justice contre le film et les personnes qui y ont participé. Le ministre de la Culture a également demandé au Shin Bet d’enquêter pour déterminer si les réalisateurs avaient bénéficié de l’aide du Hamas.
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