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Des soldats de l'armée israélienne à l'extérieur du poste militaire de Paga, à la frontière avec la bande de Gaza, le 15 décembre 2023. (Crédit : Emanuel Fabian/Times of Israel)
Des soldats de l'armée israélienne à l'extérieur du poste militaire de Paga, à la frontière avec la bande de Gaza, le 15 décembre 2023. (Crédit : Emanuel Fabian/Times of Israel)

La chute du poste de Paga a permis au Hamas d’envahir Beeri le 7-Octobre

Selon une enquête de Tsahal, les troupes n’étaient pas préparées à l’assaut de 60 à 80 terroristes contre le poste, où 18 soldats ont été tués et 22 autres blessés

Emanuel Fabian est le correspondant militaire du Times of Israël.

Le matin du 7 octobre 2023, entre 60 et 80 terroristes du Hamas ont pris d’assaut le poste militaire de Paga, à la frontière avec la bande de Gaza, tuant ou blessant la quasi-totalité des soldats qui y étaient stationnés et emportant les dépouilles de deux d’entre eux. La prise du poste a ouvert la voie à l’invasion des localités voisines, avec des conséquences désastreuses.

Situé juste à l’ouest du kibboutz Beeri, l’une des localités les plus durement touchées lors du pogrom du 7-Octobre, le poste de Paga porte officiellement le nom de Magen Beeri, qui signifie Défenseur de Beeri – une mission qu’il n’a pas réussi à remplir lors de l’attaque.

Sur les quelque 40 à 50 soldats stationnés au poste de Paga et dans une position de chars voisine, 18 soldats et commandants ont été tués et 22 autres ont été blessés au cours des combats.

Parmi les victimes figuraient 14 soldats du régiment Golani : le capitaine Dekel Swissa, le sergent Lior Azizov, le sergent Roei Peri, le sergent Itamar Cohen, le sergent-chef Tomer Barak, le sergent-chef Habib Kiean, le sergent-chef Idan Raz, le sergent Ido Binenstock, le sergent-chef Shalev Baranes, le sergent-chef Yakir Levi, le sergent-chef Itay Glisko, le sergent-chef Haim Meir Eden, le sergent-chef Itamar Ben Yehuda et le sergent-chef Dolev Amouyal ; trois soldats de la 7ᵉ brigade blindée, le sergent-chef Shay Levinson, le sergent Ariel Eliyahu et le sergent Ofir Testa ; ainsi qu’un pisteur de la division de Gaza, le sergent-major Muhammad el-Atrash.

Les dépouilles d’el-Atrash et de Levinson ont été emportées en otages à Gaza. Celle de Levinson a été récupérée par Tsahal en juin 2025, tandis que celle d’el-Atrash a été restituée par le Hamas en octobre de la même année.

Mardi, l’armée a publié les conclusions de son enquête sur l’attaque du poste. Comme les précédentes, celle-ci conclut que Tsahal « n’avait pas rempli sa mission défensive » et n’avait pas empêché le secteur de « tomber aux mains de l’ennemi, notamment l’infiltration de terroristes à Beeri et la prise du poste avancé de Paga ».

Des soldats israéliens passent devant des maisons détruites par des terroristes du Hamas le 7 octobre 2023, au kibboutz de Beeri, le 14 octobre 2023. (Crédit : Ariel Schalit/AP)

Selon les enquêteurs, l’issue des combats au poste de Paga « témoigne d’un échec systémique dans la préparation à une attaque surprise de grande envergure et dans la prise en charge de la défense du secteur face à une telle offensive ».

Les conclusions publiées mardi sont les dernières d’une série d’enquêtes détaillées portant sur une quarantaine de combats et de massacres survenus pendant le pogrom du Hamas du 7-Octobre, au cours duquel environ 5 600 terroristes palestiniens ont franchi la frontière, assassiné plus de 1 200 personnes et emmené 251 personnes en otage dans la bande de Gaza.

L’enquête, menée par le colonel Ori Ron, attaché de défense israélien au Brésil, et approuvée par l’ancien chef d’état-major de Tsahal, Herzi Halevi, a porté sur l’ensemble des combats au poste de Paga et dans les environs. Tsahal a indiqué que les enquêteurs s’étaient rendus sur les lieux et avaient examiné toutes les sources d’information disponibles.

On ignore pourquoi la publication des conclusions de l’enquête a été retardée de plusieurs mois.

L’enquête sur le poste de Paga visait à tirer des enseignements opérationnels propres à cette bataille. Elle n’a pas examiné la conception générale que l’armée se faisait de Gaza et du Hamas au cours des dernières années, sujet qui a fait l’objet d’enquêtes distinctes et plus vastes portant sur les services de renseignement et le dispositif défensif de Tsahal.

L’enquête a révélé qu’au niveau tactique, la compagnie de soldats stationnée au poste de Paga « n’était pas suffisamment préparée à sa mission », notamment sur le plan de l’équipement de combat et des infrastructures défensives du poste.

Le poste militaire de Paga à la frontière avec la bande de Gaza, le 15 décembre 2023. (Crédit : Emanuel Fabian/Times of Israel)

À l’époque, le poste de Paga abritait une compagnie de soldats du 13e bataillon de la brigade Golani, tandis qu’un peloton de chars de la 7e brigade blindée occupait une position adjacente. Un pisteur, Muhammad el-Atrash, dont le corps a été emporté à Gaza, était également présent.

Au cours de leur déploiement avant le 7-Octobre, les soldats du poste de Paga ont principalement dû faire face à des émeutes violentes organisées par le Hamas le long de la barrière frontalière. « Cette situation a influencé leur perception de la menace ainsi que leur entraînement et leurs exercices, qui n’étaient pas adaptés au scénario d’une attaque surprise simultanée dans l’ensemble du secteur », ont noté les enquêteurs.

Toutefois, malgré le manque de préparation et une situation opérationnelle d’une complexité presque insurmontable », l’enquête a révélé « des actes d’héroïsme et des initiatives individuelles qui méritent d’être soulignés, tant chez les commandants subalternes que chez les soldats ».

L’enquête a établi que la prise du poste avait permis aux terroristes de s’infiltrer ensuite à Beeri, où 101 civils et 31 membres des forces de sécurité ont été tués, et où 30 résidents ainsi que deux autres civils ont été pris en otage.

Les frappes aériennes israéliennes menées dans la zone pendant la bataille de Paga « n’ont pas été efficaces en raison de lacunes dans la coordination avec les troupes au sol », a conclu l’enquête.

La mort de plusieurs commandants au cours des combats, dont celui du poste, a considérablement pesé sur les décisions des troupes et le déroulement de la bataille.

Chronologie de l’attaque

Alors que le Hamas tirait sa première salve de roquettes sur le sud d’Israël, à 6 h 29, des terroristes ont franchi la barrière frontalière et progressé vers le poste de Paga.

Les soldats du poste se sont réfugiés dans les zones protégées, tandis que les soldats de la position de chars adjacente se sont dirigés vers la barrière pour bloquer les terroristes.

Dans le même temps, les commandants ont tenté de retrouver el-Atrash, qui servait de pisteur au sein de la brigade nord de la division de Gaza, mais n’ont pas réussi à le localiser. Ce n’est qu’en juin 2024 que Tsahal a établi qu’il avait été tué plus tard dans la matinée alors qu’il combattait des terroristes du Hamas dans la région et que son corps avait été emporté à Gaza.

Sergent-major Muhammad el-Atrash, tombé au combat contre le Hamas à proximité de Nahal Oz le 7 octobre 2023 ; son corps a été emporté à Gaza. (Crédit : Armée israélienne)

Entre 6 h 41 et 6 h 45, les chars ont engagé le combat contre les terroristes qui franchissaient la barrière frontalière. L’un d’entre eux a été touché par une ogive de roquette antichar larguée par un drone du Hamas, ce qui l’a mis hors de combat, mais son équipage a continué à se battre pendant environ une heure.

Pendant ce temps, un autre char, commandé par le sergent-chef Shay Levinson, avec à son bord le sergent Ariel Eliyahu, le sergent Ofir Testa et le caporal Ido Somech, a tué une dizaine de terroristes qui franchissaient la frontière à pied et à bord de véhicules.

Vers 6 h 49, les terroristes ont commencé à tirer sur le poste. Un soldat en faction à l’entrée du campement, qui ne disposait pas de radio, a repéré l’attaque et s’est précipité pour avertir les soldats à l’intérieur. L’alerte n’est toutefois pas parvenue à l’équipe de mortiers du 13e bataillon, qui se préparait à ouvrir le feu.

À 6 h 52, les commandants ont été informés de l’approche de terroristes à bord de véhicules, et les soldats ont reçu l’ordre de renforcer les positions défensives.

À 6 h 55, un premier groupe de neuf terroristes a pénétré dans le poste. Les terroristes se sont divisés en plusieurs groupes et ont attaqué depuis différentes directions.

À 6 h 56, le char de Levinson, posté à la frontière, a été touché par un missile antichar.

Levinson a été tué sur le coup et son corps emporté à Gaza par les terroristes. Eliyahu et Testa ont été mortellement blessés et sont décédés plus tard des suites de leurs blessures.

Le sergent-chef Shay Levinson, tué et pris en otage par les terroristes du Hamas le 7 octobre 2023. (Crédit : Autorisation)

Seul le pilote du char, Somech, a pu continuer à se battre.

Il a pris la direction de l’est à bord du char et a poursuivi sa route jusqu’au site du festival de musique Nova, où de violents affrontements opposaient les terroristes à la police. À la vue du char, les terroristes ont brièvement interrompu leur avancée vers le festival.

À 6 h 57, neuf autres terroristes ont pénétré dans le poste, se sont répartis en trois équipes et ont attaqué la position de mortier.

Les soldats du régiment Golani ont éliminé environ quatre des terroristes, mais un soldat a été tué et plusieurs autres ont été blessés, dont le commandant de l’unité de mortiers. D’autres terroristes ont ensuite pénétré dans le poste, tuant deux soldats blessés qui avaient été transportés dans des zones plus sûres.

D’autres soldats blessés ont continué à se battre tout en s’abritant sous des véhicules blindés. Au cours des échanges de tirs qui ont suivi, un soldat a été tué et un autre mortellement blessé. Ce dernier est décédé des suites de ses blessures environ deux mois plus tard.

À 7 h, les soldats ont quitté leur point de rassemblement principal pour renforcer les défenses du poste. Ils ont également demandé des renforts d’urgence et entrepris d’évacuer les blessés.

À 7 h 13, les soldats ont engagé le combat contre des terroristes près du côté nord du poste. Les commandants ont signalé que certains soldats n’étaient pas entièrement équipés et que les munitions commençaient à manquer.

À 7 h 43, un drone de l’armée de l’air israélienne a frappé la partie nord du poste pour entraver la progression des terroristes. L’efficacité de cette frappe a toutefois été limitée par le manque d’informations et une mauvaise communication avec les troupes au sol.

À 7 h 49, un terroriste a été repéré à l’intérieur d’une position défensive à l’arrière du poste. Les soldats ont tenté de le neutraliser, mais ont été attaqués à la grenade. Un autre soldat a été tué et un autre blessé par des tirs provenant des environs.

À 8 h 34, le commandant du poste a ordonné aux soldats encore présents de rejoindre un point de rassemblement. À 8 h 57, un véhicule de transport de troupes blindé (VTT) a évacué deux soldats blessés.

Vers 9 h 19, les commandants ont élaboré un plan pour évacuer les autres blessés à bord de VTT. À 9 h 34, les soldats ont commencé à les transporter jusqu’aux véhicules.

Alors qu’un VTT entrait dans le secteur, un terroriste a fixé une charge explosive sur sa porte arrière. L’explosion a endommagé la porte et contraint les soldats à battre en retraite. Les blessés ont été ramenés à l’intérieur du poste, où ils ont continué à recevoir des soins.

Un véhicule blindé de transport de troupes « Namer » de Tsahal devant le poste militaire de Paga, à la frontière avec la bande de Gaza, le 15 décembre 2023. (Crédit : Emanuel Fabian/Times of Israel)

À 10 h 11, l’un des VTT s’est dirigé vers l’est pour se réapprovisionner en munitions. Son équipage a alors repéré une vingtaine de terroristes à proximité. Le véhicule a poursuivi sa route vers l’est, faute de munitions pour les affronter.

Vers 10 h 25, le commandant du poste a ordonné aux soldats restants de se regrouper, leur position devenant de plus en plus difficile à défendre. Alors qu’ils tentaient de se rejoindre, les terroristes ont ouvert le feu.

À 10 h 27, un hélicoptère de l’armée de l’air est arrivé et a effectué une frappe pour tenter de freiner l’avancée des terroristes.

Vers 10 h 35, le commandant du poste et un autre soldat ont affronté les terroristes au poste de garde et en ont neutralisé plusieurs avant d’être tués à leur tour.

À 11 h, les terroristes ont tenté une nouvelle incursion dans le poste par la position de mortiers. Les soldats qui défendaient cet accès se sont repliés.

Entre 11 h 30 et 11 h 35, un drone de l’armée de l’air a éliminé plusieurs terroristes, interrompant temporairement l’assaut du Hamas.

Face à la gravité de la situation, six soldats, sous le commandement d’un sergent de section, ont décidé de quitter le poste ensemble. À 11 h 50, ils se sont mis en route sous un feu nourri, ont échangé des coups de feu avec les terroristes et tué l’un d’entre eux, avant de rejoindre un véhicule blindé de transport de troupes (VTT) dans les vergers à l’est du poste, entre 12 h et 12 h 15.

Des soldats israéliens à l’entrée du kibboutz Beeri, près de la frontière entre Israël et Gaza, le 9 octobre 2023. (Crédit : Yossi Zamir/Flash90)

Pendant ce temps, les soldats retranchés dans le réfectoire fortifié du poste ont barricadé les entrées et continué à combattre les terroristes qui tentaient d’y pénétrer.

À 13 h, les terroristes ont mis le feu de part et d’autre du réfectoire. La fumée a envahi le bâtiment, provoquant chez les soldats des difficultés respiratoires et des pertes de conscience.

Vers 13 h 10, un soldat est sorti du réfectoire et a tué deux terroristes.

À 13 h 13, cinq soldats ont tenté de quitter le réfectoire pour combattre les assaillants, mais ont tous été tués. De nombreux terroristes les attendaient à l’extérieur du bâtiment et ont ouvert le feu lorsqu’ils ont tenté de sortir.

Vers 13 h 19, un hélicoptère de l’armée de l’air israélienne a tiré sur un véhicule utilisé par les terroristes à l’intérieur du poste, mais a manqué sa cible. Le véhicule a alors quitté les lieux.

Entre 16 h 20 et 16 h 50, les équipes de secours et les renforts sont arrivés au poste, ont sécurisé les lieux, retrouvé les soldats qui s’y trouvaient encore et évacué les blessés.

À leur arrivée, il ne restait plus aucun terroriste à l’intérieur du poste.

Plus tard dans la soirée, une équipe de secours est revenue pour récupérer les corps des soldats tués. Sur le trajet, des terroristes ont tiré un missile antichar sur le convoi, tuant un soldat et en blessant un autre.

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