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Législatives au Maroc : Le PAM en tête, les islamistes ont multiplié par 4 leurs sièges

Le scrutin a été marqué par un taux de participation au plus bas depuis près de 20 ans

Des électeurs vérifiant leur nom sur les listes électorales à l'intérieur d'un bureau de vote lors des élections législatives à Rabat, au Maroc, le 23 septembre 2026. (Crédit : Mosa’ab Elshamy/AP)
Des électeurs vérifiant leur nom sur les listes électorales à l'intérieur d'un bureau de vote lors des élections législatives à Rabat, au Maroc, le 23 septembre 2026. (Crédit : Mosa’ab Elshamy/AP)

La coalition au pouvoir au Maroc a dominé les élections législatives, selon les résultats provisoires publiés jeudi, lors d’un scrutin marqué par une faible participation et une progression de l’opposition islamiste.

Le taux de participation, notamment chez les jeunes Marocains, s’est avéré un défi pour les partis en lice, quelques semaines après que des dizaines de milliers de migrants marocains, principalement des jeunes, se sont rués vers l’enclave espagnole de Ceuta.

Cette crise a mis en lumière les frustrations socio-économiques de la jeunesse, alors même que le royaume enregistre une croissance économique et intensifie ses grands projets d’infrastructure en vue d’accueillir, aux côtés de l’Espagne et du Portugal, la Coupe du monde de football de 2030.

Ces élections, qui ont enregistré un taux de participation de 38 % sur 16 millions d’électeurs inscrits, ont également eu lieu un an après qu’un mouvement de protestation de la génération Z est descendu dans les rues du Maroc pour réclamer de meilleurs services de santé et d’éducation.

Le taux de participation de mercredi était le plus bas depuis 2007, où il s’élevait à 36,8 %.

Le Parti Authenticité et Modernité (PAM), de centre-droit, a remporté 97 des 395 sièges de la Chambre des représentants, tandis que le Rassemblement national des indépendants (RNI) – qui dirige la coalition sortante – est arrivé en deuxième position avec 66 sièges.

Abdelilah Benkirane, secrétaire général du Parti de la justice et du développement (PJD), participant à un meeting électoral avant les élections législatives, à Rabat, au Maroc, le 22 septembre 2026. (Crédit : Issam Zerrok/AP)

N’ayant pas obtenu la majorité absolue, le PAM devra former une nouvelle coalition avec d’autres partis, et le prochain chef du gouvernement – nommé par le roi – sera issu de ses rangs.

Une personnalité de premier plan pressentie pour devenir le prochain Premier ministre du royaume est Fouzi Lekjaa, membre du PAM et actuel ministre du Budget, mieux connu comme président de la Fédération royale marocaine de football, qui a enchaîné les exploits sportifs ces dernières années.

Une autre figure du parti, l’actuelle ministre de l’Aménagement du territoire et maire de Marrakech, Fatima Ezzahra Mansouri, pourrait également être en lice pour devenir la première femme Première ministre du Maroc.

Le parti s’est engagé à atteindre une croissance économique annuelle moyenne de 5 %, un taux d’inflation de 2 % et à créer au moins 1 million de nouveaux emplois au cours de son mandat de cinq ans.

Le PAM et le RNI ont été suivis par le parti de droite Istiqlal, qui a remporté 65 sièges, tandis que le Parti de la Justice et du Développement (PJD), parti islamiste d’opposition, en a obtenu 54.

Le PJD a effectué un retour en force par rapport aux 13 sièges qu’il avait remportés en 2021, après avoir axé en partie sa campagne sur la lutte contre la corruption.

Son chef, l’ancien Premier ministre Abdelilah Benkirane, a déclaré dans la nuit que les premiers résultats indiquaient que le parti était en tête dans la plupart des circonscriptions où le dépouillement était terminé.

Il a ensuite dénoncé des irrégularités dans certains bureaux de vote, mais les autorités n’ont pas encore répondu à ses allégations.

Des passants à Rabat, au Maroc, le 23 septembre 2026. (Crédit : Mosa’ab Elshamy/AP)

Parmi les élus du PJD figure Aziz Henawi, un activiste qui avait fait les gros titres en Israël en juillet dernier lorsqu’il s’était tenu debout sur un drapeau d’Israël pour protester contre la visite, alors imminente, de la ministre des Transports Miri Regev, tout en accusant Jackie Kadosh, l’un des dirigeants de la communauté juive du Maroc, d’être un agent israélien.

Selon Ynet, un avocat de Rabat a déposé une plainte pénale contre Henawi, qui dirige plusieurs groupes anti-Israël, pour ses propos à l’encontre de Kadosh, qu’il a également qualifié de « cancer du Maroc ».

Aucun autre détail concernant cette affaire n’était disponible dans l’immédiat.

Le PJD a axé sa campagne sur la lutte contre la corruption et a critiqué le bilan du gouvernement sortant, en mettant l’accent sur le pouvoir d’achat, le chômage des jeunes et les services publics tels que les soins de santé.

L’activiste marocain anti-Israël Aziz Henawi (au micro) se tenant debout sur un drapeau d’Israël lors d’une manifestation anti-Israël, en juillet 2026. (Crédit : Capture d’écran via Ynet ; utilisée conformément à l’article 27a de la loi sur le droit d’auteur)

Ces problèmes ont contribué à alimenter la crise migratoire de Ceuta et les manifestations de masse menées par la génération Z, qui s’étaient adressées directement au roi Mohammed VI et avaient appelé à la démission du Premier ministre sortant Aziz Akhannouch – qui dirige le RNI.

Lors des manifestations de l’an dernier, les jeunes manifestants ont scandé à plusieurs reprises : « Nous voulons des hôpitaux, pas seulement des stades », en référence aux investissements du royaume dans le domaine sportif.

Le Maroc, qui a également accueilli la dernière édition de la Coupe d’Afrique des nations de football, s’est lancé dans des projets d’envergure, notamment la construction de stades, la mise en place d’un réseau ferroviaire à grande vitesse et la rénovation de plusieurs aéroports.

Mais les disparités sociales et régionales restent importantes, les jeunes étant particulièrement touchés par le chômage.

Dans un discours prononcé à la suite des manifestations de la génération Z, le roi lui-même avait dénoncé ce qu’il a qualifié de développement à « deux vitesses ».

Plus « confiance »

Or, « le pari du Mondial 2030 est coûteux » et les sommes investies pour cet événement sont jugées « en décalage avec les priorités socio-territoriales du royaume » par une partie de la population, qui cite notamment « les services publics défaillants, l’enclavement rural […], le chômage élevé », explique la chercheuse indépendante Lamia Elfehaim sur le site d’Arab Reform Initiative.

Si la crise de Ceuta n’a pas été au cœur de la campagne, les raisons qui l’ont sous-tendue ont en revanche irrigué les débats.

« Je ne vais pas voter car j’ai perdu toute confiance dans la classe politique », a déclaré à l’AFP à Rabat Majda Bakatir, 59 ans.

« Nous voulons que notre pays aille de l’avant, mais les politiques ne semblent pas se soucier de nos problèmes liés à la santé, à l’éducation et au pouvoir d’achat », ajoute la quinquagénaire.

Au contraire, Karim Ennaciri, 55 ans, estime que « c’est ce processus électoral qui va nous permettre de savoir s’il y a un renouveau au sein des partis ».

Première cheffe de gouvernement ?

Le nouveau chef du gouvernement sera issu du parti arrivé en tête des élections législatives, à savoir le PAM.

Il ou elle sera nommé(e) par le roi Mohammed VI et sera chargé de former un exécutif de coalition pour cinq ans, même si les grandes orientations des secteurs stratégiques demeurent l’apanage du monarque.

Le PAM a été fondé en 2008 par l’actuel conseiller du roi, Fouad Ali El Himma, dans l’objectif de constituer un contrepoids aux islamistes.

El Himma, proche de Mohammed VI, s’en est toutefois retiré dans le contexte du Printemps arabe, alors qu’il était accusé par ses détracteurs de chercher à asseoir l’hégémonie du parti sur la vie politique marocaine.

Fatima Ezzahra El Mansouri, ministre marocaine, femme politique et maire de Marrakech, participant à un rassemblement électoral du Parti de l’authenticité et de la modernité (PAM) en vue des prochaines élections législatives, à Tanger, au Maroc, le 16 septembre 2026. (Crédit : Mosa’ab Elshamy/AP)

Le parti a promis, durant la campagne, de réaliser une croissance moyenne de 5 % par an, de maintenir l’inflation à 2 % pour préserver le pouvoir d’achat et de créer au moins un million d’emplois durant son mandat.

Il a réussi à rallier une figure populaire : le ministre chargé du Budget, Fouzi Lekjaa, jusqu’ici davantage connu pour son rôle à la tête de la Fédération royale marocaine de football.

En l’absence de leader affiché, l’autre visage du PAM est Fatima Ezzahra Mansouri, ministre de l’Aménagement du territoire et maire de Marrakech. La presse locale la pressent pour devenir la première cheffe du gouvernement de l’histoire de son pays.

Malgré son retrait de la direction du RNI, le chef du gouvernement sortant, Aziz Akhannouch, s’est évertué à défendre son bilan, malgré des accusations de conflits d’intérêts liés à sa société Afriquia, leader de la distribution d’hydrocarbures au Maroc.

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