La Norvège juge « juste » de sanctionner les implantations, malgré de possibles représailles israéliennes
Oslo affirme que les mesures israéliennes précédentes ont entravé son aide aux Palestiniens ; Espen Barth Eide estime que cette initiative montre que le monde ayant contribué à la création d’Israël veut désormais voir le problème en Cisjordanie "résolu"
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NATIONS UNIES — Cela fait plus de deux ans que la Norvège a fermé sa mission diplomatique auprès de l’Autorité palestinienne (AP) à al-Ram, en Cisjordanie, coupant ainsi le principal canal de communication d’Oslo avec les Palestiniens sur le terrain.
La Norvège a été contrainte de fermer cette mission en août 2024, après l’expulsion de ses diplomates par Israël.
Quelques jours auparavant, la Norvège avait déposé un mémoire d’amicus curiae auprès de la Cour pénale internationale (CPI) pour soutenir une plainte pour crimes de guerre contre Israël. Trois mois plus tôt, elle s’était jointe à l’Espagne et à l’Irlande pour reconnaître un État palestinien.
Aujourd’hui, la Norvège s’est jointe au Royaume-Uni et à dix autres pays occidentaux pour promouvoir des sanctions contre les implantations israéliennes, ce qui pourrait potentiellement exposer Oslo à de nouvelles mesures punitives de la part de Jérusalem et limiter encore davantage sa capacité à aider les Palestiniens sur le terrain.
Mais le ministre des Affaires étrangères, Espen Barth Eide, a fait valoir que cette initiative valait le risque encouru.
« On essaie toujours de trouver un équilibre entre différents intérêts, mais à ce stade, c’est la bonne chose à faire », a déclaré Eide mardi lors d’un entretien accordé au Times of Israel en marge de l’Assemblée générale de l’ONU.
Il a expliqué que le projet de loi présenté au Parlement norvégien visant à interdire le commerce avec les implantations ne visait pas Israël proprement dit, Oslo n’ayant aucun intérêt à boycotter ce pays.
« Nos échanges commerciaux avec Israël doivent se limiter aux frontières de 1967, et nous voulions aller au-delà des simples paroles pour montrer que le comportement observé dans les colonies est inacceptable », a-t-il fait valoir, faisant référence aux implantations israéliennes en Cisjordanie qui se sont développées à un rythme sans précédent sous le gouvernement actuel, réduisant considérablement le territoire restant pour un éventuel État palestinien.
« Le fait que nous [imposions ces sanctions] aux côtés de nombreux autres pays enverra, espérons-le, un signal à Israël pour lui faire comprendre que… son comportement envers les Palestiniens est inacceptable », a déclaré Eide, soulignant la crise humanitaire à Gaza, la recrudescence des violences commises par les résidents d’implantation en Cisjordanie et la rétention par Israël des fonds appartenant à l’AP.
Début 2024, Israël avait accepté de débloquer les recettes fiscales palestiniennes, à condition que la Norvège conserve temporairement la part destinée à la bande de Gaza contrôlée par le groupe terroriste palestinien du Hamas. Mais Jérusalem a mis fin à cet accord après la reconnaissance d’un État palestinien par la Norvège, et la rétention persistante de ces fonds par Israël a conduit l’AP au bord de l’effondrement.
Au Royaume-Uni, l’annonce de l’interdiction du commerce avec les implantations, peu avant les prochaines élections israéliennes, a suscité des réticences en interne, étant donné que le scrutin du 27 octobre pourrait déboucher sur la formation d’un nouveau gouvernement à Jérusalem susceptible d’adopter une approche moins belliciste envers les Palestiniens.
Interrogé sur la question de savoir si un raisonnement similaire était en cours en Norvège, Eide a répondu que les élections israéliennes n’entraient pas en ligne de compte. Il a toutefois indiqué qu’une décision finale du Parlement d’Oslo concernant la législation visant à sanctionner les implantations serait probablement prise après le vote de la Knesset.
« Il faut s’attendre à des élections »
Même si la législation norvégienne interdisant le commerce avec les implantations ne profitera peut-être pas directement aux Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza, Eide a souligné qu’Oslo continuerait à faire avancer d’autres initiatives dans ce dossier, notamment en accueillant le Comité spécial de liaison (AHLC), un groupe international chargé de coordonner l’aide aux Palestiniens.
La Norvège organisera une réunion des donateurs de l’AHLC en marge de l’Assemblée générale de l’ONU, réunion qui portera sur la poursuite des réformes de l’AP.
L’objectif est de renforcer les institutions palestiniennes afin qu’elles soient prêtes pour la transition vers la création d’un État lorsque les conditions politiques seront réunies, a expliqué le ministre norvégien des Affaires étrangères, reconnaissant ainsi implicitement que, bien qu’elle reconnaisse un État palestinien, Oslo ne le considère pas comme une réalité.
Il a affirmé qu’Oslo ne donnait pas carte blanche à l’AP.
« Avec d’autres pays européens, nous affirmons très clairement que nous attendons la tenue d’élections – non seulement des élections législatives cette année, mais aussi des élections présidentielles l’année prochaine. »
Aucune élection n’a eu lieu depuis plus de deux décennies en raison des reports répétés du dirigeant de l’AP, Mahmoud Abbas, bien qu’un scrutin législatif soit prévu le 28 novembre et qu’une élection présidentielle doive se tenir l’année prochaine. Eide a laissé entendre que la Norvège pourrait prendre des mesures à l’encontre de l’AP si celle-ci reportait à nouveau les élections.
Israël « très impressionnant », mais…
Mardi, Eide a également participé à une table ronde organisée sous l’égide de la France et visant à renforcer la société civile israélienne et palestinienne. Jeudi, la Norvège devait co-organiser une réunion ministérielle sur la promotion d’une solution à deux États, à laquelle devaient participer cent pays.
« Il existe un paradoxe très frappant concernant la solution à deux États : sur le terrain, elle semble plus éloignée que jamais… alors que, dans le même temps, le soutien politique à la Palestine n’a jamais été aussi fort », a-t-il déclaré.
Le soutien des Israéliens à ce cadre s’est progressivement effrité au cours des dernières décennies, passant d’une opinion majoritaire à une opinion minoritaire, l’opposition à celui-ci s’étant renforcée chez beaucoup à la suite du pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023.
Le haut diplomate norvégien a insisté sur le fait qu’il conservait une estime de longue date pour Israël.
« C’est un pays très impressionnant, une nation de start-ups et un leader de l’innovation. »
« Mais il est important que les Israéliens reconnaissent qu’ils sont allés trop loin, tant en Cisjordanie qu’à Gaza », a-t-il poursuivi, faisant référence à la campagne militaire israélienne contre le Hamas, qui a fait des dizaines de milliers de victimes civiles. Israël affirme qu’il cherche à limiter les dommages causés aux innocents, mais que le groupe terroriste – qui a déclenché la guerre de Gaza avec l’assaut du 7-Octobre – opère délibérément parmi eux.
« Quand on commence à perdre du soutien, en particulier celui des pays occidentaux, cela commence lentement, puis s’accélère », a-t-il déclaré à la sortie de la salle de l’Assemblée générale, où les dirigeants mondiaux ont vivement critiqué Israël, les uns après les autres, pour sa politique à l’égard des Palestiniens.
Eide a souligné que même les États-Unis s’étaient abstenus de s’opposer aux sanctions contre les implantations menées par le Royaume-Uni.
« La réaction des États-Unis à ce sujet a en réalité été très modérée. Je pense qu’il y a deux ans – même sous l’équipe de [l’ancien président américain Joe] Biden -, on aurait assisté à une réaction bien plus forte » contre ces sanctions, a-t-il poursuivi.
« Je verrais donc cela comme un signe que la sympathie envers le gouvernement israélien est en train de s’estomper. »
« L’absence de contact ne mène nulle part »
Interrogé sur un article paru en août dans le Times of Israel révélant que le Centre norvégien pour la résolution des conflits (NOREF) s’était efforcé de renforcer la communication entre l’UE et le Hamas en 2021, Eide a défendu l’ONG financée par Oslo, arguant qu’il était nécessaire de dialoguer avec les autorités du groupe terroriste à Gaza pour venir en aide à la population.
« Notre philosophie est que le simple fait de parler aux gens ne constitue pas un soutien… Cette idée selon laquelle il ne faut avoir aucun contact ne mène nulle part », a-t-il fait valoir.
« S’il y a une chose positive à retenir de l’actuelle administration américaine, c’est qu’elle partage exactement le même instinct. »
Le ministre des Affaires étrangères a affirmé qu’il souhaitait toujours que la Norvège soit un lieu de rencontre pour le dialogue israélo-palestinien, comme ce fut le cas dans les années 1990.
Il a toutefois soutenu que le format de ce processus de paix, né de pourparlers secrets dans la capitale norvégienne, présentait une lacune en ne prévoyant pas de conséquences en cas d’impasse.
Avec des initiatives telles que les sanctions contre les implantations, « l’idée est de montrer que la communauté internationale qui a contribué à la création d’Israël souhaite désormais voir ce problème résolu ».
« La solution à deux États est-elle difficile à mettre en œuvre ? Oui, et je pourrais vous faire un long discours sur les difficultés que cela comporterait. Et pourtant, le discours sur les défis que poserait l’alternative serait bien plus long », a-t-il affirmé.
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